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  • N° 144-145 (septembre-décembre 2011) : La divinisation : L'Antichrist (Collectif) - Revue Résurrection
    à Paris IV et dont on sait les liens avec l équipe de la Septante C est encore une fois la démonstration de la fécondité de la recherche biblique et patristique en Sorbonne à la suite de Henri Irénée Marrou de Marguerite Harl et de tant d autres Après une rétrospective solide sur les sources bibliques nous disposons d un dossier de textes des Pères sans équivalent jusqu ici 1 Car il ne s agit pas seulement des passages incontournables de saint Irénée ou de saint Augustin sur le sujet nous avons aussi la traduction d un traité d Hippolyte intitulé De Christo et Antichristo connu jusque là des seuls spécialistes Origène est présent à travers le commentaire de divers passages de l évangile de saint Matthieu Les Institutions divines de Lactance sont sollicitées On fait connaissance avec l étrange poème de Commodien probablement un disciple de saint Cyprien Voilà pour les auteurs d avant la paix de l Église Pour la suite ce sont Cyrille de Jérusalem Jérôme une homélie du IVe siècle attribuée à Hippolyte Augustin et Théodoret de Cyr qui sont cités à la barre Une typologie des textes relatifs à l Antichrist laisse apparaître comme on peut s y attendre plusieurs courants au départ ce qui domine est la vision ici qualifiée d historico eschatologique qui voit dans l Antichrist un personnage réel soit déjà présent soit sur le point d apparaître qui inaugure le jugement final mais par la suite domine une vision morale où le règne de l Antichrist est identifié au péché qui se répand jusque dans l Église ainsi qu une vision qualifiée de typologique qui voit l Antichrist derrière tous les ennemis de l Église et surtout les hérésiarques Néanmoins la considération de l eschatologie n est jamais absente du thème

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  • N° 144-145 (septembre-décembre 2011) : La divinisation : Proudhon et le christianisme (Henri de Lubac) - Revue Résurrection
    de l époque ont été fascinées par les récents progrès des sciences physiques et médicales qui autorisaient la mise en place de nouvelles techniques dans tous les domaines de la vie courante L homme pense se rendre maître de la nature et finalement y arrive au moins partiellement dans le domaine industriel Certains penseurs et Pierre Joseph Proudhon 1809 1864 en fait partie imaginent qu en matière d organisation sociale le moment est venu d introduire de la science dans la manière d ordonner les sociétés humaines pour les rendre plus efficaces plus justes et plus heureuses La justice c est véritablement le mot clé qui dirige la pensée et l action de Proudhon Sous ce vocable se dessine les contours de la société qu il appelle de ses vœux L intérêt de l étude du cardinal est de montrer que derrière cette notion de justice se dévoile effectivement toute la pensée de Proudhon pensée complexe mais pensée exigeante qui ne veut pas sacrifier à la simplification cette dernière conduisant toujours à une idéologie réductrice Mais Henri de Lubac a beau jeu de rappeler que la notion proudhonienne de justice fût elle la plus élevée ne peut être le dernier mot dans les rapports sociaux Aussi devons nous conclure que le progrès moral et social ne saurait consister uniquement dans l évolution qui transforme ce qui était jusque là devoirs de charité en devoir de justice La charité seule est perfection de la justice Dans la charité seulement toute justice sera accomplie La charité suppose la justice comme le Nouveau Testament suppose l Ancien Et pas plus que cet Ancien Testament n est détruit par le Nouveau la justice n est détruite par la charité Elle est assumée par elle et lui devient homogène Comme le Christ en un sens

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  • N° 143 (juillet-août 2011) : Guérir les blessures de l'âme ? : Éditorial - Revue Résurrection
    blessure intérieure il y a la foi n est pas là pour nous distiller un anesthésiant qui nous rendrait d un coup à l aise et bien dans notre peau La condition humaine est chose trop sérieuse pour qu il suffise de réparer certains dysfonctionnements Si le thème thérapeutique est présent dans la Bible pour parler du salut cf Ex 15 26 Dt 32 39 Tb 3 17 il n est pas le plus important L Ancien Testament déjà se méfiait de la figure du dieu guérisseur largement présente dans les cultures du Proche Orient ancien pour lui préférer celle du dieu sauveur le Dieu d Israël n est pas là pour réparer la nature humaine et lui permettre de poursuivre son cours comme avant une fois changée la pièce défectueuse mais il vient dévoiler le péché source de tous les maux et amener à une conversion radicale Toutes les ambiguïtés de la guérison magique et du retour cyclique des saisons sont résumées dans ce passage d Osée où les Israélites rêvent d un avenir plus heureux où Dieu est censé être présent au rendez vous or ce n est qu une illusion Retournons vers le Seigneur C est lui qui a déchiré et c est lui qui nous guérira il a frappé et il pansera nos plaies Au bout de deux jours il nous aura rendu la vie au troisième jour il nous aura relevés et nous vivrons en sa présence Efforçons nous de connaître le Seigneur son lever est sûr comme l aurore il viendra vers nous comme vient la pluie comme l ondée de printemps arrose la terre Osée 6 1 3 Le mérite de la Révélation chrétienne est de nous resituer dans une histoire bien plus longue que celle de notre vie pour nous aider à comprendre d où nous venons et où nous allons Ainsi peut elle se présenter comme l annonce d un salut et pas seulement comme une thérapie À nous il a été donné de connaître le projet de Dieu sur sa créature et ainsi de collaborer à l œuvre de restauration qu il a entreprise en son Fils Le plus clair de que nous révèlent les Écritures c est que l homme a été créé être de désir excentré de soi blessé d une blessure congénitale qui lui interdit à jamais toute satiété et tout repos en lui même et qui le projette en avant vers un autre être os de ses os et chair de sa chair signe de l Autre pour qui il a été fait et en qui seul il trouvera son repos La Révélation en fait de maladies de l âme parle surtout du péché qui est au fond un échec de ce désir non un mauvais désir mais une régression un repli sur soi qui aboutit au dégoût et à l impuissance Tous les autres désordres sont contenus en germe dans celui là soit à titre de causes soit plus souvent comme des conséquences Il appartient

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  • N° 143 (juillet-août 2011) : Guérir les blessures de l'âme ? : L'infini, blessure métaphysique - Revue Résurrection
    l oubli de la blessure Prenant appui sur la douce plainte de la Bien Aimée du Cantique des cantiques Je suis blessée d amour Grégoire le Grand évoque les atteintes que le péché font à l homme endurci avant de montrer comment l amour divin touche profondément l âme sensible l âme qui se sent en exil Cette blessure irréversible devient brûlure de flamme aspiration à l Unique seul Désir La santé du corps n a plus aucune importance pour celui qui a été frappé par la blessure de l amour En effet la santé d un cœur qui ignore la douleur de cette blessure doit plutôt être appelée maladie Mais lorsque le désir se met à aspirer fortement vers les choses du ciel et que la blessure de l amour devient sensible l âme qui auparavant était malade corporellement recouvre maintenant la santé grâce à la blessure La blessure lui rend la vraie santé parce que son trouble la rappelle vers la sûreté du repos intime de l amour Nous entendons déjà les objections mais il s agit ici d une blessure très particulière et le Cantique n est pas notre lot quotidien Or la blessure d amour est bien l unique blessure celle à laquelle toutes les autres les physiques les psychologiques ramènent Charles Péguy a écrit dans un texte prophétique la Note conjointe rédigée en 1914 la maladie de ses de nos contemporains qui n ont point de défauts dans l amure du moins en apparence Ils ne sont pas blessés Leur peau de morale constamment intacte leur fait un cuir et une cuirasse sans faute Ils ne présentent point cette ouverture que fait une affreuse blessure une inoubliable détresse un regret invincible un point de suture éternellement mal joint une mortelle inquiétude une invisible arrière anxiété une amertume secrète un effondrement perpétuellement masqué une cicatrice éternellement mal fermée Et il poursuit Parce qu ils ne sont pas blessés ils ne sont plus vulnérables Parce qu ils ne manquent de rien on ne leur apporte rien Parce qu ils ne manquent de rien on ne leur apporte pas ce qui est tout La charité même de Dieu ne panse point celui qui n a pas de plaies 14 Vouloir guérir de tout y compris de cette plaie ouverte qu est notre ouverture à l infini qui nous travaille c est une façon de se maintenir en prison une modalité de la servitude volontaire Loin d être signe d affaiblissement loin d être atteinte à la bonne santé la blessure est d abord réponse à la fermeture appel d air La blessure peut ainsi être vivifiante Un des proverbes de la Bible énonce Les blessures sanglantes sont un remède contre le mal les coups guérissent jusqu au fond de l être Pr 20 30 Comme l exprimera saint Jean de la Croix dans sa chanson de l âme intitulée Vive Flamme d amour 2 16 Ô vie divine tu ne tues que pour donner la vie et tu ne blesses que pour guérir Oui tu m as blessée pour me guérir ô divine main Tu as donné la mort à ce qui me tenait dans la mort Sur le plan terrestre on peut mourir de ses blessures mais dans le combat spirituel on vit de la blessure c est par elle que peut advenir le règne de Dieu Les prophètes le crient à leur peuple et Jérémie se fait le porte voix de YHWH lorsqu il clame Incurable est ta blessure inguérissable ta plaie 15 Ce n est pas là malédiction lancée par l Éternel mais bien plutôt chant d espoir toujours repris paroles d amour venues d un Dieu qui se dit lui même blessé et tourmenté par l infidélité de son peuple La voie ascétique des sagesses de ce monde prescrivant l impassibilité face aux blessures de l âme prônant de ne désirer que ce que l on a de se satisfaire de ce qui est de préférer changer son désir plutôt que l ordre du monde se trouve aux antipodes de l attitude chrétienne A la différence du sage selon ce monde le sage selon Dieu ne recherche pas prioritairement la sérénité la tranquillité de l esprit à s insensibiliser au mal Le Christ n est pas un anesthésiste En s enfermant dans sa tour d ivoire pour gagner en sérénité en désirant se couper du monde pour n en être pas affecté le sage prétendument chrétien se renferme sur lui même et assèche son humanité à ne se contenter que de sa seule satisfaction Les sages de ce monde qui croient habile de s insensibiliser contre le mal ne sont que des demi habiles le chrétien lui loin de se protéger du mal s y expose dans la mesure où la hauteur de son exigence l intensité de la vie qui l anime le rend perpétuellement insatisfait face au scandale du mal dans le monde Pour ce qui est du sage stoïcien ou épicurien cuirassé dans son impassibilité étranger à toute souffrance seul un coup de grâce venant de l extérieur peut l ouvrir il est semblable à ce rocher car il se fait un cœur de pierre frappé par Moïse d où Dieu seul peut faire sourdre une source 16 L attitude prétendument sage aux yeux du monde qui fait de la recherche de la paix intérieure la priorité des priorités fut ce au prix d une insensibilisation à l égard du monde manque d humanité Humains nous le sommes d être insatisfaits de notre environnement comme de nous mêmes de tendre à nous dépasser sans cesse de chercher constamment à repousser nos limites à commencer par celles supposées de notre nature et à ne nous contenter de rien de fini Méphisto parvient il à apaiser le désir du docteur Faust Non et Locke souligne combien l inquiétude uneasiness est spécifique de notre humanité 17 Comme l écrit Pierre Marie Hasse Il y a dans le monde un singe fou tantôt à respirer dans l eau tantôt à sillonner les airs un singe foreur qui fait la taupe et cracheur de feu qui se voit dragon Un singe à singer les anges libres de la forme où ils se présentent aux mortels On appelle humanité l incurable psychose d être né l infini en tête Sagesse un remède à son tourment 18 Et il commente L homme est l animal malade par excellence écrivait Nietzsche En aura t il pourtant jamais manqué de thérapeutes à vouloir guérir l homme de son humanité Là voilà bien l illusion comique folie dans la folie l insatisfaction de l insatisfaction Nietzsche lui même en a vu la faille et elle ne le fait pas rire Seulement content à proportion de la valeur qu il leur reconnaît d avoir voué à l inepte les Épicure Bouddha ou Spinoza de tout poil un fascinant effet de sens du non sens le ramène à son avoine Amor fati tel sera mon dernier amour Aussi sain que le gibbon qui s était endormi devant son propre reflet il se réveille l œil frais dans l innocence retrouvée d une mémoire virginale Les guérisseurs n ont pas à désespérer d effacer toute étincelle d humanité de la planète sous le couvert du louable projet de changer l homme On n a pas besoin d attendre l invasion des étoiles ces extra terrestres seront extraits de la Terre Je vois une apocalypse d abord intérieure un aplatissement un affaissement au ralenti tout en douceur Les anesthésiants ne feront pas défaut toutes les sagesses du monde en regorgent déjà Mobilisation générale pour en finir avec l infini Tous les moyens sont bons A rebours de ces sagesses mondaines le Christ lui est venu creuser notre insatisfaction nous rendre plus sensible le scandale du mal attiser notre révolte aviver notre blessure face aux dérèglements de la Création Et cela à la mesure même où il est venu nous apporter la Vie c est à dire ici un regain de vie qui nous rend plus sensible encore l épreuve de la mort de même que dit Pascal c est à la mesure de ce qu il lui reste de santé que le malade peut éprouver sa maladie 19 ce n est qu à la mesure de ce qu il nous reste de liberté que nous pouvons éprouver l aliénation comme aliénante et ce n est que dans la mesure où nous excédons nos limites que nous pouvons les ressentir comme limitatives L impassibilité n est pas un idéal humain 20 Déshumanisé celui qui reste indifférent à la souffrance d autrui étranger à lui même celui qui demeure étranger à tout ce qui est humain Il n est pas pire mal que de s insensibiliser au mal Le châtiment du mal dit Platon est de n en pas souffrir sans quoi on n en souffrirait qu à la mesure de ce qui nous resterait de bonté 21 et pire encore qu il profite à son auteur et que lui s en réjouisse Car il n aura dès lors été que mauvais incapable par conséquent de ressentir ce mal comme un mal et là sera pour toujours son châtiment Autrement exprimé il n y a pas de châtiment du mal si le mal est de corriger un mal par le mal 22 Par conséquent le seul châtiment du méchant c est sa méchanceté non pas qu il soit malheureux d être méchant car cela manifesterait en lui un fond de bonté Son châtiment sera d avoir été mauvais en lui l humanité aura été dégradée il ne s en rendra même pas compte il sera content de lui il n aura simplement pas été conforme à l idée d homme il se sera condamné lui même à n en être qu un avorton Le premier mal pouvons nous donc penser à la suite de Pascal c est notre insensibilité au mal 23 Heureux dès lors ceux qui souffrent c est à dire ceux qui n éprouvent pas le mal comme indifférent précisément parce qu il leur reste un fond de bonté qui n éprouvent pas le besoin de réduire la malignité du mal en le justifiant en lui trouvant de bonnes raisons Le mal est absurde ou il n est pas un mal Le mal est dans l absurdité du mal Toutes les sagesses du monde se sont efforcées de lui trouver quelque nécessité qui eût permis de porter sur lui un regard plus serein car si le mal est nécessaire il doit être possible de s en accommoder Du moins cela devient il désirable Mais alors tout le mal serait de voir dans le mal une absurdité car c est encore un mal que de mal penser Or ce serait penser d une manière absurde que de concevoir comme absurde ce qui serait nécessaire Aussi l erreur n est elle pas de voir dans le mal une absurdité mais de croire possible de réduire l absurdité du mal à quelque nécessité que ce soit En faire la cause ou la conséquence d autre chose que de lui même c est à dire d un bien ce n est rien de plus que d en nier l existence La véritable Sagesse apprend au contraire à le reconnaître pour ce qu il est afin de ne pouvoir s en satisfaire Ne pas se satisfaire du mal c est la seule voie par où il soit possible d accéder à sa délivrance La Sagesse du monde ne recherche rien tant que d assurer à l homme quelque indéfectible moyen de se mettre à l abri du malheur et de parvenir ainsi à la plus invulnérable sérénité Il n y a que la Sagesse d en haut pour oser proclamer Heureux ceux qui souffrent et pour enseigner un bonheur qui ne se fasse pas une raison du mal Heureux ceux qui souffrent en effet heureux les pauvres et les miséreux de toute espèce non parce que la richesse ni aucun bien terrestre ne suffiraient au bonheur car c est tout le contraire qui est vrai tout le malheur du monde est que de tels biens suffisent ils font le bonheur de ceux qui s en satisfont parce que c est là ce qu ils désirent Et malheur à eux de se satisfaire de si peu car ils n auront pas davantage La véritable Sagesse n enseigne pas qu il faut pour vivre heureux savoir se contenter de peu Elle proclame heureux ceux qui souffrent et ceux qui souffrent ne se contentent pas Toutes les béatitudes ne sont adressées qu aux seuls insatisfaits parce que l insatisfaction a sa source dans le désir et celui dont le désir cherche en vain de quoi se satisfaire dans le monde c est que son désir n a pas son origine dans le monde ni sa fin dans un bonheur qui appartiendrait au monde Mais il ne peut avoir son origine et sa fin que dans un être plus désirable que tout ce qu il est possible de connaître au monde Et celui qui désire d un tel désir peut bien être dit heureux car c est à la seule jouissance de l être le plus désirable que son désir le prépare Il y a quelque chose d insensé à ne pouvoir se satisfaire de l absence de justice de douceur de pureté ou de paix dans le monde et sur la terre quand on sait que la terre est humainement vouée à l injustice à la dureté à l impureté à la guerre et désirer contre tout désir qu il en soit autrement préférer l insatisfaction du réel au réalisme de la résignation c est préférer à la sagesse du monde la folie de Dieu laquelle ne peut venir que d en haut Or c est justement parce qu il serait possible à l homme de se satisfaire de ce qui est en quoi la sagesse du monde raisonne bien c est pour cette raison même que ce désir dont il souffre serait incompréhensible et insensé s il n avait sa racine en dehors du monde et s il n appelait une satisfaction qui déborde la capacité du monde La seule persistance en l homme du désir du seul Désirable est ce qui lui rend si indésirable son état présent et il est vrai que dans ce désir il n y a pas seulement la promesse du bonheur mais le signe d un bonheur présent puisque le Désirable seul peut donner de le désirer Mais en même temps loin de rendre celui qui l éprouve insensible au mal un tel désir ne peut qu en augmenter encore la souffrance et interdire de s y résigner Tel est le paradoxe des Béatitudes le Paradoxe par excellence Heureux ceux qui souffrent car ils ne souffrent que dans la certitude qu il devrait en être tout autrement de ce qui est et qu ils ne sont pas faits pour la souffrance mais pour la joie Et malheur à ceux que le malheur n atteint plus car ils sont frappés d une insensibilité qui n est autre que celle de la mort elle même Et pourtant de même que l absurdité du mal ne peut qu en obscurcir le discernement de même c est sa propre misère qui endurcit le misérable jusqu à le rendre insensible au mal En effet celui dont le désir est d être satisfait comment ne tendrait il pas de tout son être à se prémunir contre toute insatisfaction et à défaut de pouvoir en supprimer la cause comment ne chercherait il pas toujours à en prévenir l effet C est ainsi que le mauvais s enferme dans son mal et il n y est pas enfermé par un nouveau mal mais c est le mal du mal que de rendre insensible au mal Aussi n est il pas possible à celui qui de lui même s y est enfermé de s en délivrer par lui même Cette sensibilité au mal qu il a désormais perdue il ne peut la retrouver qu en acceptant de renaître et pour cela d être à nouveau engendré par celui là même qui lui avait déjà donné la vie le Principe éternel le Donateur de tous les dons 24 C est un thème constant de la spiritualité de Simone Weil Pour elle il faut refuser la tentation de justifier le mal en vue de nous le rendre plus acceptable moins douloureux Écarter les croyances combleuses de vide adoucisseuses des amertumes 25 car aucun motif quel qu il soit qu on puisse me donner pour compenser une larme d un enfant ne peut faire accepter cette larme 26 La blessure face au scandale du mal doit rester vive ne pas s en trouver blessé serait signe d inhumanité Naturellement nous tendons à fuir cette blessure en cherchant des consolations c est la raison pour laquelle nous avons à nous aboucher au surnaturel qui en restaurant en nous les conditions d une vie saine ravive notre perception du mal comme tel Si l on désire un amour qui protège l âme contre les blessures il faut aimer autre chose que Dieu écrit elle et en particulier se détourner des religions anthropomorphiques qui sur le fondement d une fausse image de Dieu conçu pour répondre à nos attentes ont pour fonction de consoler de guérir d apaiser Les mettant toutes dans le même sac Octavio Paz écrit dans La Flamme double essai sur l amour Le baume qui cicatrise la blessure se nomme religion le savoir qui nous amène à vivre avec notre blessure se nomme philosophie Et la haute folie pourrions nous ajouter qui nous fait vivre de notre blessure se nomme mystique La mystique chrétienne étant celle qui nous fait vivre des blessures du Christ et de la vie jaillissant de son côté en particulier On retrouve cette idée dans un jeu de mots que fait en latin saint Bernard méditant sur le Crucifié le clou clavus qui

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  • N° 143 (juillet-août 2011) : Guérir les blessures de l'âme ? : Le lieu du cœur - Revue Résurrection
    nos habitus il s agit de repérer le point de sensibilité là où le nœud n est pas encore complètement serré où la corde coulisse encore Selon les cas et les individus le point peut varier mais il existe toujours cette décision qui risque de passer inaperçue dont le démon a intérêt à ce qu elle reste inaperçue d où dépend le maintien de notre esclavage ou le début de notre liberté C est le rôle irremplaçable du sacrement de pénitence que de redonner à l homme la possibilité de vouloir et d avancer Loin de le culpabiliser en le confrontant à un idéal de moralité irréalisable il lui rend sa dignité en lui offrant la possibilité concrète de se désolidariser de ses fautes et d accepter la lutte 4 puis de voir cet écart agrandi par l effet de la grâce sacramentelle Il y a là dessus une anecdote célèbre qui en dit plus long qu un discours c est l histoire du vieux marin qui à l heure de mourir n arrivait pas à regretter certaines aventures galantes vécues au temps de sa jeunesse il se les rappelait encore avec tellement de plaisir que son confesseur désespérait de l amener à la contrition Après avoir essayé de lui représenter l horreur du péché il dut constater que le mourant était bien d accord avec le principe mais n arrivait pas à sentir du regret Mais au moins regrettez vous de ne pas regretter finit il par lui dire Oui bien sûr lui répondit l autre la condition était cette fois ci suffisante pour lui donner l absolution et celle ci à son tour lui permit de regretter plus complètement ses fautes passées Là où le péché aboutit selon la loi de l entropie à l immobilisme la grâce restaure le mouvement et permet à la liberté d émerger le moi profond qui sommeille au fond de tout homme enfin appelé par son nom réveillé de son sommeil de mort peut prendre progressivement même si ce n est pas sans rechutes ses distances par rapport à la pression des déterminismes Sans les méconnaître et sans jamais s en affranchir totalement il fraie sa voie personnelle sous le regard de Dieu On constate dans la vie des saints une souplesse retrouvée et surtout une lucidité plus grande qui les amène à identifier le mal à sa racine dans les premières complaisances avec l Ennemi C est pourquoi à les entendre la perfection est chose si simple il n y a qu à vouloir être pauvre renoncé obéissant Tout devient moyen d aller à Dieu parce que tout est immédiatement polarisé par lui Les habitus n ont pas disparu mais on a appris à les connaître et à ruser avec eux on s épargne moins et l on ne cherche plus à se pelotonner frileusement dans d équivoques compromis 5 Ce que nous disons ici du combat moral rappelle à s y méprendre la ré flexion des Pères du désert et des spirituels orientaux à propos de la prière Partis d une position assez platonicienne qui attribue au corps l existence des distractions tandis que l âme aspirerait naturellement à s élever vers la contemplation ils en vinrent à privilégier de plus en plus le cœur comme le lieu d un éveil spirituel au terme duquel l homme parvient à la prière ininterrompue 6 Le changement est significatif il ne s agit pas de quitter son corps comme si l âme était plus immédiatement accordée à Dieu En réalité le psychisme porte lui aussi les séquelles du péché il est lui aussi agi les pensées au lieu d être unifiées par la volonté qui veut retourner vers Dieu possèdent plus ou moins leur autonomie et poursuivent leur course folle selon des lois qui nous échappent Vouloir les combattre de front est là encore un rêve et un effort qui nous détourne finalement de Dieu comme le soulignent nos auteurs Pour eux c est bien le Christ qui apporte la liberté et de deux façons En s offrant à la contemplation il arrache l homme à la considération de soi même et à l illusion d un recueillement qui ne serait qu une technique de concentration Tel est sans doute le sens le plus profond de la rumination du nom de Jésus 7 De plus par l infusion de l Esprit Saint il éveille la personnalité spirituelle profonde ce que l on va justement appeler le cœur Celle ci se situe de toute évidence très au delà des opérations psychologiques ordinaires tout entière ramassée dans la volonté qui aime elle peut alors assister aux distractions sans se laisser troubler par elles 8 Elle transcende même à la limite l alternance de la veille et du sommeil On retrouverait chez les mystiques occidentaux des phénomènes comparables de sur conscience la fine pointe de l âme dépassant l émiettement des sensations fugitives dans un regard simple sur le Christ ou la Trinité Avec ces cas limite il nous faut peut être comprendre que la vie spirituelle est fondamentalement passage du déterminisme à la liberté L homme esclave du monde des choses dont il était censé être le maître immergé dans le présent et le visible se découvre même au sein de la relation avec Dieu dominé par le monde dont il a pris l empreinte En se risquant dans l oraison en acceptant de perdre pied et de sortir d un déroulement prévisible et maîtrisable il introduit une première brèche par où va s engouffrer la grâce Découvrant l humanité du Christ dans la pédagogie de ses manifestations il est arraché à lui même et perçoit une altérité à la fois toute proche et donc perceptible pour lui et riche de la richesse même de Dieu À mesure qu il avance dans cette contemplation sa liberté se fortifie et l homme devient capable de vouloir aimer c est à dire d animer d une intention le mouvement de sa prière comme pour ces oraisons

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  • N° 143 (juillet-août 2011) : Guérir les blessures de l'âme ? : La question de l'âme à la lumière des sciences contemporaines : les réflexions d'Henri Bergson et leur postérité - Revue Résurrection
    essentiel pour l actualisation des souvenirs pour leur fournir un point d attache avec l actuel mais en aucun cas le cerveau n emmagasine des souvenirs ou des images 17 Cette distinction qui n est pas une séparation permet seule d aborder la relation entre esprit et matière en évitant de considérer le physique et le moral comme des duplicata l un de l autre Tout le travail de Bergson consiste à reprendre la description de la perception en évitant deux écueils le matérialisme qui fait de la conscience un simple épiphénomène sans aucun rôle mais aussi l idéalisme Ce dernier cherche à identifier la conscience que nous avons des choses avec les lois qui les gouvernent certes toutes les choses que nous percevons obéissent à des lois s enchaînent de façon déterminée mais notre perception si on la considère pour elle même en nous dégageant de nos habitudes apparaît en réalité comme radicalement différente En effet un simple mouvement de ce qui ne devrait être qu une image comme les autres mon corps entraîne un bouleversement de ce que je perçois qui ne s explique plus par les lois que j observe dans les choses par exemple que je ferme les yeux et c est toute la dimension visible des objets qui s efface alors que les lois qui régissent ces derniers n impliquent pas leurs possibles disparitions et réapparitions subites Ma perception ne se superpose pas aux lois que mon intelligence découvre L écueil de l idéalisme affirme donc Bergson est dans ce passage de l ordre qui nous apparaît dans la perception à l ordre qui nous réussit dans la science ou s il s agit plus particulièrement de l idéalisme kantien dans le passage de la sensibilité à l entendement 18 L idéalisme donne indûment à la perception un rôle spéculatif celui de connaître les choses et non de préparer des actions sur elles et ce faisant il échoue à passer de l ordre de la perception à celui de la représentation Il en va de même dans ce que Bergson appelle le dualisme vulgaire c est à dire une conception plus ou moins naturelle des rapports entre matière et esprit comme deux substances distinctes il aboutit lui aussi toujours à l une ou l autre de ces positions qu il considère les mouvements cérébraux comme la cause de notre représentation des objets matérialisme ou comme leur simple occasion idéalisme Comment comprendre alors le rapport de la perception et de la mémoire à l action que prépare le corps Bergson avance que le rôle premier de la mémoire est de suggérer à partir des souvenirs la décision la plus utile Quant à la perception qu il s efforce de décrire d abord dans son fonctionnement pur elle vise non pas à créer quelque chose à ajouter quelque chose à ce qui est perçu mais au contraire à sélectionner dans l ensemble des objets une action possible en éliminant ce qui serait superflu Dès lors notre connaissance de la matière n est ni subjective puisqu elle est dans les choses plutôt qu en moi ni relative il n y a pas entre le phénomène et la chose un rapport de l apparence à la réalité mais de la partie au tout Ce constat est essentiel pour comprendre l apport de l approche bergsonienne par une description précise de l expérience que nous pouvons faire de notre perception il montre l insuffisance d une doctrine comme l idéalisme à expliquer le réel et permet de ce fait de penser comment la matière et l esprit se rencontrent effectivement plutôt que d être face à face sans qu il soit alors possible de comprendre comment ils interagissent l un sur l autre Le réalisme quoiqu il s oppose à l idéalisme n est pas non plus épargné car il pose un même problème lorsqu il envisage l espace comme un milieu donné préalablement et servant de support à la réalité ou permettant aux sensations de se coordonner entre elles comme dans l idéalisme la perception est orientée en direction de la connaissance pure plutôt que de l action Il faut donc revenir à l idée que le monde est une continuité étendue dont le centre est constitué par notre corps qui est le centre d une action réelle Nos besoins et nos actions découpent dans la matière d autres corps d autres objets et cette action virtuelle des choses sur notre corps et de notre corps sur les choses est notre perception même L état cérébral n est ni la cause ni l effet ni le duplicat de la perception il lui correspond exactement il la continue la perception étant notre action virtuelle et l état cérébral notre action commencée 19 Ce tableau de ce que serait la perception pure n est qu un premier pas auquel Bergson ajoute une analyse des sensations ou affections qui permet de poser sous un jour nouveau la question du subjectif et de l objectif Il analyse les affections comme des perceptions dans lesquelles entre quelque chose de notre propre corps et non plus des images ou du moins pas seulement puisque la surface de notre corps nous est donnée à la fois sous forme de sensations et sous forme d image 20 Dans ce cas la perception ne dessine plus des actions possibles sur d autres corps mais une action réelle sur notre propre corps et c est en ce sens d intériorité de la sensation affective que l on peut parler de subjectivité l objectivité désignant tous les autres corps qui ne sont perçus que sous forme d image Il ne s agit toutefois pas encore de l esprit pour en toucher la réalité il faut se placer au point où une conscience individuelle prolongeant et conservant le passé dans un présent qui s en enrichit se soustrait ainsi à la loi même de la nécessité qui veut que le passé se succède sans cesse à lui même dans un présent qui le répète simplement sous une autre forme et que tout s écoule toujours 21 Avec la mémoire intervient la représentation d un objet absent en l analysant il est donc possible de discerner si c est bien notre état cérébral qui engendre la représentation comme l affirment conjointement matérialisme ou idéalisme auquel cas le souvenir constitue une répétition atténuée du même phénomène cérébral une nouvelle perception mais affaiblie ou bien si l état cérébral au lieu de l engendrer est une continuation de la perception auquel cas de la même manière il peut prolonger et faire aboutir le souvenir mais non le faire naître Dans cette dernière hypothèse et puisque Bergson a montré que la perception était quelque chose de l objet lui même la représentation de l objet absent le souvenir doit être un phénomène distinct par nature de la perception C est entre ces deux hypothèses générales que l expérience selon Bergson permet de trancher sur deux points successifs la mémoire est elle ou non une fonction du cerveau et le souvenir est il une perception affaiblie marquant une simple différence de degré ou bien est il autre chose Sur le premier point l étude des diverses maladies de la mémoire à partir des résultats cliniques et des hypothèses des années 1880 permet de constater qu une lésion déterminée ne correspond pas à un oubli de souvenirs déterminés et qu au contraire une amnésie concernant une période donnée de notre existence ne correspond pas à des lésions cérébrales précises Ce qui est atteint c est ce que Bergson appelle la faculté de rappel laquelle s avère diminuée dans sa vitalité 22 dans son rapport avec la situation présente Le passé et le présent peuvent arriver au contact l un de l autre de deux façons différentes où le cerveau n apparaît jamais comme un réservoir de souvenirs Ou bien le corps réagit à une situation habituelle par une réaction motrice déterminée mais en ce cas tout se fait de façon passive si les mécanismes moteurs sont atteints la mémoire peut en être affectée ou bien il y a un processus actif de reconnaissance c est à dire que des images souvenirs se portent au devant de la perception présente parce qu ils ont un moyen d actionner dans le cerveau les mêmes appareils que ceux que la perception utilise et ainsi de prendre sa place Des lésions concernant des régions motrices et sensorielles peuvent ainsi supprimer le point d accroche permettant à certains types de souvenirs auditifs visuels moteurs plutôt que liés à une époque ou à un ensemble d associations logiques de s actualiser Ainsi la reconnaissance ne se fait pas par un réveil mécanique de souvenirs assoupis dans le cerveau mais implique une tension plus ou moins haute de la conscience qui va chercher dans la mémoire pure les souvenirs purs pour les matérialiser progressivement au contact de la perception présente 23 La mémoire n est donc pas une fonction du cerveau En ce qui concerne la nature du souvenir Bergson montre comment l idée d une perception affaiblie devrait entraîner des confusions qui ne se produisent pourtant pas Surtout il explique que cette hypothèse vient de l oubli de la destination pratique de nos états psychologiques actuels cela conduit à assimiler perception et souvenir comme deux états contemplatifs qui ne se distingueraient que par leur intensité Or la distinction entre présent et passé ne se situe pas là le présent est ce qui agit sur nous et nous fait agir tandis que le passé est ce qui n agit plus mais pourrait agir en s insérant dans une sensation présente cessant par là même d être souvenir pour devenir perception Le souvenir pur apparaît alors bel et bien comme une manifestation spirituelle Il est essentiel de prendre en compte la multiplicité des plans de conscience qui s étagent de l action jusqu au rêve plus un souvenir est mobilisé dans sa complexité et sa singularité dans son étendue plus on s éloigne de l action vers le rêve tandis que le plan de l action en tant que tel ne contient que des habitudes motrices Ce constat conduit à reprendre de façon nouvelle la compréhension des deux principaux biais par lesquels on considère généralement que les souvenirs sont associés entre eux à savoir la ressemblance et la contiguïté Dans l action ces deux modes se confondent au profit d une capacité à agir éclairée par le souvenir de situations similaires ressemblance et orientée par des enchaînements déterminés d actions contiguïté connus précisément par leur ressemblance avec des situations déjà expérimentées Au contraire le plan du rêve présente des souvenirs dans leur caractère unique l absence d action détermine une absence de contiguïté ou de ressemblance entre des souvenirs considérés pour eux mêmes Le degré de tension de la conscience qui la conduit à s élever ou à descendre entre les multiples plans intermédiaires détermine donc des degrés variés de rapprochement et d association entre les souvenirs Dans cet étagement notre corps apparaît comme le dernier plan de notre mémoire la pointe mouvante que notre passé pousse à tout moment dans notre avenir 24 Plus largement après des analyses où il s est efforcé de distinguer des réalités à l état pur Bergson souligne que toute perception dans des situations concrètes occupe une certaine épaisseur de durée prolonge le passé dans le présent et participe par là de la mémoire La perception concrète est en effet une synthèse du souvenir pur et de la perception pure La mise en évidence des degrés de tension de la conscience entre perception et mémoire ou entre matière et esprit permet de sortir de trois dialectiques suscitées par un dualisme suivant jusqu à son terme le travail de distinction de l entendement à la place d une opposition entre étendu et inétendu paraissant inconciliables Bergson introduit l idée d extensif qui a l avantage d admettre des degrés de la même manière l idée de tension lui permet de concilier l opposition entre qualité ce qui serait dans les souvenirs purs et quantité ce qui relève d une pure action motrice Enfin et de façon peut être plus essentielle encore il est possible d éviter l affrontement entre liberté et nécessité L esprit emprunte à la matière les perceptions d où il tire sa nourriture et les lui rend sous forme de mouvement où il a imprimé sa liberté 25 Plutôt que d envisager l affrontement de deux réalités extérieures l une à l autre Bergson met en évidence des pôles entre lesquels se meut la conscience sans jamais pour ainsi dire résider dans l un ou l autre de façon totale Ce qui est donné de façon immédiate ce n est pas une séparation dont on serait bien en peine d expliquer comment elle conduit ensuite à une interaction c est une participation entre deux termes opposés selon des degrés divers Les acquis de la science sont absolument nécessaires pour conduire cette analyse mais c est en mettant en évidence les méthodes et les présupposés de celle ci que Bergson a pu y adjoindre une authentique réflexion métaphysique qui n est pas un deuxième discours se superposant au premier sur un plan abstrait mais la saisie méthodique et réfléchie de l esprit par lui même selon l ordre qui lui est propre Récapitulant dans La Pensée et le mouvant les acquis de son travail Bergson explique qu il lui est apparu que le rôle du cerveau était de choisir à tout moment parmi les souvenirs ceux qui pouvaient éclairer l action commencée d exclure les autres de telle sorte que le rôle du corps était ainsi de jouer la vie de l esprit d en souligner les articulations motrices comme fait le chef d orchestre pour une partition musicale le cerveau n avait pas pour fonction de penser mais d empêcher la pensée de se perdre dans le rêve c était l organe de l attention à la vie 26 Mais la conclusion la plus forte fut sans nul doute celle ci nous nous aperçûmes que l expérience interne à l état pur en nous donnant une substance dont l essence même est de durer et par conséquent de prolonger sans cesse dans le présent un passé indestructible nous eût dispensé et même nous eût interdit de chercher où le souvenir est conservé 27 C est là qu émerge de façon décisive la réalité de l esprit par contraste avec la matière dans cette durée hétérogène au temps physique dont la mise en évidence constitue le point focal de toute l œuvre philosophique de Bergson Ce qui empêche généralement de saisir la réalité spirituelle c est donc cette tendance de l intelligence humaine à tout ramener à de l étendu à du spatialisé quand la réalité spirituelle est fondamentalement durée Elle ne peut être saisie que par l esprit dans un processus réflexif et non pas dans un travail de la seule intelligence la spatialisation et l objectivation du monde annulent toute possibilité de saisir ce qui relève de la durée seule c est à dire spécifiquement de l esprit La postérité et les enjeux des thèses de Bergson Ancrées sur des observations scientifiques les analyses de Bergson dépendent donc dans une large mesure de la précision de celles ci Si Bergson a pu faire figure de précurseur grâce à un examen minutieux des résultats de la science de son temps la question se pose de savoir ce que valent encore ses hypothèses à la lumière des percées scientifiques considérables permettant désormais d observer le fonctionnement du cerveau non seulement de façon beaucoup plus fine mais encore en interagissant en direct sur ses opérations ce qui permet une moisson d informations sans commune mesure avec l analyse des seules aphasies abordée par Bergson Si l on étudie les diverses conclusions maintenant peut être déjà un peu anciennes au regard de l évolution extrêmement rapide des neurosciences du colloque que nous évoquions en ouverture il semble apparaître que même les critiques qui se voudraient les plus radicales et appuyées sur des expériences scientifiques incontestables ne remettent pas en cause les hypothèses de Bergson C est ce que montre notamment une communication de Pete A Y Gunter Après avoir évoqué quelques grandes mutations de paradigmes scientifiques il décrit ainsi le discours que certains peuvent revendiquer concernant les neurosciences en des termes qui expriment sans doute fort bien également une attitude plus générale à l égard des sciences et des questions spirituelles en notre temps Il semble maintenant c est du moins ce que l on prétend que nous nous trouvions à un autre semblable tournant un de ceux qui laissent les obscurantismes religieux et métaphysiques traditionnels figés dans la poussière de l ignorance et de la superstition et qui érigent à leur place la citadelle resplendissante et inviolée de la science dans le cas présent la science du cerveau C est à dire qu une fois de plus l heure est venue Nous en savons maintenant suffisamment sur le cerveau pour ainsi dire pour nous emparer de ses précédents locataires mémoires âmes et esprits et les bannir une fois pour toutes de la sphère de l existence Il reste un seul effort à faire et cette Bastille tombera elle aussi 28 Mais il montre comment des expériences brandies notamment par Jean Pierre Changeux l un des chercheurs les plus en vue des dernières décennies et en même temps l un des plus ardents à critiquer Bergson ne font qu illustrer les thèses défendues par ce dernier Les neurosciences développe t il sont encore dans l attente d un paradigme universel qui emporterait l adhésion des chercheurs lesquels proposent encore des hypothèses contradictoires les uns avec les autres L interprétation des multiples expériences demeure un problème essentiel empêchant de les brandir contre telle ou telle théorie De fait la plupart des discussions de ce colloque concernent la cohérence propre des thèses de Bergson leur richesse ou leurs limites sur un plan

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  • N° 143 (juillet-août 2011) : Guérir les blessures de l'âme ? : Guérir les blessures de l'âme ? - Revue Résurrection
    pourtant adultère fait dire à l ange gardien qui veille sur Doña Prouhèze cet orgueilleux son amant il n y avait pas d autre moyen de lui faire comprendre le prochain de le lui faire entrer dans la chair Il n y avait pas d autre moyen de lui faire comprendre la dépendance la nécessité et le besoin un autre sur lui III e journée scène 8 B Nos blessures et la manière de les traiter Les causes de nos blessures Cette nature essentiellement désirante de l être humain explique que lorsque son désir est mal ordonné l homme soit atteint profondément dans son corps et dans son âme La Bible nous donne une vision unifiée de l homme fait pour Dieu à la fois dans son cœur et dans sa chair Lorsque l amour de Dieu n est plus à sa place c est tout l homme qui est atteint Certes le péché dans son origine est une attitude du cœur éminemment intérieure et personnelle un refus de confiance une volonté de se saisir des dons déjà reçus pour les posséder sans référence au Créateur une fuite devant sa responsabilité Mais ses conséquences que la Bible appelle parfois aussi péché mais plus couramment mort concernent tout l être humain la mortalité héritée d Adam la désorganisation du rapport au cosmos et la désintégration de projet de Dieu sur le couple humain Le péché des origines ne se transmet pas seulement par imitation mais se propage par une sorte de solidarité invisible image inversée de la communion des saints car l humanité avait été voulue en Adam famille et pas seulement individu C est pourquoi l être qui naît même s il n a pas commis de faute personnelle est déjà porteur d un double handicap il hérite d une part de la mortalité et de la souffrance et d autre part il fait l épreuve en lui même d une propension au mal d une incapacité à rejoindre spontanément la volonté de Dieu Le baptême qui nous arrache à ladite néfaste solidarité avec Adam ne nous retire pas les conséquences à la fois intérieures et extérieures de la séparation désordre de la volonté ce qu on appelle concupiscence et faiblesse de notre chair Dans ce dernier domaine il faut placer non seulement les maladies physiques mais aussi les maladies psychiques les blessures de l âme qui sont un mal subi échappant largement à la responsabilité du sujet même si le péché personnel n est pas toujours étranger à certains désordres D autre part il faut tenir compte de l action du Démon qui ange déchu et non pas Dieu du mal exploite tout ce qui affecte l homme pour le détourner de Dieu et l inviter au péché à la défiance et au découragement C est lui qui utilise les pouvoirs qu il a reçus de Dieu sur la nature pour semer des perturbations anarchiques dans l œuvre du Créateur qui font parfois douter de sa bonté Il est derrière les maladies du corps et de l âme comme derrière les catastrophes naturelles L exemple de Jésus dans l Évangile nous prouve que certaines maladies de l âme ont une gravité particulière et requièrent un traitement spécial l exorcisme qui n est pas tout à fait identique avec les guérisons physiques qu il provoque par ailleurs Les blessures qui nous affligent et qu il faut soigner À l exemple de Jésus le christianisme n a jamais pris son parti des maux qui affectent l humanité Loin de prêcher un message de résignation ou de se limiter à l espérance de l au delà il s est attaqué à tous les symptômes du mal Tout en redisant que l homme doit avant tout se convertir et revenir à Dieu elle n a jamais cessé d encourager les efforts des médecins et des chercheurs Sur tous les plans les chrétiens les prêtres les religieux et religieuses se sont dépensés sans compter pour soulager le fardeau de l humanité souffrante si bien que toutes les institutions ultérieurement mises en place par nos sociétés sont nées du travail de l Église Face aux maladies psychiques plus difficiles à cerner la démarche a été un peu plus hésitante L Église n a jamais manqué de pratiquer l exorcisme sur les cas qui paraissaient de l ordre de la possession en réservant néanmoins celui ci au jugement de l évêque et de ceux qu il avait choisis à cause de leur discernement Mais à mesure que l on prenait plus nettement conscience des blessures purement psychologiques la sainteté chrétienne s est appliquée à soulager autant que possible ces maux cf saint Jean de Dieu 1495 1550 qui avait éprouvé sur lui même l inhumanité des traitements parfois infligés aux malades mentaux Et sans doute y a t il encore beaucoup à faire dans ce domaine L essor de la psychiatrie moderne le développement des thérapies diverses a mis en pleine lumière tout un domaine qu on ne peut ignorer Les chrétiens comme les autres sont atteints de troubles qui ne sont ni des péchés ni des cas de possession Il y a donc lieu de chercher la guérison autant qu elle est possible ou au moins le soulagement car on ne peut rêver que tout soit réversible en ce domaine L accompagnement psychologique les traitements médicamenteux l analyse lorsqu elle ne s inspire pas d une vision réductrice de l homme peuvent être légitimement employés selon les cas et en faisant preuve de discernement Récemment sont apparues dans l Église des pratiques qui tentent de prendre en compte le caractère spécifique des blessures de l âme et le fait qu elles touchent de près au chemin spirituel que l homme doit faire par rapport à Dieu à son passé à son prochain Des confusions se sont sans doute produites entraînant des mises en garde de l Église contre l abus de pratiques mêlant thérapie et exorcisme ou cherchant à traiter l arbre généalogique de la

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  • N° 143 (juillet-août 2011) : Guérir les blessures de l'âme ? : Les paraboles du Royaume (Mary Ann Getty-Sullivan) - Revue Résurrection
    qu ils appartiennent à des collections présentes également chez Matthieu et Luc alors que cet ensemble pose des questions profondes sur la nature des paraboles et leur réception Le choix de n aborder que les paraboles du Royaume manque donc en partie de pertinence pour définir ce qu est une parabole De fait il manque une perspective synthétique claire sur ce qu est la parabole il y a à la fois un attachement à une vision habituelle de la parabole comme récit et un souci philologique de déterminer l usage précis du mot il se retrouve par exemple dans Le Pasteur d Hermas traduit alors par similitude sans toutefois atteindre une définition unifiée ni conclure au caractère pluriel des formes de la parabole L auteur souligne surtout le caractère très familier des images et la pointe de surprise que constitue leur dernier terme mais cela ne paraît pas suffisant Les critères d interprétation sont également flottants beaucoup d éléments sont rapportés à la situation des premiers chrétiens mais sans avoir toujours des arguments permettant d étayer ce qui semble demeurer des hypothèses On peut de même s interroger sur l hésitation ou la prudence quant au rapprochement entre Mc 4 12 et Is 6 9 10 cela constitue précisément un problème majeur de compréhension des paraboles et plus généralement de la prédication de Jésus et de son échec comme Jean le montre plus clairement encore en situant cette référence juste avant le début du récit de la Passion Jn 12 37 50 Il manque en définitive un véritable regard théologique et spirituel permettant de ressaisir derrière toutes les questions passionnantes et justifiées touchant à la rédaction et à la situation des premières communautés chrétiennes la visée de Jésus et la conversion à laquelle il invite ceux qui l écoutent Les

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