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  • N° 131 (mai-juin 2009) : Le vrai visage du Christ : Les grandes grâces. Carnet I (11 août 1929 – 2 février 1942). (Marie de la Trinité) - Revue Résurrection
    une centaine de pages et d utiles index Nous pouvons néanmoins nous demander si cette présentation qui occulte largement la maladie physique de Marie de la Trinité laquelle occupera pourtant les neuf dernières années de sa vie pour ne relater que la maladie psychique il est vrai incontournable ce qui pose d ailleurs le problème du rapport de la vie mystique à la maladie psychique n est pas un peu trop emblématique comme s il fallait que la mystique soit sauvée par la psychanalyse plutôt que par l union au crucifié Mais cela n enlève rien à l œuvre proprement théologique qui se dessine dans les Carnets Les grandes grâces nous sont à cet égard un premier contact avec la pensée de celle qui ne cesse de plonger à l intérieur de la Trinité ou plutôt in sinu Patris Et qui à travers son expérience tout à fait originale du Père découvre comme en témoigne la première grâce datée du 11 Août 1929 la relation d amour qui existe entre le Père et le Fils relation qu elle identifiera plus tard à l Esprit L essentiel c est l union au Père et à côté de cela tout n est que moyen y compris l union aux états et aux actes du Christ y compris l Incarnation Ainsi le double mouvement descendant et ascendant de la filiation et du sacerdoce vient il faire écho chez elle à l exitus reditus de la doctrine traditionnelle de la Rédemption Filiation et sacerdoce sont les deux mots clés de sa réflexion théologique La filiation s entend comme le lien qui descend du Père au Fils et le sacerdoce comme l hommage que le Fils rend au Père Or si la participation à la filiation est enseignée et vécue par beaucoup d âmes tel

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  • N° 129-130 (janvier-avril 2009) : Saint Paul : théologie et mission : Le paulinisme est mort. Vive saint Paul ! - Revue Résurrection
    discours de Paul à la synagogue d Antioche de Pisidie Ac 13 à l Aréopage d Athènes Ac 17 devant les anciens d Éphèse réunis à Milet Ac 20 devant le sanhédrin Ac 23 devant le roi Agrippa Ac 20 et surtout devant les notables de la communauté juive de Rome Ac 28 sont tout sauf des exercices d école Qu il y ait une part de reconstruction comme c était l usage chez les historiens de l époque c est probable mais la longue fréquentation de Paul par Luc a permis à ce dernier de retrouver les axes de l enseignement paulinien dans des situations contrastées où se manifeste tout son génie Les ignorer serait insensé Un problème qui ne cesse de peser sur les études pauliniennes et qui n est pas encore réglé est celui des limites du corpus authentiquement paulinien La paternité de presque toutes les lettres qui lui sont attribuées par la tradition lui a été contestée à un moment ou à un autre 2 Aujourd hui il existe un accord assez général pour reconnaître en lui l auteur de la première lettre aux Thessaloniciens des deux lettres aux Corinthiens de celle aux Romains et aux Galates ainsi qu aux Philippiens sans oublier le billet à Philémon Cela laisse encore six lettres et non des moindres en dehors aux Colossiens aux Ephésiens la deuxième aux Thessaloniciens les deux à Timothée à Tite Il ne nous appartient pas de revenir sur cette question sinon pour souligner que cette exclusion n est pas sans appel les raisons invoquées n ont visiblement pas toutes la même solidité des spécialistes reconnus continuent à penser que des arguments de part et d autre peuvent être invoqués Tant que la question de la littérature dite deutéro paulinienne n est pas éclaircie il reste évidemment un doute sur certains points de la pensée ecclésiologique de saint Paul la place des ministères institués par exemple et sur sa synthèse christologique la place du thème de la Sagesse Mais à supposer que des disciples aient prolongé les intuitions de Paul il est probable qu ils se sont appuyés sur tel aspect de l enseignement du Maître voire sur des éléments littéraires laissés par lui les fameuses hymnes d Ep 1 et Col 1 ou encore de 1 Tm 3 16 Ce qui d une façon générale progresse c est une perception renouvelée de la stature de l Apôtre qui réunit en lui des dons étonnants d organisateur de prédicateur de théoricien et de contemplatif D un autre côté son rôle apparaît mieux dans la continuité de l Église primitive non comme un créateur qu il se refuse d être non comme un épigone mais comme un véritable apôtre en dépendance et à égalité avec les autres Le numéro qu on va lire veut apporter sa pierre à l édifice et contribuer à illustrer certaines des avancées de la recherche paulienne Dans le domaine de la théologie d abord là comme le montrent chacun à leur

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  • N° 129-130 (janvier-avril 2009) : Saint Paul : théologie et mission : Audience générale, mercredi 4 février 2009 - Revue Résurrection
    La date de la mort varie déjà dans les sources antiques qui la situent entre la persécution lancée par Néron lui même après l incendie de Rome qui eut lieu en juillet de l an 64 et la dernière année de son règne c est à dire 68 cf Jérôme De viris ill 5 8 Le calcul dépend beaucoup de la chronologie de l arrivée de Paul à Rome un débat dans lequel nous ne pouvons pas entrer ici Des traditions successives précisèrent deux autres éléments L un le plus légendaire est que le martyre eut lieu aux Acquae Salviae sur la via Laurentina et que sa tête rebondit trois fois ce qui à chaque fois suscita l écoulement d un flot d eau c est la raison pour laquelle le lieu porte le nom aujourd hui encore de Tre fontane Trois fontaines Actes de Pierre et Paul du Pseudo Marcel Ve siècle L autre en harmonie avec l antique témoignage déjà mentionné du prêtre Gaius est que sa sépulture eut lieu non seulement en dehors de la ville au deuxième mille sur la via Ostiense mais plus précisément dans le domaine de Lucina qui était une femme chrétienne Passion de Paul du Pseudo Abdia VIe siècle C est là que au IVe siècle l empereur Constantin érigea une première église ensuite largement agrandie entre le IVe et le Ve siècle par les empereurs Valentinien II Théodose et Arcadius Après l incendie de 1800 fut ici érigée l actuelle basilique Saint Paul hors les Murs Quoi qu il en soit la figure de saint Paul a un rayonnement qui va bien au delà de sa vie terrestre et de sa mort en effet il a laissé un extraordinaire héritage spirituel Lui aussi comme un véritable disciple de Jésus devint un signe de contradiction Alors que parmi ceux qu on appelait les ébionites un courant judéo chrétien il était considéré comme apostat par la loi mosaïque dans le livre des Actes des Apôtres apparaît une grande vénération envers l apôtre Paul Je voudrais à présent faire abstraction de la littérature apocryphe comme les Actes de Paul et Tecla et un recueil de lettres apocryphes entre l Apôtre Paul et le philosophe Sénèque Il est surtout important de constater que très vite les lettres de saint Paul entrent dans la liturgie où la structure prophète apôtre évangile est déterminante pour la forme de la liturgie de la Parole Ainsi grâce à cette présence dans la liturgie de l Église la pensée de l Apôtre devient dès le début une nourriture spirituelle pour les fidèles de tous les temps Il est évident que les Pères de l Église et ensuite tous les théologiens se sont nourris des lettres de saint Paul et de sa spiritualité Il est ainsi resté au cours des siècles jusqu à aujourd hui le véritable maître et apôtre des nations Le premier commentaire patristique qui nous soit parvenu sur un écrit du Nouveau Testament est celui du grand théologien

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  • N° 129-130 (janvier-avril 2009) : Saint Paul : théologie et mission : Au coeur de la mission de Paul : repenser l'homme dans le monde - Revue Résurrection
    le même nom latin Le gouverneur peut avoir apporté à l apôtre un soutien logistique et des lettres de recommandation en particulier pour Antioche de Pisidie dont il était originaire et qui fut l étape de Paul après celle de Chypre Une communauté de table pas sans péril L utilisation du réseau associatif se déduit aussi de l intérêt porté par Paul aux questions de convivialité dans la première épître aux Corinthiens et dans celle aux Galates En effet la convivialité est le principal ressort et la manifestation extérieure de toute communauté antique culminant dans la participation aux grands banquets publics offerts par la cité ou par l empereur qui fonctionnent comme une manifestation de loyalisme C est par la pratique de l invité supplémentaire dans les banquets associatifs que se diffusent les idées et les théologies nouvelles Il fallait donc accepter de manger avec les autres ce qui posait problème aux Juifs puis aux chrétiens d origine juive en raison des interdits alimentaires du Lévitique et de la cashrout Plus généralement pour les convertis grecs et romains cela soulevait la question de conscience de participer à des banquets familiaux corporatifs ou publics où l on consommait de la viande provenant de bêtes abattues lors de sacrifices à des dieux païens En effet l on ne mangeait de la viande que très rarement lors des grandes fêtes beaucoup de bêtes provenaient de troupeaux sacrés propriété d un dieu il n y avait pas d abattage en dehors des sanctuaires et la revente de la viande dans des boutiques ou sur des marchés extérieurs était rare Enfin la seule infrastructure de restauration collective se trouvait dans les sanctuaires En inventant le terme d idolothyte viande sacrifiée aux idoles Paul exprime sa conviction profonde ces viandes sont naturellement désacralisées à partir du moment où l on ne croit plus aux dieux du polythéisme et que l immolation perd sa fonction et son sens d acte rituel Ce n est plus que de la boucherie et un chrétien peut consommer ces viandes tout au moins les esprits forts 1 Co 8 4 6 Mais c est l un des points où Paul hésite et multiplie les atermoiements 1 Co 8 et 10 et où l on constate qu il n a rien d un doctrinaire ni d un homme de système Sa pensée se construit en situation En définitive il juge impossible pour un chrétien de manger dans un sanctuaire ce qui signifie publiquement l appartenance à la communauté religieuse du lieu en revanche il lui paraît admissible de consommer des viandes sacrificielles surtout si on le fait dans une demeure privée que leur provenance n est pas ostentatoire et qu il ne s agit pas d une provocation Ce point restera débattu durant les premiers siècles de christianisme l auteur de l Apocalypse s y oppose dans ces lettres aux Églises de Pergame et de Thyatire Ap 2 14 et 20 où il vise sans doute un groupe paulinien Mais Paul a fait le choix de garder ses convertis insérés dans leur milieu d origine C est une des dynamiques de sa mission Les communautés pauliniennes fonctionnent donc sur le principe de la mixité sociale mariages avec des non croyants mixité à table entre Juifs et non Juifs croyants et non croyants partage des responsabilités et des ministères entre hommes et femmes au sein de la communauté Quoiqu on en ait écrit Paul n était pas misogyne loin de là À la figure de Lydie dans les Actes des apôtres chef de famille chef d entreprise et chef d Église correspond le personnage de Lydie diacre de la communauté de Cenchrées qui se déplaçait facilement et exerçait une réelle influence locale Rm 16 1 2 Dans les assemblées de la communauté paulinienne de Corinthe 1 Co 11 5 les femmes ont le droit de prophétiser et de diriger les prières fonction d autorité qu elles perdront par la suite 1 Tm 2 12 conformément à l évolution générale de la société romaine Cette fois encore Paul est partagé entre son désir d ouverture et son respect des conventions sociales de son époque qui enjoignaient aux femmes de se taire en public 1 Co 14 34 35 Quand la foi se dit en grec Les communautés pauliniennes sont des communautés ouvertes qui doivent se préoccuper des gens de l extérieur des gens ordinaires 1 Co 14 16 et 24 c est à dire des non croyants susceptibles d entrer dans une maison au moment où s y tient une assemblée de chrétiens Cela place au premier plan le problème de la communication qui était d ailleurs au centre des préoccupations des notables de l Empire Pour la première fois parler la langue des gens auxquels on s adresse devient une nécessité pour le personnel de l administration impériale et aussi pour les personnages charismatiques itinérants qui prêchent ou délivrent des oracles de cité en cité Par son origine et son éducation Paul était polyglotte l hébreu était sa langue rituelle il parlait l araméen le grec et le latin la Bible qu il utilisa était la Bible en grec et ce choix fut décisif pour la diffusion du christianisme il utilisa indifféremment les règles de la rhétorique pharisienne grecque ou latine Cette fois encore un autre des néologismes qu il forgea celui de glossolalie ou parler en langues est significatif de son attention aux problèmes de son temps Ce terme qui est encore utilisé aujourd hui par les ethnologues et les historiens des religions désigne un langage mystique qui crée une forme d unanimité entre les participants d un culte sur la base de scansions et d onomatopées à la syntaxe rudimentaire susceptibles d interprétations diverses Cela existait dans l Antiquité en particulier dans le culte d Apollon c était souvent le charisme des Pythies et autres prophètes qui rendaient les oracles c était aussi celui de certains chrétiens de Corinthe qui s exprimaient ainsi lors des assemblées 1 Co 14 24 Paul

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  • N° 129-130 (janvier-avril 2009) : Saint Paul : théologie et mission : La christologie paulinienne - Revue Résurrection
    de cette présence invisible Saint Paul s emploie au contraire à montrer en quoi le Fils incarné fait toutes choses nouvelles précisément à partir de cette continuité dont nous venons d illustrer quelques aspects Reprenons par exemple le thème de la Création Dans l épître aux Colossiens Col 1 15 20 il est question d abord du Christ agent de la création du monde v 15 17 puis de la re création opérée par le sang de sa Croix en réconciliant tous les êtres pour lui aussi bien sur la terre que dans les cieux Parce qu il est présent et actif à la première création le Christ est le commencement de la nouvelle création annoncée en Isaïe 65 17 25 Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle et opérée par sa mort et sa Résurrection Cette re création est radicale Si donc quelqu un est dans le Christ c est une création nouvelle l être ancien a disparu un être nouveau est déjà là 2Co 5 17 Le signe de nouveauté réside dans l abolition des exclusions mutuelles du monde ancien comme dans Isaïe la communion des contraires Juif païen homme femme maître esclave manifeste l avènement de cette radicale nouveauté En conséquence le Christ est réellement le nouvel Adam 1Co 15 45 cf 21 22 dans la plénitude d une humanité qui par Adam a fait entrer la mort dans le monde et qui par le Christ remporte sur elle une victoire définitive Le parallèle entre le premier et le second Adam est particulièrement souligné dans 1Co 15 44 49 où il est question de la vie et de la résurrection du corps Pour saint Paul la résurrection est corporelle car le Christ ressuscité possède un corps d homme La distinction physique pneumatique évoquée dans ce passage n oppose pas le corporel à l immatérialité de l âme mais le corps de celui qui a refusé l action transformante de l Esprit qui rejette la possibilité d être transfiguré et qui s il venait à ressusciter ne serait qu un cadavre réanimé et le corps glorieux du Christ et de ceux qui ressusciteront en lui à la fin des temps corps aux propriétés inhabituelles échappant à la corruption habité par la gloire divine Le corps de Jésus conserve toute son humanité mais il inaugure une humanité nouvelle complètement transformée par rapport à celle du premier Adam et à laquelle nous sommes tous appelés à appartenir D où la célèbre formule Où le péché s est multiplié la grâce a surabondé Rm 5 20 Par un seul le péché entre dans le monde puis la grâce Saint Paul semble même affirmer que la grâce apportée par le Christ est d autant plus radicale qu elle efface un plus grand nombre de péchés alors qu une seule faute celle d Adam a abouti à la condamnation de tous La restauration de l image divine La restauration du corps humain dans le corps glorieux du Christ n est pas celle d un organisme doué de propriétés physiques ou biologiques extraordinaires Il s agit avant tout d un corps capable de porter l image du céleste 1 Co 15 49 Et cette image n est pas une lointaine promesse attachée à la re création de notre corps dans la gloire du Christ à la fin des temps mais elle est restaurée en nous dès maintenant Rm 6 du fait de la Résurrection de Jésus qui introduit notre humanité corporelle auprès du Père céleste Le Christ est réellement porteur de l image de Dieu dans sa vie d homme il porte en son humanité l image authentique de Dieu En effet saint Paul voit le Christ comme image de la gloire divine Il est celui qui a resplendi dans nos cœurs pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu qui est sur la face du Christ 2 Co 4 6 Il utilise à cet effet dans le même passage l analogie du miroir 2 Co 3 18 nous réfléchissons la gloire du Christ qui est la gloire même de Dieu Il est celui qui dévoile le visage de Dieu C est quand on se convertit au Seigneur que le voile est enlevé 2 Co 3 16 Et si cette gloire divine devient visible en nous c est parce que le Christ restaure en l homme l image et la ressemblance avec Dieu Comme l écrit saint Paul en Rm 8 29 il les a prédestinés à reproduire l image de son Fils afin qu il soit le premier né d une multitude de frères Il convient de remarquer à ce propos que le terme grec employé pour premier né prôtotokos n est jamais utilisé pour parler d Adam L image parfaite de Dieu portée par le Christ est quelque chose d absolument nouveau vis à vis de l image de Dieu portée par le premier Adam Seul le Christ peut imprimer en nous l authentique figure du Dieu éternel De la nouveauté à la rupture transcendance et abaissement du Dieu incarné Ce qui se trouve à l origine de la radicale nouveauté de la création et de l humanité rachetées par le Christ c est bien sûr la divinité du Christ Là se trouve la vraie rupture avec la notion d un Dieu intrinsèquement autre vis à vis de l homme et ne participant pas à son humanité L unicité de Dieu est rapportée à la divinité du Christ Il n y a qu un seul Dieu le Père de qui tout vient et pour qui nous sommes et un seul Seigneur Jésus Christ par qui tout existe et par qui nous sommes 1 Co 8 6 Ce passage reprend presque dans les mêmes termes la prière juive du Shema Israël Écoute Israël le Seigneur notre Dieu est l unique Dt 6 4 Saint Paul affirme face aux Juifs un monothéisme strict en Jésus Christ le Seigneur terme qui désigne Dieu dans le judaïsme comme le

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  • N° 129-130 (janvier-avril 2009) : Saint Paul : théologie et mission : Le Christ, sagesse de Dieu personnifiée chez saint Paul ? - Revue Résurrection
    22 Allant plus loin il soutient que Paul n a jamais recours sur ce point au langage de la tradition sapientielle Le recours des exégètes à la littérature de sagesse relèverait uniquement répète t il du souci excessif de trouver un fondement biblique à ces deux affirmations Dans le deuxième temps de son argumentation Gordon D Fee se tourne vers les relations entre Paul et la tradition sapientielle pp 602 606 Son propos que nous ne détaillerons pas ici est de montrer qu il n y a que quatre citations effectives des écrits sapientiaux chez Paul 1 Co 3 19 et Jb 5 12 13 2 Co 9 7 et Pr 22 8a dans le texte de la Septante Rm 3 10 et Qo 7 20 Rm 12 20 et Pr 25 21 auxquelles s ajouteraient deux références plus lointaines Rm 11 35 et Jb 41 11 mais dans le texte hébreu et à propos d un seul mot commun Rm 11 33 et Jb 5 9 9 10 34 24 Or Gordon D Fee insiste sur le fait que ces citations de la tradition sapientielle beaucoup plus rares que celles d autres livres des Écritures juives sont toujours précises et adaptées à leur contexte scripturaire d origine Paul connaît donc cette tradition et lui est fidèle quand il la cite ce qui rendrait improbable que des affirmations christologiques centrales mais sans lien explicite avec ces textes puissent néanmoins leur être rattachées Le dernier point important de cette analyse est l affirmation selon laquelle il n y a aucun lien entre les écrits pauliniens et la Sagesse de Salomon Reprenant toutes les références marginales suggérées par l édition critique du Nouveau Testament faisant autorité celle de Nestle et Aland Gordon D Fee montre qu aucune ne témoigne d un véritable lien direct Les rapprochements ne sont au mieux que conceptuels et ne reposent jamais sur des reprises directes Du reste les passages relevés dans la Sagesse de Salomon se trouvent en dehors de l éloge de la Sagesse personnifiée Sg 7 22 9 18 et laissent donc d autant moins de prise à l idée que c est la référence à la Sagesse personnifiée de l Ancien Testament qui permet à Paul de fonder ses affirmations christologiques Le troisième et dernier temps de l argumentation de Gordon D Fee est consacré à la littérature de sagesse elle même après avoir montré que les références alléguées chez Paul n étaient pas recevables et que la relation avérée de Paul à la littérature de sagesse ne justifiait pas les développements sur la relation entre le Christ et la Sagesse il s efforce de montrer que la littérature sapientielle elle même ne permet pas de dégager le concept d une Sagesse personnifiée Paul n utilise nulle part le langage de cette tradition quand il parle du Christ comme l agent divin de la création La question qui se pose alors est de savoir s il y a une relation conceptuelle entre le rôle du Christ dans la création selon Paul et le rôle de la Sagesse dans la Sagesse de Salomon La première question est celle de la nature réelle de la personnification employée par les textes sapientiaux s agit il d une hypostase divine c est à dire un véritable être divin ou presque divin existant à côté de Dieu ou en relation avec lui d une façon unique ou bien seulement du procédé littéraire de la personnification Citant des travaux antérieurs Gordon D Fee expose que dans les Proverbes et l Ecclésiastique il s agit d une personnification littéraire pure et simple La Sagesse de Salomon concède t il semble pointer beaucoup plus vers une hypostase mais seulement en Sg 7 22 8 18 Ensuite dans les chapitres 9 et 10 la personnification semble beaucoup moins nette avant que la Sagesse elle même ne semble disparaître complètement à partir du chapitre 11 En somme nous aurions affaire à une position intermédiaire entre procédé littéraire et hypostase tranchée indûment dans le sens de l hypostase par des exégètes peu scrupuleux Retrouvant un des termes clés de la controverse avec l arianisme Gordon D Fee insiste sur la qualification de la Sagesse comme création Pr 8 22 26 Si 1 4 24 3 9 elle donnerait aux auteurs des livres sapientiaux la possibilité de personnifier la sagesse sans pour autant porter atteinte à leur monothéisme Paul de son côté affirmerait le contraire le Christ est l agent de la création parce que en tant que Fils de Dieu il était présent auprès du Père avant que quoi que ce soit d autre ne vienne à exister p 609 8 Gordon D Fee s attache ensuite à un examen systématique des textes sapientiaux qui mettent en relation sagesse et création ce point étant considéré comme central dans toutes les études qui prétendent trouver un arrière plan scripturaire aux affirmations de Paul Or dans aucun de ces textes il n est explicitement affirmé que la Sagesse personnifiée était l agent médiateur de la création p 609 On ne retrouve pas les affirmations pauliniennes selon lesquelles toutes choses ont été créées par le Christ dia et qu elles subsistent en lui La sagesse est bien plutôt l attribut de Dieu qui se manifeste à travers l admirable dessein exposé dans la création p 610 Elle n est au mieux que le compagnon de Dieu Cela semble particulièrement clair dans le Psaume 104 24 Que tes œuvres sont nombreuses Yahvé toutes avec sagesse tu les fis la terre est remplie de ta richesse dont la théologie aurait ensuite été fidèlement reprise dans les textes sapientiaux y compris dans la Sagesse de Salomon Gordon D Fee conclut dans le même sens à propos de Pr 3 19 20 Yahvé par la sagesse a fondé la terre il a établi les cieux par l intelligence par sa science furent creusés les abîmes 9 Concernant Pr 8 22 31 Gordon D Fee se montre tout aussi affirmatif il déclare que si la Sagesse était présente lors de la Création Quand il affermit les cieux j étais là Pr 8 27 elle n était en aucun cas médiatrice Aucun terme notamment aucune préposition ne permettrait de l étayer y compris le terme hébreu âmôn ambigu qui pourrait signifier artisan que la Septante a traduit de façon également ambiguë par harmozousa qui est en harmonie avec mais que la Bible de Jérusalem par exemple a choisi d interpréter et de traduire franchement par maître d œuvre Ce choix moderne n est certes pas un critère mais il pourrait être mis en regard du Livre de la Sagesse où le terme de technitis ouvrière est employé à trois reprises en particulier en Sg 7 22 dans un usage très proche Gordon D Fee rejette cependant que ce dernier emploi puisse éclairer a posteriori le livre des Proverbes et conteste de toute façon qu il puisse rendre compte du rôle actif d une sagesse préexistante dans la création Il va néanmoins jusqu à affirmer en note sa surprise de voir chez Nestle et Aland l hymne aux Colossiens être mis en relation avec ce passage sans qu il y ait à ses yeux aucun écho ni conceptuel ni lexical Pourtant entre Yahvé m a créée prémices de son œuvre Pr 8 22 et Premier Né de toute créature Col 1 15 ou encore entre dès littéralement dans la version des Septante avant l éternité je fus établie dès le principe avant l origine de la terre Pr 8 23 24 et il est avant toutes choses Col 1 17 il ne semble pas impossible de trouver quelques concordances conceptuelles et lexicales notamment la répétition de la préposition pro avant et ce alors même que Gordon D Fee se montre de façon générale très attentif au jeu des prépositions Il est vrai que le lien ne porte pas sur la question de la médiation de la sagesse divine dans la création mais il ne semble pas insignifiant pour autant et ne peut pas être balayé d un revers de la main Gordon D Fee rejette également d une façon rapide mais guère contestable la lecture du chapitre 24 de l Ecclésiastique dans le sens d une Sagesse préexistante et médiatrice de la création Pour reprendre ses propres termes il est difficile d imaginer qu aucun lecteur ordinaire de ces textes des Proverbes ou de l Ecclésiastique ait jamais pu supposer que leurs auteurs avaient réellement compris la Sagesse personnifiée comme l agent divin de la création Présente à la création oui mais pour d autres raisons pas pour le véritable acte de création lui même p 613 Néanmoins le statut prêté par Gordon D Fee à cette entité à la fois présente et en même temps dénuée de tout rôle actif n est pas aisé à concevoir Son développement sur la Sagesse de Salomon est beaucoup plus étendu même s il rappelle que la datation vraisemblable de ce livre le règne de Caligula soit entre 37 et 41 rend très improbable que Paul l ait lu et plus encore qu il s en soit inspiré Sans entrer dans les détails de son raisonnement Gordon D Fee rappelle le plan d ensemble du livre pour montrer la place restreinte accordée à la Sagesse dans l éloge central notamment au regard du rôle exclusif de Dieu à partir du chapitre 11 Ainsi l enjeu n est pas en soi théologique mais plutôt pratique et éthique C est seulement en ayant la sagesse que les gouvernants gouverneront bien et seulement en ayant la sagesse que le peuple vivra bien p 615 Encore une fois la Sagesse est seulement présente lors de la création du monde et pas plus que dans les autres livres de sagesse on ne trouve la préposition dia pour exprimer le rôle de la Sagesse dans la création contrairement à l usage qu en fait Paul 1 Co 8 6 Col 1 16 etc Ainsi en Sg 7 22 où apparaît le mot technitis comme en Sg 8 4 6 où le même mot revient accompagné du verbe ergazomai travailler et non pas créer la Sagesse est présentée comme partie prenante des œuvres présentes de Dieu dans le monde De même en Sg 9 1 2 Toi qui par ta parole as fait l univers toi qui par ta Sagesse as formé l homme pour dominer sur les créatures que tu as faites il est excessif de voir dans la Sagesse l agent de la création et même d y voir une hypostase l usage d un adjectif possessif devant conduire à y voir une fois encore un simple attribut de Dieu sans majuscule contrairement au choix de la Bible de Jérusalem plutôt qu un être autonome D ailleurs souligne Gordon D Fee lorsque l auteur du Livre de la Sagesse revient dans la troisième partie de l ouvrage sur la création du monde Sg 11 17 24 il n est plus question du tout de la sagesse En conclusion Gordon D Fee peut donc affirmer avec confiance que Paul n a jamais connu ni exprimé quoi que ce soit qui ressemble à une christologie sapientielle p 619 En effet à aucun moment il ne dit ni ne suggère que la Sagesse est impliquée dans la création du monde par Dieu Rien dans son usage de la tradition sapientielle ne peut inciter à y chercher une clé de sa compréhension du Christ Du côté de ceux qui font ce rapprochement Gordon D Fee dénonce une méthode inverse de celle qui devrait permettre de construire une authentique théologie paulinienne qui est ordinairement construite sur la base de ce que Paul dit réellement sur une question donnée et reconnaît la valeur des preuves vétérotestamentaires qui l appuient p 619 Or les preuves ici ne seraient que des allusions indirectes alors que Paul ne fait jamais explicitement d association entre le Christ et la Sagesse personnifiée Il n y a donc aucune place pour une christologie sapientielle dans la reconstruction de la christologie paulinienne Que penser de cette démonstration Force est de constater qu elle est dans l ensemble rigoureuse et étayée sur des exemples précis Si par moments l argumentation semble un peu rapide elle répond de façon satisfaisante à son but montrer que les écrits de sagesse de l Ancien Testament ne permettent pas de rendre compte de ces deux affirmations pauliniennes majeures sur le Christ qu il préexiste à la création parce qu il en est l agent Est elle pour autant entièrement satisfaisante Tout dépend de ce que l on entend par là Si l on cherche effectivement à établir une stricte christologie paulinienne il est difficile d affirmer que Paul a puisé sa christologie dans la littérature de sagesse du moins si l on s en tient à la définition qu en donne Gordon D Fee Mais cet angle d attaque a quelque chose de biaisé ou tout du moins de réducteur la christologie est définie d emblée en un sens très strict autour de l articulation de deux affirmations qui n épuisent pas nécessairement tout le champ qu elle embrasse doit on dire que Benoît XVI en évoquant le cycle de la sagesse outrepasse ce que les écrits pauliniens permettent d affirmer en invoquant non seulement le rôle créateur du Christ mais également sa descente parmi les hommes et sa remontée vers Dieu pour attirer tous les hommes à Lui et ce à partir de textes pauliniens et vétérotestamentaires incontestables La définition de Gordon D Fee règle le problème en même temps qu elle le pose si la christologie est définie de façon stricte par la médiation dans la création et la préexistence sur un plan strictement ontologique la littérature de sagesse n a aucun rôle dans la pensée paulinienne car cette christologie n est de fait pas déjà présente dans l Ancien Testament On y chercherait en vain une métaphysique de la création déjà achevée et rendant compte de l œuvre du Fils alors que le Verbe ne s est pas encore incarné Certes les exégètes que critique Gordon D Fee ont opéré une assimilation excessive entre le Christ et la sagesse personnifiée de l Ancien Testament en y cherchant un discours conceptuel déjà pleinement formé et cette démarche doit être critiquée Mais Gordon D Fee ne pose finalement pas la question différemment en réduisant sa christologie et sa sapientiologie à la seule question de la création De part et d autre le débat semble enfermé dans la recherche ou le rejet d un discours conceptuel centré sur l idée de création qui réduit le rapport entre Dieu et la Sagesse ou entre le Père et le Fils à une opération créatrice certes fondamentale mais loin d être suffisante dans une perspective croyante et non spéculative L apport des développements de Gordon D Fee est donc à la fois irréfutable et insuffisant On ne peut se contenter de procéder par les moyens d une stricte critique textuelle qui n accepte que des citations claires et explicites pour étayer et édifier une théologie qui relève finalement plus d une spéculation métaphysique autour de la création du monde Il ne suffit pas en somme d être un excellent philologue pour rendre compte de la pensée christologique d un auteur tel que Paul sauf à en rester à une histoire générale des idées et des concepts Du point de vue de la théologie et plus particulièrement en théologie catholique cette vision est trop réductrice L évocation des travaux du P Feuillet va nous donner un contrepoint suggestif de cette approche dans la mesure où ils sont à la fois nettement plus riches et néanmoins coupables de certains excès pointés par Gordon D Fee Ceux ci nous permettront de mettre en lumière de façon plus claire les enjeux de la démarche théologique Forces et faiblesses de l argumentation du P Feuillet Nous n entreprendrons pas de rendre compte en détail du très riche et très dense ouvrage du P Feuillet Le Christ sagesse de Dieu mais nous en signalerons rapidement les principaux traits Le premier point significatif de ce livre est qu il s ouvre sur la révélation et l appel reçu par Paul sur le chemin de Damas Le P Feuillet insiste ainsi sur le fait que la christologie de Paul n est pas d abord une élaboration conceptuelle abstraite mais le produit d une rencontre décisive avec Jésus celle ci fut au sens le plus fort du terme une révélation qui concernait tout à la fois la personne de Jésus et son lien mystérieux avec la communauté dont il était le fondateur p 18 Ainsi Il semble bien que Paul a été en possession dès le chemin de Damas de cette vérité fondamentale que le Christ est le Fils de Dieu au sens strict p 19 Le P Feuillet ajoute cependant que même sur le plan de la christologie il ne convient pas d exagérer les lumières reçues par saint Paul à Damas Un travail d explicitation s est peu à peu accompli par la suite et la pensée de Paul s est développée grâce à la tradition chrétienne primitive cf Ph 2 6 11 évoqué comme tel par le Pape mais aussi l Ancien Testament le judaïsme tardif sous toutes ses formes et l hellénisme notamment la philosophie pp 20 21 Cette démarche rend compte de façon a priori beaucoup plus fine de la manière d appréhender la recherche sur les écrits de Paul que ne le faisait Gordon D Fee elle n entend pas partir de concepts mais d une révélation qui progressivement cherche la manière de s expliciter et de s approfondir L apport central du P Feuillet est de montrer contre nombre d études antérieures qu un grand nombre de problèmes de compréhension des écrits de Paul voire de problèmes textuels trouvent des solutions particulièrement satisfaisantes dans les spéculations bibliques et juives sur la Sagesse divine p 21 plutôt qu avec la philosophie ou encore avec les écrits de

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  • N° 129-130 (janvier-avril 2009) : Saint Paul : théologie et mission : Saint Paul, l'Apôtre des nations - Revue Résurrection
    lien d obéissance qui marque la victoire définitive et universelle du Messie d Israël Il en va de même au chapitre 15 Pour justifier son ministère et sa manière d aller là où personne n avait invoqué le nom du Christ l Apôtre explique qu il a voulu se conformer à ce qui est écrit et il cite Ceux à qui l on ne l avait pas annoncé le verront et ceux qui n en avaient pas entendu parler comprendront C est une reprise exacte ce qui est rare sous sa plume du verset 52 15 d Isaïe selon la Septante Ces observations mettent en lumière que l Évangile que Paul annonce et dont il procure la plénitude est celui du Messie humilié et exalté qui a été livré à la mort pour nous donner la vie celui qui est devenu Seigneur en s abandonnant à la mort pour que ses ennemis vivent La puissance de cet Évangile bouleverse les catégories habituelles Car la religion n est plus alors la satisfaction des besoins même religieux des hommes elle n est plus la façon de s assurer les faveurs de la divinité ceci par rapport aux païens ni même l assurance pour l homme de se tenir malgré ses fautes dans l alliance toujours maintenue du Dieu vivant ceci par rapport à Israël toute la vie humaine jusqu à la mort elle même devient acceptation que Dieu agisse pour faire entrer l homme dans ce qu aucun homme ne peut imaginer ou désirer Tout l agir humain devient entrée dans le mouvement de Jésus dont l homme n a pas à mesurer la fécondité C est pourquoi l apostolat peut être décrit comme un culte le culte rendu au Messie qui pour nous a porté la mort et qui est ressuscité des morts La mission de l Apôtre n est pas la mise en œuvre de son intelligence rhétorique de sa force de conviction ni de son habileté tactique pour conquérir des positions il est au service du déploiement de la puissance que Dieu a manifesté en celui là qui pour nous a accepté de mourir en portant la Loi à sa perfection L apostolat est célébration de la puissance de Dieu qui peut renouveler l être humain rendre vivant ce qui était mort rendre libre à l égard du péché ceux qui en sont si intimement les prisonniers L activité apostolique est donc le culte véritable Elle rend possible le culte que chaque homme peut rendre à Dieu non plus comme un culte provisoire mais comme le culte définitif Je vous exhorte donc frères écrit saint Paul à offrir vos corps en sacrifice vivant saint agréable à Dieu c est là le culte raisonnable que vous avez à rendre 12 1 Il précise encore qu il s agit de discerner quelle est la volonté de Dieu ce qui est bon ce qui lui plaît ce qui est parfait 12 2 formules à rapprocher assurément de celle de l obéissance de la foi 1 5 16 26 ou de l obéissance des nations 15 18 L Apôtre n est pas celui qui décide de tout il n est pas la source de l agir des membres de la communauté Le Christ seul peut être cela et la puissance de l Évangile en chacun L Apôtre lui peut dire ce que Dieu fait par le Christ pour l homme et en l homme il peut décrire la liberté donnée à l homme et la perspective de vie nouvelle ouverte devant lui il peut encourager à vivre pleinement du don reçu C est ce que fait saint Paul en particulier dans les chapitres 5 à 8 Ils ne sont pas seulement des développements théoriques sur l être chrétien ils disent quel passage le Christ a opéré pour nous et comment ce passage est mis ensuite entre les mains de chacun en invitant ses auditeurs à avancer sur le chemin qui leur est tracé et en les encourageant malgré les combats à vivre Le verbe parakalô employé par saint Paul en 12 1 veut dire exhorter consoler encourager Il explicite la fonction de l épître L Apôtre ne se contente pas de donner quelques indications morales pratiques après des développements dogmatiques abstraits Tout au long de sa lettre il s efforce de dire que c est bien la puissance entière de Dieu qui est à l œuvre dans les croyants Leurs épreuves mêmes leurs combats leurs échecs leurs tentations de division sont le signe que c est bien l action de Dieu telle qu elle s est déployée en faveur d Israël au long des siècles qui se concentre dans le Christ pour atteindre chacun d eux et le faire entrer dans la victoire donnée au Messie d Israël C est pourquoi l écriture de l Apôtre consiste à reprendre soit explicitement soit implicitement des figures des Écritures d Israël son rôle est d en garantir l accomplissement dans le Christ et en chacun de ses disciples à commencer par lui Réalisons un moment ce qu étaient les chrétiens à Rome ou ailleurs lorsque Paul leur écrit leur nombre minuscule l audace du projet de vie sainte qui est le leur désormais et l espérance qui est la leur que rien moins que l histoire entière du salut de l humanité voulu par le Dieu créateur se réalise en eux et par eux L Apôtre fils du peuple élu hériter des promesses leur assure avec autorité qu ils vivent bien de cette plénitude là Tel est son rôle d officiant liturgique qu il exerce déjà en ponctuant ses développements de doxologie où la parole discursive se transforme en action de grâce et en adoration 8 31 38 11 33 36 15 7 13 Un mot à la fin de l épître reprend cette perspective le mot mystère 16 25 Saint Paul l a employé déjà à propos d Israël en 11 25 L Apôtre y dit à ses frères qu il ne veut pas

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  • N° 129-130 (janvier-avril 2009) : Saint Paul : théologie et mission : Poétique théologale du regard dans "Sous le soleil de Satan" - Revue Résurrection
    signe de la crispation d une névrose au contraire il est le signe de la confiance de ce mouvement qui ne veut pas d abord saisir mais accueillir Et il y aurait donc des élans interprétatifs à revoir concernant notre personnage lui que l on réduit souvent à l épisode unique de la résurrection manquée du petit mort mais qui n en est pas pour autant un être dévoré par la curiosité ou le désir de possession Et néanmoins sans rien craindre il regardait l extraordinaire clarté avec une confiance sereine une fixité calme non point pour la pénétrer mais sûr d être pénétré par elle Un long temps s écoula à ce qu il lui parut Réellement ce ne fut qu un éclair 12 C est ce destin qui était justement apparu si digne de considération au doyen de Campagne dans la mesure où il fait entrer l être dans cette soumission à Dieu qui seule le libère Un long moment son regard erra sans se poser Puis ce regard rencontra la croix pendue au mur et se reportant aussitôt sur l abbé Menou Segrais en se fixant parut s éteindre tout à coup Le doyen n y lut plus qu une soumission aveugle que le tragique désordre de cette âme encore soulevée de terreur rendait sublime 13 En effet c est la compassion même de Dieu qui est mystiquement et ordinairement passée par ces plans fixes et mystiquement parce qu ordinairement par cette attente confiante immobile et mutuelle des regards reflet du mystère catholique de l expectation de la Sainte Vierge Marie dont l attention douloureuse est évidemment toute théologale et dont l auteur reprend le terme même pour décrire le regard de Donissan posé sur l Ascension Pas une seconde au cours du long récit qui suivit le lucide et puissant regard ne se détourna de la face ravagée du vicaire Une espèce d attention douloureuse s y pouvait lire où la claire résolution se formait déjà peu à peu 14 Pour autant les personnages sont encore en chemin et il faut bien reconnaître qu ils confessent parfois l élan de la charité tout en étant encore submergés par la peur et le manque de confiance Il manque une essentielle direction au regard celle de son ouverture Ne parlez pas ainsi murmura l abbé Donissan les yeux sombres et fixes Où que j aille si profondément que je m enfonce oui dans les bras même de Satan je me souviendrai de votre charité 15 La double visée du regard Or ce chemin de purification nécessaire du regard au cours duquel l attente fixe doit également se conjoindre avec l élévation des yeux vers leur destinée ultime est justement très bien mis en scène par la narration Lors de la rencontre entre Donissan et le carrier au sein d une relation d intersubjectivité ce qui ne nous étonnera plus désormais l alliance entre tension d un désir encore immature et accomplissement d une confiance pleinement théologale et cela toujours au sein d une dialectique du regard donne naissance au motif esthétique et spirituel de la vision cette fois au sens plénier du terme et lié encore au regard Cette vision est celle là même que visait Balthasar celle de l essence même de l homme élevée vers son Dieu Ainsi si le regard immobile suffisait précédemment pour voir l autre et se trouver soi même il faut à présent dans la mission particulière qui touche le vicaire Donissan celle de voir et de dire l Autre que le regard s élève vers le Père au milieu des périls C est le premier moment qui n implique évidemment nulle agitation Lui la première terreur surmontée attendait avec soumission une nouvelle entreprise du mal et la grâce nécessaire de Dieu Il attendait la visite du consolateur avec la sécurité candide d un enfant qui l heure venue du repas lève les yeux sur son père et dont le petit cœur même dans l extrême dénuement ne peut douter du pain quotidien 16 Pourtant cette sécurité qui va même se manifester physiquement semble recéler encore une part de crainte un inaccessible qui résiste à l élévation attendue du regard C était au creux de sa poitrine une chaleur comme immatérielle une dilatation du cœur Pourquoi n osait il cependant lever les yeux Car il marchait toujours le regard fixé à terre 17 En réalité il est ici question de la dilatation du cœur par la charité 18 Dieu est déjà là et la peur présente n est que cette crainte de Dieu qui accompagne toujours son dévoilement depuis le premier péché Gn 3 10 19 elle qui est guérie par l abandon à Dieu cet abandon plénier qui passe d abord par l abandon du Fils à son Père motif que nous retrouverons du reste dans peu de temps Donissan doit donc encore davantage trouver son Seigneur ce que l analogie de l aveugle né signifie très adéquatement pour une phénoménologie de ce regard nouveau Ainsi l aveugle né à qui la lumière se découvre tend vers la chose inconnue ses doigts tremblants et s étonne de n en saisir la forme ni l épaisseur Il voyait devant lui son compagnon il le voyait à n en douter pas bien qu il ne distinguât point ses traits 20 Pour autant le terme se dévoile déjà et ne lui est donc pas ôté Il voyait de ses yeux de chair ce qui reste caché au plus pénétrant Il avait conscience du prodige et il était dans le ravissement que ce prodige fût si simple et sa révélation si douce 21 Cette mention des yeux de chair très incarnée et à incidence sérieuse en théologie de la grâce Jb 19 25 26 marque d ailleurs la franchise du regard qui véritablement écoute et accepte d entrer dans une dialectique de transformation en se confrontant réellement au monde et s oppose en tous points au regard de professeur entomologiste qui était conféré à Sabiroux dans une description à la charge ironique violente Les yeux d azur du professeur soutiennent son regard avec une curiosité candide 22 Et en effet seul le regard du pécheur non repentant celui qui n a pas besoin de la grâce et ne s abandonne pas à ses sollicitations provoque l effarement du regard bernanosien un effarement réel existentiel qui fait chanceler Donissan comme l on sait 23 Mais il faut voir il faut voir les visages où tout se peint et les regards Des yeux d homme Sabiroux On a toujours à dire là dessus Certes j ai assisté bien des mourants ce n est rien ils n effraient plus Dieu les recouvre Mais les misérables que j ai vus devant moi et qui discutent sourient se débattent mentent 24 Mais il est intéressant de noter à ce propos que le texte prend bien soin de situer cette expérience comme un lieu ordinaire en rapport avec le travail patient de la grâce pour obtenir une bonne orientation du regard de l homme confiant et non comme une libéralité insigne de cette même grâce en une expérience unique d oraison Relisant sa vie notre personnage se montre ainsi très attaché à en souligner le caractère ordinaire hors de tout fantastique cela seul qui était pourtant vu à la lecture du Soleil en 1926 Il me serait pénible de vous laisser croire que j aie jamais été favorisé de de visions d apparitions enfin de tentations peu communes Cela n était pas fait pour moi Non Ce que j ai vu mon ami je l ai vu dans ma petite sacristie assis sur ma chaise de paille aussi clairement que je vous vois 25 Nous avions noté plus haut cette revendication de simplicité mais il est notable que celle ci se retrouve en un moment d approfondissement et de purification du regard Et il n est donc pas étonnant non plus de rencontrer en cet endroit également la compassion déjà entrevue désormais dépouillée de sa fixité liminairement nécessaire et à présent plus pleinement configurée au regard du Fils toujours en dialogue avec le Père ce que Bernanos ressaisit très habituellement par la catégorie de mystère ici avec le curé de Luzarnes Il levait sur lui son regard tout à l heure baissé plein d une tendresse mystérieuse 26 Grande est donc la capacité du regard chez Bernanos d autant plus grande que celle ci vient très directement de la dignité supérieure du regard divin lui même et qu il s agit simplement de le désirer et c est l inverse du désespoir pour entrer dans sa richesse théologale Celui qui renia trois fois son maître un seul regard a pu l absoudre mais quelle espérance à celui qui s est renié lui même 27 Le vrai regard comme don de Dieu Mais c est le motif du don des larmes qui intervient alors dans l économie narrative pour figurer cet échange entre regard divin et pauvre regard humain échange qui vaut d ailleurs naissance puisque le regard de l homme est déjà contenu dans le regard de Dieu et créé en lui par grâce On sait que le philosophe et théologien Nicolas de Cues a résumé cet acquis en une formule dense et brève ego sum quia tu me respicis je suis parce que tu me regardes 28 La grâce illumine la conscience et le regard même accède à la vision que tout vient de Dieu ce qui était la grâce du Paradis justement retravaillée par le roman lors de la rencontre entre Donissan qui vient de fixer son regard puis de l élever et le carrier Des larmes lui vinrent aux yeux Ainsi se rencontraient deux élus nés l un pour l autre un clair matin dans les jardins du Paradis Ce fut à ce moment que l abbé Donissan leva les yeux 29 Le personnage ne s étonne même plus alors d avoir touché comme un terme par anticipation dans l ordinaire de sa vie ce qui est en un sens extraordinaire si l on veut mais c est surtout la simplicité d abandon du personnage qui est ici l extraordinaire et l on retrouve à cette occasion l analogie déjà visée de l aveugle né L aveugle quand il a pris possession du nouveau sens qui lui est rendu ne s étonne pas plus de toucher du regard le lointain horizon qu il n atteignait jadis qu avec tant de labeur à travers les fondrières et les ronces 30 Comme par différence de potentiel si l on peut dire la compassion surnaturelle naît ainsi épurée cette fois de tout retour sur soi son inverse valant logiquement refus de la vision Hé quoi quel prêtre n a jamais pleuré d impuissance devant le mystère de la souffrance humaine d un Dieu outragé dans l homme son refuge Ils ne veulent pas voir Ils ne veulent pas voir 31 Évidemment cette prise de conscience profonde de l activité de Dieu pour l homme est le propre de l être missionné pour la charité ce qui est le cas de Donissan qu il en ait conscience ou non mais il est celui qui est déjà marqué du signe des élus ce en quoi nous retrouvons littéralement notre texte source extrait de l Apocalypse Il a fui sans le savoir la divine main tendue la vision même du regard plein de reproche mais il est toujours marqué du signe que le serviteur de Dieu reconnaissait tout à l heure sur son front 32 Or l énoncé d une telle révélation divine venant éclairer le regard humain ne peut faire l économie de l évocation du lieu par excellence de la révélation visible de Dieu sa Croix 33 Et il est peu dire que la narration bernanosienne ne l élude justement pas Reprenant le même sémantisme que Mc 15 39 notre texte est saturé de références explicites au regard qui discerne dans la Croix et grâce à elle le climat de la vérité absolue qui fera naître tout regard juste sur le monde Donissan l exprime notamment devant Sabiroux J ai prié Notre Seigneur de m ouvrir les yeux j ai voulu voir sa Croix je l ai vue vous ne savez pas ce que c est Le drame du Calvaire dites vous Mais il vous crève les yeux il n y a rien d autre 34 La croix est la kénose du Fils L humanité qui se donne jusqu au bout se divinise dans le mouvement même de son abaissement Et à ce dernier retranscrit scrupuleusement dans l économie narrative 35 correspond idéalement le mouvement inverse du regard qui progressivement quitte la fixité pour la confiance s élève porté par la grâce et s unit finalement au don de soi du Fils 36 Car si le romancier choisit de tant insister sur la Passion c est parce que le Christ vit à ce moment et d une manière frappante son être de Fils totalement livré et abandonné dans les mains de son Père au paroxysme de l expression humaine de sa filiation divine C est dans cette perspective qu il faudrait reconsidérer ce que l on nomme habituellement l héroïsme de Donissan Bernard Vernières l a noté Nous Donissan le découvrirons en effet surtout dans ses paroles et dans le spectacle de sa mort le centre de gravité de l existence et la source de l apostolat du saint de Lumbres ne sont autres que la contemplation de la Croix et l indentification au Christ crucifié 37 Certes cette identification est très manifeste mais nous ne devrons pas oublier qu elle repose sur une considération exclusive du mystère de la Sainte Face c est à dire non du mystère de la souffrance en soi mais d une humanité souffrante La Sainte Face baisse les yeux pour que nous levions vers elle notre regard En ce sens d ailleurs le critique rapprochant les étapes de l itinéraire intérieur de Donissan et les épisodes de la vie du Christ parle bien d identification d adéquation symbolique pour celui dont la vie s est placée sous le signe de l imitation de Jésus Christ 38 Mais il apparaît évident pour nous que la charité théologale attendue peut alors descendre et transformer Donissan de l intérieur transformer surtout son regard sur le monde désormais après avoir erré et comme le texte le rappelle bien hésité à lever les yeux son regard s est glissé dans celui du Christ pour regarder les pécheurs dont il a charge et charge de rédemption en union à son divin Maître Cet homme qui regardera quarante ans le pécheur avec le regard de Jésus Christ dont les plus rebelles ne lasseront pas l espérance n eut même pas la force en ce tragique moment de lever les yeux vers la Croix par laquelle tout est possible Cette simple pensée la première dans une âme chrétienne et qui paraît inséparable du sentiment de notre impuissance et de toute véritable humilité ne lui vint pas 39 Le regard devient celui du Christ Ce qui n équivaut pas à dire que tout est simple En ce sens les partisans d un Donissan héroïque voient bien qu il reste toujours une part de combat mais c est le combat de l abandon pas du sacrifice Et l abandon est si difficile À certaines heures voir est à soi seul une épreuve si dure qu on voudrait que Dieu brisât le miroir On le briserait mon ami Car il est dur de rester debout au pied de la Croix mais plus dur encore de la regarder fixement Quel spectacle mon ami que celui de l innocence à l agonie 40 La quête de Donissan peut alors aussi devenir celle du lecteur et c est pourquoi le texte bernanosien est si bouleversant si l on accepte du moins de le lire en toute sa dimension catholique À lui semble en effet nous dire le romancier de lever les yeux à son tour et de voir Le travail littéraire nécessaire à la composition du Soleil ne s est d ailleurs pas opéré autrement comme l a confié Bernanos sous l égide des deux saints du Carmel qui firent de la Sainte Face un des centres de leur méditation D ailleurs je ne voulais pas composer un poème mystique Tout est dit là dessus non par les écrivains certes mais par les saints On ne refait pas le frère Jean de la Croix ni sainte Thérèse Non Je désirais simplement mais passionnément j avais passionnément besoin de fixer ma pensée comme on lève les yeux vers une cime dans le ciel sur un homme surnaturel dont le sacrifice exemplaire total nous restituerait un par un chacun de ces mots sacrés dont nous craignions d avoir perdu le sens 41 Comme la Croix qui avise l homme avant qu il ne la vise l être existe et se reconnaît parce que Dieu d abord l attend du haut de la Croix avec amour Il est donc peu dire que l intérêt du texte n est pas du tout ici de cerner l abîme satanique mais de comprendre avant tout la grâce théologale qui peut naître dans le regard de l homme s abandonnant à Dieu Il apparaît bien ainsi que le texte du Soleil de Satan illustre à la perfection la certitude théologale de l Apocalypse Et videbunt faciem eius Dei et nomen eius in frontibus eorum Et nox ultra non erit Ap 22 4 5 Le regard des personnages se présente bien comme une attente fixe et confiante foi puis comme une élévation vers le ciel vers cette transcendance dont ils ont besoin pour se comprendre eux mêmes et comprendre le monde espérance enfin comme dilatation d un amour humain qui trouve sa source sa raison et son soutien dans la Croix expiatrice du Fils abandonné source de toute confiance pour l homme pécheur charité Plutôt qu invitation à contempler les ravages de Satan dans le monde le premier

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