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  • N° 116 (octobre-décembre 2006) : La Vierge Marie : Cinquantenaire de la Revue Résurrection - Revue Résurrection
    à l Université de Munich Consensus ou disputatio revenir à de vrais débats 15 h Jean Luc Marion professeur à l Université de Paris Sorbonne et à l Université de Chicago L amour et la charité comme horizon théorique 16 h Rencontre et débats avec les revues Conférence et Képhas 17 h P Laurent Sentis professeur de théologie morale au séminaire de Toulon Loi naturelle et droits de l homme

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  • N° 116 (octobre-décembre 2006) : La Vierge Marie : Bientôt deux cents numéros ! - Revue Résurrection
    la Sorbonne du temps où le Chanoine futur Mgr Charles en était l aumônier tout puissant Résurrection a été un élément de choix au service de l action menée par une pléiade d aumôniers de valeur pour diffuser auprès d une jeunesse étudiante avide d apprendre les fruits du renouveau théologique de l après guerre On y vit des numéros explosifs comme le 6 7 sur l apostolat des laïcs paru en pleine crise de l Action catholique étudiante ou tel numéro remettant en cause une théologie du travail devenue une tarte à la crème dans les milieux engagés de ces années là Elle s est ensuite transportée à partir de son onzième numéro sur la Butte Montmartre où elle a vécu près de trente ans avec des fortunes diverses à l ombre de la basilique du Sacré Cœur D abord au service de l approfondissement doctrinal des équipes de jeunes célibataires et de foyers qui étaient en train de se fonder entre 1960 et 1963 elle traita des sujets moins polémiques dans ces années qui étaient celles du Concile Vatican II Un numéro resté célèbre donna une synthèse d une rare profondeur sur le mal et la souffrance Elle connut néanmoins un premier essoufflement après 1963 faute de jeunes rédacteurs ce qui entraîna sa suspension pendant quatre ans puis elle vécut une reprise dans les premiers mois de 68 confiée à un groupe de jeunes normaliens et agrégatifs Au moment où d autres préparaient la Révolution ceux ci se jetèrent avec une fougue extraordinaire à l assaut des sources de la théologie qui leur paraissait un monde nouveau plein de promesses Il en sortit des fascicules glorieux et d accès un peu difficile entre les numéros 26 et 38 qui contiennent en germe toute une pensée du Christ et de l histoire audacieuse et féconde La plupart d entre eux participèrent quelques années plus tard au lancement de l édition française de la Revue internationale Communio qui entretient toujours avec Résurrection des rapports fraternels Après leur départ d autres équipes se lancèrent dans l aventure de la théologie avec des bonheurs inégaux mais certains numéros comme celui sur la Conscience du Christ restent des jalons précieux Surtout les rédacteurs de la revue travaillèrent à deux numéros spéciaux qui devinrent des ouvrages de vulgarisation très appréciés et plusieurs fois réédités Chrétien quelle est ta foi et Cent points chauds de l histoire de l Église En 1985 commença une nouvelle série qui symboliquement adopta une numérotation nouvelle C est que cette année là Mgr Charles quittait le rectorat de la Basilique de Montmartre et confiait au P Gitton la direction de la revue avec le privilège de conserver la mention cum permissu superiorum mention qui indiquait la responsabilité doctrinale confiée jadis à Mgr Charles par le Cardinal Feltin pour valider le contenu des articles La nouvelle série formait des projets ambitieux qui se traduisirent pour un temps par l extension du nombre des rubriques et l intégration plus forte de

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  • N° 116 (octobre-décembre 2006) : La Vierge Marie : La Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l'Église - Revue Résurrection
    virginal et a mis au monde Jésus Christ le Fils de Dieu consubstantiel au Père 1 Le Fils de Dieu né de la Vierge Marie est vraiment devenu l un de nous GS 22 il s est fait homme Ainsi donc par le mystère du Christ le mystère de sa Mère resplendit en plénitude à l horizon de la foi de l Église À son tour le dogme de la maternité divine de Marie fut pour le Concile d Éphèse et est pour l Église comme un sceau authentifiant le dogme de l Incarnation selon lequel le Verbe assume véritablement dans l unité de sa personne la nature humaine sans l abolir 5 Présenter Marie dans le mystère du Christ c est aussi pour le Concile une manière d approfondir la connaissance du mystère de l Église En effet Marie en tant que Mère du Christ est unie spécialement à l Église que le Seigneur a établie comme son corps Lumen gentium 52 Le texte conciliaire rapproche de façon significative cette vérité sur l Église corps du Christ suivant l enseignement des Lettres de saint Paul de la vérité que le Fils de Dieu par l Esprit Saint est né de la Vierge Marie La réalité de l Incarnation trouve pour ainsi dire son prolongement dans le mystère de l Église corps du Christ Et l on ne peut penser à la réalité même de l Incarnation sans évoquer Marie Mère du Verbe incarné Cependant dans les présentes réflexions je veux évoquer surtout le pèlerinage de la foi dans lequel la bienheureuse Vierge avança gardant fidèlement l union avec le Christ LG 58 Ainsi ce double lien qui unit la Mère de Dieu avec le Christ et avec l Église prend une signification historique Il ne s agit pas ici

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  • N° 116 (octobre-décembre 2006) : La Vierge Marie : Chronique sémantique : Virginité - Revue Résurrection
    lui même C est Lui qui leur donne sens et leur accorde la grâce indispensable pour les vivre conformément à sa volonté L estime de la virginité pour le Royaume et le sens chrétien du mariage sont inséparables et se favorisent mutuellement Ce texte pose la virginité au sens premier de l état d une personne vierge comme un état de vie possible à choisir à côté de l état du mariage Il s appuie directement sur la parole de Jésus Il y a des eunuques qui le sont de naissance dès le sein de leur mère il y a aussi des eunuques qui le sont devenus par la main des hommes et il y en a qui se sont faits eunuques eux mêmes à cause du Royaume des cieux Que celui qui peut comprendre comprenne Mt 19 12 Réfléchissons un instant à ce que signifie cette valorisation de l état de virginité comme un état de vie durable possible en face du mariage Cela signifie que l abstinence de relations sexuelles est pour Jésus une bonne chose s il est fait à cause du Royaume des cieux Nous avons ici le commentaire que Jean Paul II fit de ce passage dans son exhortation apostolique Vita consecrata 1996 La chasteté des célibataires et des vierges dans la mesure où elle manifeste le don à Dieu d un cœur sans partage constitue un reflet de l amour infini qui relie les trois Personnes divines dans la profondeur mystérieuse de la vie trinitaire 21 Des notions importantes sont ici mises en avant Nous retiendrons l une d elles le don d un cœur sans partage La virginité pour le royaume est donc l abstinence d une chose bonne en soi le don d un homme à femme et réciproquement dans les relations conjugales pour réserver ce don totalement à Dieu lui même Si donc la virginité est une valeur positive c est par l offrande de cette abstinence à Dieu comme un témoignage d amour Par là l Église se distingue des morales de la pudibonderie ou de l exaltation de l intégrité corporelle ces dernières pouvant être en vogue à notre époque de l autre côté de l Atlantique Elle affirme surtout d une part que la relation sexuelle est une relation entre personnes et non un acte de consommation ce qui a pour conséquence le respect de la personne humaine et spécialement de la plus faible ce qui est souvent la femme la liberté du choix du mariage ou du célibat est une conquête de la civilisation chrétienne sur le paganisme sur ce point comme sur d autres il n est pas certain que la montée grandissante de l islam en notre pays soit une bonne chose Il y a à cela un second corollaire souvent méconnu l état de virginité n est pas réservé à ceux qui ont fait vœu de célibat que ce soit dans une vie sacerdotale religieuse ou une autre forme de consécration à Dieu S

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  • N° 116 (octobre-décembre 2006) : La Vierge Marie : Marie, Mère des nations, dans la pensée de Jean-Paul II - Revue Résurrection
    reconnaît la spécificité nationale comme une tradition au sens littéral de ce qui est livré qui ne saurait être confisquée aux dépens d autrui Marie conservait toutes ces choses dans son cœur Lc 2 51 Qui dit tradition dit développement d une culture dans le temps dans une histoire dont il convient de se souvenir Ce sont l histoire et sa remémoration qui permettent à une nation de se maintenir vivante et consciente d elle même La mémoire est la faculté qui modèle l identité des êtres humains au niveau tant personnel que collectif 4 L Église elle même repose sur le mémorial de l Eucharistie qui permet aux hommes et aux peuples d entrer de plain pied dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ C est ce mémorial œuvre de l Esprit qui édifie et garantit l identité de l Église Or Marie est celle qui se souvient qui gardait toutes ces choses en son cœur non pas de manière froide et mécanique comme la mémoire d un ordinateur ou les pages silencieuses d un livre mais en les méditant en les revivant en quelque sorte pour contempler à travers tous ces événements le visage de son Fils Elle est la mémoire la plus fidèle sa mémoire est le plus fidèle reflet du mystère de Dieu transmis en elle à l Église et par l Église à l humanité 5 La mémoire de Marie est constitutive de l identité de l Église elle est en elle même Tradition c est à dire selon Jean Paul II la fonction active du souvenir en train de se transmettre 6 La mémoire historique d une nation doit donc être transfigurée par l expérience mariale elle n est plus un catalogue d événements plus ou moins glorieux sur lesquels se crisperait une communauté en mal d identité mais une source d approfondissement et de renouveau On voit déjà se profiler ici le rôle fondamental de l évangélisation sur la transformation de ces notions de patrie ou de nation la Révélation du Christ dont Marie est le premier acteur le premier témoin arrache les communautés humaines à leurs crispation sur des biens purement temporels et transitoires un territoire une histoire trop souvent mythifiées pour les faire entrer dans l espérance comme le rappelle Jean Paul II au début de son dernier ouvrage Nation et naissance une réalité naturelle Parlant de nation plutôt que de patrie Jean Paul II se livre là encore à des considérations étymologiques dans le mot nation il y a naître La nation comme la naissance relève d une réalité naturelle incontournable Par la naissance nous sommes introduits dans une réalité contingente et concrète dans un environnement familial et culturel que nous n avons pas choisi mais qui définira largement ce que nous deviendrons au long de notre croissance Nous entrons par la nation dans une société supra familiale qui doit nous ouvrir à l universel La dimension démographique et géographique de cette patrie concrète dans laquelle nous voyons le jour peut considérablement varier selon le lieu et les époques le Luxembourg est une patrie mais tout autant l immense Russie mais elle reste un intermédiaire nécessaire entre le cadre familial nécessairement fort limité et une humanité universelle abstraite dans laquelle les liens sociaux réels se dissolvent comme nous en faisons partiellement l expérience aujourd hui A ce propos Jean Paul II rappelle explicitement qu on ne peut remplacer la nation ni par l État on est bien loin du concept à la française ni par une société démocratique qui ne tiendrait que par la seule vertu d un contrat social à la Rousseau Le cadre concret de la nation la culture Jean Paul II définit donc la nation comme une communauté où s apprend et se transmet un certain mode de vie en commun c est ce qu il définit comme culture qui est ce qui résulte de l ordre donné à l homme de remplir et de soumettre la terre Dieu a confié le monde visible comme don et en même temps comme tâche 7 La culture est le fruit de cette tâche Karol Wojtyla évoque ensuite les acquis les plus spectaculaires de la culture humaine mais en rappelant fermement que la civilisation est et demeure liée au développement de la connaissance de la vérité sur le monde 8 connaissance non seulement de l homme sur le monde mais aussi et surtout connaissance que l homme peut avoir de lui même Une culture authentique ne peut se développer de manière féconde que si elle est fondée sur la vérité C est en cela que la nation est honorable qu elle doit être respectée comme père et mère et qu elle acquiert comme les personnes des droits et une certaine dignité Dignité qu elle tient du Christ qui seul peut révéler dans son humanité le véritable mystère de l homme L aspect concret de la notion de patrie s enracine par là même dans l Incarnation du Fils L Incarnation nouvelle naissance Le Christ naît lui aussi par Marie d une nation Israël le prototype de toutes les nations parce que d elle devait sortir le Messie Jean Paul II prend alors le risque d affirmer que le mystère de l Incarnation appartient à la théologie de la nation parce qu il appartient aussi à l histoire d Israël L Incarnation est une nouvelle génération une nouvelle naissance De l Incarnation émerge une nation divine dont Israël était déjà une figure C est ainsi que l Évangile transforme la notion de patrie sans l anéantir initialement contingente et caduque elle est désormais ouverte à l eschatologie et à l éternité Toute patrie humaine est alors ordonnée à la patrie céleste L Évangile a donc conféré une nouvelle signification au concept de patrie L héritage dont nous sommes redevables au Christ oriente vers la Patrie éternelle ce qui fait partie du patrimoine des patries humaines et des cultures humaines 9 Dans cette patrie éternelle qui récapitule

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  • N° 116 (octobre-décembre 2006) : La Vierge Marie : La face cachée des mystères lumineux - Revue Résurrection
    de Jean sans réclamer pour lui un traitement de faveur ou une immunité particulière il est membre de ce peuple de cette humanité qui se reconnaissent sales et demandent à être lavés Et quand Jean qui le reconnaît se récrie il le renvoie à cette justice qui n est pas l équité mais le projet bienveillant du Père sur eux deux et qui réclame qu ils accomplissent chacun le rôle à lui confié Ce rôle pour Jésus ira jusqu à la Croix où se jouera dans son cœur et son corps d homme le drame de la Rédemption à peine esquissé maintenant On comprend que les iconographes byzantins aient souvent représenté le Christ avec un corps d une étonnante blancheur s enfonçant dans les flots épais et boueux du Jourdain Le baptême de Jésus est cette plongée salutaire dans les eaux sombres où se tient tapie la bête menaçante des origines Comme dit encore notre préface de la fête de saint Jean Baptiste dans les eaux qui devaient en être sanctifiées il baptisa l auteur du baptême L eau signifie ici l élément dangereux dans lequel baigne notre humanité depuis la faute Le Christ Jésus a accepté de s y plonger pour en exorciser le péril 4 Désormais cette eau de mort touchée par le Sauveur devient principe de vie C est ainsi que notre baptême sacrement se rattache au Baptême mystère La plongée du cierge pascal par trois fois dans le baptistère au cours de la nuit de Pâques est l image parlante de cette opération Seulement à ce moment là la plongée n est seulement symbolisée et annoncée elle est réalisée quand le Fils de Dieu s est avancé jusqu à la mort et à la mort de la croix lui même a d ailleurs parlé de sa mort comme d un baptême Lc 12 50 La théophanie trinitaire prend alors tout son sens le Père reconnaît son Fils il le reconnaît bien là dans l abaissement volontaire que celui ci vient d accomplir en cet instant il contemple la parfaite réponse d amour à la fois spontanée et toute pleine d obéissance de Celui qui partage depuis toujours sa vie divine mais qui est devenu homme pour nous celui ci est mon Fils bien aimé en qui je mets toute ma complaisance le Père se réjouit en son Fils fait chair il l admire et il l aime Et de ce mutuel accord de cet échange indicible jaillit l Esprit en une unité qui n a rien de statique mais qui s élance de l un à l autre et qui l espace d un instant repose sur le Christ sortant des eaux du Jourdain comme l oiseau au bord de son nid Marie était elle présente Nous n en savons rien même si certains apocryphes la mettent dans la suite du Christ à ce moment là Mais comme elle a dû comprendre et aimer elle qui répondait à l Ange je suis la servante du Seigneur Les noces de Cana Autre mystère épiphanique Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui Jn 2 11 Cette manifestation n est pas seulement celle de sa puissance divine capable de faire des miracles elle nous dit quelque chose de son être et de sa mission Là encore le lien qu établit la liturgie entre Épiphanie Baptême et Noces de Cana est éclairant 5 L antienne du Benedictus des laudes de l Épiphanie dans sa forme actuelle nous dit Aujourd hui l Église est unie à son Époux le Christ au Jourdain la purifie de ses fautes les Mages apportent leurs présents aux noces royales l eau est changée en vin pour la joie des convives alléluia Le thème nuptial qui provient dit on de la liturgie syrienne colore tout cet ensemble et donne aux Noces de Cana toute leur signification Le mariage n est pas seulement l occasion anecdotique du miracle comme s il avait pu survenir dans un banquet quelconque il est le cadre symbolique où se révèle le Christ dans son rôle d Époux Déjà l interpellation de Marie appelée ici femme et non mère comme lorsque Jésus lui confie le disciple Bien Aimé Jn 19 26 nous met sur la voie le mot parait bien étrange malgré toutes les explications qu on a voulu en donner si on n admet pas que Marie joue ici le rôle de la nouvelle Eve accomplissant devant le nouvel Adam la mission d aide jadis si mal remplie dans le cadre du couple originel Ce duo si juste entre Jésus qui écoute puis opère et Marie qui suggère sans exiger puis comprend à demi mot et dispose tout pour le miracle est l exact envers de l ajustement manqué entre nos premiers parents Mais surtout Jésus parait là comme l Époux qui va donner sa vie pour celle qu il aime Israël l Église La mention de l Heure non encore venue mais déjà imminente y renvoie c est celle de l offrande pascale c est celle dont il dira à la Cène qu elle est venue Jn 17 1 heure de ténèbres et de clarté qui permet à Jésus d aller jusqu au bout du don dans l eucharistie et sur la Croix Là d Adam endormi Dieu pourra tirer l Épouse sans tache ni ride qu il lui destine de la blessure du côté jailliront l eau et le sang qui formeront l Église Les Noces de Cana nous font donc contempler le Christ dans cette merveilleuse dignité d Époux qui le porte à se donner pour apporter la joie à celle qu il aime personne n a pris sa propre chair en aversion au contraire on la nourrit on l entoure d attention comme le Christ fait pour son Église Ep 5 29 En dispensant un vin généreux inespéré il apporte à ses amis une joie qui surpasse celle des fêtes humaines et leur survivra il ne donne pas seulement un surcroît provisoire une rallonge éphémère à la gaieté des noces il tire de l eau l eau du sacrifice et de la peine une plénitude qui fera oublier tous les manques par lesquels doit encore passer l humanité pour parvenir au terme La prédication du Royaume Nous rencontrons là un cas particulier dans la mesure où ce mystère ne rejoint pas un épisode spécifique de la vie du Christ mais sert d accolade à bien des paroles et des gestes du Sauveur D autre part nous entrons là dans une vraie nouveauté car à la différence des épisodes précédents et suivants qui sont très encadrés par des textes liturgiques et une iconographie pléthorique nous n avons pour nous ici que le texte des évangiles ce qui n est pas rien bien sûr Cette piste est particulièrement prometteuse dans la mesure où elle laisse entendre qu on pourrait pousser plus loin l attention aux mystères de la vie publique et contempler par exemple Jésus qui enseigne en paraboles Jésus qui guérit les lépreux etc Mais tenons nous en pour lors à ce que nous dit le pape Jean Paul II sur ce troisième mystère lumineux C est aussi un mystère de lumière que la prédication par laquelle Jésus annonce l avènement du Royaume de Dieu et invite à la conversion Mc 1 15 remettant les péchés de ceux qui s approchent de Lui avec une foi humble Mc 2 3 13 Lc 7 47 48 Ce ministère de miséricorde qu il a commencé il le poursuivra jusqu à la fin des temps principalement à travers le sacrement de la Réconciliation confié à son Église Jn 20 22 23 6 Ici nous voulons prendre au sérieux tout ce temps où Jésus a pris la peine de dispenser aux foules une parole riche et nourrissante accompagnée de gestes qui en montrent la réalisation nous y voyons un temps de grâce où les hommes surtout les petits les malades les pécheurs ont découvert leur place dans ce que lui et on peut dire lui seul appelle le Royaume 7 Car cet étrange Royaume de Dieu ou des cieux mais l expression n est pas autre chose qu une périphrase respectueuse pour éviter de prononcer le nom de Dieu exprime pour le Christ toute la réalité nouvelle qu il est en train d introduire par sa présence c est à la fois l Église à naître l expérience intérieure de chaque disciple transfiguré par l amour et le monde en train de changer de l intérieur Loin de renvoyer à une utopie future le Royaume se joue dans les conditions de la vie présente où éclatent les manières de faire de Dieu manières paradoxales et merveilleuses que nous sommes entraînés à notre tour à imiter Dans ce mystère il nous faut contempler le Messie le Roi humble et miséricordieux mais revêtu d une singulière puissance Il ne vient pas établir le Paradis sur terre mais il réussit à faire se lever des germes du monde nouveau dans une histoire où rien ne semble changer Cette inversion de la normalité cette subversion en douceur qu il a opérée du temps de sa venue nous savons qu il n a pas cessé de la poursuivre Notre existence chrétienne en est la marque Le pape Jean Paul II souligne à juste titre l expérience de la miséricorde à travers le sacrement de réconciliation possibilité inouïe de recréation de l homme blessé dans sa dignité profonde Mais on pourrait citer ce miracle permanent qu est l Église société improbable de pécheurs pardonnés dont le seul lien concret dans l Eucharistie repose sur l efficacité de la Parole du Christ Marie là encore vient au devant de nous pour nous expliquer ce qui se passe Elle qui a mérité le compliment qui ne lui semblait pas adressé Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent Lc 11 27 sait par expérience le changement concret qu apporte la Parole quand elle se fait chair quand le don de Dieu vient habiter le corps et le cœur d une fille d Israël La Transfiguration S il y a un mystère de lumière c est bien celui là Nos frères d Orient ont même appelé lumière thaborique du nom de la montagne où est censée s être produit l épisode la réalité surnaturelle qui enveloppe toutes les scènes représentées dans les différentes icônes et qui se traduit par le fond or qu a longtemps connu la peinture occidentale avant de s en affranchir au nom d un plus grand réalisme La lumière n est jamais une chose à côté des autres elle une mise en communion qui nous ouvre la vérité des choses et des êtres C est pourquoi Dieu est la source de la vraie lumière c est dans sa lumière que nous apparaissent le sens caché des évènements et le visage de nos frères mais pour voir cela nous devons être nous mêmes dans la lumière Le théologien orthodoxe Paul Evdokimov a écrit d elle ceci On la reflète parce qu on est semblable parce qu on est transmué en lumière La transfiguration du Christ a fait jaillir la lumière incréée du Thabor en fait c était la transfiguration non pas du Seigneur mais des apôtres 8 Depuis la très célèbre mosaïque du mont Sinaï l iconographie de la Transfiguration nous semble fixée le Christ nimbé de lumière entre Moïse et Élie les apôtres terrassés au sol et la main du Père à défaut de sa voix partant du ciel avec souvent la colombe de l Esprit Cette image est sans doute bien propre à nous montrer Jésus à l intersection des différents plans humain les apôtres héroïque les grandes figures de l Ancien Testament divin le Père et l Esprit faisant le lien vivant entre la terre et le ciel introduisant les trois apôtres privilégiés au cœur du mystère trinitaire en continuité de la révélation de l Ancien Testament Mais on perd peut être ainsi quelque chose de la dramatique de la scène Chacun des évangélistes à sa façon donne une séquence qui n est jamais tout à fait la même mais qui laisse pressentir l intensité et le tempo de ce moment unique Suivons ici saint Luc 9 28 36 Or environ huit jours après ces paroles Jésus prit avec lui Pierre Jean et Jacques et monta sur la montagne pour prier Pendant qu il priait l aspect de son visage changea et son vêtement devint d une blancheur éclatante Et voici que deux hommes s entretenaient avec lui c étaient Moïse et Élie apparus en gloire ils parlaient de son départ qui allait s accomplir à Jérusalem Pierre et ses compagnons étaient écrasés de sommeil mais s étant réveillés ils virent la gloire de Jésus et les deux hommes qui se tenaient avec lui Or comme ceux ci se séparaient de Jésus Pierre lui dit Maître il est bon que nous soyons ici dressons trois tentes une pour toi une pour Moïse une pour Élie Il ne savait pas ce qu il disait Comme il parlait ainsi survint une nuée qui les recouvrait La crainte les saisit au moment où ils y pénétraient Et il y eut une voix venant de la nuée elle disait Celui ci est mon Fils celui que j ai élu écoutez le Au moment où la voix retentit il n y eut plus que Jésus seul Les disciples gardèrent le silence et ils ne racontèrent à personne en ce temps là rien de ce qu ils avaient vu L évangéliste nous livre une indication précieuse toute cette scène découle de l intention qu avait le Christ de faire connaître à ses amis un moment de prière Il ne les emmène pas à la Transfiguration comme un spectacle il les conduit à l écart pour prier avec lui et pendant cette prière il est transfiguré La Transfiguration n est jamais que la réflexion sur le visage du Seigneur de la beauté de son union intérieure avec le Père ce qui habituellement baignait son cœur vient à saisir même son corps 9 et même ce qui adhère à son corps ses vêtements signe qu avec l homme ressuscité le cosmos lui même est touché La présence de Moïse et d Élie traduit d une autre façon la plénitude que vit le Fils dans son union à son Père la possibilité de communiquer par delà les siècles Dieu n est pas le Dieu des morts mais celui des vivants Lc 20 38 et en lui Jésus éprouve une proximité inouïe avec ces grands témoins de la foi d Israël qui deviennent ses contemporains L objet de leur conversation c est saint Luc qui nous l apprend c est son départ littéralement son exode vers Jérusalem autrement dit sa montée vers la Ville sainte qui se terminera par sa Passion et sa Résurrection C est bien parce que là se réalisera sa totale coïncidence avec sa mission et que là s accomplira tout ce qui a été attendu porté annoncé par la Loi et les Prophètes L évangéliste nous fait sentir que les Apôtres tout en étant présents sont bien loin d entrer dans le sens de cette aventure ils sont écrasés de sommeil comme Abraham avant l apparition de Dieu qui va lui confirmer ses promesses Gn 15 12 ils ne comprennent pas ils perçoivent confusément le caractère miraculeux de la scène et veulent retenir les deux mystérieux visiteurs qui s éloignent Pierre propose une manière de fixer le temps qui s échappe en dressant trois tentes On ne saurait mieux dire le décalage entre Jésus conscient de sa mission et ces hommes qui le suivent comme ils peuvent Pourtant ils en saisissent des bribes et ce côté éclaté un peu haletant passera dans le témoignage que nous en avons gardé Le deuxième mouvement de la Transfiguration intervient alors que Pierre en est encore là de ses propositions c est la Théophanie trinitaire Moins explicitement qu au Baptême dans le Jourdain mais de façon néanmoins reconnaissable l Esprit apparaît en premier sous la forme de cette nuée qui enveloppe la scène 10 mais qui d abord enveloppe le Fils comme le sein du Père Jn 1 18 cette nuée qui viendra sur Marie quand l Esprit Saint viendra sur elle et la puissance du Très Haut la prendra sous son ombre Lc 1 35 Comme au Baptême l intervention du Père semble survenir au moment où s est exprimée la totale obéissance du Fils Et l énoncé est le même celui ci est mon Fils bien aimé moment de plénitude au delà des mots joie partagée Mais cette fois ci une consigne achève la scène écoutez le Tout ne se passe pas dans le face à face entre le Fils et son Père les hommes sont concernés et invités à suivre celui qui se révèle ainsi comme le vrai Fils Reste le troisième mouvement qui survient lui aussi alors que le second sans doute très court vient à peine de se terminer on ne voit plus que Jésus seul comme au début Mais comme on doit le voir autrement maintenant que l on sait Bien sûr Marie n est pas présente à la Transfiguration mais celle ci se reflète un peu sur elle N est elle pas Mère de la Lumière et l Apocalypse ne nous la présente t il pas comme la femme habillée de soleil Ap 12 1 Saint Jean nous dit Nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu il est 1 Jn 3 2 La Cène Là encore nous n avons que l embarras du choix devant une telle richesse de contenu qui se décline en préparatifs du repas lavement des pieds institution de l Eucharistie et du sacerdoce annonce de la trahison de Judas discours après la Cène prière sacerdotale Saint Jean situe d emblée cette soirée sous le signe du jusqu au bout de l amour il aima les siens jusqu au bout Jn 13 1

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  • N° 116 (octobre-décembre 2006) : La Vierge Marie : Dom Guéranger et l'Immaculée Conception de la Vierge Marie - Revue Résurrection
    13 Les leçons de l histoire Le parcours historique auquel nous convie l auteur est soutenu par une argumentation vigoureuse qui ne laisse jamais perdre de vue son but Sans suivre pas à pas la démonstration nous allons tenter d en indiquer les grandes étapes et les arguments qui s y greffent Le parcours est en deux temps d abord il se situe sur le terrain magistériel et liturgique puis sur le terrain doctrinal et poétique Le point de départ du premier parcours est le XII ème siècle parce qu à cette époque la ferveur du peuple chrétien et de ses prédicateurs notamment dans les Églises particulières pousse à l établissement d une fête liturgique en faveur de l Immaculée Conception tandis que les théologiens St Bernard St Thomas débattent de la question doctrinale Le débat devient tellement vigoureux au XV ème siècle qu il oblige pour la première fois le magistère à se prononcer le général des Dominicains ayant publié un traité où il soutenait que la doctrine de l Immaculée Conception était contraire à la foi et que ceux qui la soutenaient méritaient d être appelés hérétiques le pape Sixte IV répond de deux manières par la Bulle Cum præexcelsa 1476 il accorde des indulgences à ceux qui assisteront à la messe le jour de la fête par une autre bulle en date de 1483 il frappe d excommunication ceux qui osent soutenir qu il est hérétique de professer la Conception Immaculée de la Vierge Marie mais aussi c est un paradoxe qu il faudra expliquer ceux qui noteraient d hérésie le sentiment contraire à l Immaculée Conception 14 Cette position du Siège de Pierre fut confirmée par le Concile de Trente et tenue officiellement jusqu au milieu du XIX ème siècle Il faudra donc l expliciter dans un premier temps on peut dire que l Église favorise indirectement la progression de l opinion de la Conception Immaculée Elle le fait d abord en encourageant sa fête ensuite en interdisant de s opposer frontalement à cette opinion excommunication des adversaires déclarés mais elle ne permet pas de décider ni d exclure à la place du Saint Siège Ne portons pas de jugement sur cette position et constatons avec dom Guéranger qu elle se renforce au cours des siècles en limitant de plus en plus la liberté laissée à la profession des opinions contraires à l Immaculée Conception et en donnant une plus grande extension à la fête Celle ci devient en effet une fête universelle de l Église romaine avec octave en 1693 et sous le nom même de Conception Immaculée en 1847 De ce premier parcours dom Guéranger tire la conclusion que l Église a toléré puis favorisé enfin professé la croyance en l Immaculée Conception la profession se fait ici par la liturgie selon l adage lex orandi lex credendi qu on pourrait traduire la prière exprime la foi 15 Le croyant ne peut refuser de donner son assentiment intellectuel aux paroles qu il prononce quand il loue Dieu en public La profession de cette vérité n a pas encore été solennelle même si elle fut implicite et de fait elle a bien existé et s est développée au cours des siècles Mais il reste encore un deuxième parcours à faire celui plus théologique des fondements doctrinaux de cette croyance qui s est exprimée d abord dans la louange publique dans la liturgie L investigation historique est menée ici à reculons jusqu à la plus haute Antiquité chrétienne à la recherche des autorités fiables et des formulations les plus précises possibles de l Immaculée Conception Les textes cités sont soit de prose théologique soit de poésie hymnique Parmi les premiers dom Guéranger nomme les théologiens qui n ont pas conclu à la nécessité de soutenir cette opinion mais qui l ont pourtant exprimée saint Anselme saint Thomas d Aquin 16 mais aussi saint Pierre Damien vers 1050 Parmi les seconds figurent Adam de Saint Victor Hildebert du Mans saint Pascase Radbert vers 844 Paul Diacre moine du mont Cassin vers 774 saint Jean Damascène etc On voit qu ici Dom Guéranger n omet pas les saints et auteurs de l Église grecque reconnaissant l antiquité de la fête fixée au 9 décembre en cette Église et célébrée depuis le VII ème siècle au moins avec André de Crète Le Rédempteur de notre race voulant inaugurer pour nous une nouvelle naissance qui succédât à la première de même que pour former Adam il avait pris du limon de la terre encore vierge et intacte ainsi opérant lui même son incarnation il choisit dans toute la nature cette autre terre si je puis parler ainsi la Vierge pure et immaculée et par un nouvel art il nous donna formation en elle 17 Plus avant encore dom Guéranger nomme ajoutant pêle mêle auteurs grecs et latins Hésychius de Jérusalem saint Colomban Proclus de Constantinople vers 434 etc Au IV ème siècle saint Augustin ne se prononce pas explicitement sur le sujet mais affirme de façon incidente dans plusieurs écrits 18 la conception de la Vierge Marie sans aucun péché Nécessité d une proclamation solennelle Ce double parcours historique se conclut d abord par la réponse à quelques objections importantes Tout d abord on a vu que l opinion contraire a été soutenue au fil des siècles notre auteur estime que la plupart des textes contraires à la pieuse croyance sont susceptibles d une interprétation favorable 19 En effet ils expriment l opinion contraire sans l approfondir non pas pour elle même mais seulement comme une conséquence du dogme du péché originel Et cette exception au dogme seule la révélation pouvait l énoncer L Église dépositaire de cette révélation n a pu le faire dans les premiers siècles parce que les circonstances n y étaient pas favorables Les premiers siècles du christianisme étaient moins préparés à voir ce développement trop de périls obligeaient l Église à être circonspecte en proclamant les privilèges de la mère de Dieu N était il pas à craindre que des fidèles par un reste des habitudes païennes ne songeassent bientôt à lui déférer les honneurs divins 20 Si donc certaines affirmations se sont imposées comme vérités dogmatiques dès la haute Antiquité chrétienne ainsi la double nature du Christ ou la Maternité divine de Marie d autres ont dû attendre davantage pour recevoir leur consécration par le magistère Les dogmes sont éternels par leur contenu mais leur proclamation dépend des contingences de l histoire humaine La seconde objection est que cette question doit demeurer en débat parce que la professer solennellement serait blesser profondément les légitimes susceptibilités du peuple catholique 21 A cela dom Guéranger répond par la nécessité de l obéissance à l Église et de façon subtile il débusque une fausse conception de la foi qui consiste à attribuer à l adhésion qu on donne à une vérité davantage de valeur quand l adhésion résulte d un motif personnel que lorsqu elle résulte d un motif ecclésial Il vaut la peine de citer le passage car ce point de vue est au cœur de bien des crises ou des recherches de la foi aujourd hui Si l on admettait les idées de ceux qui le mettent en avant il faudrait donc dire que Dieu est plus honoré quand nous croyons une vérité sur une simple autorité humaine que quand nous croyons sur l autorité divine dont l Église est pour nous le moyen A ce compte il est à regretter que Dieu ait pris la peine de se révéler à nous nous l eussions honoré bien davantage en prodiguant l hommage de notre croyance au résultat de nos spéculations humaines et individuelles L Église au lieu de définir des dogmes eût mieux fait de les laisser dans l ombre et de confier au sentiment privé le soin de choisir l objet de sa croyance 22 Il ne s agit pas ici de refuser toute place à la recherche théologique mais d affirmer la nécessité des proclamations dogmatiques comme des balises objectives qui s imposent à tous les fidèles nécessaires pour cette recherche et plus encore pour la foi de tout le peuple des croyants Dans la même perspective d une élévation du débat aux sources même de l acte de foi notre auteur répond à une autre objection encore dont l actualité est évidente et brûlante pour tous ceux qui dans l Église catholique de la fin du XX ème ou début du XXI ème siècle ont eu à défendre l autorité du concile de Vatican II Voici l opinion des adversaires L Église disent ils ne définit les vérités que lorsqu elles sont devenues l objet d une contestation aucune erreur ne s est élevée dans la chrétienté qui exige qu une sentence soit portée sur le privilège de Marie une décision est donc impossible 23 La réponse à cette dernière objection est claire l Église n est pas seulement un tribunal c est aussi et d abord une chaire nous pourrions dire en d autres termes Dieu n est pas seulement un Juge c est d abord un maître et un Père Laissons dom Guéranger s expliquer l Église n a pas seulement été instituée par Jésus Christ pour s opposer aux hérétiques Sa fonction principale son ministère de tous les jours est d enseigner les fidèles et de les enseigner avec cette même infaillibilité qui ne lui fait pas défaut lorsqu elle doit prononcer contre les erreurs 24 Certes les hérésies sont souvent l occasion d une promulgation de la foi mais si la croyance peut être ainsi promulguée à un moment donné c est qu elle était contenue auparavant de façon implicite dans la foi du peuple chrétien Ce n est donc pas l hérésie qui est le mobile profond des définitions dogmatiques mais le désir de rendre hommage à la vérité en manifestant la foi du peuple tout entier L Église est maîtresse des circonstances pour apprécier de l opportunité de la définition de cette vérité à une époque donnée Il ne reste plus à dom Guéranger qu à ramasser en un bouquet les arguments positifs en faveur de la proclamation solennelle puis à avancer quelques idées sur les modalités de la proclamation Le premier argument est que l Église se trouve en état de nécessité de se prononcer sur la question parce que celle ci a été suffisamment mûrie et que le peuple chrétien attend une décision ferme Le second argument vient de l honneur à rendre à la Vierge Marie ce sera à la fois un hommage à la vérité et un appel à son intercession en ces moments difficiles de la chrétienté 25 Quant aux modalités le Père abbé de Solesmes ne se prononce pas sur la forme juridique que doit prendre la décision mais il indique clairement que la nécessité d un Concile général nous dirions œcuménique ne s impose pas mais que le Siège apostolique c est à dire le Pape possède l autorité suffisante pour la prendre Il conclut par un hommage lyrique à la Marie dont il rappelle plusieurs titres notamment celui de Trône de la Sagesse incréée Sedes sapientae 26 Au delà du succès immédiat de ce document qui a eu pour mérite d aider le Pape Pie IX dans la rédaction de la Bulle du 8 décembre 1854 quelle en fut la postérité Du point de vue de la piété populaire on peut dire qu il se situe dans le grand mouvement des apparitions mariales du XIX ème siècle si dom Guéranger a pu connaître l invocation que la Vierge avait confiée à sainte Catherine Labouré lui apparaissant à la rue du Bac en 1830 O Marie conçue sans péché priez pour nous qui avons recours à vous il a préparé par ce Mémoire les grandes apparitions à sainte Bernadette qui eurent lieu à Lourdes et dont nous allons fêter les 150 ans 27 Même si dom Guéranger n y fait aucune allusion claire dans cet écrit on est en droit de penser que ce courant marial participe des ferveurs populaires qu il mentionne En demeurant sur le plan théologique nous voudrions montrer après d autres auteurs que ce Mémoire comme d autres écrits et actes de dom Guéranger a posé un certain nombre de jalons pour les deux conciles du Vatican qui sont en même temps de façon directe ou indirecte des hommages rendus à la Vierge Marie L Église maîtresse de vérité En premier nous voudrions développer un point déjà mentionné l apport de dom Guéranger à la vision de l Église comme maîtresse de vérité non pas seulement de manière négative en tant que rempart de la foi contre les hérésies mais aussi de façon positive comme développant sans cesse de nouveaux aspects du dépôt de la foi Sur le premier aspect Marie est étroitement liée à l Église qu ils sachent que Marie a reçu de son fils et qu elle a exercé dans tous les siècles le pouvoir d écraser toute hérésie Pour nous simples enfants de l Église nous chanterons avec elle à la louange de la grande reine ces belles paroles qui retentissent dans nos églises depuis plus de mille ans Gaude Virgo Maria cunctas haeresas sola interemisti in universo mundo 28 Sur le second aspect dom Guéranger rappelle une doctrine traditionnelle de l Église qui la concerne elle même sans faire référence à Marie il est vrai mais en lui donnant une ampleur nouvelle Dieu seul connaît la mesure des développements de doctrine et de charité qu il a préparés pour son Église parce que lui seul a le secret de la durée de ce monde qu il n a créé que pour elle 29 Il rapporte ensuite les paroles de Louis de Thomassin oratorien du Grand siècle commentant saint Vincent de Lérins Il faut juger dit il du corps mystique de Jésus Christ comme nous jugeons de son corps naturel L Écriture dit qu à mesure qu il s avançait en âge il croissait aussi en sagesse et en grâce Il en est ainsi en quelque façon de même dans l Église Elle éclairait en déployant de temps en temps les trésors de la Tradition des points de doctrine et des usages de piété qui n avaient point encore paru parce qu il n avait pas été temps de les faire paraître ni d en développer les traditions anciennes La plénitude du Saint Esprit réside et a résidé dès le commencement dans le cœur de l Église mais elle ne se montre et ne se répand au dehors que selon les conseils de la Providence éternelle qui conduit le genre humain comme un homme particulier et chaque particulier comme le genre humain par les degrés de divers âges et par des progrès qui aient rapport à ces âges divers 30 Cette vision de l Église comme maîtresse de vérité est donc profondément dynamique elle ouvre la porte à l ère nouvelle qui s est ouverte au milieu du XIX ème siècle et comporte à présent trois définitions dogmatiques 1854 Immaculée Conception 1870 infaillibilité pontificale 1950 Assomption de Marie dont deux concernent la Vierge Marie et deux Conciles œcuméniques 1870 Vatican I 1962 1965 Vatican II C est à dire que s ouvre une ère nouvelle de définitions et explicitations de vérités de la foi centrées sur une perspective ecclésiologique et non plus christologique ou trinitaire comme au premier millénaire L Église réfléchit sur son mystère comme dispensatrice de la vérité à l humanité C est précisément ce qu affirme le premier paragraphe de la Constitution Lumen Gentium L Église se propose de préciser davantage pour ses fidèles et pour le monde entier en se rattachant à l enseignement des Conciles sa propre nature et sa mission universelle Cette nouvelle floraison de définitions et de textes dogmatiques a donné à l Église un nouveau souffle apostolique Il semble bien que depuis la définition de ce dogme de l Immaculée Conception en 1854 l Église soit entrée dans une autre période une période où le Mystère de l Église une sainte immaculée et infaillible ayant une autorité souveraine devient plus manifeste 31 L auteur de cet article montre l évolution entre la décision de Clément XIV contraint à supprimer les Jésuites au XVIII ème siècle et le succès des Journées mondiales de la Jeunesse Ce nouveau printemps de l Église appelé de ses vœux par le Bienheureux Jean XXIII trouve ici son fondement le plus solide Il y trouve également ses limites Dieu seul a le secret de la durée de ce monde L Église à la rencontre de la Vierge Marie En second lieu dom Guéranger nous livre dans son Mémoire une attitude spirituelle qui a marqué tous les documents que nous avons cités et continue de marquer la vie de l Église On pourrait la définir comme la recherche aimante de la Vierge Marie par l Église une sorte de sequela Mariæ dont le mobile profond est le désir d approcher toujours plus près du mystère du Christ Ainsi nous avons vu en essayant d analyser le Mémoire combien la démarche de son auteur est de montrer que si la proclamation de l Immaculée Conception est d actualité c est que l Église n a cessé au fil des siècles de grandir dans la contemplation de ce mystère et sa célébration liturgique Paradoxalement le Mémoire de dom Guéranger sur la question de l Immaculée Conception est d abord un hymne à l Église en tant qu instrument fiable de la révélation divine C est ainsi que la décision du pape Sixte IV qui frappe d excommunication aussi bien ceux qui anathématisent les partisans que ceux qui anathématisent les adversaires de l Immaculée Conception ne lui semble pas du tout une mesure jésuite au mauvais sens de l adjectif ni une pusillanimité déplacée elle est une mesure de prudence devant des débats théologiques sérieux dont l issue n apparaît pas certaine C est en suivant pas à pas l Église dans son

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  • N° 116 (octobre-décembre 2006) : La Vierge Marie : Portée de la doctrine thomiste de la vertu - Revue Résurrection
    dans quelle mesure cette conciliation nous conduit à une meilleure perception de la réalité En effet aussi séduisante que soit du point de vue spéculatif la conception thomiste de la vertu morale il est permis de se demander ce qui nous prouve qu elle n est pas une pure construction intellectuelle Correspond elle à quelque chose de bien précis dans un être humain concret Examinons d abord les arguments qui pourraient nous en faire douter Tout d abord il faut bien reconnaître une grande différence entre Thomas d Aquin d une part Aristote et Augustin d autre part Quand nous lisons l Éthique à Nicomaque nous avons l impression que Aristote cherche à cerner de la manière la plus exacte possible la vie concrète de ses contemporains Quand nous lisons Les Confessions de saint Augustin nous sommes en présence qu un homme qui cherche à se connaître lui même jusque dans les plus petits détails de sa psychologie Bref nous avons affaire à des travaux de première main Avec Thomas d Aquin il n y a rien de tel Ses biographes nous le présentent comme un intellectuel sans grand contact avec la vie mondaine et sans cesse occupé par son travail d enseignement et de recherche Il n a pas connu la vie tumultueuse et la riche expérience pastorale et ecclésiale d Augustin il n avait pas comme plus tard saint Alphonse de Liguori une pratique assidue du ministère de la confession Il n avait pas la curiosité universelle et le goût de la vie sociale et politique de Platon et d Aristote Pratiquement il n apparaît nulle part dans son œuvre une notation qui pourrait être tirée d une expérience personnelle Plus radicalement indépendamment de ces remarques qui ne prouvent pas grand chose il est clair que de façon délibérée notre docteur a privilégié une connaissance presque entièrement livresque de l homme On a même l impression que son intérêt se borne à l homme tel que Aristote le dépeint dans l Éthique à Nicomaque et que la question est de savoir comment la grâce peut perfectionner un tel homme sans le mutiler Allons plus loin dans l analyse et reconnaissons que selon les domaines concernés notre expérience quotidienne nous conduit à donner raison soit à Aristote soit à Augustin Pour la plupart d entre nous la sobriété est une vertu de type aristotélicien l homme sobre est celui qui est spontanément enclin à boire de façon modérée En revanche la chasteté est plutôt de type augustinien être chaste c est accepter par son intelligence une loi morale et imposer cette loi à sa sexualité en résistant aux pulsions non conformes à cette loi Aussi nous avons parfois l impression que la conciliation tentée par Thomas d Aquin reste assez théorique Malgré ces arguments je pense que la doctrine thomiste de la vertu n est pas une conciliation verbale et superficielle mais qu elle provient d une perception extrêmement fine et exacte de la réalité humaine Toute la question

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