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  • N° 131 (mai-juin 2009) : Le vrai visage du Christ : Visages du Christ au cinéma : éléments de réflexion - Revue Résurrection
    être la représentation parfaite qu il n en est aucune qui soit supérieure aux autres Je n irai peut être pas jusque là mais vos remarques sont pertinentes Il me semble en effet impossible de représenter vraiment Jésus en tant que tel homme Dieu sauveur rédempteur Fils de Dieu le vrai Jésus au cinéma Les conditions de production de réalisation le fonctionnement structurel du cinéma font qu on n aura jamais que la perception que peut avoir un réalisateur de Jésus à tel moment et dans telles circonstances Non pas que toute représentation du Christ soit mauvaise Mais elle ne sera jamais que partielle parcellaire ne dira qu un fragment de Jésus C est comme ci chaque film n était qu un élément du spectre de Jésus diffracté pour prendre une comparaison dans la physique de la lumière Même dans la représentation indirecte par exemple dans Ben Hur où Jésus n est jamais vu que de dos et où l on ne voit que les réactions de ceux qui le regardent la représentation est réduite Dans ce cas elle est mise au service de la dynamique de l histoire de Ben Hur elle révèle l évolution intérieure des personnages et non ce qu est Jésus Elle dit le Christ par ses effets et ne le dit pas lui A la limite la seule manière est de ne pas représenter Jésus mais de faire de la caméra les yeux du Christ Ne voire de Jésus que ses mains et ne voire que par ses yeux Bien sûr rien ne garantit que le regard prêté à Jésus soit le sien et non celui du réalisateur Pourtant par ce biais le Christ est radicalement présenté comme un acteur celui de son drame le maître de son histoire Cela suppose un renversement de la perspective habituelle du récit l histoire vue par les yeux de Jésus et non une histoire qui se déroule sous nos yeux Le sens du récit est ainsi changé Le cinéma en effet raconte d abord et avant tout des histoires Dans le cas du Christ il raconte toujours la même histoire en prétendant y être le plus fidèle possible d où la tendance à la surenchère dans la fidélité de la reconstitution archéologique vestimentaire linguistique etc L histoire est cependant toujours mise en scène racontée à sa manière par le réalisateur qui fait de Jésus un des acteurs et non l acteur par lequel toute l histoire peut avoir lieu Si Jésus est donc toujours diffracté par le cinéma cela laisse alors entièrement ouverte la voie à la diffraction dans nombre de personnages qui ne sont pas Jésus C est cela qui expliquerait que l on peut trouver nombre de traits christiques chez nombre de personnages soit dans leurs attitudes physiques soit dans leur aspect soit dans leur comportements soit dans leur histoire Mais cela ne conduit il pas en même temps à réduire Jésus à un stock de possibilités qui servent à la dynamique d histoires qui n

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  • N° 131 (mai-juin 2009) : Le vrai visage du Christ : Le vrai visage du Christ - Revue Résurrection
    celle laissée Christ c est lui qui assure la lecture de Jésus comme image ressemblante du Père Saint Basile Jésus n a pas tout dit sur son mystère par ce qu il comptait sur son Église pour le faire De quel droit l Église Jésus n a rien écrit mais il a formé ses apôtres La seule institution que le Christ a voulue et édifiée c est le collège des Douze Il s agit là clairement d une fondation qu il a portée dans sa prière réalisée après un temps d attente et ensuite constamment soutenue de sa prière et de son enseignement c est en vue de sa permanence qu il a lancé des idées qui ne pouvaient de toute façon pas se réaliser dans l immédiat C est à ce groupe qu il se donne au soir de la Cène dans l eucharistie leur assurant le moyen de réaliser après lui le culte de la Nouvelle Alliance Jésus s est clairement intéressé à la façon dont ses apôtres comprenaient son rôle et le reconnaissaient pour ce qu il est C est lui qui pose la question de confiance au dire des hommes qui est le Fils de l Homme et pour vous que suis je Mt 16 13 15 Il considère qu une étape importante est franchie quand ils ont reconnu qu il était vraiment issu du Père et que c est le Père qui l avait envoyé Jn 17 8 Sa préoccupation de la foi des disciples se marque encore à l insistance de ses manifestations aux Onze après Pâques C est par eux qu il veut se faire connaître au monde il est donc intéressé à la rectitude de leur foi pas seulement foi en Dieu mais foi en lui La rédaction du Nouveau Testament L essentiel de la foi des Apôtres est passée dans le Nouveau Testament La seule raison du rassemblement hasardeux des vingt six textes qui le composent est de rien laisser perdre de l enseignement des Douze auquel est joint saint Paul Sans entrer dans les questions difficiles de datation et d attribution on peut dire que rien sauf des préjugés qui n ont rien à voir avec l histoire n oblige à étirer dans le temps la rédaction du corpus au delà du 1er siècle ni à contester les attributions traditionnelles Le Nouveau Testament et spécialement les évangiles nous donnent une présentation du Christ qui se veut à la foi croyante et fondée sur des faits objectifs Que les récits émanent ou non de témoins oculaires ils se veulent le compte rendu objectif de faits constatés Bien sûr ces faits nous parviennent déjà portés par une interprétation qui les intègre dans une vision de foi souvent ils sont liés à une lecture de l Ancien Testament qui voit dans les actes et les paroles de Jésus la réalisation d antiques prophéties Mais la mémoire semble plutôt s être cristallisée autour de ces références qui se sont imposées aux premiers témoins au lieu qu on ait procédé à une justification post factum en créditant Jésus de faits et gestes inventés qui auraient répondu à l idée qu on se faisait du Messie Il faut dire qu aucune théorie préalable n aurait pu imposer l image qui se dégage avec une telle force de la lecture des évangiles malgré leurs différences d accent La figure du Christ que présente le Nouveau Testament serait en leur absence un effet sans cause alors qu il est beaucoup plus logique de voir dans la foi apostolique la conséquence d évènements parfaitement imprévisibles que les compagnons de Jésus ont peu à peu appris à déchiffrer et qui les ont illuminés C est l ensemble intimement lié des faits et de leur première lecture qu ils nous ont transmis sans se permettre d en modifier quoi que ce soit tant ce dépôt leur paraissait déjà sacré et précieux La succession apostolique L Église n est pas la lourde organisation qui doit gérer tant bien que mal l héritage de la première génération chrétienne et notamment le Nouveau Testament elle jaillit de la même source Ce sont les mêmes qui nous ont fait part de la trace ineffaçable laissée par Jésus et qui ont présidé à la naissance des communautés chrétiennes en les confiant à ceux qu ils avaient formés pour cela Ce n est pas par d autres que nous avons connu l économie de notre salut mais bien par ceux par qui l Évangile nous est parvenu dit saint Irénée Le mécanisme qui se met en place avec l épiscopat n est jamais que la continuation de l origine Les successeurs des Apôtres n ont pas plus qu eux barre sur le dépôt incandescent qui circule depuis le début même si après sa mise par écrit son explicitation ne cesse de se développer Le Christ qui s est livré aux hommes dans l Eucharistie continue de se laisser traduire jusqu à la fin des temps par des bouches humaines en passant par ceux là mêmes à qui il a confié son Corps et son Sang Et ainsi le même Esprit qui a permis aux Apôtres de reconnaître Jésus comme Messie et Sauveur continue t il à circuler dans l Église fondée sur les Apôtres Les apocryphes et l éternelle tentation gnostique On leur fait beaucoup d honneur aujourd hui Il s agit d une réalité complexe qui comprend d abord des textes pieux et bien intentionnés qui répondent au désir de combler les vides de l histoire évangélique soit en racontant l enfance de la Sainte Vierge soit son Assomption soit encore des épisodes liés à la Passion comme la descente aux enfers L Église sans les encourager les a laissés circuler Ils n ajoutent rien à notre information sur le Christ ils donnent seulement un écho du développement de la piété chrétienne Mais à côté d eux il existe une immense littérature issue du courant gnostique qui s est systématiquement abritée derrière la personnalité supposée d

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  • N° 131 (mai-juin 2009) : Le vrai visage du Christ : Aux origines de l'Europe : Benoît XVI aux Bernardins (Paris, 12/09/2008) - Revue Résurrection
    moines Avant toute chose il faut reconnaître avec beaucoup de réalisme que leur volonté n était pas de créer une culture nouvelle ni de conserver une culture du passé Leur motivation était beaucoup plus simple Leur objectif était de chercher Dieu quaerere Deum Au milieu de la confusion de ces temps où rien ne semblait résister les moines désiraient la chose la plus importante s appliquer à trouver ce qui a de la valeur et demeure toujours trouver la Vie elle même Parole p 11 Ce corollaire met en évidence le fondement gratuit de la vie monastique et en conséquence des racines de la culture européenne les moines n ont pas été des hommes de culture parce qu ils auraient eu le souci d être utiles à leurs contemporains mais parce qu ils ont cherché le seul essentiel Dieu Le plan qui développe la thèse et son corollaire est tout en subtilité Il s articule en effet librement autour de la devise bénédictine ora et labora prie et travaille c est à dire autour de deux pans qu on a reconnus comme essentiels de la vie du moine la prière et le travail manuel le second étant nécessaire pour l équilibre humain du moine qui reste un homme et non un pur esprit L articulation ne se discerne avec évidence qu au début de la deuxième partie du discours En considérant l école du service du Seigneur comme Benoît appelait le monachisme nous avons jusque là porté notre attention prioritairement sur son orientation vers la parole vers l ora Mais notre réflexion resterait incomplète si nous ne fixions pas aussi notre regard au moins brièvement sur la deuxième composante du monachisme désignée par le terme labora Parole p 18 19 Subtilité donc dans l annonce du plan Subtilité aussi dans l utilisation large de la référence à la devise dans la première phrase citée ci dessus se repère déjà l élargissement du thème de la prière tel est le sens exact de l impératif ora prie dans la devise et le sens du dérivé français oraison vers le thème de la parole De fait le verbe latin orare qui vient de os la bouche signifie d abord parler d où un long développement sur la parole non seulement celle du moine qui prie mais d abord et avant tout celle de Dieu qui fonde la prière du moine Tel est donc le thème élargi de la première partie prière du moine et parole de Dieu Mais dans la seconde partie la réflexion ne porte pas seulement sur l apport du monachisme au statut du travail dans la société elle concerne aussi le travail missionnaire et apostolique qui fut de fait également pratiqué par de nombreuses générations de moines après l époque des invasions barbares et permit la renaissance de la civilisation sur des territoires dévastés 10 Prière des moines et parole de Dieu Le premier pan de la vie monastique est donc la prière que Benoît XVI relie à la parole Sur ce premier thème trois harmoniques sont développées successivement par le pape parole et sciences du langage communauté et art musical Bible et interprétation Parole et sciences du langage les moines de l Occident médiéval ont cherché Dieu mais héritiers de la révélation chrétienne ils cherchaient un Dieu qui s est révélé dans une parole cette parole a été mise par écrit au fil des siècles elle est devenue écriture lettre gramma en grec La recherche de Dieu passe donc par la connaissance des Écritures et donc par la grammaire moyen d accès élémentaire aux textes anciens D où la formule quelque peu paradoxale en sa concision par laquelle Benoît XVI résume l introduction de l ouvrage de dom Jean Leclercq eschatologie et grammaire sont donc dans le monachisme occidental indissociables l une de l autre Parole p 11 Leclercq p II III et p 14 Dans cette formule il faut comprendre en prenant les mots avec toutes leurs harmoniques que la recherche de Dieu et des fins dernières de l homme eschatologie est liée à l érudition à l étude des textes et à la linguistique comme l explicite le pape dans les lignes suivantes Ainsi en raison même de la recherche de Dieu les sciences profanes qui nous indiquent le chemin vers la langue devenaient importantes Parole p 12 Leclercq p III Deux lieux dans le monastère sont dédiés à cette activité de travail des lettres la bibliothèque et le monastère Discrètement le pape marque ici la continuité avec ses discours précédents L école et la bibliothèque assuraient la formation de la raison et l eruditio sur la base de laquelle l homme apprend à percevoir au milieu des paroles la Parole ibid Dans ces lignes on peut comprendre que la recherche de Dieu a conduit les moines non seulement au développement des sciences profanes du langage mais aussi à la formation des capacités rationnelles de l homme dans l utilisation optimale de l héritage laissé par les Anciens Enfin les moines du Moyen Age ne pouvaient entrer en contact avec la tradition classique sans profiter de tout ce qui s y était accumulé de sagesse et de vérité Leclercq p 135 Le monachisme a donc contribué à fonder la culture européenne par la transmission de la culture classique et par la formation à l étude rationnelle des textes Mais l attention à la Parole divine se fait pour le moine au sein d une communauté qui à son tour répond à Dieu par la parole et le chant En effet dans un premier temps il faut noter que le moine ne pas reçoit la Parole en solitaire comme beaucoup de nos contemporains La Parole qui ouvre le chemin de la recherche de Dieu et qui est elle même ce chemin est une Parole qui donne naissance à une communauté Parole p 12 Le Pape suivant saint Benoît 11 s attache donc à la partie cénobitique de la vie monastique celle qui où les moines vivent en commun et laisse de côté comme négligeable la partie érémitique En un second temps on comprend que la communauté ne se contente pas de lire la Parole on sait que dans l Antiquité et le Moyen Age la lecture se faisait à voix haute ce qui explique l affirmation du pape Tout comme à l école rabbinique chez les moines la lecture accomplie par l un d eux est également un acte corporel elle chante également cette Parole Or le chant par lequel la communauté s adresse à Dieu constitue une recherche de la beauté qui se fait dans le sillage des traditions antiques Le moine chrétien est précédé par un art musical dont il hérite prier et chanter pour s unir à la musique des esprits sublimes qui étaient considérés comme les auteurs de l harmonie du cosmos de la musique des sphères Parole p 14 Ainsi dans sa prière toute tendue vers Dieu le moine profite de l acquis de la sagesse grecque l art musical qu il forge peu à peu est une recherche de l harmonie avec l univers que les Grecs poursuivaient déjà Un commentateur F Midal exprime très bien cette contribution insigne du monachisme occidental Benoît XVI rappelle le phénomène indiscutable les hommes de l Occident ont donné à la musique la responsabilité de nous accorder de nous ré accorder au monde comme cosmos Parole p 54 12 Troisième et dernière harmonique de la notion de parole celle ci advient aux moines par la Bible qui repose sur une interprétation Avec lucidité et clarté le Pape rappelle que la Bible qui se dit en grec ta biblia les livres est d abord une pluralité Vue sous un aspect purement historique ou littéraire la Bible n est pas seulement un livre mais un recueil de textes littéraires dont la rédaction s étend sur plus d un millénaire et dont les différents livres ne sont pas facilement repérables comme constituant un corpus unifié Parole p 15 Ce qui unifie cette multiplicité dont juifs et chrétiens sont bénéficiaires c est l interprétation des communautés celle des juifs pour la partie que les chrétiens appellent Ancien Testament comme celle des chrétiens pour l ensemble des livres bibliques De la sorte la Bible n est pas pour les chrétiens l objet d une vénération idolâtrique mais plutôt le réceptacle de la révélation cumulative de Dieu à travers les siècles L élément historique se présente dans le multiple et l humain L Écriture a besoin de l interprétation de la communauté où elle s est formée et où elle est vécue Il existe des dimensions du sens de la Parole et des paroles qui se découvrent uniquement dans la communion vécue de cette Parole qui crée l histoire Parole p 16 L argumentation du Discours se fait ici dense car plusieurs écueils se présentent qu il faut éviter pour exprimer la vérité de la foi chrétienne et démarquer cette dernière des autres religions mais aussi des refus radicaux de Dieu En premier le fondamentalisme clairement dénoncé La Parole de Dieu en effet n est jamais présente dans la seule littéralité du texte En second lieu l arbitraire et le relativisme paradoxalement en tout cas pour notre société très individualiste l interprétation de la communauté de l Église est un grand rempart contre un danger celui que chaque croyant soit asservi à la fantaisie de son propre jugement avec le risque d illusion et d esclavage par rapport à ses instincts Ainsi Benoît XVI revendique avec force le principe d interprétation par l Église non seulement comme fondateur de la lecture chrétienne de la Bible mais comme un apport majeur du monachisme à la civilisation européenne Cette tension se présente à nouveau à notre génération comme un défi face aux deux pôles que sont d un côté l arbitraire subjectif de l autre le fanatisme fondamentaliste Si la culture européenne d aujourd hui comprenait désormais la liberté comme l absence totale de liens ce serait fatal et favoriserait inévitablement le fanatisme et l arbitraire L absence de liens et l arbitraire ne sont pas la liberté mais sa destruction Parole p 18 Le ton solennel du Discours marque ici une inflexion de sa portée il ne s agit plus seulement de mettre en lumière en une démarche historique les apports du christianisme occidental à la culture européenne mais aussi de montrer en quoi l un de ces apports celui de la puissance unificatrice de l interprétation de la Bible par une communauté croyante est fondateur d une vie sociale harmonieuse Car ce principe d interprétation est source de libération pour le disciple de Jésus Christ qui y adhère fondé sur une expérience de sagesse burinée par des siècles d écoute de l Esprit Saint dans la prière et la réflexion il libère le croyant de l esclavage de ses instincts et de la dictature de l opinion d un siècle d une décennie d une année d un jour Travail des moines et annonce de Dieu Mais la Parole de Dieu s est incarnée aussi pour ce laboratoire de vie chrétienne que fut le monachisme dans l activité quotidienne et donc dans le travail qui constitue la deuxième composante du monachisme désignée par le terme labora Parole p 18 19 Le discours pontifical s articule ici autour de deux idées force la dignité du travail le labeur de l évangélisation La dignité du travail est largement illustrée par le monachisme et elle marque une redécouverte ou un apport original du christianisme par rapport à l Antiquité grecque sous ces deux aspects le travail manuel la collaboration à l œuvre divine Sur le travail manuel le Pape rappelle que sa valorisation par le christianisme primitif voir l insistance de Saint Paul à travailler de ses mains pour n être à la charge de personne est reprise par la Règle de saint Benoît qui lui consacre un chapitre entier ch 48 or cela constitue une continuité avec la tradition juive mais une réhabilitation par rapport à la tradition gréco latine pour laquelle le travail manuel et même celui des affaires doit être réservé aux esclaves Mais si seul ce travail est explicitement réglementé par la Règle le travail intellectuel qui est implicitement présent dans nombreux autres passages 13 peut se réclamer aussi d un autre fondement évangélique cité par le Discours Mon Père est toujours à l œuvre et moi aussi je suis à l œuvre Jn 5 17 Ici encore le christianisme réagit contre une tendance profonde du monde grec où la création du monde matériel est perçue comme une œuvre indigne de la divinité suprême Le monachisme se situe au contraire dans une perspective de valorisation de la création du monde et du travail comme participation à l œuvre de Dieu De la sorte il a façonné l Europe au fil des siècles dans une double ligne culture du travail et subordination du travail à l amour de Dieu Benoît XVI l exprime ainsi Sans cette culture du travail qui avec la culture de la parole constitue le monachisme le développement de l Europe son ethos et sa conception du monde sont impensables L originalité de cet ethos devrait cependant faire comprendre que le travail et la détermination de l histoire par l homme sont une collaboration avec le Créateur et ont en lui leur mesure Parole p 20 Le second aspect du labeur monastique en développant ce thème le pape introduit la conclusion de son discours est celui de l évangélisation Sur ce point Benoît XVI ne développe pas l argumentation historique qu il aurait pu présenter 14 mais il va droit au but qu il s est fixé en montrant comment le monachisme a vécu l annonce de l Évangile en l intégrant à la prière et à la rumination de la Parole de Dieu Les moines ont suivi à leur manière la voie tracée par Saint Paul Celui ci cherchait comment annoncer Jésus Christ à ces hommes de grande culture qu étaient les Athéniens Paul n annonce pas des dieux inconnus Il annonce Celui que les hommes ignorent et pourtant connaissent l Inconnu Connu Parole p 22 Les moines L ont annoncé comme l expression même de leur être leur unique raison de vivre ce faisant ils ont répondu à l attente profonde de l homme de tous les temps Ils répondent donc à celle de notre temps Quaerere Deum chercher Dieu et se laisser trouver par Lui cela n est pas moins nécessaire aujourd hui que par le passé Ce qui a fondé la culture de l Europe la recherche de Dieu et la disponibilité à L écouter demeure aujourd hui encore le fondement de toute culture véritable Parole p 24 Par cette conclusion le Discours demeure sur une dominante éthique par rapport à la démarche plus historique de la première partie il ne s agit plus seulement de comptabiliser les apports du monachisme à la formation de l Europe et à sa culture il s agit de montrer en quoi ces apports sont actuels pour que ne sombrent pas des éléments clés de cette culture le respect de l interprétation ecclésiale la recherche gratuite du sens de la vie et donc le souci de la question de Dieu L apport de Benoît XVI Que pouvons nous conclure à notre tour de ce trop succinct examen du Discours aux Bernardins sous l angle des racines de la culture européenne Il nous semble opportun de suivre à ce propos les réflexions pertinentes d un commentateur Guy Coq 15 D une part en effet Benoît XVI effectue un déplacement sur la question des racines chrétiennes de l Europe posée par Jean Paul II Loin de renier la vigoureuse réponse positive qu énonçait son prédécesseur oui l Europe a de solides racines chrétiennes qu il est sain de reconnaître il apporte à cette réponse un complément historiquement exact qui permet d éviter l opposition frontale des opposants à l Europe chrétienne parce que ce complément est un hommage à la vérité les racines chrétiennes de l Europe se sont elles mêmes constituées sur le terreau culturel de l Antiquité gréco romaine sans préjudice par ailleurs de la source juive qui reste essentielle pour la pensée religieuse La reconnaissance de l apport des civilisations grecque et romaine aux racines de l Europe les travaux effectués en cette année dédiée à Saint Paul le confirment à l évidence 16 doit permettre d ouvrir le débat Ce changement de problématique permet de sortir la question des racines de l Europe d un verrouillage qui paralysait la réflexion ces racines sont structurellement plurielles Benoît XVI le montre dans sa relecture de l histoire Parole p 28 D autre part il opère un retournement par rapport à la vision héritée des Lumières dans laquelle semble baigner la culture contemporaine ambiante relayée ou façonnée par les médias selon cette vision le christianisme et l image de Dieu qu il a imposée à la culture occidentale ne sont que le résultat d une idéologie en fin de compte minoritaire et marginale 17 Benoît XVI prend le contrepied de cette conception en décrivant le point extrême de la place du christianisme sur la société du Moyen Age ce point extrême est le lieu du plus inutile du plus déconnecté apparemment de la vie quotidienne du plus méconnu du plus isolé c est la cellule de laquelle le moine ou la moniale se lève pour aller chanter dans l église au milieu de la nuit ou au point du jour loin de tout près de Dieu Car cette quête de Dieu dans la fuite du monde qui fait l essence du monachisme 18 dans ce qui constitue effectivement le plus marginal de la société a conduit paradoxalement les moines à transmettre la culture antique à travers les siècles de barbarie qui furent ceux de la décadence de l Empire romain et des grandes invasions Vème VIIème siècles et à permettre ainsi la renaissance de la culture en Europe occidentale

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  • N° 131 (mai-juin 2009) : Le vrai visage du Christ : Le Seigneur est mon berger. Le Psaume 22 lu par les Pères. (Collection « Les Pères dans la foi ») - Revue Résurrection
    l aveugle un disciple alexandrin d Origène Grégoire de Nysse Diodore de Tarse un auteur antiochien Théodoret de Cyr autre antiochien Augustin le Pseudo Chrysostome œuvre connue par le latin dont il n est même pas sûr qu il ait existé un original grec Cassiodore un Latin de la fin de l époque patristique A part Augustin et Grégoire de Nysse la série met donc en valeur des auteurs assez peu connus On remarque par contre l absence d Origène et d Ambroise qu on aurait pu attendre L idée qui a guidé ce choix est de faire sentir la différence entre les Grecs plus mystiques et les Latins généralement plus pratiques et à l intérieur des Grecs entre les Antiochiens plus soucieux d exégèse littérale et de sens historique et les Alexandrins plus portés à l allégorie Mais ces distinctions sont loin d être toujours pertinentes et si Diodore de Tarse veut appliquer par priorité ce psaume à la situation des Juifs revenant de l exil son continuateur Théodoret n a pas peur des interprétations allégoriques qui le réfèrent au chrétien dans son ascension spirituelle C est finalement là le principal apport des Pères que de donner du psaume

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  • N° 131 (mai-juin 2009) : Le vrai visage du Christ : L'amour des lettres et le désir de Dieu. Initiation aux auteurs monastiques du Moyen Age. (Dom Jean Leclercq) - Revue Résurrection
    est un certain recours à l expérience La théologie scholastique en fait abstraction elle pourra ensuite retrouver l expérience voir qu elle se concilie avec ses raisonnements qu elle peut même s alimenter en eux mais sa réflexion ne part point de l expérience et n y est pas nécessairement ordonnée Elle se situe et délibérément au niveau de la métaphysique elle est impersonnelle universelle En cela même résident sa difficulté et sa grandeur Elle cherche dans la science profane et la philosophie des analogies capables d exprimer les réalités religieuses Son but est d organiser le savoir chrétien en lui ôtant toute référence subjective afin de le rendre purement scientifique Les moines eux font appel comme spontanément au témoignage de la conscience à la présence en eux des mystères de Dieu Ils n ont pas pour but principal d exposer les mystères de Dieu de les expliciter d en dégager les conclusions spéculatives mais d en pénétrer toute leur vie d orienter toute leur existence vers la contemplation Il est normal que cette expérience spirituelle influe sur leur méthode de réflexion et qu elle en constitue en grande partie l objet Ces deux modes de connaissance religieuse sont au sens premier de ce mot complémentaires La théologie monastique est en quelque sorte une théologie spirituelle qui complète la théologie spéculative elle en est l achèvement l épanouissement Elle est ce surcroît ce sursum dans lequel la théologie spéculative tend à se dépasser elle même pour devenir ce que S Bernard nomme une connaissance intégrale de Dieu integre cognoscere p 213 Ce caractère de connaissance intégrale cher à la théologie monastique n est pas une découverte du Moyen Age Elle l a tout naturellement puisé chez les Pères De l aperçu qui vient d être donné sur les sources patristiques de la culture monastique du moyen âge se dégagent deux conclusions La première est qu il y a une réelle continuité entre l âge patristique et les siècles monastiques du moyen âge entre la culture patristique et la culture monastique du Moyen Age On a alors connu aimé les écrits patristiques dont la qualité littéraire était appréciée c est la part de la grammaire dont le sens religieux répondait au désir de Dieu qu entretient la vie monastique c est la part de l eschatologie Et cette con naissance des Pères n est pas seulement une connaissance livresque limitée au domaine de l érudition Il ne faut point méconnaître le rôle qui revient dans la continuité qui relie le monachisme occidental au passé de l Église entière à ce qu on peut appeler la tradition vivante On affirme souvent que le monachisme a maintenu la tradition en copiant en lisant en expliquant les ouvrages des Pères et cela est exact mais il l a fait aussi en vivant de ce que ces livres contenaient Il y a là un procédé de transmission qu on peut dire expérimental En plein XIIème siècle au milieu de l effervescence de la théologie scolaire

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  • N° 131 (mai-juin 2009) : Le vrai visage du Christ : La prédication et l'Église chez Eckhart et Nicolas de Cues. (sous la direction de Marie-Anne Vannier) - Revue Résurrection
    à ce que le titre laissait présager l ouvrage ne se limite pas à l étude de ces deux maîtres mais il pratique fréquemment des excursions durant un chapitre entier chez d autres théologiens et prédicateurs tels Jean Tauler Albert le Grand etc Le matériel sur lequel les spécialistes s appuient est très riche mais il offre l inconvénient d être le plus souvent parfaitement inconnu du lecteur en effet par exemple il s agit d étudier le rôle du prédicateur d après les sermons latins de maître Eckhart et non d après ses sermons allemands or les sermons latins de maître Eckhart ne connaissent pas encore d édition française l introduction à l ouvrage nous précise que celle ci est en cours de préparation par Jean Devriendt Plusieurs textes analysés sont novateurs pour la recherche mais la complexité et la richesse vont de pair avec un certain manque d unité faute d un fil conducteur clairement exposé et repris dans chaque chapitre Le mouvement général de l ouvrage pourrait en effet sembler clair pour un lecteur superficiel étude du rôle du prédicateur et de l Église chez Eckhart et Nicolas de Cues comme l annonce le titre en partant des origines jusqu aux prolongements dans l histoire de la pensée évolution de ces thèmes depuis la pensée de st Thomas d Aquin pour qui la prédication a pour but l édification spirituelle du corps du Christ pour aboutir par exemple au dernier chapitre à des parallèles avec leurs limites entre la pensée de l Église chez Nicolas de Cues et chez Pic de la Mirandole Mais le va et vient entre les thèmes les auteurs et les textes étudiés fait que ce fil directeur n est pas aisément repérable ni le plan du livre ni le contenu de ses

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  • N° 131 (mai-juin 2009) : Le vrai visage du Christ : Histoire d'un dynamisme apostolique. La Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. (P. Philippe Molac, Préface d'Étienne Fouilloux) - Revue Résurrection
    à la cléricalisation à laquelle procédera un de ses successeurs M Tronson renouvelée après la Révolution française cette cléricalisation s imposera comme un modèle particulier dans ce long XIXe siècle catholique qui s étale de 1815 1820 à 1950 elle fera la gloire la réputation et la splendeur de la Compagnie Ces éléments se retrouvent aussi de manière implicite dans les deux textes reproduits en annexe et qui étudient plus précisément sous la plume de M Gilles Chaillot la mémoire du fondateur dans la Compagnie et certains points de sa spiritualité Si l on laisse de côté ces dimensions on soulignera surtout que le lecteur français par delà l histoire événementielle mâtinée d analyses socio historiques prendra conscience de l ampleur internationale de la Compagnie Les implantations canadiennes et états uniennes sont anciennes remontant au XVIIe siècle pour les premières et à la fin du XVIIIe siècle pour les secondes Il y aurait même lieu d explorer davantage la différenciation spirituelle et sacerdotale qu ont pu produire ces expériences diffractées On n est très vraisemblablement pas sulpicien de la même manière selon que l on est formé dans une nation originellement démocratique pour le dire rapidement et pratiquant le pluralisme et la concurrence religieuses États Unis que l on structure un clergé chargé d entretenir l identité d une minorité francophone qui se sent politiquement culturellement et religieusement marginalisée et mise en danger sur son propre sol Québec ou que l on vive en France une série de bouleversements socio politiques et religieux qui superposent de manière complexe des choix ecclésiologiques romanité ou gallicanisme et politiques monarchisme ou pas Quelle unicité alors du modèle sacerdotal développé depuis la Réforme catholique et jusqu où doit il aller dans son accommodement au monde M Tronson aurait répondu que les habitudes sacerdotales doivent

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  • N° 131 (mai-juin 2009) : Le vrai visage du Christ : Laïcat catholique et société française. Les Comités catholiques (1870-1905). (P. Daniel Moulinet) - Revue Résurrection
    partiellement inabouties engagées il y a plus de dix ans par des spécialistes d histoire religieuse contemporaine et consacrées aux congrès catholiques une des formes particulières de la mobilisation ecclésiale des années 1870 aux années 1940 Car l enrôlement catholique dans des organisations aussi diverses que variées fut intense tant dans la défense religieuse maintenir des positions acquises lutter contre les lois de laïcisation et leurs conséquences que dans ce qui devint le mouvement catholique cet ensemble multiforme d œuvres et de réalisations destinées à reconquérir les masses et une société dont on pensait qu elles avançaient à grands pas vers un athéisme généralisé promu et alimenté par la République Les Congrès parisiens et nordistes ainsi que leurs déclinaisons diocésaines en furent une expression privilégiée servant de vitrine des réalisations du catholicisme français Le P Moulinet montre bien combien les soucis religieux ont pu y croiser les soucis politiques tant la République était alors considérée à partir de ce qu en disaient les républicains comme plus qu une forme politique une idéologie proprement antichrétienne Il peut ainsi souligner l importance des modèles étrangers la Belgique les Katholikentage allemands et les inflexions chronologiques et spatiales liées au développement d un anticléricalisme européen le souci d une coordination continentale de la résistance catholique surgit après 1870 et forme ce qu on appelle l Internationale noire à l installation de la République à son orientation plus ou moins anticléricale aux choix tactiques de Léon XIII le Ralliement aux choix socio politiques typés qui composent les instances dirigeantes de ces Congrès catholiques multipliés Charles Chesnelong en particulier La masse des documents exploités l importance numérique des hommes engagés le poids des réseaux empêchent une analyse approfondie et systématique de tout ce qui se réalisa Mais la conclusion propose une synthèse des caractéristiques générales des

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