archive-org.com » ORG » R » REVUE-RESURRECTION.ORG

Total: 946

Choose link from "Titles, links and description words view":

Or switch to "Titles and links view".
  • N° 132-133 (juillet-octobre 2009) : La doctrine sociale de l'Eglise : Évangile et vie économique : une réponse russe - Revue Résurrection
    Elle accepte les systèmes pour ce qu ils sont des ensembles d institutions relatifs à des situations historiques données qu elle n absolutise jamais tout en s élevant contre toute forme d oppression et d injustice quand il s agit de défendre le faible et l opprimé On peut suivre sur ce point le père Serge Boulgakov économiste marxiste devenu théologien premier doyen de l institut Saint Serge à Paris 1871 1944 expliquant que l orthodoxie n est pas le champion de la propriété privée qu elle se situe au delà ou en deçà de cette question la règle juridique étant finalement accessoire lorsque le message s adresse à des personnes Des usages très divers peuvent être faits de cette institution la propriété privée de même d ailleurs que de la propriété publique Cette dernière notamment en URSS a donné lieu à des détournements caractérisés au profit d intérêts très privés au sein de la nomenklatura En France la crise de ce que l on appelle économie mixte dans laquelle l État joue un rôle important en tant que détenteur du capital de firmes qui interviennent dans des secteurs considérés comme essentiels avec par exemple l affaire du Crédit Lyonnais montre aussi que la forme de la propriété privée ou publique n est pas forcément décisive Le détournement au profit de l intérêt privé des travailleurs des entreprises publiques des statuts particuliers en matière de droit du travail comme l emploi à vie et le droit de grève qui leur avaient été accordés en France constitue un autre exemple de ces abus Ce n est donc pas tant la forme juridique de la propriété qui importe c est l esprit dans lequel le bien est utilisé et la fin poursuivie Les abus dans ce domaine découlent essentiellement des qualités et de la motivation des personnes qui ont la charge du bien public et des institutions incitatives mises en place par ces personnes Et il y a une valeur supérieure qui doit éclairer l évaluation des différentes formes économiques la liberté de la personne tant en droit qu en économie Et la meilleure de ces formes est celle qui dans une situation donnée délivre au maximum la personne de la pauvreté naturelle et de l assujettissement social 1 C est donc essentiellement à l aune d une liberté de la personne dans ses dimensions sociales et économiques que se jugeront les systèmes et les situations sans exclusive Limites des doctrines sociales des Églises Il est clair que l énoncé de prescriptions générales comme celles que formulent les doctrines sociales des Églises est loin d épuiser les enseignements que l Évangile perçu comme un appel personnel à la conversion et une révélation du Royaume nous propose À la lecture de l Évangile on mesure la distance entre la fraîcheur la vivacité même la violence de son message et l ensemble des préceptes d une doctrine sociale souvent moraliste se présentant comme dérivée de ce message L assimilation du message de l Évangile à l individualisme occidental voire au libéralisme fait fi des œuvres et des exploits accomplis par les justes en vue de rester fidèles à l appel du Seigneur et à la dimension ascétique de la relation au monde qui l entoure Il faut ainsi revenir à l essentiel du message de l Évangile et distinguer ce qui fait sens selon lui dans le comportement et les situations économiques concrètes Et d abord partir du constat que l Évangile n énonce ni n annonce aucun système économique Fondamentalement l appel du Christ s adresse à des personnes à André à Pierre et à Jean figures emblématiques de chacun d entre nous L appel porte sur la conversion du cœur et sur la révélation du Royaume comme autre dimension de la Vie L appel du Christ vise à changer notre regard sur les réalités économiques À chaque jour suffit sa peine le lendemain s inquiétera de lui même cf Mt 6 34 Voilà bien des paroles irresponsables aux yeux de la sagesse de ce monde Elles ne peuvent être utilisées comme préceptes d une quelconque politique ou attitude en matière sociale En revanche elles invitent à une ascèse à un effort particulier par rapport à la réalité matérielle de ce monde Jointes à celles relatives à l amour du prochain elles prennent un autre sens la responsabilité de chacun est de ne pas se préoccuper de demain pour soi mais demain pour les autres est une préoccupation qui résulte bien de l amour fraternel L appel du Christ vise ainsi à changer notre regard sur les réalités économiques L économie tel qu on utilise ce terme habituellement est le domaine des relations entre les hommes et des relations entre eux et la nature en vue de régler les problèmes de la vie empirique de la subsistance La question de la place de l homme dans la création est du coup essentielle pour aborder les problèmes économiques Selon que l homme est perçu comme étant le produit du hasard et de la nécessité arrivé dans ce monde pour y vivre et en jouir autant que possible aussi longtemps que c est possible ce qui est finalement la position humaniste athée d aujourd hui ou qu il y est appelé pour servir Dieu et le prochain l attitude par rapport à l autre et à la création sera fondamentalement différente Le christianisme a libéré l homme de la puissance magique des forces de la nature que les païens vénèrent et redoutent tout à la fois Selon le message biblique Dieu confie à l homme de soumettre et de dominer toute la création En ce sens le message issu de la tradition judéo chrétienne a permis le développement économique la recherche scientifique et les progrès dans le domaine médical Mais l attitude par rapport à la création n est pas celle d une exploitation effrénée c est celle d un respect semblable à celui du jardinier pour son jardin qu il cultive et utilise mais

    Original URL path: http://www.revue-resurrection.org/Evangile-et-vie-economique-une (2016-02-09)
    Open archived version from archive

  • N° 132-133 (juillet-octobre 2009) : La doctrine sociale de l'Eglise : L'écologie catholique : un opportunisme de l'Église ? - Revue Résurrection
    réserves géologiques l extraction des hydrocarbures va se mettre à décliner Le pétrole va devenir de plus en plus cher même si la crise économique actuelle masque provisoirement cette certitude Aucune énergie de substitution ne pourra remplacer le pétrole dans ses fonctions actuelles Ce sera la fin de l énergie bon marché donc la fin du type de société auquel nous sommes habitués Quel que soit l état dans lequel nous laissera la crise actuelle la fameuse croissance indéfinie est condamnée par la raréfaction des ressources naturelles d un côté la baisse de production pétrolière de l autre côté la pollution des terres des mers et de l atmosphère pollution largement due à notre mode de vie actuel Nous allons devoir inventer un type de société totalement inédit dans le monde capitaliste occidental Car la fin de l énergie bon marché c est la fin de la croissance économique indéfinie la fin du productivisme industriel la fin de l Union européenne libre échangiste la fin de l aviation commerciale de masse la fin de la grande distribution Au total la fin de la façon de vivre actuelle dans les pays riches Ce sera justice envers les pays pauvres Le 12 novembre 2006 place Saint Pierre le pape Benoît XVI déclare Jésus a enseigné à ses disciples à prier en demandant au Père céleste non pas mon pain mais notre pain quotidien Il a voulu ainsi que chaque homme se sente co responsable de ses frères afin que ne manque à personne le nécessaire pour vivre Les produits de la terre sont un don destiné par Dieu à toute la famille humaine Il faut certainement éliminer les causes structurelles liées au système de gouvernement de l économie mondiale qui destine la majorité des ressources de la planète à une minorité de la population Cette injustice a été dénoncée en diverses occasions par mes vénérés prédécesseurs Pour avoir un effet à grande échelle il est nécessaire de convertir le modèle de développement mondial c est ce qu exigent désormais non seulement le scandale de la faim mais également les urgences liées à l environnement et à l énergie Toutefois toute personne et toute famille peut et doit faire quelque chose pour soulager la faim dans le monde en adoptant un style de vie et de consommation compatible avec la sauvegarde de la Création et avec les critères de justice envers ceux qui cultivent la terre dans tous les pays Changer le modèle économique global C est de cela qu il s agit si l on veut être à la hauteur de l enjeu inventer un art de vivre autrement donc mieux non de vivre moins mettre au point une économie relocalisée décentralisée autosuffisante par la décroissance de la consommation de matières et d énergie Ce qui veut dire mobiliser la société autour d une économie solidaire et sociale inséparable de l écologie pour les raisons que nous venons d évoquer Cette mobilisation est indispensable Mais sera t elle possible Qui va expliquer aux populations occidentales dans quelle situation elles se trouvent Qui aura le courage de leur indiquer les choix à faire en leur disant Nous sommes dans une crise terrible provoquée par la folie du capitalisme financier qui détruit les emplois et menace nos revenus si petits soient ils mais nous sommes aussi face à une échéance qui se rapproche celle du pic de pétrole qui nous impose de préparer dès maintenant le passage à une nouvelle société C est beaucoup demander à des populations angoissées par leur avenir immédiat Et néanmoins c est indispensable il faut s occuper dès maintenant de l échéance puisque de toute façon l échéance va s occuper de nous Alors où trouver le courage de se réveiller et d appeler à la mobilisation Ceci revient à poser un problème spirituel le sens de la vie en société la place de l individu ses vrais horizons ses besoins profonds D où cette troisième question y a t il en vue une alliance inédite entre des gens venant d horizons philosophiques divers mais qui se retrouvent sur le constat de la même urgence La réponse est oui Les anciennes animosités ont perdu leur sens De 1970 à ces dernières années on s était polarisé autour de deux attitudes extrêmes D un côté des écologistes accusant le système actuel de privilégier l homme on parlait d anthropocentrisme au détriment de la nature En réplique les défenseurs du système actuel accusant les écologistes de privilégier la nature au détriment de l homme Il y avait d un côté ceux qui disaient depuis le célèbre article de l universitaire américain Lynn White dans la revue Science en 1967 que privilégier l homme au détriment de la nature était l attitude de la civilisation occidentale héritée de la Bible attitude qui aurait culminé à partir du XIXe siècle dans la conquête industrielle du monde Selon eux le verset 28 du chapitre 1 du livre de la Genèse remplissez la terre et soumettez la était à l origine de la mentalité d exploiteur abusif qui caractérisait notre civilisation pour mettre fin à l exploitation abusive de la Terre il fallait éradiquer l esprit biblique cause lointaine de cette exploitation Et il y avait en riposte les partisans du système économique actuel qui disaient On exagère beaucoup les nuisances à l environnement la nature est plus résiliente qu on ne croit et de toute façon si la nature s épuisait la technoscience saurait produire une nouvelle nature inépuisable Ils disaient aussi privilégier la Terre ce serait nuire à l homme et revenir à l âge des cavernes Mais réduire le débat à cette antithèse caricaturale privilégier la Terre ou privilégier l Homme est ce fondé Le productivisme industriel cause vérifiable des dangers qui frappent l environnement vient il réellement d une civilisation engendrée par la Bible L écologie consiste t elle réellement à privilégier la Terre à placer la nature au dessus de l homme Que disent la Bible l histoire et l

    Original URL path: http://www.revue-resurrection.org/L-ecologie-catholique-un (2016-02-09)
    Open archived version from archive

  • N° 132-133 (juillet-octobre 2009) : La doctrine sociale de l'Eglise : L'exemple des Conférences Saint-Vincent de Paul - Revue Résurrection
    on parfois dira t on demain aussi hideusement dixneuvièmeuses désignant par là un siècle qui ne cesse de s éloigner où par notre faute Henri Guillemin les catholiques eux mêmes confondus avec les riches auraient perdu les ouvriers et les gens de peu N y aurait il pas dans le rejet d une pratique bourgeoise de la charité caricaturée jusqu à l excès une charité au service de l ordre social Pauvres tenez vous tranquilles le royaume des Cieux est à vous 8 une posture intellectuelle de la bonne conscience contemporaine Moi je donne généreusement sans aucune arrière pensée parce que je signe un chèque pour le Noël des Restos du Cœur ou glisse une pièce à l Armée du Salut Et je dépense dix fois cent fois plus pour obéir à cette intimation consommatrice cette forme nouvelle de destruction ostentatoire de potlatch 9 occidental que sont les fêtes de fin d année Bref seul l oubli du pauvre me permet de jouir de moi même Renaud l a bien chanté Hexagone 1975 En décembre c est l apothéose La grande bouffe et les p tits cadeaux Ils sont toujours aussi moroses Mais y a d la joie dans les ghettos La Terre peut s arrêter d tourner Ils rat ront pas leur réveillon Moi j voudrais tous les voir crever Étouffés de dinde aux marrons Mais cette mauvaise conscience du riche que l on s achète aujourd hui à vil prix n est elle pas ce qui reste dans une société laïcisée de la malédiction prononcée contre lui par le Christ 10 Et n était elle pas entendue avec plus de force pour lutter contre l égoïsme des possédants dans une société qui se voulait encore chrétienne Qu à la suite de Michel Foucault on ait pu montrer que toute pratique charitable n est pas neutre socialement et peut véhiculer une certaine forme de contrôle social personne ne viendra le contester Mais le soupçon généralisé qui a marqué toute une génération en sciences humaines a conduit à des contresens Faire du visiteur du pauvre avant tout un voyeur aux multiples fonctions tutélaire policière hygiéniste tout à la fois c est s interdire de penser d autres formes d intérêt pour les pauvres 11 François Ewald ne voit dans les caisses de secours patronales que des ruses de la charité destinées à stabiliser la main d œuvre ouvrière 12 Jacques Donzelot est moins inspiré encore lorsqu il décrit l échange symbolique qui fonde le don Je te donne ma misère pour que tu puisses me donner ta bonté je te donne ma nature ma force physique pour que tu puisses faire montre et usage de ta culture etc 13 Critiquer par principe toute action morale c est fondamentalement engager un débat philosophique dont rien ne dit qu il soit tranché révélant une posture individualiste l autonomie de chaque homme qui ne doit rien à personne matérialiste seuls les besoins matériels sont dignes d intérêt et relativiste la morale est l expression d un ordre culturel voire d une classe sociale Or le préambule du Règlement de la Société de Saint Vincent de Paul 1835 constamment reproduit jusque dans les années 1960 en prend l exact contre pied c est à Jésus Christ divin modèle que l homme doit chercher à ressembler en s appuyant sur les frères que lui donne la Conférence de charité 14 Non in solo pane vivit homo sed in omni verbo quod procedit de ore Dei l homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ce sont donc des secours en nature mais aussi des consolations religieuses qu il convient de porter au pauvre Jésus Christ est venu pour affranchir et sauver tous les hommes c est le sens d une morale catholique qui se veut universelle Alors que les historiens ont montré que le retour des classes dirigeantes à des sentiments religieux était antérieur à la peur des rouges de 1848 c est me semble t il trop fort acheter la paix sociale que de la payer de sa personne Visiter chaque semaine pendant toute sa vie une à plusieurs familles pauvres donner son argent mais surtout son temps jusqu à son dernier souffle c est décidément trop pour un bourgeois seulement apeuré par la perspective d une hypothétique révolution fille de la misère Où l on retrouve la seule question importante l amour du prochain peut il fonder le lien social Comment entre l État et l individu refaire société C est une des questions fondamentales que pose le catholicisme social Par ses expériences comme par le discours de l Église qu il a suscité il a proposé plusieurs réponses Un détour par l anthropologie Il n était pas bien difficile au XIXe siècle d ouvrir les yeux sur la pauvreté Ou de l ignorer comme aujourd hui d ailleurs Voici en 1840 un taudis du Ve arrondissement ancien 12e décrit par un collégien de Stanislas C est chose pitoyable à voir que ces noires maisons sans air et sans lumière aux allées sombres aux escaliers vermoulus aux réduits humides et malsains Des familles entières enfants rachitiques vieillards et femmes que dévore la maladie et entassés pêle mêle dans les bouges je ne dis pas sans meubles mais souvent sans lit tout leur manque feu vêtements et nourriture Il n est pas rare de trouver des familles entières qui n ont rien mangé depuis deux jours et qui ne savent quand le soleil se lève si le soir ils ne seront pas morts de faim Vingt ans plus tard dans les quartiers périphériques où se tasse la main d œuvre ouvrière du Second Empire tel est Montmartre Nos pauvres sont entassés dans de misérables réduits construits à la hâte avec du plâtras et de mauvaises planches sur des rues à peine tracées sans pavés ni réverbères On y gèle en hiver on étouffe en été Ceux que nous secourons ont en général quatre ou cinq enfants et souvent huit ou dix 15 Pour comprendre le sens d une charité qui s attelle à soulager cette extrême pauvreté il paraît nécessaire de recourir aussi bien à l histoire elle préserve des jugements anachroniques à la théologie comment un catholique entendait il alors la charité mais encore à une anthropologie du don Les pratiques charitables peuvent en effet être observées comme des dons qui tissent un ensemble de liens sociaux que l on peut tenter de comprendre au delà du discours indigène produit sur la charité Je propose ainsi de parler de don charitable La première question à laquelle se heurte toute analyse du don est son absence apparente de rationalité Mais pourquoi diable donne t on Jacques T Godbout 16 Si le don peut encore se comprendre dans le cadre de relations primaires liens de parenté et amicaux il est beaucoup plus malaisé d en saisir le sens entre étrangers relations secondaires À la différence des fortes contraintes d obligation qui pèsent sur le don dans un cas pourquoi se priver dans l autre des relations contractuelles qu offre le marché assurant liberté la relation ponctuelle et sans dette se limite à la transaction et assurance d un retour par l équivalence des échanges marchands Pourquoi des avocats donneraient ils des consultations gratuites alors que leur métier est justement d en vendre Pourquoi s intéresser au pauvre l étranger par excellence Qu est ce qui pousse les riches du siècle d hier vers les déshérités de la terre cardinal Guibert 17 La question conduit vers une phénoménologie de la pitié Dans un bel essai Emmanuel Housset souligne ce paradoxe la pitié me donne accès à autrui perçu non comme ce qui me fait plaisir mais comme un homme de douleur qui devrait me révulser me faire fuir et pourtant je l accueille je n endurcis pas mon cœur 18 Quel étrange mystère que celui qui prend sur lui une douleur qui pourtant ne lui revenait pas écrit encore Jean Luc Marion dans la préface Plus encore comment comprendre que le sentiment de pitié ne se limite pas à une affection passive mon cœur se serre à la vue de la misère mais fonde le dévouement me lie au bien par une sorte d obligation morale qui éveille chez celui qui détourne le regard les reproches secrets de sa conscience Pour répondre à cette question ontologique il faut aussi s intéresser à ce qui circule dans le don La circulation revêt une double dimension Elle est d une part matérielle ce sont des biens des bons de pain par exemple et des services réunir des pièces d état civil pour un mariage qui sont donnés Mais elle est aussi symbolique dans la mesure où la triple obligation bien connue du don donner accepter et rendre le don crée une dette qui appelle un contre don lequel peut annuler ou non la dette tisse des liens sociaux entre donateur et donataire Le don crée un lien en même temps qu il désigne un au delà du don Accepter un don c est plus qu accepter une chose c est accepter que celui qui donne exerce des droits sur celui qui le reçoit Maurice Godelier 19 Le donateur continue à être présent dans la chose donnée Si l on reconnaît là une donnée anthropologique fondamentale qui ne régit pas seulement les relations de mariage chez les Baruya de Nouvelle Guinée c est un mauvais procès que de reprocher aux pratiques charitables occidentales de véhiculer autre chose que des biens et des services purs comme si le don pouvait être unilatéral sans retour C est confondre deux domaines d échanges radicalement étrangers l économie de marché et l économie du don Dans une logique d échanges marchands l acheteur d un bien en devient pleinement le propriétaire et ne doit plus rien au vendeur Il est libre d user et d abuser de son bien jusqu à le détruire En revanche dans une logique d échange de dons tout se passe comme si le donateur n avait cédé qu un droit d usage tandis qu il conserve le droit de propriété Dans le cas de la S S V P les pauvres ne sont pas libres de disposer des bons de pain ou de viande qui leur sont remis comme s ils les avaient achetés mais encore pour compliquer l analyse les confrères eux mêmes sont contraints par leur conférence au nom de laquelle ils visitent les pauvres Il y a don du confrère à la conférence par une quête en fin de séance don de la conférence au confrère bons pour les pauvres puis don du confrère au pauvre La structure des échanges n est pas à deux termes mais à trois quel est le sens de ce troisième acteur la conférence dans l économie du don de la S S V P L échange s épuise t il d ailleurs dans ce premier circuit S intéresser à ce qui circule c est aussi relever ce qui ne circule pas l argent Il circule en amont du don charitable au sein de la conférence et en aval pour rembourser les fournisseurs boulangers et bouchers par exemple de la valeur des bons Mais il est en principe absent du don charitable lui même Il pose en effet problème dans une logique d échange de dons car il permet de s affranchir du donateur le pauvre peut acheter ce qu il veut tandis qu un bon le lie et crée en même temps une dette qui appelle un remboursement équivalent C est peut être le signe que le don fonctionne à un autre niveau dans la S S V P quel retour le confrère attend il du pauvre Plus fondamentalement le pauvre est il prêt à entrer dans la relation créée par le don Il n y a pas de don sans acceptation et l on est toujours libre de refuser un don C est ce qui choque parfois faute de l avoir compris les bonnes âmes Le pauvre est fier Malgré son dénuement il refuse la main tendue car il sait bien qu elle l engage au delà d une aide ponctuelle Il faut ainsi revisiter l opposition en apparence scandaleuse entre bons et mauvais pauvres brave vieille reconnaissante et mendiant ingrat Ne recouvre t elle pas la distinction entre ceux qui acceptent d entrer dans la logique du don charitable et ceux qui la refusent On retrouve analogiquement la différence entre bons et mauvais clients dans une économie de marché Les uns répondent aux sollicitations pressantes de l offre tandis que les autres refusent de se laisser aspirer par la spirale consommatrice La nécessité profonde pour le pauvre d accepter le don qui lui est fait pour que la relation s établisse invite à considérer la place de l altérité au sein de la S S V P L œuvre charitable est organisée autour de deux pôles le semblable le confrère et l autre le pauvre qui répondent à deux finalités distinctes se soutenir mutuellement dans une vie chrétienne et aider son prochain La relation entre ces deux éléments n est pas sans tension et tous ne comprennent pas leur engagement chrétien de la même manière Certains majorent la dimension personnelle et spirituelle et transforment leur conférence en confrérie d autres tendent plutôt vers une pure organisation charitable essentiellement préoccupée d efficacité Marc Augé considère trois éléments l identité l altérité et la relation L ethnologue a remarqué que dans les sociétés lignagères africaines le moi y était pluriel relationnel et par là même relatif ou dit autrement les êtres individuels n ont d existence que par la relation qui les unit 20 Dans un siècle bourgeois issu de la Révolution française qui a promu l individualisme en doctrine politique mais qui a aussi fait de l ego le principe de l autonomie la radicale originalité de la S S V P est de porter à grande échelle l idée que le moi se construit dans la relation Cette relation fonctionne à trois niveaux avec son confrère avec son pauvre avec son Dieu Le possessif loin d être dans le deuxième cas l expression d un paternalisme bourgeois se retrouve à tous les niveaux et apparaît plutôt comme le signe grammatical que la relation construit l identité Esquisse du don charitable Ce qui suit paraîtra un peut être un peu abrupt car des questions et hypothèses qui précèdent je passe directement aux conclusions Le travail de l historien tient dans le long déploiement de la démonstration on la retrouvera ailleurs 21 Disons d abord que le modèle du don charitable repose sur un repoussoir le don philanthropique Celui ci relève du don dans son acception la plus classique enchaînant les trois obligations de donner accepter et rendre Le don crée une dette qui appelle un contre don un bien contre de la reconnaissance Ce don qui peut être animé d un réel désir de faire le bien est dit non agonistique il est de ceux qui cimentent des solidarités Mais on peut n être payé que d ingratitude Le pauvre prend ce qui est donné tout en rejetant la relation à laquelle la chose donnée invite L échange peut aussi bien être interrompu par le donateur lui même lassé de donner ou qu il donne dans un autre but moins louable lorsqu il se cache sous une forme philanthropique C est là le fameux potlatch ou don agonistique qui n est pas absent de la société du XIXe siècle Il se glisse aussi bien dans les rapports que le donateur entretient avec le donataire logique de clientélisme qu entre donateurs eux mêmes logique de prestige Le comte de Rambuteau préfet de la Seine rencontre ainsi en août 1847 Victor Hugo académicien et pair de France En me parlant des bons de pain de cet hiver il me disait avec une réelle admiration de lui même J ai nourri 450 000 personnes cet hiver 22 Notre homme est moins satisfait d avoir nourri la moitié de la capitale que d avoir montré sa capacité à désamorcer en période de crise frumentaire disette et émeutes Le don renforce son capital politique Une des formes prise par la quête de prestige social est la liste de souscription On se souvient dans The Cardinal 1963 d Otto Preminger de ce riche industriel qui veut surtout que son chèque le fasse figurer en tête des donateurs de sa paroisse Mais le don charitable est plus complexe Il introduit dans la relation donateur donataire deux autres acteurs qui renvoient à une autre réalité Il met en relation quatre acteurs deux réels deux idéels entre lesquels deux types de réalités matériel et spirituel sont échangés Celui qui met en mouvement le don charitable c est Dieu il donne son fils le Christ par amour pour les hommes afin de les racheter du péché Dieu cherche à rétablir l homme dans sa relation d amour brisée par la faute d Adam C est un don gratuit le seul don gratuit concevable qui oblige l homme à jamais envers Dieu Cette dette irrémissible est une dette immense que seul le christianisme pose dans la mesure où l homme est seul responsable de sa chute péché originel Il n en partage pas la faute avec les dieux comme dans bien des religions polythéistes Il ne lui est donc pas possible au sens strict de rendre à Dieu ce qu il a reçu car aucun contre don ne peut être l équivalent du don divin La relation du Christ au confrère est donc un échange d amour 1 mais une des voies parlons de spiritualité vincentienne pour le lui rendre n est pas un retour direct elle passe par les pauvres Dieu lui même montre à l homme comment lui rendre son amour Mais au culte ancien aux holocaustes Lv 1 le Christ vient substituer le sacrifice d amour Or le pauvre c est le Christ Pour aimer le

    Original URL path: http://www.revue-resurrection.org/L-exemple-des-Conferences-Saint (2016-02-09)
    Open archived version from archive

  • N° 132-133 (juillet-octobre 2009) : La doctrine sociale de l'Eglise : "Veritas in caritate" : une œuvre d'intelligence - Revue Résurrection
    où coexistent richesse et pauvreté c est la reconnaissance d une vérité anthropologique cette vocation inscrite dans le cœur de tout homme dans le dessein de Dieu chaque homme est appelé à se développer car toute vie est vocation Populorum Progressio n 15 Rebondissant sur cette présentation le pape Benoît XVI souligne dans une deuxième partie ce qui est nouveau par rapport aux données de 1967 et qui nécessite de reprendre la réflexion c est avant tout la constatation que les choix économiques ne sont qu un aspect du problème qui a des ramifications dans tous les domaines de l expérience humaine y compris dans le domaine moral et spirituel d où l insistance sur la notion de vérité qui court depuis l introduction de l encyclique c est aussi la conviction que la solution passe de moins en moins par les structures étatiques même si celles ci restent importantes à leur niveau Bien sûr avec ces bases on pourrait s attendre à un discours moralisant qui soulignerait les déviances et les ravages d une vision païenne de l homme menant le monde à la catastrophe Or à aucun moment le pape ne cède à la facilité d une telle simplification Faisant droit à son sujet qui est donner aux sociétés un message recevable témoin d une sagesse à la fois réaliste et éclairée d en haut il s attache dans les différentes parties de son encyclique à aborder tous les sujets de l heure depuis le chômage jusqu à l écologie de la dette internationale au planning familial en s efforçant de montrer une voie pour sortir des impasses en créant les synergies nécessaires pour que les hommes de bonne volonté concourent au développement intégral de l homme de tout l homme et de tous les hommes selon le

    Original URL path: http://www.revue-resurrection.org/Veritas-in-caritate-une-oeuvre-d (2016-02-09)
    Open archived version from archive

  • N° 132-133 (juillet-octobre 2009) : La doctrine sociale de l'Eglise : Augustinisme et théologie moderne (Cardinal Henri de Lubac) - Revue Résurrection
    également que le concile Vatican I avait fait de même Le problème abordé est donc celui de la légitimité d une distinction conceptuelle en théologie Dans le cas présent le travail de Lubac est de montrer que cette distinction a conduit progressivement les théologiens à affirmer qu il pouvait exister pour l homme comme pour tous les êtres créés une fin naturelle proportionnée à sa nature C est ce qu indique dans sa présentation M Figura en faisant appel à une citation d Urs von Balthasar qui synthétise le fond du problème La démonstration historique de Lubac est certainement inattaquable l image de l homme qu on y trouve tracée est sans aucun doute celle de la grande tradition chrétienne celle d Augustin de l Aquinate et encore celle des meilleurs théologiens de l époque baroque sa place dominante lui est ravie seulement par le rationalisme philosophique qui débute avec l averroïsme padouan est introduit dans la théologie des écoles par Cajetan pour devenir au XIXème et au XXème siècle une exigence presque incontournable de l enseignement des écoles Car c est seulement alors que l on voit émerger l idée suivante l homme comme tous les autres êtres naturels du cosmos est ordonné à une fin naturelle proportionnée à sa nature et lui procurant son achèvement et sa béatitude faute de quoi l homme serait une aberration de la nature ou de la providence En toute rigueur l appel libre de la grâce divine à une fin plus haute appelée surnaturelle ne peut être conçu comme libre et gratuit que si la pensée admet en même temps cette fin naturelle possible cette finis naturalis située à l intérieur des limites de l ordo naturalis d une natura pura et si conformément à cette situation cette fin est effectivement atteinte

    Original URL path: http://www.revue-resurrection.org/Augustinisme-et-theologie-moderne (2016-02-09)
    Open archived version from archive

  • N° 132-133 (juillet-octobre 2009) : La doctrine sociale de l'Eglise : L'homme debout – Le credo de saint Irénée (Donna Singles) - Revue Résurrection
    théologie d Irénée en suivant les articles du Credo Ce procédé lui permet de nous donner à la fois un condensé magistral de la pensée d Irénée et de relever beaucoup de questions et des réponses d une actualité surprenante C est que cette théologie synthétique et dynamique est assez éloignée des formules abstraites de la christologie des conciles plus tardifs c est une vision joyeuse de la venue du Christ tout imprégnée du sens de la croissance de la vie un appel à participer à la symphonie inachevée de la Création On ne résume pas un livre comme celui ci qui est lui même un résumé concis et riche de l œuvre du premier grand théologien de l Église mais on peut essayer de choisir quelques perles dont le beau texte de Donna Singles abonde Aux yeux d Irénée c était dans la logique des choses que Dieu prépare un lieu beau et bon pour que l homme soit logé dignement pendant son séjour sur terre p 26 L œuvre prodigieuse de la création ex nihilo n a qu un seul auteur Dieu mais qui par ses propres mains le Verbe et l Esprit créateurs ne cesse de s engager lui même du commencement jusqu à la fin des temps dans sa Création Magnifique intuition trinitaire chez Irénée dont le génie se compare selon Hans Urs von Balthasar à celui d un Mozart dans le domaine musical Si pour Irénée c était la chose la plus normale qui soit que le Verbe qui a présidé à la création de l homme vienne lui même dans son propre domaine ce monde ci pour révéler à l homme la pleine signification de sa création p 43 il faut penser la vie tout entière du Christ comme salvatrice p 61 Et si

    Original URL path: http://www.revue-resurrection.org/L-homme-debout-Le-credo-de-saint (2016-02-09)
    Open archived version from archive

  • N° 132-133 (juillet-octobre 2009) : La doctrine sociale de l'Eglise : L'essor du christianisme oriental (Olivier Clément) - Revue Résurrection
    essentiellement centrées sur le Christ Là c est le mystère du Saint Esprit qui est premier avec pour corollaire la mise en valeur d un chemin personnel de liberté intérieure y compris dans l Église et la possibilité pour de nouvelles cultures de s édifier dans une fidélité profonde à la source évangélique mais dans une imprévisible nouveauté qui évoque le miracle de la Pentecôte En regard le monde latin semble évidemment offrir un triste contraste majoration de l autorité du Siège Romain intellectualisme rationalisant cléricalisation du monachisme et de la société usage de la violence pour préserver une chrétienté sacralisée et à la racine de tout le dogme du Filioque l Esprit Saint qui procède du Père et du Fils cause de tous les maux Olivier Clément est trop ouvert à la réalité du christianisme vécu pour ignorer les limites de ce tableau en contraste il sait la puissance spirituelle de l art roman l évangélisme profond du renouveau franciscain etc Mais il reste malgré tout pour lui une tare profonde de l Occident latin qui n a pas réussi à exorciser ses démons le rationalisme et le juridisme qui dérivent l un et l autre de ce qui aurait pu être sa force son sens de l efficacité Le constat est certainement injuste et on se dit que pour dénouer l écheveau et se situer en vérité face à nos frères orthodoxes il faudra sans doute continuer à les écouter avec respect et sympathie mais les aider aussi à sortir d un système de justification qui a sans doute été nécessaire quand ils arrivaient en Occident pour se situer face à un catholicisme alors triomphant voire triomphaliste On peut penser que leur dénonciation de l hérésie latine laisse encore place à beaucoup d approximations on sait aujourd hui

    Original URL path: http://www.revue-resurrection.org/L-essor-du-christianisme-oriental,325 (2016-02-09)
    Open archived version from archive

  • N° 132-133 (juillet-octobre 2009) : La doctrine sociale de l'Eglise : Teilhard posthume, Réflexions et souvenirs, précédé de Blondel - Teilhard de Chardin, Correspondance 1919 (Cardinal Henri de Lubac) - Revue Résurrection
    réflexion du cardinal sur l œuvre de son confrère et ami le P Pierre Teilhard de Chardin mort en 1955 A cette époque les polémiques autour de Teilhard commencent à s apaiser tandis que les souvenirs personnels de l auteur se sont décantés Ce que veut Lubac c est défendre la mémoire et l œuvre de son ami qu il considère à juste titre comme calomnié aussi bien par ses censeurs que par certains de ses admirateurs pas toujours éclairés Le présent volume est là pour rappeler au lecteur avec toutes les références nécessaires ce qu a été ce savant contesté Tout d abord le cardinal établit que Teilhard a toujours été profondément catholique et que sa foi des plus traditionnelles n a jamais erré De plus il montre que sa formation théologique était classique pour un religieux de cette époque Un autre point évoqué qui n est pas sans importance c est que Teilhard a toujours été un chrétien soucieux de respecter le magistère tout au long de sa carrière de penseur et qu il n a jamais cherché à promouvoir des voies aventureuses Cela étant l œuvre originale de Teilhard à côté de son travail de scientifique a été de vouloir renouveler les bases de l apologétique chrétienne Jusqu alors en ce début du XXe siècle dans la plupart des milieux théologiques on était resté très méfiant vis à vis des nouveautés apportées par les développements scientifiques du siècle écoulé Le monde que découvrait le paléontologue Teilhard de Chardin n était plus celui de la philosophie d Aristote et toute sa réflexion avait pour but d intégrer cette situation nouvelle dans la réflexion chrétienne Ses essais successifs écrits dans un langage quelque peu lyrique n avaient d autre but que d ouvrir une voie qui puisse conduire au

    Original URL path: http://www.revue-resurrection.org/Teilhard-posthume-Reflexions-et (2016-02-09)
    Open archived version from archive



  •