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  • N° 111-112 (décembre 2005-mars 2006) : Connaître pour aimer : Thérèse de Lisieux (1873-1897) : une apologie de la foi du charbonnier ? - Revue Résurrection
    Si l autobiographie de Thérèse est un maître ouvrage de spiritualité c est en effet qu elle nous donne à voir une âme en marche vers son Seigneur au lieu de nous peindre le tableau sublime et décourageant d une âme arrivée lire Thérèse c est pour reprendre une expression de Maurice Bellet découvrir une dynamique de la sainteté 9 bien plus qu un type de sainteté Reste une question de quelle théologie les textes de Thérèse sont ils porteurs Insister sur l amour comme préalable à tout n est ce pas récuser l effort renoncer à former son intelligence au risque de s égarer dans l illuminisme Thérèse choisit de s offrir à l amour de Dieu et non à sa justice de parier sur l amour qui seul accueillera sa faiblesse Elle va même se servir de sa faiblesse comme d une force les petits enfants ne se damnent pas Dans cette perspective les pénitences corporelles les efforts le travail intellectuel passent au second plan ils sont même parfois vus comme des obstacles parce que j étais petite et faible il Jésus s abaissait vers moi il m instruisait en secret des choses de son amour Ah Si des savants ayant passé leur vie dans l étude étaient venus m interroger sans doute auraient ils été étonnés de voir une enfant de quatorze ans comprendre les secrets de la perfection secrets que toute leur science ne leur peut découvrir puisque pour les posséder il faut être pauvre d esprit Mt 5 3 10 Comment comprendre cette certitude qu a l enfant de bénéficier de secrets dissimulés aux savants Le père Anatole Flamérion 1851 1925 directeur de la villa Manrèse exorciste du diocèse de Paris et qui fut de longues années avant d assumer ces charges professeur dans diverses maisons de la Compagnie de Jésus et était renommé pour ses qualités de directeur spirituel n avait pas aimé l Histoire d une âme découverte en 1901 Il avait même trouvé regrettable que les supérieurs du couvent aient encouragé la rédaction de ces textes Pourtant il avouait lors du procès être revenu sur cette première impression et voici comment Cinq ou six ans plus tard je fus obligé de reconnaître que la lecture de ces œuvres était très salutaire pour des âmes que je dirigeais Je repris alors la lecture de ce livre que j ai depuis beaucoup médité et je trouvai qu étudié avec réflexion cet ouvrage présente une doctrine très profonde sur l amour de Dieu comme force motrice d une vie de sacrifice 11 Au sous promoteur 12 qui lui demandait si à son avis les écrits de Thérèse entend ai ent conduire directement les âmes à l union mystique sans tenir compte des exercices inférieurs de la voie purgative il développa sa théorie de l amour comme force motrice de la manière suivante La doctrine de sœur Thérèse n est nullement quiétiste Comme saint François de Sales 13 elle serre avec un gant de velours mais elle serre très fort Si elle engage du premier coup les âmes à l amour de Dieu c est pour leur faire trouver dans cet amour la force de pratiquer effectivement et dans les détails les plus positifs c est à dire concrets NdA les vertus mortifiantes Le débat qui eut lieu dès les premières lectures de l Histoire d une âme sur la place de l effort et du sacrifice chez Thérèse est très intéressant pour la question qui nous occupe mettre l amour de Dieu en premier ce n est pas tenter d échapper à la condition humaine Comme dans la proposition de saint Augustin aimer pour connaître l amour est le moteur le fondement de toute vie et ce n est que lorsqu ils prennent leur source dans l amour que se comprend l exercice des dites vertus mortifiantes Thérèse docteur de l Amour divin Comment cette primauté absolue de l amour est elle valable dans l ordre de la connaissance On met souvent en avant les réflexions désobligeantes que Thérèse aurait faites sur la théologie Ainsi les livres qui lui tombent des mains lorsque je lis certains traités spirituels où la perfection est montrée à travers mille entraves mon pauvre petit esprit se fatigue bien vite je ferme le savant livre qui me casse la tête et me dessèche le cœur Je prends l Écriture Sainte et alors la perfection me semble facile 14 Mais que cette réflexion ne nous dispense pas de nous instruire nous mêmes Car voici ce qui dit par ailleurs la sœur de Thérèse à qui elle avait confié ce dégoût Si la Servante de Dieu goûtait comme je l ai dit certains livres de piété il est vrai de dire pourtant que ce qui fit surtout sa nourriture spirituelle ce fut la lecture de l Écriture Sainte principalement de l Évangile Elle porta constamment ce livre sur son cœur et nous fit suivre son exemple Dans la méditation des Livres saints elle creusait beaucoup des passages de l Évangile pour coordonner les faits d après le récit des divers évangélistes Elle s affligeait de la différence des traductions et disait que si elle avait été prêtre elle aurait appris le grec et l hébreu pour connaître la pensée divine telle qu elle daigna s exprimer dans notre langage terrestre 15 Que nous enseignent ces témoignages Ils nous ramènent à une unique exigence mettre l Évangile au centre orienter vers lui notre désir de connaissance Ils nous donnent une autre indication chercher Dieu à partir de ce que nous sommes et de ce qui nous est donné Thérèse fait avec ce qu elle est une jeune carmélite de la fin du XIXème siècle peu instruite et ne disposant même pas d une Bible C est pourtant d elle que son premier préfacier le P Godefroi Madelaine va dire n est ce pas merveille de voir comment une fille de vingt ans et quelques années se promenait dans le vaste champ des Écritures

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  • N° 111-112 (décembre 2005-mars 2006) : Connaître pour aimer : Cassien et Augustin : l'amour de Dieu et la vie monastique - Revue Résurrection
    les bonnes œuvres pour faire qu elles dépérissent Quel avantage y a t il à faire des prodigalités envers les pauvres et à devenir pauvre soi même si la pauvre âme devient plus orgueilleuse en méprisant les richesses qu elle ne l était en les possédant 3 Sur le sens de la vie monastique Augustin considère dans ses sermons sur le carême 4 qu il y a une analogie entre le carême et la vie monastique Les quarante jours de prière plus assidue de pénitence et de partage sont pour les chrétiens un prélude nécessaire à l entrée dans les cinquante jours de la joie pascale La vie monastique est en quelque sorte un carême permanent qui prend son sens lui dans l attente de la joie de l Alléluia eschatologique Cassien travailler pour aimer Une lecture un peu rapide des apophtegmes des pères du désert pourrait laisser croire que ces moines d Orient sont surtout préoccupés d ascèse ascèse qui serait avant tout pour eux affaire de compétition au sens moderne du terme quand on parle de compétition sportive La théologie ne semblerait guère les intéresser Leurs seules armes dans cette lutte contre les démons se réduiraient à la foi et à la méditation de l Écriture apparemment réduite au psautier En ce qui concerne Cassien sa culture profane est celle d un lettré de son temps Il se plaint d ailleurs de garder en mémoire les poèmes du siècle qu il a appris dès son enfance 5 D autre part une lecture intégrale de ses Conférences montre qu il est un moine soucieux d imiter le plus possible sans innover les anciens qui ont fait le renom de l Égypte Mais cette lecture montre aussi que la culture biblique de l auteur et certainement celle de ses interlocuteurs est très vaste le Nouveau Testament et l Ancien sont abondamment cités ou simplement évoqués Bien plus il apparaît que ce qu on appellera plus tard la lectio divina n est pas la seule source de sa réflexion Cassien connaît les méthodes exégétiques des Pères grecs surtout celles qui ont été héritées d Origène dans le milieu égyptien 6 Toutefois malgré l étendue de cette culture profane comme biblique Jean Cassien semble davantage axer la vie monastique sur le travail comme instrument du combat spirituel que sur une progression personnelle qui serait le fruit de lectures personnelles Le moine accomplit pour lui sa vocation en maintenant son esprit dans l union à Dieu par l exercice d une vigilance constante qui chasse les distractions De cet exercice le travail est l instrument le plus efficace travail manuel tout d abord On lit ainsi dans les Institutions l autre grand œuvre de notre maître avec les Conférences précitées En effet ils les moines ne laissent s écouler aucun temps sans s appliquer au travail et non seulement pratiquent avec diligence les travaux manuels que permet la lumière du jour mais recherchent aussi avec empressement ceux que même l obscurité complète de la nuit ne peut empêcher Ils croient que par la pureté de l esprit ils pourront prétendre à une contemplation spirituelle d autant plus élevée qu ils se seront appliqués à la peine avec plus de dévotion 7 Dans le chapitre X des Institutions Cassien appuie cette recommandation insistante du travail comme ascèse sur la parole de saint Paul Mais nous vous engageons frères à faire encore des progrès en mettant votre honneur à vivre calmes à vous occuper chacun de vos affaires à travailler de vos mains comme nous vous l avons ordonné 1 Th 4 11 Après le travail manuel c est la prière qui forme le second pôle d attention du moine pour l empêcher de céder aux insinuations du démon Ainsi lorsque l office régulier est normalement accompli chacun retourne à sa cellule Ils y célèbrent à nouveau plus attentivement le même office de prières comme un sacrifice particulier 8 La prière est ainsi une peine et une œuvre l opus Dei comme l appellera saint Benoît Augustin étudier pour aimer Pour Augustin en revanche ce sont l étude et la recherche personnelle de la vérité qui semblent les soubassements constants de la vie spirituelle A une culture profane déjà imposante il ajoute après sa conversion au christianisme et à la vie monastique l étude des Écritures surtout après son ordination sacerdotale inopinée Par ailleurs il doit à Ambroise son initiation aux méthodes exégétiques notamment aux méthodes allégoriques qui permettent de dépasser la lettre lorsque cette dernière est difficile à interpréter Enfin toute sa vie sera consacrée à l élaboration d une œuvre théologique considérable œuvre qui lui était imposée par les besoins pastoraux de son temps Dans son autobiographie offerte à son Seigneur les Confessions Augustin note la nécessité pour l homme de reconnaître son état de créature et la place que les Écritures tiennent dans cette conversion Aussi puisque nous étions sans force pour trouver la vérité par un raisonnement limpide et que pour ce motif nous avions besoin de l autorité des saintes Lettres j avais déjà commencé à croire que d aucune façon tu n aurais accordé à cette Écriture une autorité aussi prépondérante désormais par toute la terre si tu n avais pas voulu et que par elle on crût en toi et que par elle on te cherchât 9 Plus loin il semble tellement pénétré de cette puissance des Écritures sur notre intelligence et notre cœur qu il adresse à Dieu une prière fervente Coupe toute témérité tout mensonge au dedans et au dehors autour de mes lèvres Que je fasse mes chastes délices de tes Écritures sans me tromper en elles et sans tromper par elles Puissé je te confesser tout ce que j aurai trouvé dans tes livres et entendre la voix de la louange et te boire et considérer la merveille de ta loi 10 Ce qu il a vécu lui même le docteur d Hippone a voulu le proposer à ses disciples Ainsi en consultant sa

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  • N° 111-112 (décembre 2005-mars 2006) : Connaître pour aimer : Étudier pour mieux prier - Revue Résurrection
    oppose deux grandes figures du monachisme français de l époque classique Rancé réformateur du monastère cistercien de la Trappe et Mabillon bénédictin de la Congrégation de Saint Maur Dans le traité De la Sainteté et des devoirs de la vie monastique publié en 1683 Rancé affirme que le moine doit se consacrer seulement à la prière et à la pénitence et ne doit lire outre les Écritures que des ouvrages portant sur la pratique de la vie monastique Il exclut radicalement toute activité théologique et a fortiori toute pratique des sciences profanes de la vie du moine dont la vocation est contemplative et non apostolique Pour Rancé la science risque de faire tomber le moine dans l orgueil et détruit en lui l esprit d oraison Dans le Traité des études monastiques publié en 1691 Mabillon défend au contraire l idée que les études font partie intégrante de la vie monastique Si elles sont menées avec charité elles permettent selon le bénédictin un authentique retour aux sources de la Tradition et de la foi en Jésus Christ Elles contribuent ainsi à vivifier la vie spirituelle du moine et les ordres monastiques tout entier La liste impressionnante d autorités patristiques et médiévales que les deux moines citent pour appuyer leurs thèses respectives indique que leur opposition n est pas celle de deux vocations monastiques celle des trappistes qui entendent retrouver l esprit des premiers cisterciens et des Pères du désert et celle des bénédictins de Saint Maur qui appartiennent à un ordre intellectuel Rancé comme Mabillon entendent défendre la tradition monastique elle même Or le débat qui les opposait qui semblait ne concerner que les seuls moines eut un écho considérable au delà des clôtures monastiques comme le prouvent le nombre important de rééditions de leurs ouvrages et les réactions nombreuses et passionnées que suscitèrent leurs prises de positions dans le monde ecclésiastique mais aussi chez de très nombreux laïcs intellectuels ou non de la fin du XVIIème siècle la question des études monastiques posait plus fondamentalement celle de la place de l intelligence dans la vocation chrétienne A ce titre les analyses de Mabillon peuvent être un éclairage pour les chrétiens d aujourd hui qui cherchent à prendre au sérieux les deux termes du diptyque augustinien aimer pour connaître connaître pour aimer Nous laissons ici de côté la position de Rancé non pas tant à cause du caractère parfois outrancier de son propos mais parce qu elle n est peut être pas si étrangère à ce que pensent beaucoup de chrétiens la séparation nette entre la vie spirituelle et la réflexion sur le mystère de la foi voire la méfiance à l égard de l intelligence rapproche étrangement le point de vue du réformateur de la Trappe des préoccupations de notre époque marquée par une crise de la culture La position de Mabillon nous semble plus propre à prendre le contre pied de certaines de nos idées reçues Se connaître soi même pour connaître Dieu Mabillon résume le statut qu

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  • N° 111-112 (décembre 2005-mars 2006) : Connaître pour aimer : De la dévotion civile - Revue Résurrection
    possible qu un homme pensant attentivement à Dieu voire même par le seul discours naturel ne ressente un certain élan d amour que la secrète inclination de notre nature suscite au fond du cœur 9 Cette secrète inclination si elle se trouve en nous ne vient pas de nous En effet l adjectif secret possède dans la langue classique comme en témoigne Furetière le double sens de ce que l on tient caché et de ce que l on ne connaît pas Cette inclination peut bien se trouver en nous tout en nous étant secrète inconnue Le texte de François de Sales nous le confirme l honorable inclination que Dieu a mise en nos âmes 10 Celle ci est donc la trace le mémorial de l action de Dieu en nous il y a bien en l homme une présence de Dieu sous la forme d une inclination La différence alors entre convenance et inclination ne serait pas de l ordre de conscient inconscient mais plutôt une relation de cause à effet la convenance est source de l inclination l une se rapproche davantage de l être et l autre de l agir elles reprennent en ce sens à leur compte l oscillation entre être et agir que l on pouvait remarquer à propos de la notion d image dans l affirmation l homme a été fait à l image de Dieu La convenance ici est au plus près de l ordre de l être elle s écarte de ce point de vue de la convenance psychologique de la volonté envers le bien On peut avancer que François de Sales ici ne psychologise pas un vocabulaire ontologique ou métaphysique mais il ontologise un vocabulaire psychologique La convenance de la volonté est devenue celle de la nature même Le lien entre convenance et inclination si décisif pour François de Sales avait déjà été formulé dans la Somme dans une question consacrée à la volonté Rien n est incliné sinon vers ce qui lui ressemble ou lui convient 11 François de Sales reprend l analyse thomiste de la volonté et l adapte au rapport de l homme à Dieu c est pourquoi dans ce premier livre du Traité de l Amour de Dieu convenance et inclination se trouvent conjugués Or utiliser le terme d inclination pour désigner la trace de Dieu en l homme nous permet de caractériser à d autres égards la spiritualité salésienne Son origine en effet ne provient pas d un mouvement réflexif cette inclination l homme n en prend pas conscience en rentrant en lui même mais au premier regard qu il jette en Dieu à la première connaissance qu il en reçoit la naturelle et première inclination d aimer Dieu qui était comme assoupie et imperceptible se réveille en un instant 12 A cette première relation de proportion entre l homme et Dieu qui est la relation même de la création s y ajoute une seconde celle même que produit l amour car l homme a conservé une inclination naturelle à aimer Dieu en dépit du péché des origines La convenance donc qui cause l amour ne consiste pas toujours en la ressemblance mais en la proportion rapport ou correspondance de l amant à la chose aimée 13 La proportion est telle pour François de Sales entre le cœur humain et Dieu qu il n hésite pas à ajouter Dieu est Dieu du cœur humain 14 Ainsi l amour naît de la proportion et conduit à la proportion François de Sales est ici fidèle à la grande tradition de la mystique canfeldienne La spéculation de l entendement proportionne Dieu tout puissant infini et incompréhensible à notre petite capacité mais au contraire la volonté par amour se proportionne en quelque degré à l infinité de toute puissance de Dieu si que l opération de l entendement fait Dieu semblable à l homme le faisant comme descendre à lui mais l amour de la volonté le fait semblable à Dieu l élevant à lui 15 Une nouvelle conception de la vie chrétienne D une telle anthropologie découle alors une conception de la vie chrétienne qui peut bien avoir comme maître mot la douceur au lieu du combat puisqu elle s instaure dans un rapport d attirance mutuelle D une convenance ontologique on va passer à une convenance des relations entre l homme et Dieu La dévotion est précisément ce qui transforme la vie chrétienne de combat en suavité non qu elle supprime la lutte ascétique mais elle en lime les aspérités en mettant l accent sur ce qu elle apporte l amour de Dieu plus que ce sur quoi elle exige La première définition nous est fournie au chapitre I de l Introduction La dévotion n est autre chose qu une agilité et vivacité spirituelle par le moyen de laquelle la charité fait ses actions en nous ou nous par elle promptement et affectionnément 16 Il est clair qu une telle agilité n est possible que parce qu au fond l homme est véritablement disposé à aimer Dieu Dès lors la fonction de la dévotion nous est précisée au chapitre II La dévotion est le vrai sucre spirituel qui ôte l amertume aux mortifications et la nuisance aux consolations elle nous remplit le cœur d une suavité merveilleuse 17 Une conséquence maîtresse de cette convenance fondamentale entre l homme et Dieu nous est donnée dans la définition de l oraison du chapitre I du livre VI du Traité de l Amour de Dieu qui présente comme celle ci comme une aimable conversation avec Dieu L oraison ou théologie mystique n est autre chose qu une conversation par laquelle l âme s entretient très amoureusement avec son Dieu par icelle nous parlons à Dieu et Dieu réciproquement parle à nous 18 Le texte comporte une réelle insistance sur la structure dialogique de sujet à sujet d une telle conversation mettant en place une réciprocité supposant une certaine forme de parité Loin des extases mystiques se situant au delà des concepts

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  • N° 111-112 (décembre 2005-mars 2006) : Connaître pour aimer : L'esprit de silence - Revue Résurrection
    juifs et musulmans qui adorent le Dieu unique enfin les hommes et femmes de bonne volonté qui cherchent à connaître le vrai et à faire le bien En chacun de ces frères et sœurs en humanité en effet l Esprit Saint habite selon des modalités que Dieu seul connaît en sorte qu ils sont des temples de Sa divinité La nature est aussi un lieu privilégié du silence dans le crissement des feuilles le pépiement d un oiseau le cri lointain d une marmotte Dieu se révèle à la fois omniprésent et infiniment discret La nature est ainsi le lieu où nous pouvons placer notre être au diapason de l Etre de Dieu dans ce qu Il veut bien nous révéler de Lui Les puissances de notre être s apaisent devant Lui dans la mesure où nous laissons d abord le monde qui nous entoure exister comme créé exister comme nous mêmes au même titre que nous mêmes devant Sa face Nécessaire humilité de la créature qui se perçoit comme telle dans la solidarité avec tout le reste de la création vide et néant ou plutôt infime parcelle d être devant l Être infini De cet ineffable gémissement de l univers créé jaillit bientôt un cri de louange c est le premier bienfait du silence que de reconnaître la bonté de ce monde qui existe à côté de moi comme moi devant Lui Louange et silence vont de pair en sorte que même les êtres inanimés semblent chanter leur créateur Au fidèle de Jésus Christ le silence de ses pensées et de ses actes intérieurs et extérieurs fait encore plus que de communier à la louange de la création il conduit à la méditation des grands événements de la vie de Jésus Christ mystère de Dieu se révélant à l

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  • N° 111-112 (décembre 2005-mars 2006) : Connaître pour aimer : La croix de Jésus - Revue Résurrection
    déiformes il regarde la Croix il soupire après les horreurs de sa Passion Les rassasiements de la gloire céleste ne peuvent étancher la soif qu il a de souffrir n 69 Cependant la grâce personnelle de Jésus par cela qu elle unit son humanité créée au Verbe divin en unité de personne n est point accommodée au rétrécissement d une personne créée mais est proportionnée à la dignité d un suppôt divin la grâce que Dieu emploie pour notre réparation n est proportionnée ni à la condition de nature humaine ni à la capacité d une personne de l ordre des créatures puisqu elle est communiquée en la nature humaine à une personne divine Ainsi la grâce christique est proportionnée non à des valeurs humaines mais à la dignité d une personne divine Elle satisfait surabondamment pour tous les hommes elle est inépuisable quant à son extension et quant au nombre de sujets qu elle peut atteindre Unique Médiateur entre Dieu et les hommes le Christ nous communique sa propre grâce en qualité de tête du corps de l Église Col 1 18 Il n y a donc qu une seule grâce pour les hommes celle du Christ avec qui ils forment mystiquement une seule Personne celle qu engendre le Père de toute éternité Chardon est donc un grand théologien du corps mystique Il établit dans son Premier Entretien l unité de toutes les personnes humaines dans le Verbe incarné avec une rigueur dogmatique imparable La conséquence est pourtant la suivante puisque la grâce est principe de croix en Jésus il est nécessaire que la même grâce produise le même effet chez ceux qui en bénéficient C est par cette grâce infinie que nous appartenons à Dieu pour devenir saints Pleine de grâce la Vierge est ainsi la plus puissamment crucifiée de toutes les personnes créées La crucifixion intérieure logée au coin même de notre être où porte le salut se reproduit encore pour tous les saints à la mesure de leur mérite Dans le Deuxième Entretien Chardon extrait de l Écriture de la Tradition et peut être aussi de sa propre expérience d accompagnateur spirituel l exemple de saints en qui la grâce divinisante a fait porter le poids de la Croix Le Troisième Entretien revient à l exposé dogmatique Chardon n y considère plus la grâce comme christique mais comme participation à la vie divine toujours avec le souci d éclairer la douloureuse énigme des croix des âmes saintes Chardon triomphe ici dans l art avec lequel il sait rapporter les spéculations les plus sublimes sur la vie trinitaire aux opérations de foi et de charité dont vit le chrétien Dans la tradition de saint Augustin et de saint Thomas d Aquin la génération du Fils s explique par d un acte d intelligence par lequel le Père se connaît la procession de l Esprit trouve elle son origine dans un acte de sa volonté par lequel il aime son Fils et par lequel ce dernier lui rend

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  • N° 111-112 (décembre 2005-mars 2006) : Connaître pour aimer : Mémoire et identité - Revue Résurrection
    imprégné et continue d imprégner les peuples en particulier sa Pologne natale et toute l Europe Au passage le lecteur familier de la théologie de Jean Paul II glanera avec intérêt telle ou telle information On apprend ainsi p 16 19 comment s est constituée à travers les premières encycliques de ce pape la belle fresque trinitaire qui commente tout le concile de Vatican II Redemptor hominis 1979 Dives in misericordia 1981 Dominum et vivificantem 1985 Les trois parties suivantes surtout la première d entre elles nous apparaissent peut être les plus originales encore car elles remettent en lumière à travers l étonnante et pittoresque évocation de l histoire polonaise les concepts fondamentaux de nation patrie culture Quand je pense patrie avant d examiner ce que peut être aujourd hui le destin de ces concepts dans nos pays du Vieux continent Quand je pense Europe Pour fonder ces concepts Jean Paul II rappelle le quatrième commandement Honore ton père et ta mère en effet le mot de patrie fait référence à celui de père comme celui de nation à la naissance et donc à notre mère De même que nos parents nous ont donné la vie nos patries nous ont légué la culture qui est le moyen de vivre La culture apprend à l homme à se penser lui même et à penser le monde de la sorte elle soude une communauté vivante une nation qui survit même quand ses substrats concrets territoires Etat sont menacés on voit ici les événements douloureux que recouvre cette analyse dans l histoire de bien des peuples à commencer par la patrie de Jean Paul II Mais le judaïsme puis le christianisme donnent une deuxième dimension à la patrie à la nation à la culture En effet Dieu se révélant au peuple d Israël lie pour toujours son destin à celui d une nation au sein de laquelle il se manifestera jusque dans la naissance d un messie Dès lors cette nation sainte est le creuset dans lequel toutes les nations seront appelées à rencontrer Jésus Christ et à être ainsi baptisées c est à dire à féconder leur culture et leur mode de vie par une référence existentielle à Lui Elles sont ainsi appelées à orienter toute l humanité vers la patrie céleste chacune à sa façon et selon les circonstances de son histoire La réflexion sur l Europe donne à Jean Paul II l occasion de dessiner une vaste fresque historique des événements et des idéologies On retiendra seulement ici la vision simplifiée mais puissante d un premier millénaire dans lequel les nations européennes se sont ébauchées le christianisme fécondant peu à peu les deux parties de l Empire romain envahi par les Barbares l Occident autour de Rome l Orient autour de Byzance puis d un second millénaire dans lequel les civilisations européennes vont déconstruire peu à peu leur identité chrétienne à partir du schisme de 1054 entre Rome et Byzance puis de la rupture apportée par la Réforme en Occident

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  • N° 111-112 (décembre 2005-mars 2006) : Connaître pour aimer : Les Béatitudes - Revue Résurrection
    de Jésus L auteur sans ignorer les questions critiques ne s en tient pas prisonnier et sait voir en Jésus le véritable interlocuteur que nous rencontrons en méditant sur les Béatitudes matthéennes L autre tendance que l on rencontre souvent aujourd hui consiste à isoler les béatitudes les unes des autres et à les voir comme redisant chacune à sa façon l originalité et la radicalité de la vie évangélique sans lien avec l ensemble de la série ou encore à les morceler en petites unités plus ou moins autonomes L audace du P You dans la ligne de saint Augustin consiste à y trouver un fil d or permettant d en tirer comme l indique le sous titre du livre un itinéraire de vie spirituelle Et l essai qu on pourrait croire promis à l artificiel est des plus convaincants Il discerne deux gerbes de quatre béatitudes chacune qui ont toutes les deux leur cohérence Il s exprime ainsi au moment d introduire la cinquième les quatre premières béatitudes ouvraient à l action de Dieu la cinquième nous identifie à son comportement p 51 52 et en fait elle n est pas la seule c est le trait distinctif

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