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  • N° 144-145 (septembre-décembre 2011) : La divinisation : Éditorial - Revue Résurrection
    celui qui est la pièce la plus admirable mais aussi la plus fragile de son œuvre l être humain fait de chair et d esprit à la charnière du monde sensible et du monde invisible Cet anthropocentrisme n est pas naïf La Révélation chrétienne sait que l homme créé lieutenant de Dieu sur la terre chargé de la cultiver et de l organiser a largement manqué à sa mission et que l enfant révolté a accumulé les ruines dans le jardin du Bon Dieu Mais en un temps où l humanité de l homme est si problématique elle maintient la certitude que l aventure personnelle de l être humain est incommensurable aux grandeurs physiques ou cybernétiques et qu elle repose sur une nature qui pour l essentiel coïncide avec sa puissance d éternel dépassement son ouverture sur l infini sa capacité d aimer Parler de divinisation est d abord et avant tout une prise de position face à l homme et à son avenir loin d encourager le rêve d un simple perfectionnement individuel dans un monde condamné à la déchéance l assurance que l homme est appelé à une communion transformante avec Dieu conduit à prendre au sérieux la totalité du dessein créateur En Adam c est toute une humanité formant comme un seul corps que Dieu a voulu se donner comme fils en Jésus ressuscité il a rassemblé toutes les créatures du ciel et de la terre sous un seul chef Nul ne peut prétendre répondre à l invitation toujours personnelle de Dieu sans se laisser prendre par cette philanthropia qui l habite sans élargir son cœur aux dimensions du monde La tâche d une théologie moderne de la divinisation est immense et amène à passer en revue presque tous les chapitres de la dogmatique et de la morale C est ainsi qu il ne s agit pas d opposer de façon simpliste l insistance de naguère sur le péché et la réconciliation et l approche patristique de la déification Il s agit au contraire de reprendre dans l optique positive de l adoption filiale tout le sérieux de la réflexion qui s est pendant des siècles concentrée sur le thème de la rédemption en étant bien persuadés qu il n y a là que les deux faces de la même réalité comme la cessation de la panne dit autrement le passage du courant électrique Si le protestantisme a opposé au maximum la justification et la sanctification faisant de la première un retour en grâce qui laisse l homme dans sa misère profonde le Concile de Trente a maintenu la réalité de la grâce sanctifiante dans l âme du baptisé C est le point sur lequel reviendra le P Laurent Sentis dans ce numéro en s efforçant de l éclairer Mais il s agit également de visiter à nouveaux frais la théologie sacramentelle pour voir dans les sacrements non seulement le lieu de notre divinisation mais encore la mise en œuvre concrète de la pédagogie de Dieu qui

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  • N° 144-145 (septembre-décembre 2011) : La divinisation : La grâce de la nouvelle Alliance - Revue Résurrection
    1330 3 Pour ce théologien moine du mont Athos qui se veut fidèle à la tradition théologique de l Église d Orient il convient de prendre au sérieux la divinisation de l homme Comment peut on affirmer celle ci sans tomber dans le panthéisme La solution préconisée par Grégoire Palamas consiste à distinguer l essence divine imparticipable et les énergies activités opérations divines qui quoiqu incréées sont participables La grâce est une énergie incréée à laquelle il est donné à l homme de participer Après avoir été vigoureusement combattue à l intérieur de l Église byzantine le palamisme a été adopté comme doctrine officielle de cette Église en 1368 Or l un des adversaires de cette doctrine avait été formé par des dominicains dans la pensée de saint Thomas C est ainsi que sur la question de la participation de l homme à la nature divine s est systématisée une opposition entre le thomisme qui attribue cette participation à une grâce créée et le palamisme qui l attribue à une grâce incréée Cette polémique a permis de dégager une objection de fond contre la doctrine thomiste comment une réalité créée aussi élevée soit elle pourrait elle nous faire participer à la nature divine Le débat entre thomistes et palamites est loin d être clos Mais il se peut que le préalable à une clarification de ce débat repose dans une recherche sur le sens exact à donner à 2 P 1 4 Est il vraiment question dans ce verset d une participation au sens que prend ce mot chez Thomas et chez Grégoire L objection des réformés à la doctrine médiévale Face à une théologie qui insistait unilatéralement sur la grâce comme don habituel la Réforme protestante a réagi en mettant en avant la grâce comme acte de Dieu se révélant dans et par sa parole Un texte de Karl Barth exprime bien ce point Celui ci estime que pour la dogmatique catholique officielle la grâce est considérée tant du point de vue de Dieu qui la dispense que du point de vue de l homme qui la reçoit comme une influence comme un influx continu et subi n intervenant pas d une façon décisive entre deux personnes mais objectivement entre Dieu conçu comme cause initiale d une part et l être causal de la personne humaine d autre part Contre cette conception de la grâce il affirme Seulement les Réformateurs n ont pas cru pouvoir interpréter la grâce de Jésus Christ comme un influx ou une cause originelle mais bien comme une parole et une foi 4 Il y a de fait une expérience de la grâce lorsque la parole de Dieu est entendue et reçue au moment de la prédication Certes du point de vue catholique nous devons maintenir avec le concile de Trente la réalité de la coopération de Dieu et de l homme et la possibilité de l action méritoire et comme nous le verrons cela implique une transformation du cœur humain mais nous ne pouvons méconnaître ce qu il y a de juste dans la thèse selon laquelle Dieu fait grâce lorsque la Parole est proclamée La volonté salvifique universelle Nous en arrivons maintenant au problème le plus épineux Comment la doctrine de la grâce sanctifiante entendue au sens d un don créé est elle compatible avec le dessein de salut qui selon la doctrine du Nouveau Testament rappelée contre les Jansénistes 5 et réaffirmée à Vatican II 6 concerne tous les hommes Faut il penser que la grâce comme don créé est accordée à tous les hommes Mais qu en est il alors de la nécessité du baptême Et si la grâce est entendue simplement comme sollicitation divine qui serait accordée à tous les hommes et qui deviendrait principe de salut par le libre consentement de l homme n est on pas conduit soit à une forme larvée de pélagianisme soit aux doctrines modernes qui envisagent les différentes religions comme le moyen concret par lequel cette sollicitation parvient à tout homme IV Principes de solution Remarquons d abord que l existence d une grâce créée comprise comme un habitus entitatif distinct de la vertu de charité n a jamais été enseignée comme étant de foi définie De nombreux théologiens catholiques n ont pas suivi saint Thomas sur ce point Ils ont affirmé l existence d une grâce sanctifiante comprise comme don créé dans l âme des justes mais ils ont identifié cette grâce avec la vertu de charité 7 Il ne semble donc pas nécessaire de suivre saint Thomas sur ce point précis En revanche nous devons comprendre pourquoi les théologiens du Moyen Âge ont tellement insisté pour affirmer le caractère créé de la charité On sait que Pierre Lombard dans le souci de magnifier la charité et de mettre en lumière la mission du Saint Esprit avait identifié la charité avec le Saint Esprit Il ne voulait bien entendu pas dire que le mouvement d amour par lequel nous aimons Dieu est identique au Saint Esprit Mais il voulait dire que le Saint Esprit est l auteur de ce mouvement en agissant directement sans passer par l intermédiaire d un habitus créé en l âme Saint Thomas et la plupart des théologiens du Moyen Âge ont répondu qu en dépit des apparences une telle doctrine n était pas satisfaisante Il est nécessaire disaient ils que l homme soit conduit à aimer Dieu par une impulsion qui vient du Saint Esprit mais il est nécessaire que ce mouvement soit aussi vraiment le nôtre C est le Saint Esprit qui nous fait aimer Dieu mais nous ne sommes pas passifs sous son influence C est à nous de nous soumettre librement à cette influence Or c est à cela que sert un habitus opératif Un habitus est une disposition spirituelle qui est à notre disposition Nous en faisons usage si nous le voulons La charité est un habitus opératif qui nous rend docile à l action du Saint Esprit pour peu que nous en fassions

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  • N° 144-145 (septembre-décembre 2011) : La divinisation : Quand Dieu vient jusqu'à nous : l'ordre sacramentel - Revue Résurrection
    son Père par lequel il nous a une fois pour toute acquis rémission et grâce de toutes nos fautes et que journellement il faille sacrifier pour obtenir ce qu on doit chercher en icelle mort seulement Cette erreur n a pas été du premier coup tant extrême mais petit à petit a pris son accroissement jusqu à ce qu il est là venu Il appert que les anciens Pères ont appelé la Cène sacrifice Mais ils rendent la raison ils expliquent que c est pour ce motif que la mort de Jésus Christ y est représentée Ainsi leur dire revient là que ce nom lui est attribué seulement pour ce qu elle est mémoire de ce sacrifice unique auquel nous devons pleinement nous arrêter Combien si bien que je ne puis bonnement excuser la coutume de l Église ancienne C est qu on figurait par gestes et manière de faire une espèce de sacrifice quasi d une même cérémonie qu il y avait eu en l Ancien Testament excepté que au lieu d une bête brute on usait du pain pour hostie Pour ce parce que cela approche trop du judaïsme et ne répond pas à l institution du Seigneur je ne l approuve pas Car en l Ancien Testament du temps des figures le Seigneur avait ordonné telles cérémonies en attendant que ce sacrifice fût fait en la chair de son Fils bien aimé lequel en était l accomplissement Depuis qu il a été parfait il ne reste plus sinon que nous en recevions la communication Par quoi c est pourquoi c est chose superflue de le plus figurer Et ainsi porte l ordre que Jésus Christ nous a laissé non pas que nous offrions ou immolions mais que nous prenions et mangions ce qui a été offert et immolé Toutefois combien bien qu il y ait quelque infirmité en une telle observation pratique si pourtant n y avait il pas une impiété telle qu elle est depuis survenue Car on a du tout totalement transféré à la Messe ce qui était propre à la mort de Christ c est c est à dire de satisfaire à Dieu pour nos dettes et par ce moyen nous réconcilier à lui Davantage l office de Jésus Christ a été attribué à ceux qu on nommait prêtres c est c est à dire de sacrifier à Dieu et en sacrifiant d intercéder pour nous acquérir grâces et pardon de nos fautes 5 Surtout pas de présence locale La critique n est pas moins terrible pour la transubstantiation et l adoration du Saint Sacrement qui en est l expression De cette fantaisie sont sorties après plusieurs autres folies Et plût à Dieu qu il n y eût que folies et non pas grosses abominations car on a imaginé je ne sais quelle présence locale et a t on pensé que Jésus Christ en sa divinité et humanité était attaché à cette blancheur sans avoir égard à toutes les absurdités qui s en ensuivent Combien que bien que les anciens docteurs sorbonniques disputent plus subtilement sur la question de savoir comme comment le corps et le sang sont conjoints avec les signes toutefois on ne peut nier que cette autre opinion n ait été reçue des grands et petits en l Église papale et qu elle ne soit aujourd hui cruellement maintenue par feu et par glaive à savoir que Jésus Christ est contenu sous ces signes et que là il le faut chercher Or pour soutenir cela il faut confesser ou que le corps de Christ est sans mesure ou qu il peut être en divers lieux Et en disant cela on vient en la fin à ce point qu il ne diffère en rien d un fantasme fantôme De vouloir donc établir une telle présence par laquelle le corps de Christ fût enclos dedans le signe ou y soit conjoint localement c est non seulement une rêverie mais une erreur damnable contrevenant à la gloire de Christ et détruisant ce que nous devons tenir de sa nature humaine Car l Écriture nous enseigne partout que comme le Seigneur Jésus a pris notre humanité en terre aussi il l a exaltée au ciel la retirant de condition mortelle mais non pas en changeant sa nature Ainsi nous avons deux choses à considérer quand nous parlons de cette humanité C est que nous ne lui ôtions pas la vérité de sa nature et que nous ne dérogions rien à sa condition glorieuse Pour bien observer cela nous avons à élever toujours nos pensées en haut pour chercher notre Rédempteur Car si nous le voulons abaisser sous les éléments corruptibles de ce monde outre ce que nous détruisons ce que l Écriture nous montre de sa nature humaine nous anéantissons la gloire de son ascension Pour ce que plusieurs autres ont traité cette matière amplement je me déporte de passer outre Seulement j ai voulu noter en passant que d enclore Jésus Christ par fantaisie sous le pain et le vin ou le conjoindre tellement avec que notre entendement s amuse là sans regarder au Ciel c est une rêverie diabolique Or cette perverse opinion après avoir été une fois reçue a engendré beaucoup d autres superstitions Et premièrement cette adoration charnelle laquelle n est que pure idolâtrie car de se prosterner devant le pain de la Cène et là adorer Jésus Christ comme s il y était contenu c est en faire une idole au lieu d un sacrement Nous n avons pas commandement d adorer mais de prendre et de manger Il ne fallait pas donc attenter entreprendre cela si témérairement Davantage de plus cela a été toujours observé en l Église ancienne que devant que avant de célébrer la Cène on exhortait solennellement le peuple de lever leurs cœurs en haut pour dénoter qu on ne se devait arrêter au signe visible pour bien adorer Jésus Christ D une même source sont procédées les autres façons superstitieuses comme de porter en pompe le Sacrement par les rues une fois l an et lui faire l autre jour un tabernacle et tout au long de l année le garder en une armoire pour amuser là le peuple comme si c était Dieu Pour ce que tout cela non seulement a été controuvé inventé sans la Parole de Dieu mais aussi est contraire directement à l institution de la Cène il doit être rejeté de tous chrétiens Nous avons montré dont d où est venue cette calamité en l Église papale que le peuple s abstient de communiquer communier à la Cène tout au long de l an à savoir pour ce parce qu on la tient comme un Sacrifice lequel est offert d un c à d par un seul au nom de tous Mais encore quand il est question d en user une fois l année elle est pauvrement dissipée et comme déchirée en pièces car au lieu de distribuer au peuple le sacrement du sang comme porte le commandement du Seigneur on lui fait à croire qu il se doit contenter de l autre moitié 6 Influences du nominalisme Pour tâcher de comprendre l horreur qu éprouve Calvin devant ce qu il croit des innovations de l Église romaine il faut sans doute faire intervenir les racines intellectuelles du protestantisme qui sont bien plus du côté du sévère nominalisme 7 de la fin du Moyen Âge que du néoplatonisme paganisant 8 de la Renaissance Pour lui comme pour beaucoup d hommes de son temps la réalité c est la chose individuelle qui tombe sous l analyse des sens et de l intelligence Jésus en tant que homme est un individu il est certes élevé à la droite de Dieu mais on ne peut le confondre avec l ensemble formé de toutes les hosties réparties dans le monde sans en faire ainsi un fantasme un fantôme comme il dit De même le temps en cette époque où on commence à le mesurer plus précisément grâce aux horloges est ce référent orienté dans un seul sens où chaque instant est un point égal non répétable sur l axe qui va du présent au futur Le mémorial ne peut donc être qu un souvenir Le pape Benoît XVI dans son encyclique Spe Salvi a montré combien la nouvelle vision du temps dominée par le thème du progrès avait rejeté dans l ombre l eschatologie de la tradition ancienne 9 Mais on ne peut s en tenir là Ce qui heurte plus profondément Calvin c est le sentiment que la vision catholique du sacrement porte atteinte à la souveraineté de la médiation du Christ dont la découverte avait été le détonateur de sa propre conversion En mettant sur le même plan des rites humains et l acte sauveur accompli une fois pour toutes les prêtres de l Église papiste sacraliseraient ce qui n est au mieux qu un moyen pédagogique pour mieux conforter leur pouvoir sur le bon peuple chrétien coupé ainsi de la Source vivante qu est le Christ et sa Parole Homme et Dieu pas Homme Dieu C est précisément autour de la médiation du Christ vrai Dieu et vrai homme que se noue l ambiguïté qui risque d emporter toute l économie sacramentelle Jean Calvin est fidèle dans les termes à la lettre de la définition de Chalcédoine 451 mais on a remarqué que le sans confusion pèse chez lui beaucoup plus lourd que le sans séparation 10 Pour le Réformateur la médiation du Christ signifie que celui ci est le seul point de communication autorisé entre Dieu et l homme là et là seulement l homme peut recevoir ce que Dieu a à lui transmettre essentiellement sa Parole sans risque de prendre ses propres productions pour du divin Mais cette communication n entraîne aucune transformation de l humain assumé ni chez Jésus ni encore moins sur ceux qui lui appartiennent Certes il y a chez Calvin une théologie assez riche de l Esprit Saint mais ce dernier est censé agir dans des actes ponctuels justification réconciliation et non par une habitation divinisante ce qui écarte autant la doctrine orientale des énergies divines que la thèse scolastique de la grâce créée Calvin participe de ce qu on a appelé l éclipse du mystère théandrique qui frappe la théologie occidentale au tournant du Moyen Âge et des Temps modernes 11 Encore faut il s entendre sur ce qu on appelle théandrisme Le terme 12 vient on le sait de Denys le Mystique qui qualifie de divino humaine l œuvre que l homme Jésus accomplit 13 La suite de la réflexion théologique et notamment les précisions de Maxime le Confesseur a aidé à préciser ce qu il fallait entendre par là à distance de toute confusion du divin et de l humain en une tierce réalité qui ne serait plus vraiment l un ou l autre Le théandrisme est cette innovation de la nature humaine assumée dans le Christ tout en étant pleinement celle d un homme elle est désormais associée au mode filial avec lequel le Fils éternel use de toutes choses l instrument reste le même que pour nous mais le jeu est divin Cela est particulièrement vrai de la volonté humaine qu il fait réellement sienne jusqu à l ouvrir sur l obéissance à Dieu dans le cas extrême de la déréliction totale Or pour les Pères cette divinisation de la nature humaine s étend dans l Esprit Saint à tous ceux qui participent à la vie du Christ par les sacrements Équivoque sur le sacrement La définition du sacrement présente la même difficulté Formellement Calvin adhère à la formule de saint Augustin la parole se joint à l élément matériel et c est ainsi qu advient le sacrement Mais c est pour souligner que au moment où l eau coule la parole ne lave le cœur que parce qu elle est crue non parce qu elle est prononcée 14 Le sacrement n est jamais qu une mise en scène au service de la Parole pour lui permettre de faire mouche dans le cœur de celui qui la reçoit son efficacité se confond avec cet effet Contrairement à la phrase de Jean 1 Jn 5 6 Jésus ne vient pas par l eau et par le sang il vient par la foi éveillée à l occasion du baptême et de l eucharistie Le sacrement n est pas une venue de Jésus prolongeant celle de son Incarnation Calvin toujours prompt à voir le côté humain qui accompagne nécessairement le sacrement dans sa mise en forme réglementaire et rituelle ne peut accepter qu il soit assumé par le Christ et que à un degré ou un autre celui ci y soit engagé au delà de la Parole qui l accompagne Tout se passe comme si du discours dit du Pain de Vie Jn 6 seul était retenu le point de départ la manducation du Fils de Dieu par la foi sans voir le mouvement du texte qui à partir du v 51 débouche sur un engagement inouï du Christ dans la réalité d une nourriture charnelle où il se donne à tous 15 La vision sacramentelle de saint Augustin était juste mais restait incomplète comme les débats nés tout au long du Moyen Âge autour de l eucharistie le montrèrent Entre le signe sensible et la réalité du signe l effet de grâce obtenu dans l âme il fallait admettre qu il n y avait pas seulement coïncidence ou concomitance mais une première transformation qui portait la trace de l action divine laquelle s étendra ensuite au plus intime de l homme Cette transformation qui touche la substance même des choses reste cachée et n est accessible qu à la foi mais elle atteste l engagement du Christ dans l histoire personnelle de chacun de nous Le terme technique vient apparemment de Hugues de Saint Victor à Paris au XII e siècle il pose à côté du sacramentum signe extérieur et de la res sacramenti l effet de grâce ce qu il appelle le sacramentum et res cela veut dire dans le cas particulier de l eucharistie qu il n y a pas seulement un signe matériel le pain et le vin sur lesquels sont prononcées les paroles de la consécration et un effet spirituel dans l âme le don de la charité dans celui qui communie il y a une réalité nouvelle la présence réelle qui porte la trace de l invisible au cœur du monde présent en attente de l effet ultime du sacrement la transformation du cœur de l homme et le rassemblement de tous les enfants de Dieu dispersés Réalité déjà présente par rapport au signe sensible elle est encore un signe par rapport à la complète réalisation de la grâce Par la suite le même schéma ternaire a été étendu à tous les sacrements où il y a toujours entre le signe matériel et la réalité spirituelle une première transformation ontologique l habilitation au culte pour le baptême la fondation d une nouvelle cellule de vie chrétienne reproduisant l alliance du Christ et de l Église pour le mariage etc Un contact intemporel L autre point sur lequel la critique de Calvin risque de manquer son but est la méconnaissance de l historicité de la condition humaine que le Christ est venu prendre La relation de foi que le Réformateur veut à juste titre mettre au centre de la vie chrétienne ne s épuise pas dans un instantané où le pécheur est mis devant la Parole qui à la fois le condamne et le sauve Cette relation s inscrit dans une histoire comparable à celle que Dieu a voulu nouer avec l humanité et dont la Bible nous relate les épisodes Dieu ne dit pas tout d un coup il engage la liberté humaine dans un chemin qui se découvre peu à peu le oui qu il attend s approfondit dans des choix successifs touchant des événements singuliers La grandeur de la vie sacramentelle est de nous introduire dans un chemin de cet ordre où une adhésion initiale encore limitée est scellée par une première démarche concrète à la faveur de laquelle le Christ nous initie à sa vie et nous révèle un côté de son mystère puis de contact en contact de confession en communion et de communion en confession il élargit la brèche et change notre cœur pour le transformer en un cœur de chair cependant qu il structure notre vie en nous mettant à une place donnée dans son Église là où nous pouvons donner du fruit en attendant de nous associer au saint état de faiblesse qui fut le sien sur la Croix En tout cela il faut reconnaître la spécificité de l ordre sacramentel qui a sa logique propre ritualité symbolisme répétition et qui ne fait pas nombre avec l ordre fondateur celui des événements de la vie du Christ Jésus lui même formé par les fêtes juives vivait de cette réalité où le rite fait pénétrer tout l impact des événements originels dans le fil du temps l Exode avec la Pâque le Don de la Loi avec la Fête des Semaines etc C est pourquoi il a profité de la célébration de la Pâque pour instituer le mémorial décisif de sa Passion Les réalités mystériques ne répètent pas plus l évènement premier qu elles n y ajoutent quoi que ce soit Pour reprendre la formule d un liturgiste moderne elles ne méritent rien mais elles appliquent tout 16 Dans ce domaine précis celui du sacrement se vérifie un des éléments constitutifs de la foi chrétienne que saint Paul a précisément ramassés dans le terme de mystère Quand il emploie ce mot venu du livre de Daniel et de l apocalyptique juive pour dire le plan de Dieu sur l humanité il est clair qu il ne sépare à aucun moment le contenu de la foi la Trinité l Incarnation rédemptrice le Salut en Jésus Christ et le moyen par lequel ce

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  • N° 144-145 (septembre-décembre 2011) : La divinisation : Déification et spiritualité des degrés chez saint Bernard de Clairvaux - Revue Résurrection
    et si la déification n est pas le sommet de l humilité À l appui de cette hypothèse on peut remarquer que saint Benoît décrit l ascension des degrés de l humilité comme un passage de la crainte à l amour un sujet médité par saint Bernard dans ses sermons sur le Cantique des cantiques Je ne crains pas parce que j aime fait dire l abbé de Clairvaux à l Épouse du Cantique confiante dans l amour du Verbe qui la cherche au milieu de ses égarements 11 Or le passage de l amour de soi pour soi à l amour de soi pour Dieu est d une certaine manière un passage de la crainte à l amour L homme terrestre qui s aime lui même pour lui même craint pour sa propre subsistance car il connaît la faiblesse de sa nature L homme céleste qui s aime lui même pour Dieu aime son créateur et sauveur dans une totale confiance puisqu il abandonne tout ce qui lui est propre pour que la volonté de Dieu se fasse en lui L ascension des degrés de l amour est aussi une ascension des degrés de la vérité L homme passe de la connaissance de sa misère à la reconnaissance il se découvre créé à l image de Dieu et élevé par un don immérité à la ressemblance Pour saint Bernard l humilité est cette voie qui nous conduit à la vérité On peut définir l humilité une vertu par laquelle l homme devient méprisable à ses propres yeux en raison de ce qu il se connaît mieux Cette définition convient à ceux qui se sont fait des degrés dans leur cœur et montent de vertu en vertu comme s ils s élevaient de degrés en degrés jusqu à ce qu ils arrivent au comble de l humilité d où comme de Sion c est à dire comme d un lieu d observation ils ont l œil sur la vérité 12 La déification comme extase c est à dire comme sortie de soi même apparaît comme le comble de l humilité l homme accède à la connaissance intime de ce qu il est un être fait pour Dieu et à la reconnaissance pour ce don Le sommet de l amour est une action de grâce dans la lumière de la vérité Dieu élève les humbles Lc 1 52 jusqu à les faire participer à sa propre gloire Si cette hypothèse est juste il est possible de répondre conjointement à deux interprétations de la doctrine bernardine de la déification qui sont en fin de compte des contestations de son orthodoxie D une part saint Bernard concevrait la déification comme la dissolution de l homme en Dieu 13 d autre part il ouvrirait la voie au quiétisme en décrivant l homme déifié comme totalement passif face à l action de Dieu Si l homme déifié a atteint le comble de l humilité la désappropriation à laquelle il accède n est pas un anéantissement transformé il attend tout de Dieu ce qui suppose qu il reste lui même On peut bien parler de déification car il est introduit dans la vie trinitaire en participant à l action de grâce du Fils envers le Père dans la procession de l Esprit De même on ne doit pas forcément conclure de l emploi du verbe déifier à la tournure passive être ainsi touché c est être déifié que saint Bernard nie toute action de l homme dans sa déification l homme consent au don indu qui lui est fait Le comble de l humilité est l acte religieux suprême recevoir sans restriction et sans aucun mérite à faire valoir Part de l homme part de Dieu Ainsi comprise la doctrine bernardine de la déification permet peut être d éclairer une question lancinante des spiritualités modernes qui transparaît notamment dans les doctrines du XVII e siècle comment distinguer théoriquement et pratiquement ce qui vient de Dieu et ce qui vient de l homme dans la vie de l âme L interminable querelle sur la grâce qui parcourt tout le siècle révèle l arrière plan théologique de cette interrogation Dans cette mécanique de la grâce tout ce que l on accorde à Dieu est retiré à l homme et vice versa On peut même se demander si l impérieuse nécessité de faire la part de l homme et de Dieu dans l œuvre du salut n a pas contribué à faire naître une conception anthropologique qui n est plus proprement chrétienne le Christ n étant plus nécessaire pour penser et fonder l humanité Il n est pas sûr que cette question ait perdu de son actualité dans les doctrines spirituelles contemporaines Dans la doctrine bernardine des degrés l ascension n est pas conçue comme un retranchement de la nature au profit de la grâce mais comme un accomplissement de la nature par la grâce Lorsque saint Bernard affirme qu il sera nécessaire que chez les saints tout attachement humain se liquéfie d une façon indicible et se déverse totalement dans la volonté de Dieu 14 il n évoque pas la fin d un processus de déshumanisation Tout au contraire il décrit la phase où l homme devient pleinement homme en ne faisant plus du tout obstacle à Dieu en lui Il est élevé à la gloire pour laquelle il a été créé En cela la déification apparaît comme une humanisation menée à sa perfection Le Verbe incarné vrai homme et vrai Dieu en qui les natures humaine et divine les volontés humaine et divine sont unies sans confusion ni séparation accomplit en sa personne la déification à laquelle sont appelés les saints L homme a été créé à l image de Dieu 15 c est à dire en vue d une conformité avec le Verbe qui seul est l image du Dieu invisible Col 1 15 Ce mystère de la création est révélé par la vie de gloire offerte à l humanité en la personne du Verbe fait

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  • N° 144-145 (septembre-décembre 2011) : La divinisation : Lettre sur la charité - Revue Résurrection
    attitude envers ceux qui nous les portent et ne concevons pour eux aucune malveillance Sera ce la pitié par laquelle nous faisons nôtre par la volonté ce qui atteint autrui et qui ne nous permet pas d ignorer celui qui est de notre parenté et de notre race Sera ce la tempérance la patience la longanimité la bonté la paix la joie qui apaisent doucement l irascible et le concupiscible leur bouillonnement brûlant et leur inflammation Et simplement pour dire bref la charité est le terme de tous les biens elle qui conduit et mène à Dieu bien suprême et source de tout bien ceux qui marchent en elle elle qui est fidèle qui ne défaille pas et qui demeure La foi en effet qui établit fermement la vérité est le fondement de ce qui vient après elle je veux dire de l espérance et de la charité L espérance donne force aux extrêmes je veux dire à la charité et à la foi laissant entrevoir en elle ce que l une et l autre doivent croire et aimer et enseignant à y courir par elle Quant à la charité elle est leur achèvement elle embrasse tout entière le suprême désirable tout entier elle donne son terme à leur mouvement vers lui à la foi en son existence et à l espoir de sa présence elle substitue la jouissance de sa présence Elle seule pour dire vrai fait voir que l homme est à l image 6 du Créateur en soumettant sagement à la raison ce qui dépend de nous 7 sans incliner dans le sens de notre choix la raison elle même persuadant à la volonté propre 8 de marcher conformément à la nature 9 sans se mettre jamais en rébellion contre la raison de la nature raison par laquelle de même que nous n avons tous qu une seule nature nous pouvons aussi n avoir qu un seul sentiment et une seule volonté à l égard de Dieu et les uns pour les autres sans que rien ne vienne nous éloigner de Dieu ou les uns des autres si nous choisissons pour règle la loi de grâce par laquelle nous rendons volontairement sa nouveauté à la loi de nature Il est en effet impossible d accorder nos sentiments les uns avec les autres si nous ne sommes d abord unis à Dieu par un accord profond de volonté 3 Genèse du péché antithèse de la charité Quand au commencement le diable séducteur par une ruse que lui inspirait méchamment son amour de soi trompa l homme par la séduction du plaisir il sépara notre volonté de Dieu et la sépara des autres hommes En détruisant la rectitude de notre volonté il a de cette manière divisé la nature et l a déchirée en une multitude d opinions et d imaginations il a au cours du temps constitué en loi la recherche et la découverte de toute sorte de mal assisté pour cela de nos puissances et pour que le mal demeure en tous les hommes il l appuie en eux sur cette opposition irréconciliable de la volonté propre qui lui avait permis de persuader insidieusement l homme de se détourner une fois du mouvement de sa nature de dévier son désir de ce qui lui était permis pour le porter vers ce qui lui était défendu et d établir en lui les trois maux les plus grands et les plus fondamentaux et pour dire bref auteurs du vice je veux dire l ignorance l amour égoïste de soi et la tyrannie à l égard des autres qui dépendent l un de l autre et se fortifient l un l autre Car de l ignorance de Dieu naît l amour égoïste de soi et de celui ci la tyrannie sur le prochain la chose est indubitable et ils se fortifient par l usage désordonné de nos propres puissances raison irascible concupiscible Il fallait que la raison au lieu de l ignorer portât son mouvement vers Dieu par la recherche exclusive de la connaissance de celui ci que le concupiscible pur de l affection d amour égoïste dirigeât son désir vers Dieu seul que l irascible vide de tyrannie entreprît de combattre pour Dieu seul et que fût créée la divine et bienheureuse charité qui se forme d eux et par qui ils sont elle qui unit à Dieu et fait apparaître dieu celui qui aime Dieu 4 La Rédemption remède de la charité divine Mais puisque cela a tourné à mal par la volonté propre de l homme et la tromperie du diable à son égard Dieu qui est l auteur de la nature et qui la guérit avec sagesse quand elle est affaiblie par le mal par charité envers nous s est anéanti lui même prenant la forme d esclave 10 forme qu il s est unie à lui même sans changement et selon l hypostase 11 se faisant pour nous de nous et par nous intégralement homme au point qu il parut aux incrédules ne pas être Dieu et cependant comme l atteste aux croyants l ineffable et véridique parole de foi il était Dieu afin de détruire les œuvres du diable et en restituant aux forces de la nature leur pureté de rénover pour nous unir à Dieu et aux hommes la puissance de la charité adversaire de l amour égoïste de soi dont on sait qu il est à l origine du premier péché du premier rejeton du diable et des passions qui s ensuivent En faisant disparaître ce dernier par la charité celui qui se montre digne de Dieu fait disparaître en même temps la foule des vices qui n a pas après lui d autre fondement ni d autre cause pour subsister Car un tel homme ne connaît plus l orgueil signe caractéristique de l arrogance impie vice complexe et étrange il ignore la fragile gloriole qui fait tomber avec elle ceux qu elle enfle il laisse se flétrir l envie qui flétrit la première à juste titre ceux qu elle étreint en se rapprochant par une bienveillance volontaire de ceux dont il partage le sang il supprime jusqu à la racine le bouillonnement l esprit de meurtre la colère la ruse l hypocrisie la moquerie le ressentiment l avarice et tout ce qui divise l homme Car lorsque l amour de soi principe et source de tous les maux comme je l ai dit est arraché tout ce qui vient après lui et de lui se trouve du même coup arraché puisque là où il n est plus aucune forme ou trace de mal ne peut plus du tout subsister Par contre se trouvent introduites dans l âme toutes les formes de vertu que renferme la puissance de la charité qui rassemble ce qui était divisé qui crée à nouveau l homme en l unité de la pensée et de l action égalise et aplanit toute inégalité et différence de sentiment D un autre côté c est elle qui mène harmonieusement à une inégalité louable celle là par laquelle chacun attire à lui délibérément le prochain et le préfère à soi même autant qu il était auparavant empressé à l éloigner et à se placer en avant Par elle chacun se défait délibérément de soi même en se débarrassant des notions et des particularités que chacun concevait à part en son vouloir propre et va se rassembler en une seule simplicité et identité par laquelle personne ne possède plus rien qui le distingue de ce qui est commun mais où chacun est un pour chacun tous pour tous et pour Dieu plus que les uns pour les autres mettant en pleine lumière la très parfaite unité du principe d être qui les traverse tant par nature que par volonté et Dieu qui est saisi en ce principe Car c est en Dieu que doit être considéré et vers lui que doit être reporté comme vers la cause et l auteur le principe d être des créatures qui demeure gardé en nous avec beaucoup de vigilance pur et immaculé purifié des passions qui se rebellent contre lui par notre ardeur réfléchie pour les vertus et pour les labeurs qui les accompagnent 5 L exemple d Abraham C est peut être pour y être parvenu et pour s être restauré selon le principe d être de la nature ou pour l avoir restauré en lui s être ainsi livré à Dieu et avoir reçu Dieu car on peut dire l un et l autre puisque l un et l autre se trouvent vrais que le grand Abraham a mérité de voir Dieu sous forme humaine 12 et de le recevoir comme son hôte et son compatriote car dans son amour des hommes 13 il réalisait la perfection de la nature Il fut élevé jusqu à lui quittant la particularité des choses divisées et divisibles en ne tenant plus aucun homme pour étranger à lui mais considérant l un comme tous et tous comme un fixant le principe très unique non de la volonté propre en laquelle il y a trouble et division aussi longtemps qu elle ne s accorde pas avec la nature mais celui de la nature en laquelle se trouve la parfaite similitude avec Dieu c est là que nous savons que Dieu se manifeste parfaitement et par là qu il consent à se révéler comme bon en faisant siennes ses propres créatures il ne pouvait faire autrement puisque la créature ne peut par soi connaître ce qu est Dieu en lui même Il ne convenait pas en effet que fut réuni en celui qui est simple et identique ce qui n est pas devenu identique à soi même et simple mais qui par la volonté propre est encore déchiré à l égard de la nature en de multiples parties si d abord par l amour des hommes il ne rapprochait la volonté de la nature et ne montrait que les deux n ont qu une raison unique pacifique et sans trouble qui ne se laisse entraîner délibérément vers absolument rien de ce qui vient après Dieu Par elle la nature demeure sans division ni séparation en ceux qui reçoivent ce charisme sans être partagée par une multitude de sentiments divers Car ceux ci ne divisent plus la nature en celui ci et celui là comme s ils étaient étrangers face à des étrangers mais ils demeurent les mêmes à l égard de ceux qui sont les mêmes qu eux sans regarder à ce qu il y a de particulier en chacun selon la volonté propre qui morcelle les choses en morceaux mais en regardant ce qu il y a de commun et d indivis selon la nature qui rassemble ce qui est divisé sans introduire en lui aucune division Oui en ceux qui le possèdent Dieu se manifeste par l amour des hommes prenant la forme particulière que réclame la vertu de chacun et consent à être nommé d après son nom En effet l œuvre la plus parfaite de la charité et le sommet de son activité est de parvenir par une attribution réciproque à ce que les propriétés de ceux qu elle unit passent des uns aux autres ainsi que leurs appellations qu elle rende Dieu homme et fasse que l homme paraisse Dieu et le possède par une seule et invariable décision et motion de la volonté de l un et de l autre comme on le voit en Abraham et dans les autres saints Et c est peut être ce qui fait dire à l auteur sacré en prenant la parole au nom de Dieu dans les mains des prophètes je me suis rendu semblable 14 pour exprimer comment Dieu par la pratique unitive de la vertu se conforme à chacun par grand amour des hommes Car la main de tout juste est son activité vertueuse en laquelle et par laquelle Dieu reçoit la ressemblance de l homme 6 La voie royale de la charité La charité est donc un grand bien le premier des biens le bien suprême elle qui par elle même unit Dieu et les hommes en celui qui la possède Elle tend à faire paraître comme un homme le Créateur des hommes et comme un dieu l homme par l exacte ressemblance du déifié avec Dieu qui s opère dans le bien autant qu il est possible à un homme C est d aimer le Seigneur Dieu de tout son cœur âme et puissance 15 et le prochain comme soi même 16 qui réalise je le suppose cette ressemblance C est à dire pour embrasser cela en une définition qu elle la charité est une disposition intérieure à l égard du Bien premier avec le souci de toute la race humaine dans toute l extension de sa nature Après quoi il n y a plus pour l homme à monter plus haut car il a traversé tous les modes de la piété Cette disposition nous la connaissons comme la charité et la nommons ainsi sans la partager et la diviser en autre et autre à l égard de Dieu et du prochain mais tout entière même et unique due à Dieu mais unissant les hommes les uns aux autres Car l acte et la claire démonstration de la parfaite charité pour Dieu est une généreuse attitude de bienveillance volontaire à l égard du prochain car celui qui n aime pas son frère qu il voit dit le divin apôtre Jean ne peut aimer Dieu qu il n a pas vu 17 C est là la route de vérité que le Verbe de Dieu a dit être lui même 18 qui conduit ceux qui marchent en elle à Dieu le Père purifiés de toute espèce de passion Elle est la porte 19 et celui qui entre par elle pénètre dans le Saint des saints et devient tel qu il peut contempler l inaccessible beauté de la sainte et royale Trinité Elle est la vraie vigne 20 et celui qui est solidement enraciné en elle mérite d obtenir par participation une qualité divine Par elle existe et se transmet tout enseignement de la Loi des Prophètes et de l Évangile pour que remplis du désir des biens ineffables nous prouvions notre désir par cette conduite honorant par amour du Créateur sa créature autant qu il plaît au Créateur et que l exige la loi de nature qui prescrit un honneur égal et exclut de la nature toute inégalité que l esprit mettrait à l égard de tel ou tel car elle les inclut tous en soi au seul titre de l appartenance à la même humanité Par elle l auteur même de la nature chose vraiment effrayante 21 à admettre et à entendre a revêtu notre nature et sans la changer se l est hypostatiquement unie pour arrêter son déportement et la ramener à lui rassemblée en elle même et n ayant plus à son égard ou en elle même de différent qui tiendrait à sa volonté propre Il a mis en pleine lumière la très glorieuse route de la charité qui est vraiment divine et divinisante puisqu elle mène à Dieu et qu on dit même que Dieu est charité 22 Cette route qu au commencement les chardons de l amour égoïste avaient cachée par ses souffrances pour nous il nous en a donné en lui même le tracé et l a gracieusement rendue pour nous libre d obstacles par ses disciples il a enlevé les pierres qui s y trouvaient comme il l avait annoncé auparavant par les Prophètes en disant enlevez aussi les pierres de la route 23 il nous a persuadés comme il convenait de supporter pour lui et les uns pour les autres ce dont il avait le premier donné l exemple en supportant de souffrir pour nous Pour elle tous les saints ont jusqu au bout résisté au péché ne faisant aucun cas de la vie présente ils ont surmonté les formes multiples de la mort afin d être retirés du monde et réunis avec eux mêmes et avec Dieu et de rassembler en eux les parties déchirées de la nature Elle est la divine sagesse des fidèles vraie et immaculée dont la fin est le bien et la vérité puisqu il est bien d aimer les hommes et vrai d aimer Dieu en la foi ce qui constitue les signes caractéristiques de la Charité qui unit les hommes à Dieu et entre eux et comporte ainsi la permanence des biens à l abri de toute chute 7 Florilège biblique Amants les plus nobles de cette route divine et bienheureuse vous l êtes devenus vous aussi en vérité vous les bénis combattez le bon combat 24 pour arriver au terme en maintenant fermement ce qui vous permet de parvenir jusqu à ses frontières j entends l amour des hommes des frères des hôtes des pauvres la compassion l aumône l humilité la douceur l affabilité la patience la tranquillité d âme la longanimité la constance la bienfaisance la résignation la concorde la paix avec tous D elles et par elles est formée la grâce de la charité qui conduit déifié vers Dieu l homme qu il a créé Car la charité dit le divin Apôtre ou plutôt le Christ qui parle ici par sa bouche est longanime bienfaisante sans jalousie elle ne manque point de tact ne s enfle pas n a pas de mauvais procédés ne cherche pas ce qui lui revient elle n a pas d aigreur ne fait pas fond sur le mal ne se réjouit pas de l injustice mais avec la vérité elle excuse tout croit tout espère tout supporte tout La charité ne tombe jamais 25 elle qui possède Dieu qui seul ne tombe ni ne change et elle rend tel l homme qui vit en elle comme le montrent les paroles du prophète Jérémie 26 Je vous le dis telle est la voie de mes commandements et la Loi qui subsiste pour

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  • N° 144-145 (septembre-décembre 2011) : La divinisation : Le P. Bouyer et la prière eucharistique n° 3 - Revue Résurrection
    de Mgr Bunigni Par la suite Louis Bouyer nous faisait la confidence qu il ne pouvait décidément pas prier sur un texte qu il avait écrit lui même sur une table de café au Trastevere Ces péripéties mises à part on reste frappé après plus de quarante ans d usage par la qualité de l œuvre de l oratorien aujourd hui disparu L Église dispose grâce à lui d une prière eucharistique qui sans singer aucune de celles qui existent retrouve comme naturellement le mouvement qui constitue le cœur de l antique eucharistia à la fois louange et imploration pour que Dieu se souvienne de ses hauts faits c est cela faire mémoire et les réalise dans le don qu il nous fait toujours à neuf du sacrifice de son Fils Le rôle du Saint Esprit dont on a souvent souligné l absence dans le Canon romain même s il est sans doute sous entendu dans le mot de bénédiction est ici remarquablement mis en avant Non seulement on le trouve dans le grand appel à l Esprit qu on désigne sous le nom d épiclèse épiclèse double à la vérité car on appelle d abord l Esprit sur le pain et le vin avant la consécration et on l invoque encore pour qu il vienne sur les fidèles après la consécration mais sa présence agissante dans toutes les œuvres de Dieu est mise plusieurs fois en valeur notamment dans l oraison post Sanctus qui est un petit chef d œuvre En voilà la traduction française Tu es vraiment saint Dieu de l univers et toute la création proclame ta louange car c est toi qui donnes la vie c est toi qui sanctifies toute chose par ton Fils Jésus Christ notre Seigneur avec la puissance de l Esprit Saint

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  • N° 144-145 (septembre-décembre 2011) : La divinisation : Les risques du monophysisme politique - Revue Résurrection
    Ancien Régime n a pas eu pour seul effet de disqualifier les régimes non monarchiques il a eu sans doute aussi celui de minorer la dimension temporelle de la conquête du maintien et de l exercice du pouvoir par des monarques supposés de droit divin et plus largement la logique machiavélienne intrinsèque à tout pouvoir quel qu il soit Cela particulièrement en France où la longévité exceptionnelle de la dynastie capétienne et la clarté de la règle de succession par les mâles seuls unique en Europe ont dispensé pendant longtemps les rois qui en étaient issus de lutter pour conquérir le pouvoir Mais cette longévité et on y reviendra le consensus qu elle supposait même si elle fut qualifiée de miracle capétien n en était pas moins un fait humain dont l anthropologie et la science politique pouvaient rendre compte À tort on a confondu cette stabilité avec le droit divin qui est lui d une autre nature Cette confusion monophysite semble une dérive récente Dans l histoire de l Europe les rois et les princes savaient depuis longtemps qu il ne suffisait pas de se réclamer du droit divin généralement assimilé au droit dynastique pour régner Dans les pays où la fonction suprême était soumise à l élection Saint Empire germanique à partir de 1356 Pologne et dans ceux où les règles de succession n étaient pas aussi univoques qu en France Angleterre Espagne les souverains et leurs entourages savaient bien que l accession au trône n allait pas toujours de soi et que avant de se proclamer princes de droit divin il leur fallait souvent gagner le trône par l épée Pour ce qui concerne l Angleterre les drames historiques de Shakespeare sont assez éloquents à cet égard 8 Même dans le royaume de France plusieurs souverains durent batailler pour accéder effectivement ou se maintenir sur le trône Philippe VI Charles VII Henri IV Dans ce contexte les Miroirs des princes 9 écrits par les clercs tout au long du Moyen Âge et au début des Temps modernes à l usage des jeunes souverains bien que d inspiration chrétienne insistaient de manière unanime sur ce qui était tenu pour le premier devoir du monarque dans l ordre temporel avoir la main ferme contre tout ce qui pouvait menacer l État l hérésie en premier lieu mais aussi les troubles civils la désobéissance aux lois et même le vice Par exemple dans le Testament politique de Richelieu 10 écrit à l intention du futur Louis XIV on lit En matière de crime d État il faut fermer la porte à la pitié C est avec Fénelon que se répand pour la première fois un enseignement de nature différente en réaction aux excès belliqueux de Louis XIV l archevêque de Cambrai brosse dans son Télémaque et dans l Examen de conscience sur les devoirs de la royauté 11 le portrait d un prince débonnaire qui serait y compris dans ses méthodes de gouvernement et sa propension à la mansuétude directement inspiré de l esprit évangélique C est ainsi qu il éduqua le duc de Bourgogne héritier présomptif du trône jusqu à ce que Louis XIV l écarte de la fonction de précepteur Quelque lâche et corrompu flatteur ne vous a t il point dit que les rois ont besoin de se gouverner pour leurs États par certaines maximes de hauteur de dureté de dissimulation en s élevant au dessus des règles communes de la justice et de l humanité Message ambigu qui laisse entendre que la dissimulation serait contraire à la justice mais qui marque clairement une idéalisation de la fonction politique Le contraste est net avec Richelieu pour qui savoir dissimuler est le savoir des rois ou encore le secret est l âme des affaires Fénelon en cela précurseur de Jean Jacques Rousseau et du droit de l hommisme moderne met en garde le prince contre tous les abus de pouvoir qui pourraient être commis par ses officiers grands et petits à l encontre du peuple mais jamais contre les abus du peuple lui même tenu a priori pour innocent Il est vrai que pour Fénelon le pouvoir va de soi la seule question qui se pose à son dépositaire est la manière de l exercer Elle doit être réglée par la morale commune Cette attitude idéaliste était sans doute rendue possible par l enracinement exceptionnel de la dynastie capétienne au début du XVIII e siècle Mais c est à tort que certains ont pu confondre cet enracinement fondé sur des mécanismes anthropologiques et historiques que l on peut analyser avec l effet direct du droit divin Fénelon n alla pas jusque là mais il rendit possible cette attitude Les idées de Fénelon eurent un immense succès au XVIII e siècle Les philosophes des Lumières reconnurent en lui un de leurs inspirateurs Tout laisse penser que le jeune Louis XVI a été éduqué dans une atmosphère imprégnée des idées de Fénelon Le roi très chrétien ne saurait faire couler le sang de son peuple disait il volontiers en particulier lors de la prise de la Bastille ou de la journée du 10 août 1792 12 oubliant la rude répression des révoltes de Normandie par Richelieu ou de celles de Bretagne par Louis XIV Chez Louis XVI se conjuguent la conscience profonde d un droit transcendant et une approche étroitement moraliste de la fonction royale Les événements se chargèrent de lui montrer que la seule invocation du droit divin ne suffisait pas à soutenir la monarchie La monarchie absolue comme tous les régimes ne pouvait au nom d un principe surnaturel faire l économie de l art machiavélien de l exercice du pouvoir 13 Si la tradition a insisté sur la nécessité pour le monarque ou le chef politique quel qu il soit d avoir la main ferme c était au nom d une conception pessimiste de la nature humaine après la chute celle de saint Paul et de saint Augustin selon laquelle l homme déchu est intrinsèquement porté au

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  • N° 144-145 (septembre-décembre 2011) : La divinisation : Paix et guerre selon saint Augustin (Pierre-Yves Fux) - Revue Résurrection
    s agit de nous mettre entre les mains les textes majeurs du grand docteur africain sur la thème de la paix et de la guerre pris à ses sermons à ses lettres et à ses grands traités Le projet confié à P Y Fux est réussi avec brio Choix traduction et annotations sont au dessus de tout éloge Index et guide thématique sont également d une grande aide Il s agit de présenter dans toute sa richesse la pensée de saint Augustin qui s est élaborée dans le contexte de la fin de l Empire romain au moment où la Pax romana cède sous les coups de boutoir des invasions barbares Contrairement à ce qu on a trop dit il n est pas le théoricien d une Realpolitik camouflée en mystique Entre l idéal de la paix qu il exprime comme tranquillité de l ordre et la dureté du monde il sait très bien qu il y a des médiations nécessaires que la guerre qui est toujours un malheur ne peut être évitée dans tous les cas sous peine de maux plus grands et qu il convient alors de la mener courageusement mais non sans le respect de règles qui

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