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  • N° 114-115 (juin-septembre 2006) : Les Origines du christianisme : À l'attention de nos lecteurs - Revue Résurrection
    de Dieu ou encore les miracles mentionnés dans l Évangile Ce ne sont pas tant les conclusions au demeurant assez mesurées de Meier qui méritent quelques réserves que le présupposé méthodologique à l œuvre dans tout l ouvrage L auteur prêtre catholique soutient qu on peut et même qu on doit dans l exposé scientifique des faits relatifs à Jésus faire abstraction des convictions de la foi Sous prétexte de stricte objectivité nous voilà quoi qu en pense l auteur ramenés à l historicisme laïc du XIXe siècle dont nous ont heureusement sortis Henri Irénée Marrou Jean Guitton et bien d autres Comme s il était possible de faire abstraction dans un sens comme dans un autre des positions existentielles qui sont les nôtres face à un personnage qui a révolutionné le cours du monde mais surtout vu que sa revendication à la vérité semble liée pour la première fois à des données factuelles naissance virginale miracles résurrection La foi n est pas un jugement éventuel que l on peut porter sur un personnage quelconque au demeurant attesté par l histoire tout ce que nous savons de lui et Meier le reconnaît à sa façon est porté par des témoins qui avaient la foi Leur attestation de faits relatifs à Jésus est donc liée à la vision qu ils ont peu à peu acquise de sa personne et ceci dans les deux sens les faits ont précédé les interprétations mais les interprétations ont préservé le souvenir des faits On peut ne pas partager leur vision des choses mais dans ce cas la cohérence des faits eux mêmes disparaît on n arrive qu à une reconstitution arbitraire qui n est pas le Jésus de l histoire La question que pose le rapport si particulier de l histoire et de la foi

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  • N° 114-115 (juin-septembre 2006) : Les Origines du christianisme : L'exégèse catholique - Revue Résurrection
    mettaient à leur disposition En conséquence elle utilise sans arrière pensée toutes les méthodes et approches scientifiques qui permettent de mieux saisir le sens des textes dans leur contexte linguistique littéraire socio culturel religieux et historique en les éclairant aussi par l étude de leurs sources et en tenant compte de la personnalité de chaque auteur 1 Elle contribue activement au développement des méthodes et au progrès de la recherche Ce qui la caractérise c est qu elle se situe consciemment dans la tradition vivante de l Église dont le premier souci est la fidélité à la révélation attestée par la Bible Les herméneutiques modernes ont mis en lumière nous l avons rappelé l impossibilité d interpréter un texte sans partir d une précompréhension d un genre ou d un autre L exégète catholique aborde les écrits bibliques avec une précompréhension qui unit étroitement la culture moderne scientifique et la tradition religieuse provenant d Israël et de la communauté chrétienne primitive Son interprétation se trouve par là en continuité avec le dynamisme d interprétation qui se manifeste à l intérieur même de la Bible et qui se prolonge ensuite dans la vie de l Église Elle correspond à l exigence

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  • N° 114-115 (juin-septembre 2006) : Les Origines du christianisme : « La foi » - Revue Résurrection
    accueil de cette Révélation 15 Le CEC s exprime à son tour La foi est d abord une adhésion personnelle de l homme à Dieu elle est en même temps et inséparablement l assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélée 150 Sans insister sur les différences de langage entre les deux textes on notera leur accord sur deux points fondamentaux constitutifs de la foi la notion de révélation et celle d adhésion ou d accueil Or que nous dit l étymologie Elle nous apprend qu à l origine du mot foi se trouve le latin fides confiance d une personne en une autre d où parole donnée respect de la parole loyauté et enfin assistance patronage Le langage de la foi s enracine dans celui des relations humaines des contrats passés et des traités conclus latin foedus traité d où fédéral fédération la fides est pour les Romains le fondement de la société de l échange et de l association entre les hommes d une même cité ou d un même Empire Le point de départ est donc celui de l adhésion à la parole d un homme celui de la confiance mutuelle entre deux personnes humaines Qui pourrait dire à la relecture des premiers chapitres évangéliques que les premiers apôtres n ont pas suivi Jésus pour cette raison En passant il vit Lévi le fils d Alphée assis au bureau de douane et il lui dit Suis moi Et se levant il le suivit Mc 2 14 La foi c est donc d abord l adhésion à une personne et à sa parole La langue grecque souligne davantage encore la médiation de la parole le mot foi pistis est directement lié au verbe peithô persuader Pour ces amoureux de la parole que sont les Grecs la foi est liée à une parole qui convainc et emporte l adhésion de l auditeur C est dans cette lignée que se place saint Paul parlant de la révélation de Dieu à tous les hommes Or comment l invoqueraient ils sans avoir cru en Lui Et comment croiraient ils en Lui sans d abord L avoir entendu Rm 10 14 Et c est aussi ce que saint Thomas d Aquin exprimera dans sa célèbre maxime auditu solo tuto creditur c est par ce qu on a entendu seulement qu on parvient à une foi solide La foi est ici liée étroitement à l adhésion à une parole et à un contenu de pensée La foi que nous professons en Jésus Christ possède ces deux versants d abord l adhésion vitale depuis notre baptême à la personne de Jésus que nous osons vivre et affirmer à la suite des apôtres Oui Jésus est passé sur notre chemin dans notre enfance notre adolescence notre âge mûr ou notre vieillesse et bien souvent nous avons été éblouis par son regard l attention qu il nous a manifestée personnellement que ce soit dans le cœur à cœur de la prière ou l accueil d

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  • N° 114-115 (juin-septembre 2006) : Les Origines du christianisme : Histoire, crédibilité et herméneutique - Revue Résurrection
    ne peut pas être invoqué pour expliquer la reconstruction des évangélistes à l encontre de la réalité historique S il était exact que Jésus fût né à Nazareth et non à Bethléem Matthieu ou Luc n auraient eu aucune difficulté à le justifier d après les Écritures Les indices d attente messianique en Judée durant le premier siècle de notre ère allaient dans tous les sens et Matthieu n a aucun scrupule à mentionner en le reconstruisant pour les besoins de sa cause un oracle sur le Nazôréen 2 23 afin de rendre compte de l installation de Joseph Marie et Jésus en Galilée On pourrait faire le même raisonnement pour la fratrie au sein de laquelle Jésus est censé être né Le sens théologique de tel ou tel événement pouvait être tiré de bien des interprétations de la Loi et des Prophètes Rien ne s impose de manière automatique dans le processus de l accomplissement des Écritures et c est plutôt l événement qui gouverne l interprétation que l inverse La distinction des ordres de la logique et de la foi si légitime ne s impose pas dans ce genre de choix interprétatif Une introduction à la reconnaissance du statut du texte et à la possibilité de l interpréter nous est heureusement offerte par Anne Marie Pelletier 6 Selon sa perspective la Bible n est pas seulement écrite dans une conjoncture historique qui en éclaire le sens et qui est l objet des études que nous avons mentionnées Elle est concernée aussi par l histoire qui en aval du texte écrit constitue la suite de ses relectures et de sa réception Que ces relectures soient le fait de croyants ne disqualifie pas aux yeux d un historien la justesse de leur interprétation Sinon les croyants d aujourd hui s enferment dans une lecture pieuse en se protégeant des questions périlleuses ce que Jean Paul II dénonce dans son introduction au document de la Commission Biblique pontificale Lire la Bible en Église de 1994 Cette situation a culminé avec le modernisme et le P Lagrange on l a souligné en a fait les frais Mais aujourd hui la nouveauté est que nous ne sommes plus voués à ce divorce de la foi et de l intelligence L exégèse critique apparaît comme une chance pour la lecture spirituelle qui elle même est le but et l horizon de toute vraie lecture croyante Ce que savait à sa manière la grande tradition des Pères de l Église Ce qui est possible aujourd hui c est d avoir confiance dans le texte biblique Il ne s agit pas de sauver la Bible par les lectures savantes ou adaptées à la modernité Il s agit de découvrir que le texte est assez grand pour supporter le choc de nos interrogations Bien plus ces interrogations font encore grandir le texte La rupture entre une lecture critique et une lecture croyante date du XVIIIe siècle quand s est imposé le projet de lire la Bible comme n importe quel texte à distance du préjugé de la foi disait on La distinction légitime du sens spirituel et du sens littéral est devenue une séparation radicale l enquête historique ayant été associée chez nombre d auteurs en particulier depuis Voltaire au projet de discréditer et de saper la foi chrétienne Le savoir nouveau avait tendance à accréditer une vision syncrétiste du religieux qui ruinait l originalité du message biblique tout en ébranlant puissamment nombre de représentations auxquelles la lecture croyante était attachée Dans ces conditions le monde croyant ne pouvait que peiner à ajuster sa réaction On admet aujourd hui ce fait qu un texte a une histoire s inscrit dans un moment émane d une intentionnalité rattachée à ce moment et porte éventuellement des traces de retouches ou de refontes qui concernent également le travail de l histoire De tout cela le sens est partie prenante au même titre qu il l est des structures et des formes rhétoriques qui articulent son énoncé Or au XIXe siècle on a vu s imposer une science historique postulant de façon très autoritaire la possibilité d accéder à la vérité du texte biblique par la mise à jour de ses référents et de ses déterminations historiques L idée qui préside à cette fière assurance de la raison se plaçait sous le signe d un universel aussi confortable qu abstrait elle correspond à un moment celui du positivisme quasi absolu Cela pose d abord le problème du statut de la connaissance connaissons nous le réel en parfaite objectivité La question devient qu est ce que comprendre Quelle articulation établir entre le sujet connaissant et l objet connu Les hypothèses oscillent entre réalisme et idéalisme L herméneutique philosophique contemporaine montre l incomplétude des théories qui font du sens une propriété intrinsèque d un texte un donné que le lecteur aurait simplement à recueillir soit encore ce qui est déjà là à accueillir comme une propriété de l écriture problématique qui efface au maximum le rôle du lecteur le rend invisible tient que lire est une opération blanche Or un texte est forcément reçu selon les disponibilités de son lecteur lequel peut aussi recevoir de différentes façons un même texte Et ainsi le sens est pour partie proportionné à la personne du lecteur à son savoir comme aux questions avec lesquelles il vient à ce qu il lit Il s agit en clair de prendre en charge la véritable dimension objective du langage Un texte consistant ne s épuise pas dans une seule signification mais entre en jeu avec la créativité de ses lecteurs pour déployer une palette de sens Le texte biblique par son aspect étrangement laconique et lacunaire voire ambigu et énigmatique est exemplaire Les ignorances sur la chronologie de la vie de Jésus sur la date de sa naissance et de sa mort par exemple comme la quadruple forme des écrits évangéliques recentrent l attention sur l implication du lecteur dans son acte de lecture On ne le sait pas

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  • N° 114-115 (juin-septembre 2006) : Les Origines du christianisme : Écrire l'histoire des origines du christianisme - Revue Résurrection
    des centuriateurs Baronius oppose celle de la continuité de la tradition véritable incarnée dans le siège romain Il rapproche cela de la transmission orale dès l origine mettant en avant la tradition orale comme premier vecteur de ce qui fut ensuite l Écriture cette tradition est conservée dans l Église romaine et toute tentative de jugement porté sur les origines hors de cette tradition est faussée et incomplète De l histoire de combat à l érudition critique du XVIIe Après ces deux œuvres majeures et au milieu des nombreux travaux d édition érudite du XVIIe siècle il faut mentionner ici l œuvre monumentale de Sébastien Lenain de Tillemont 6 Dans sa préface Lenain donne plusieurs éléments d importance sur son projet qui vise à rassembler et fournir les éléments nécessaires à une histoire ecclésiastique Une histoire générale de l Église eût même obligé de traiter avec quelque exactitude ce qui en regarde les dogmes et la discipline et il eût fallu pour cela étudier à fond ces matières étant fâcheux et même dangereux de parler de choses si importantes sans en avoir une connaissance parfaite et l auteur n a jamais fait d étude particulière sur cela ayant cru qu il lui suffisait pour son dessein de marquer ces choses autant qu elles entraient dans la narration sans avancer au delà de ce qu il trouvait dans les auteurs originaux p V VI C est donc s écarter assez nettement des perspectives que nous avons évoquées plus haut en mettant de côté d emblée les questions de doctrines et la justification de la position de l Église Le projet s il se place certes dans une perspective chrétienne chez ce fervent disciple de Port Royal qu est Tillemont n est pas avant tout apologétique Il ne se croira pas tout à fait inutile à l Église s il peut représenter la vérité toute simple de ce qui s est passé dans les premiers siècles et l établir autant que cela lui est possible par le témoignage des auteurs les plus anciens Il laisse à chacun d y faire les réflexions que sa piété lui suggèrera se contentant de marquer quelques unes de celles que les Pères y ont faites lorsqu il les a rencontrées dans leurs ouvrages Il ne s engage point non plus à examiner les conséquences que l on pourrait tirer des faits qu il trouve établis par de bons auteurs ni à répondre aux objections que l on y a faites ou que l on pourrait y faire ce qui demanderait une étude toute différente de la sienne Il se contente de chercher la vérité des faits et pourvu qu il la trouve il ne craint pas que l on en abuse étant certain que la vérité ne peut être contraire à la vérité ni par conséquent à la piété qui doit être fondée sur la vérité p VIII IX La dimension apologétique passe non pas au second plan des préoccupations mais au second plan de la méthode Elle n en est pas moins présente et la conception de l Église qui est celle de Tillemont n en oriente pas moins son œuvre cependant ce n est plus cet aspect qui est mis en avant comme guide et raison de l écriture de l histoire La question de la décadence n est pas reprise sous la forme qu elle avait dans l historiographie protestante mais comme un trait de la transmission humaine naturelle ainsi Tillemont écarte t il d emblée les versions des vies de saints que donne Siméon Métaphraste ou d autres versions tardives car leur éloignement à la source les disqualifie d emblée 7 Il est un peu facile d opposer ces traits de méthode historique à des passages de la préface de l ouvrage de l abbé Fleury 8 C est la matière de l histoire ecclésiastique cette heureuse succession de doctrine de discipline de bonnes mœurs p VII Rien n est plus propre à nous confirmer dans la foi que de voir la même doctrine que nous enseignons aujourd hui enseignée dès le commencement par les martyrs et confirmée par tant de miracles Plus la discipline est ancienne plus est elle vénérable On voit bien là que ce n est pas une distinction absolue des temps dans une perspective de progrès continu de la science historique qui l emporte mais des approches qui diffèrent suivant les projets d écriture Fleury qui sera longtemps lu comme référence jusqu à la fin du XIXe siècle dans les milieux catholiques français se place dans une perspective d histoire apologétique ce qui est beaucoup moins le cas pour Tillemont bien qu il dise lui même dans sa préface avoir plus souvent accordé à l autorité qu à la critique La critique allemande des XVIIIe et XIXe siècles bref aperçu et perspectives 9 La critique historique telle qu elle s est élaborée aux XVIIe et XVIIIe siècles est peu à peu mise en œuvre dans le domaine de l histoire de l Église Cependant c est surtout le fait de l école protestante allemande et l approche suivie en subit les traits principaux Ainsi chez Gottfried Arnold 1666 1714 qui remet en question tout l appareil institutionnel tout ce qui relève de la cléricature et plus seulement la papauté ne reste à ses yeux que la communauté ecclésiale Mosheim 1694 1755 traite à sa suite de l Église comme communauté de personnes communauté étudiée comme le serait un État ou toute autre collectivité Le temps nous manque pour évoquer les différentes figures et perspectives de la critique allemande du XIXe siècle malgré leur importance Je m arrêterai simplement à un aspect de l œuvre d Adolf von Harnack tel qu il est présenté dans la série de cours conférences donnée au semestre d hiver 1899 1900 à la Friedrich Wilhelms Universität de Berlin 10 Son ouvrage se place dans la perspective de la wissenschaftliche Theologie théologie scientifique qui cherche la vérité du christianisme dans la recherche historique Dans

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  • N° 114-115 (juin-septembre 2006) : Les Origines du christianisme : Jacques, frère du Seigneur - Revue Résurrection
    ses divers déplacements en Galilée Mais lui et les autres frères formaient un groupe à part distinct du groupe des Apôtres ou des disciples en général Les relations familiales Comme les Apôtres Jacques et ses frères étaient déconcertés par le comportement de Jésus et ne le comprenaient pas C est à cette occasion que Jésus donne une nouvelle définition de la vraie famille Mt 12 46 50 Mc 3 31 35 Lc 8 19 21 à l entourage de Jésus lui signalant que sa famille est là et le cherche celui ci répond que ses parents mère frère ou sœur sont ceux qui font la volonté de Dieu Jésus enseigne là que les vraies relations avec lui et l union avec Dieu passent par l accomplissement de la volonté de son Père plutôt que par les liens du sang Elles ne sont pas un privilège acquis par la naissance mais une communion qui résulte d une libre adhésion à la volonté du Père à la suite de Jésus lui même qui a toujours œuvré pour l accomplissement de la volonté divine Elles ne sont d ailleurs pas non plus un privilège acquis par favoritisme comme l aurait souhaité la femme de Zébédée pour ses fils Mt 20 20 21 Dans l évangile de Marc cet épisode est précédé d un passage où la famille de Jésus veut se saisir de lui car ils disaient il a perdu le sens Mc 3 21 En s appuyant sur ce passage plusieurs commentateurs ont cru bon de mettre en avant une situation conflictuelle entre Jésus et sa famille biologique 5 La réponse de Jésus traduirait un rejet un reniement de sa parentèle en réaction à cette hostilité supposée Or ce passage n apparaît pas chez Matthieu ni chez Luc pas plus qu aucune autre trace d antagonisme entre Jésus et sa famille Chez Luc la réponse de Jésus laisse même entendre que sa famille biologique est incluse dans la famille eschatologique Le passage de Marc est plutôt une invitation pour ses proches ainsi que pour ses auditeurs à faire la volonté de Dieu Un autre passage témoignant de l incompréhension des proches de Jésus est cité dans Jn 7 3 5 Ses frères lui dirent donc Passe d ici en Judée que tes disciples aussi voient les œuvres que tu fais on n agit pas en secret quand on veut être en vue Puisque tu fais ces choses là manifeste toi au monde Pas même ses frères en effet ne croyaient en lui Leur incompréhension et leurs difficultés à croire étaient peut être plus grandes encore que celles des Apôtres car ayant toujours vécu dans la compagnie et le voisinage de Jésus son passage à la vie publique prêchant guérissant les malades et violant le repos du sabbat tranchait d autant plus avec le mode de vie de soumission et d obéissance à ses parents et à la Loi Lc 2 51 52 qu ils avaient partagé avec lui jusque là et avait de quoi les surprendre 6 Pourtant malgré leur incrédulité manifestée avant la Résurrection et l Ascension du Seigneur Jacques et ses frères sont restés avec les disciples et ils se retrouvaient ensuite régulièrement rassemblés dans la prière dans la chambre haute du Cénacle avec les onze Apôtres et Marie la mère de Jésus Ac 1 12 14 Ils étaient aussi présents à la Pentecôte et ont donc fait partie des fidèles de la première heure qui ont constitué l Église naissante Jacques et le concile de Jérusalem C est d abord par les Actes des Apôtres et l épître aux Galates que nous sont connues les actions de Jacques dans les premiers temps de l Église Les mentions de ses interventions sont peu nombreuses mais ont donné lieu à de nombreux commentaires plus ou moins spéculatifs Cependant tous les commentateurs s accordent pour constater que Jacques occupait un rang très important dans l Église mère de Jérusalem et ce dès le début de l Église On le voit de façon particulièrement nette à l occasion de ce que l on nomme concile de Jérusalem Au début de leur mission les Apôtres évangélisaient les gens qu ils fréquentaient habituellement c est à dire les milieux juifs pratiquants Pierre prêchait souvent dans le Temple Quand les Apôtres allaient dans une ville c était d abord à la synagogue C est là que aussitôt après sa conversion et son baptême Paul se met à évangéliser Il passa quelques jours avec les disciples à Damas et aussitôt il se mit à prêcher Jésus dans les synagogues proclamant qu il est le Fils de Dieu Ac 9 19 20 Le message de la Résurrection du Christ a donc d abord été adressé aux Juifs mais les Apôtres franchirent bientôt les limites du monde juif pour s adresser aux païens Le nombre des croyants augmentait et surtout de ceux venus du paganisme Les responsables de l Église se trouvèrent alors rapidement confrontés à une question urgente quelle conduite tenir vis à vis des non juifs des Gentils qui se convertissaient et adhéraient à la foi Devaient ils devenir juifs comme eux Fallait il leur imposer d obéir à la loi de Moïse de se faire circoncire et de suivre les règles de pureté que tout juif pieux se devait de respecter Au début il semble qu ils aient agi de façon empirique et pragmatique Timothée compagnon de Paul avait été circoncis pour ne pas choquer les juifs Ac 16 3 mais ce ne fut pas le cas de Tite Ga 2 3 Le centurion Corneille et sa famille ont aussi été baptisés après avoir reçu l Esprit Saint mais sans être d abord soumis à la circoncision ni à aucune autre condition préalable Alors Pierre déclara Peut on refuser l eau du baptême à ceux qui ont reçu l Esprit Saint aussi bien que nous Et il ordonna de les baptiser au nom de Jésus Christ Ac 10 47 48 Cet épisode suivi des nombreuses conversions ultérieures opérées par Paul à Antioche et ailleurs fut à l origine du Concile de Jérusalem Ac 15 1 29 Le vrai problème n était pas de savoir si les Gentils pouvaient devenir chrétiens mais s ils devaient être circoncis et suivre la loi de Moïse pour être sauvés Cependant certaines gens descendus de Judée enseignaient aux frères Si vous ne vous faites pas circoncire suivant l usage qui vient de Moïse vous ne pouvez être sauvés Ac 15 1 C était la position de l entourage de Jacques Ga 2 12 mais les différents points de vue sont exposés Dans son discours Pierre défend l idée que les païens peuvent aussi être sauvés et qu on ne peut leur imposer la circoncision Et Dieu n a fait aucune distinction entre eux et nous puisqu il a purifié leur cœur par la foi Ac 15 9 Paul et Barnabé exposent à leur tour tout ce que Dieu avait accompli par eux de signes et de prodiges parmi les païens Ac 15 12 C est ensuite Jacques qui fait la synthèse et prend les décisions Jacques apparaît comme le médiateur entre Paul et les judéo chrétiens En citant le prophète Amos il replace le débat dans l histoire de l élection du peuple d Israël Le dessein de Dieu est que toutes les nations viennent à lui et soient rassemblées en lui Pour Jacques cela sera possible quand la maison d Israël sera relevée de ses ruines La restauration d Israël a été commencée avec le ministère de Jésus dont la mission était de reconstituer le peuple élu comme au temps des prophètes La conversion des païens est l accomplissement de la prophétie d Amos En tant que chef des judéo chrétiens Jacques pense que son rôle est de continuer ce qu a commencé Jésus c est à dire continuer d œuvrer pour la restauration d Israël Le Christ n a pas introduit une nouvelle religion mais il est venu accomplir la Loi comme il le dit lui même N allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes je ne suis pas venu abolir mais accomplir Celui donc qui violera un de ces moindres préceptes et enseignera aux autres à faire de même sera tenu pour le moindre dans le Royaume des Cieux au contraire celui qui les exécutera et les enseignera celui là sera tenu pour grand dans le Royaume des Cieux Mt 5 17 et 19 Jacques a pris ces paroles au pied de la lettre l observance de la Loi est le signe visible de l appartenance au peuple élu et les différents préceptes de cette Loi sont toujours la voie d accès privilégiée vers Dieu Il n envisage donc pas que les judéo chrétiens abandonnent la Loi qui les identifie et les distingue du monde environnant Comme il y avait des étrangers résidents en terre d Israël à qui s appliquaient aussi une partie des règles de pureté Lv 17 Jacques admet qu il peut y avoir dans l Église des païens convertis 7 Il accepte la mission auprès des païens et même la soutient ceux ci peuvent avoir part au salut mais ils doivent aussi manifester leur appartenance au peuple sauvé par l observance de quatre préceptes de pureté seulement Ac 15 19 20 Jacques chef de la communauté de Jérusalem Au cours du concile Jacques apparaît bien comme le chef de la communauté de Jérusalem C est lui qui reçoit les participants anciens et apôtres présents à Jérusalem et venant d Antioche où la question avait surgi de façon plus pressante Il préside les débats et après avoir écouté les arguments des parties en présence prend la décision finale Les décisions seront mises par écrit en accord avec les anciens et portées aux différentes Églises par des hommes choisis car faisant l unanimité et spécialement mandatés pour qu elles y soient appliquées Ac 15 22 29 Juste après la Pentecôte ce sont surtout Pierre et Jean qui tenaient le devant de la scène dans les Actes des Apôtres Nous retrouvons ensuite Jacques au moment de la persécution du roi Hérode Agrippa contre les Apôtres Après avoir exécuté Jacques le fils de Zébédée Hérode fit arrêter et emprisonner Pierre qui fut miraculeusement délivré et put s échapper malgré la garde renforcée et les chaînes Ac 12 1 11 Avant de quitter Jérusalem il prit seulement le temps d aller raconter sa libération et de faire prévenir Jacques Mais il leur fit de la main signe de se taire et leur raconta comment le Seigneur l avait tiré de la prison Il ajouta Annoncez le à Jacques et aux frères Puis il sortit et s en alla dans un autre endroit Ac 12 17 Le fait que Jacques soit la seule personne nommément désignée est le signe de l importance du rôle qu il tenait déjà dans la communauté de Jérusalem De même lorsque Paul revient de son deuxième voyage il demeure un peu avec Pierre et va aussi saluer Jacques pour lui rendre compte de sa mission À ce moment là les principaux personnages de l Église de Jérusalem sont Jacques Pierre et Jean d après saint Paul et reconnaissant la grâce qui m avait été départie Jacques Céphas et Jean ces notables ces colonnes nous tendirent la main à moi et à Barnabé en signe de communion Ga 2 9 Là aussi Jacques est nommé en premier Les voyages missionnaires des apôtres et de Paul étaient à leurs débuts et la communauté des chrétiens de Jérusalem avec Jacques à leur tête si elle n était plus coextensive à l ensemble de l Église tenait toujours la première place Jacques avait autorité sur l Église de Jérusalem mais aussi sur les autres Églises il est tenu régulièrement informé de ce qui se passe dans les autres communautés et organise la répartition des missionnaires chez les nouveaux convertis pour les baptiser et les consolider dans la foi Ac 8 14 11 1 11 22 Comme on l a vu Paul lui même vient lui rendre compte de ses voyages missionnaires Ac 21 17 19 Ga 1 18 19 2 1 2 Le partage des repas Une fois tranchée la question de l observance des préceptes de la Loi de Moïse se posa ensuite le problème pratique du partage des repas Les Juifs pieux évitaient de fréquenter les païens encore plus de les recevoir chez eux C est ce que dit Pierre chez le centurion Corneille Vous le savez il est absolument interdit à un Juif de frayer avec un étranger ou d entrer chez lui Mais Dieu vient de me montrer à moi qu il ne faut appeler aucun homme souillé ou impur Ac 10 28 C est à la suite d une vision que Pierre a bravé l interdit A l exemple du Christ qu on voit souvent dans les évangiles prendre des repas chez les publicains et les pécheurs ce qui lui fut aussi reproché Pierre continua à partager ses repas avec les païens convertis Mais lorsque des envoyés de Jacques arrivèrent à Antioche il cessa de le faire pour ne pas les choquer En effet pour les judéo chrétiens si le fait de convier un païen à sa table est acceptable car le repas est préparé selon les règles de pureté le fait d être invité chez un païen présente le risque de devenir soi même impur Lorsqu il s agit d un païen converti au christianisme il n y a pas de risque de manger des aliments consacrés aux idoles mais les aliments ont ils été préparés selon les règles de pureté Les judéo chrétiens de l entourage de Jacques refusaient donc de partager les repas avec les pagano chrétiens Pierre ayant cessé de le faire en présence des judaïsants a été vivement repris par Paul qui lui reprochait d une part son manque de logique d autre part la caractère ambigu de cette attitude qui laissait entendre que les nouveaux convertis issus du paganismes n étaient pas des chrétiens à part entière Ga 2 11 14 Le risque était aussi de voir se constituer deux communautés parallèles Car au delà de simples questions de convives et de préparations culinaires cela posait le problème du partage du repas eucharistique Comment envisager que tous ne puissent pas communier ensemble au même corps du Christ et constituer un seul peuple L unité de l Église était en jeu C était donc un sujet brûlant qui divisait les premiers chrétiens En tant que chef de la communauté de Jérusalem Jacques a dû contribuer à régler ces questions nouvelles posées à la jeune Église Jacques et Pierre Certains commentateurs pensent que l autorité de Jacques sur l Église de Jérusalem et sur les autres Églises lui aurait été conférée par Pierre lorsque celui ci dut quitter Jérusalem après s être échappé de prison pour fuir la persécution Ac 12 17 On a vu en effet que c est Jacques qui dirige le concile de Jérusalem et non pas Pierre qui est pourtant présent Mais il reconnaît l autorité de Pierre et tient compte de l avis de celui ci avant prendre sa décision Tout ceci joint au fait qu après le concile de Jérusalem il ne soit plus fait mention de Pierre dans les Actes a fait dire que Jacques était de fait le vrai chef de l Église et aurait mérité le titre de pape 8 Or cela ne correspond pas à ce qu on connaît de Pierre dans le Nouveau Testament Dans les évangiles Pierre avait été accepté et reconnu comme chef des Apôtres conformément au choix du Christ Mt 16 18 19 il est toujours nommé en premier dans la liste des Douze Mt 10 2 4 Ac 1 13 et c est lui qui parle au nom du groupe Lc 9 20 Dans les Actes des Apôtres c est lui qui prend l initiative de nommer un remplaçant à Judas pour compléter le groupe des Douze Ac 1 15 immédiatement après l effusion de l Esprit à la Pentecôte il fait le premier discours devant la foule rassemblée À plusieurs reprises par la suite il aura bien le rôle de dirigeant Mais sa mission est celle qu a confiée le Christ aux douze Apôtres Ayant convoqué les Douze il leur donna puissance et pouvoir sur tous les démons et sur les maladies pour les guérir Et il les envoya proclamer le royaume de Dieu et faire des guérisons Lc 9 1 2 De même à la fin de l évangile de Matthieu Jésus dit aux Apôtres Allez donc de toutes les nations faites des disciples les baptisant au nom du Père du Fils et du Saint Esprit Mt 28 19 Au moment de l Ascension Jésus réitère cette mission Vous allez recevoir une force celle de l Esprit Saint qui descendra sur vous Vous serez alors mes témoins à Jérusalem dans toute la Judée et la Samarie et jusqu aux extrémités de la terre Ac 1 8 La mission de Pierre et des Douze est donc d annoncer la bonne nouvelle En quittant Jérusalem pour échapper à la persécution Pierre va donc repartir et reprendre son activité de missionnaire itinérant à la façon du Christ alors que Jacques a une mission sédentaire de gérance et d organisation de la communauté de Jérusalem l Église mère Jacques avait déjà ce rôle même avant le départ de Pierre dans sa lettre aux Galates Paul le reconnaît comme colonne dans l Église ainsi que Pierre et Jean Ga 2 9 Chacun à sa façon était ainsi fidèle à la mission que lui avait confiée le Christ Il ne s agit donc pas de guerre des chefs ou de luttes d influence sur fond de poursuite de l hégémonie et de prise de pouvoir Jacques et Paul Les relations entre Jacques frère du Seigneur et Paul le nouveau converti sont apparemment plus difficiles Paul lui aussi reconnaît et accepte l autorité de

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  • N° 114-115 (juin-septembre 2006) : Les Origines du christianisme : La notion d'hérésie, de Justin à Origène - Revue Résurrection
    exemple In Mt X 8 c est un trait constant de la polémique chrétienne qui perdure bien au delà du IIIe siècle Dans cette ligne on peut relever plusieurs traits tout d abord le mensonge de l hérétique est souvent dit pire que celui du païen car l hérétique connaît le vrai Dieu mais le refuse sciemment cf par exemple Irénée A H I 15 4 En se couvrant des paroles divines du nom de Dieu les hérétiques détournent les fidèles vers un culte qui s adresse en réalité aux démons aux idoles Ils sont donc accusés en particulier de fausser le sens des textes par des interprétations abusives cf ibid I 3 6 toujours à propos des gnostiques On peut citer un passage d Irénée Ils essaient d adapter de façon persuasive à leur propos soit les paraboles du Seigneur soit les expressions des Prophètes soit les paroles des Apôtres afin que leur fiction ne passe pas pour privée de témoins ce faisant ils transgressent l ordre et l enchaînement des Écritures et autant qu il est en leur pouvoir ils disloquent les membres de la vérité Ils transposent et modifient et transformant tout ils en trompent beaucoup par cette apparence qui recompose de travers les paroles du Seigneur ainsi adaptées Ir A H I 8 1 La réponse des témoins de l Église s appuie donc sur une juste exégèse dont les règles sont peu à peu définies respect du contexte de l ordre des Écritures contre les centons hérétiques c est à dire contre un amalgame composé de fragments pris çà et là dans un texte source Citons ici encore un passage d Irénée Ils réunissent des expressions et des noms disséminés dans le texte pour les transposer comme nous l avons dit de l usage naturel à celui qui ne l est pas ils font comme ceux qui se proposent n importe quels sujets à raconter et qui essaient de les traiter en se servant des poèmes homériques les naïfs croient alors qu Homère a composé ces vers sur cette histoire en fait improvisée et beaucoup sont pris au piège de la suite cohérente des vers en se disant que Homère est peut être l auteur de tels poèmes Ibid I 9 4 L analogie avec les acrobaties des sophistes n est pas anodine puisqu elle permet de retrouver un autre reproche fait aux hérétiques celui d adopter les méthodes des sophistes ne regardant qu aux mots et se plaisant à raffiner sur des points qui ne s y prêtent pas Les apologistes du christianisme reprennent là une longue tradition que l on fait généralement remonter à Platon et qui oppose philosophie et sophistique vérité et mensonge sincérité et faux semblant En ce sens Irénée oppose la simplicité l unicité du cœur et la pureté de la vraie foi à la duplicité de l hérésie À la limite mieux vaut une certaine simplicité qu une recherche il faut ici jouer sur les sens français du mot

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  • N° 114-115 (juin-septembre 2006) : Les Origines du christianisme : Compte-rendu critique de l'ouvrage de G. Mordillat et J. Prieur, Jésus après Jésus, Seuil 2004 - Revue Résurrection
    contredit l affirmation explicite de saint Luc quant à son propre évangile De même on peut être d accord aujourd hui sur le fait que la rédaction finale des quatre évangiles est postérieure à la mort de Jésus ainsi qu aux lettres de Paul et date d une génération au moins après cette mort Mais entre ces affirmations incontestées aujourd hui première et dernière phrase du paragraphe se succèdent d autres assertions beaucoup moins évidentes l ordre de rédaction Marc Matthieu et Luc Jean n est pas évident il faut au moins mentionner les témoignages anciens sur l existence d une version hébraïque de Matthieu et les discussions entre critiques contemporains sur la question qui ne réunissent pas de consensus aujourd hui 5 Beaucoup plus sérieusement contestable encore est l affirmation Aucun d entre eux n a rencontré Jésus qui dénie la qualité de témoin oculaire non pas seulement à celui qui a mis la dernière main à la rédaction dans l hypothèse de remaniements rédactionnels de chaque évangile par plusieurs auteurs mais encore à tous les rédacteurs primitifs partiels quel que soit le nombre de rédacteurs qui s abrite sous ces noms Il n y aurait donc quasiment aucun substrat historique palpable derrière la rédaction des quatre évangiles Ceci peut sembler s accorder partiellement avec le texte de Luc que nous avons cité mais contredit évidemment les assertions explicites de l évangile selon saint Jean Celui qui a vu rend témoignage Jn 19 35 Le raisonnement sur les générations ne tient pas longtemps à l examen si nous savons que Jésus est mort à 33 ans celui qui a été son contemporain peut bien écrire une ou deux générations après à 55 ou même 80 ans A propos de cet évangile de Jean le plus suspect de non historicité à cause de ses passages à teneur fortement théologique les discours de Jésus notamment on préférera à l opinion de G Mordillat et J Prieur celle d un authentique savant C H Dodd résumée par M E Boismard et E Cothenet Derrière le IVe Évangile il existe une tradition indépendante de celle des autres évangiles qui mérite d être sérieusement prise en considération pour authentifier la connaissance historique de Jésus 6 Ici encore nous observons dans le livre de Mordillat Prieur une utilisation malhonnête de l autorité d un texte ou d un corpus ce n est plus cette fois la Bible mais l exégèse contemporaine dont les acquis solides sont mêlés aux thèses controversées sans qu aucune référence soit faite à ces controverses en sorte que les affirmations les plus contestables sont présentées comme des évidences absolues Un exemple de dossier Jacques frère de Jésus Ce dossier qui constitue le chapitre 2 du livre est l un des plus intéressants car il met en lumière tout en les présentant d une manière contestable de vrais problèmes historiques qui ne sont pas encore complètement éclaircis Il semble convenable de présenter d abord un résumé de ce chapitre avant de tenter d en donner une appréciation En fait avant de parler de la figure de Jacques proprement dite p 65 77 les auteurs commencent par une longue introduction sur la famille de Jésus p 49 65 Dans cette famille c est d abord la figure de Marie la mère de Jésus qui retient l attention Nous apprenons que le Nouveau Testament n en offre un portrait ni très fourni ni très flatteur p 49 Les relations entre Jésus et sa mère apparaissent comme tendues sont cités plusieurs passages Jn 2 3 Lc 11 27 28 en ce sens Il nous est proposé ensuite une lecture stratigraphique des évangiles à propos de Marie dans une première étape Paul en Ga 4 4 Marie est une femme sans nom p 50 d après la seconde Marc en 6 3 elle est au mieux une mère célibataire plus probablement une prostituée ou une femme violée en sorte que Jésus dont la naissance est pour le moins obscure est stigmatisé comme bâtard 7 p 52 dans une troisième Matthieu et Luc notamment dans les évangiles de l enfance elle devient la vierge épouse de Joseph l évangéliste transforme la grossesse de Marie en signe d élection en phénomène surnaturel en miracle p 53 Le mécanisme de cette imposture littéraire est soigneusement démonté dans les textes primitifs des évangiles Jésus est un homme sans père comme Moïse et Mahomet il a pour interlocuteur un père céleste un père absent et invisible qu il appelle familièrement abba papa en araméen comme pour sublimer diraient les psychanalystes le manque d un père réel de chair et de sang p 51 Joseph est comme son lointain oncle du livre de la Genèse l homme aux songes Gn 37 19 c est un personnage fantôme C est la riposte de Matthieu contre l air de la calomnie à l insulte il répond par le merveilleux p 53 Un texte prophétique est appelé à la rescousse Voici que la vierge enfantera et concevra un fils Mt 1 23 reprend le prophète Isaïe Is 7 14 moyennant une violence faite à l original hébraïque puisque le mot hébreu signifiait la jeune femme et non la vierge A partir de ces élaborations des évangiles de l enfance l Église catholique et la ferveur populaire transformeront la mariologie voire la mariolâtrie en religion révélée p 57 Après la figure de Marie vient celle des frères de Jésus Car Marie est une mère de famille nombreuse Jésus a eu au moins deux sœurs dont le nom n a pas été conservé et quatre frères qui se prénommaient Jacques José ou Joset ou Joseph Jude ou Judas et Simon Ce ne sont pas des sources plus ou moins douteuses qui le prétendent ce sont l évangile de Marc et celui de Matthieu qui donnent pareillement cette liste Mc 6 3 et Mt 13 55 p 61 Cette famille nombreuse n était pas très homogène car les frères de Jésus sont en vérité des demi frères enfant d un premier mariage qui ne voient pas Jésus le bâtard d un très bon œil De là viendraient à la fois les relations tendues avec sa mère et l hostilité que Jésus manifeste souvent à l égard de sa famille et de la famille en général Mt 10 21 18 21 Lc 12 13 14 26 etc Ici encore on nous présente une argumentation d apparence rigoureuse pour expliquer comment la question des frères de Jésus a été résolue par la tradition catholique au profit de la filiation unique de Jésus Trois théories auraient été élaborées à propos de l expression frères de Jésus Dans la première Protévangile de Jacques récit apocryphe du IInd siècle Joseph avait déjà eu des enfants d un premier lit et ce sont des demi frères de Jésus dans la seconde Helvidius IVe siècle ce sont vraiment des frères et sœurs et Marie a donc eu plusieurs enfants Dans la troisième s Jérôme fait du mot frère l équivalent de cousin ce qui préserve à la fois la virginité de Marie et celle de Joseph Le tour de passe passe de Jérôme repose sur une rétroversion du texte grec des évangiles en hébreu ou en araméen langues dans lesquelles il n y a pas de mot précis pour distinguer les frères des cousins germains Saint Jérôme était le dernier à ignorer qu ils avaient été écrits en grec langue dans laquelle est faite la distinction entre frère adelphos et cousin anepsios p 60 La question de l adhésion des frères de Jésus à son enseignement est contestée Pour les évangélistes ils font plutôt partie de ses adversaires alors que pour les épîtres de Paul et les Actes la famille de Jésus apparaîtrait comme étroitement associée à son œuvre et au mouvement des disciples à l intérieur de la synagogue judéo chrétienne qu on nommera plus tard l Église de Jérusalem p 64 Pour en venir maintenant au personnage de Jacques le frère du Seigneur 8 celui ci semble bien avoir eu un rôle considérable dans la communauté chrétienne après la mort de Jésus Trois textes sont cités à l appui de cette affirmation je n ai pas vu d autre apôtre mais seulement Jacques le frère du Seigneur Ga 1 19 Jacques Képhas et Jean ces notables ces colonnes Ga 2 9 Annoncez le à Jacques et aux frères Ac 12 17 Les deux premiers textes transmettent le récit de Paul après sa conversion et son arrivée à Jérusalem le troisième est une parole de Pierre miraculeusement libéré de prison et qui parle précisément de cet événement extraordinaire qu il vient de vivre En dehors de ces textes d autres indices montrent l importance de Jacques un passage de l Histoire ecclésiastique d Eusèbe de Césarée cite largement des auteurs plus anciens et parmi ses sources Hégésippe un chrétien du IInd siècle et Clément d Alexandrie Le frère du Seigneur Jacques reçut l administration de l Église avec les apôtres écrivait Hégésippe Clément d Alexandrie vers la fin du IInd siècle nous apprend aussi que les colonnes de l Église Pierre Jacques et Jean après l Ascension du Seigneur choisirent Jacques le Juste comme évêque de Jérusalem p 69 70 Le même Eusèbe fait le portrait de Jacques comme un homme rigoureux un ascète qui mourut lapidé La même fin tragique est relatée par l historien juif Flavius Josèphe Elle semble avoir eu un retentissement considérable puisqu Eusèbe la présente comme une des causes de la chute du Temple de Jérusalem en 70 de notre ère Un parallèle est fait entre Jésus Étienne et Jacques trois Juifs qui ont eu les grands prêtres comme adversaires Ces trois hommes sont exécutés à la suite d un simulacre de procès Dans les trois cas le Temple et ses grands prêtres sont en cause p 74 Ils se sont présentés comme des personnages capables de renouveler le sacerdoce et sont morts pour cette raison Si nous revenons à Jacques nos auteurs nous apprennent que son rôle à l intérieur de la première communauté chrétienne qu on estime donc considérable à partir des allusions faites par trois versets seulement du Nouveau Testament a été occulté par tout le reste au profit de la figure de Pierre L histoire est celle des vainqueurs et le catholicisme au nom de Pierre fera tout pour exiler Jacques trop rival trop frère trop juif p 68 69 Erreurs et mensonges du dossier Les affirmations de ce chapitre concernant la Vierge Marie et la Sainte Famille dans ce livre sont trop graves pour qu on puisse garder une neutralité bienveillante dans la critique nous nous efforcerons cependant de conserver la rigueur de la pensée et un ton mesuré En ce qui concerne la Vierge Marie nous parlerons successivement de son importance dans le Nouveau Testament et de sa maternité virginale qui donnera naissance à Jésus Il est inexact de dire que le rôle de la Vierge Marie est effacé dans le Nouveau Testament On a pu compter qu elle était mise en scène dans plus de 200 versets des Évangiles soit le quart de l Évangile de Marc 9 Les relations soi disant tendues entre Marie et Jésus pourraient bien venir tout simplement de la distance sociale qui existe entre hommes et femmes dans la société juive du temps distance qui met les femmes à l écart de la vie liturgique leur interdit l enseignement ne reconnaît pas leur témoignage en justice etc Par ailleurs il est vrai que si on excepte les évangiles de l enfance Marie semble peu intervenir dans la suite de la vie de Jésus sa vie publique ce qui peut s expliquer par la même distance Cependant le témoignage de l évangéliste Jean montre deux interventions qui se situent à des moments clés de cette vie au début noces de Cana à la fin au pied de la Croix Le livre de nos auteurs omet soigneusement ces deux passages qui montrent la profondeur de la confiance réciproque entre la Vierge Marie et son Fils la parole de Marie aux serviteurs de Cana faites tout ce qu il vous dira Jn 2 5 et la parole de Jésus à sa Mère en présence de Jean Femme voici ton fils Jn 19 26 On voit mal dans ce dernier exemple quelle valeur injurieuse il faudrait attribuer à l appellatif femme La maternité virginale de Marie est par ailleurs un dogme très ancien qui n est évidemment pas compatible avec le deuxième postulat des auteurs que nous avons rappelé celui d une lecture athée du texte Ce postulat ne peut accepter l intrusion du surnaturel dans la vie quotidienne d une famille ce que nous rapportent Matthieu et Luc Nous argumenterons seulement sur l utilisation de la prophétie d Isaïe par Matthieu Voici que la vierge enfantera et concevra un fils en disant qu il n y a dans cette citation aucune violence faite à l original hébraïque puisque le mot hébreu signifiait aussi bien la jeune femme que la vierge S il y a là une lecture orientée du texte hébreu cette lecture est bien antérieure au christianisme puisque la traduction n est pas le fait de l évangéliste mais remonte au IInd siècle avant notre ère aux juifs traduisant en grec les Prophètes dans la perspective de l attente du Messie 10 La violence n est pas du côté des auteurs bibliques mais du côté des auteurs de notre livre qui méconnaissent les textes dont ils parlent Cette méconnaissance totale de la maternité virginale conduit par ailleurs à une accusation de misogynie dont la violence n échappera pas on ne croise dans les textes que vierges veuves eunuques tout ce qui a trait à la sexualité et à la reproduction est rejeté les femmes enceintes y sont maudites p 57 Il suffit de penser à la visite rendue par la Vierge Marie à sa cousine Élisabeth et au bondissement 11 du petit Jean Baptiste dans le sein de sa mère à l approche de sa cousine Lc 1 44 pour conclure à l aveuglement d une telle lecture de la Bible Ensuite il convient de parler de la question des frères de Jésus Il faut réaffirmer ici contre la dénégation pure et simple des auteurs que le grec du Nouveau Testament est fortement imprégné de sémitismes parce qu il se fonde sur la traduction grecque de la Bible dite des Septante par cette traduction la langue grecque a été fortement colorée d hébraïsmes et de tournure araméennes 12 Si les langues sémitiques expriment frère et cousin par le même mot nous pouvons supposer qu il en va de même pour la Septante Lorsque nous consultons une concordance du grec de cette version nous observons d abord plus de 650 emplois d adelphos contre trois seulement d anepsios cette remarque initiale ne manque pas d intriguer la notion de cousinage ne paraissant pas si rare dans la Bible Il est ainsi assez aisé de montrer d une part que le grec des Septante emploie la périphrase fils du frère du père pour désigner le cousin Lv 25 49 uios adelphou patros d autre part qu il emploie adelphos fréquemment en un sens plus large que fils du même père En effet Loth est désigné en Gn 12 5 comme le neveu d Abraham uion tou adelphou autou fils de son frère avec une périphrase analogue employée pour désigner le neveu et le mot adelphos au sens propre tandis qu en Gn 13 8 Abraham dit à Loth Qu il n y ait pas de querelle entre toi et moi mes bergers et les tiens nous sommes frères adelphoi esmen avec donc un sens figuré où adelphos désigne le neveu Nous pouvons en faire la même démonstration à partir du livre de Tobie dont nous n avons le texte complet qu en grec à ce jour des fragments hébreux seulement ont été trouvés à Qumran Dans ce conte édifiant le vieillard Tobit envoie son fils Tobias 13 récupérer de l argent mis en dépôt chez un certain Gabaël Tobias trouve un compagnon qui n est autre que l archange Raphaël mais qui se présente à lui ainsi Je suis un fils d Israël l un de tes frères adelphôn et je suis venu par ici pour travailler Tb 5 5 Nous avons ici un premier sens du mot adelphos qui signifie proprement coreligionnaire frère dans l élection divine 14 Cet emploi ne désigne pas encore un lien biologique proche mais il montre l étendue de l usage du mot adelphos dans la Septante Dans le dialogue qui suit entre Raphaël et Tobit le mot de frère toujours adelphos est employé dix fois et plusieurs de ces emplois se rapprochent de la signification de cousin car ils indiquent une parenté entre la famille de Tobit et la famille à laquelle Raphaël prétend appartenir Tobit lui dit Je veux savoir frère de qui tu es le fils et quel est ton nom Il répondit Je suis Azarias fils d Ananias le Grand l un de tes frères Tobit lui dit Sois le bienvenu frère Ne m en veuille pas frère de ce que j ai voulu savoir la vérité sur ta famille Il se trouve que tu es un frère et que tu es d excellente origine Tb 5 11 14 Enfin en 7 2 le père de Sara future épouse de Tobit Ragouël auprès de qui Raphaël conduit Tobit reconnaît en celui ci un air de parenté Comme ce jeune homme ressemble à mon frère Tobit et les deux versions grecques du texte de la Septante donnent l une adelphos l autre anepsios 15 Que retenir de ces emplois sinon que le mot frère adelphos a dans la langue grecque de la Septante comme son correspondant hébreu un emploi beaucoup plus large que celui de la consanguinité d enfants nés du même père et de la même mère et qu il est parfois synonyme de anepsios lequel est très peu employé 16

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