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  • N° 101 (août-septembre 2002) : Théologie du Dieu personnel : Liaisons personnelles - Revue Résurrection
    Mais je crains Monsieur l abbé que vous ne donniez une image bien réductrice de mon propos je ne tiens nullement à sauver à tout prix Aristote Il est assez cocasse que vous m accusiez d idolâtrie des concepts là où votre manie du Personnel me paraît précisément tomber sous le coup de vos critiques tragique ironie n en conviendrez vous pas En effet que signifie précisément cette formule S il s agit d expliquer que la Trinité immanente est constituée de relations telles qu elle ne remettent pas en cause l unité de la substance divine pourquoi ne pas dire simplement que Dieu subsiste en Trois Personnes en expliquant aux fidèles cette richesse des relations entre le Père le Fils et le Saint Esprit qui se déploie dans l être divin Mais s il s agit d expliquer qu il existerait une sorte de principe personnel en Dieu en quelque sorte indépendamment de l existence de la Trinité des Personnes comme s il y avait une personnalité de l essence divine ou que sais je encore votre langage du cœur est si obscur votre éloquence toute séduisante fût elle est frappée d anathème Le Christ ne nous met pas plus en relation avec l ousia divine une telle position assimilerait la prière chrétienne à une simple méditation métaphysique qu avec un principe supra personnel abstrait susceptible de vider de son contenu dogmatique la Révélation pleinement accomplie en Notre Seigneur Jésus Christ Par peur de lasser le lecteur pressé nous lui épargnons les cinq lettres qui suivent où leurs auteurs s accusent à mot couvert de ne pas croire à la Sainte Trinité Les jeux de sous entendus et d ironie implicite qu on croirait sortis d une scène de L Imposture de Bernanos ne manquent pourtant pas d habileté On trouve vers la fin de la liasse une sentence lapidaire de l abbé Durandet envoyée telle quelle sans les formules de politesse de rigueur au R P de Maresle Si Dieu n est pas personnel alors les musulmans ont raison La Comtesse a joint au dossier une lettre de son amie Oriane qu elle avait rencontrée à l occasion des concerts spirituels que celle ci organisait dans son hôtel particulier Bien chère Margot La bonne Adélaïde est bien triste de vous savoir alitée et s est désolée de votre absence lundi elle vous embrasse de tout son cœur Je me suis jetée hier à la causerie de votre jeune protégé pour vous peindre la scène dont ce méchant rhume vous a ôté le spectacle À la vérité si ces gens n ont pas commencé le Carême avec une vraie componction de cœur ce n est point sa faute Pour la véhémence il n en manque pas Il frappe il saisit le cœur et ses paroles semblent parfaitement belles L assistance était émue Il y avait là beaucoup de femmes simples comme on pouvait s y attendre en ce lieu d une modestie et d une gravité touchantes La société

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  • N° 101 (août-septembre 2002) : Théologie du Dieu personnel : L'Absolu est une personne - Revue Résurrection
    à regard se trouve l accomplissement proprement dit de l Ancienne Alliance 6 Cette intimité se retrouve à propos du Nom divin En apparence le je suis celui qui suis révélé à Moïse du milieu du buisson ardent est plutôt une périphrase qu un nom véritable Dieu ne se laisse pas enfermer dans un nom d homme il marque par là sa distance Mais en même temps il se livre à lui il se rend présent à lui dans un don de soi qui ne le prive pas pour autant de sa souveraineté La grâce consistant à pouvoir connaître le nom de son Dieu Israël la comprenait comme un gage de la présence de ce Dieu un peu comme un sacrement comme la présence eucharistique du Christ dans la Nouvelle Alliance 7 L Alliance ou l indispensable contrat Cette présence cette amitié divine sont garanties non pas par le partage de bons sentiments mais par une Alliance Un esprit moderne comprend ce mot en termes politiques relevant davantage des relations entre entités collectives nations partis entreprises que de rapports personnels Or dans l ancien Orient une alliance concerne d abord deux individus en général des personnages importants rois ou chefs de guerre qui établissent sur une base juridique des liens personnels d un commun accord et en toute connaissance de cause Il s agit la plupart du temps de relations dissymétriques le plus fort s engageant à secourir le plus faible en échange de sa fidélité mais des alliances équilibrées peuvent voir le jour un exemple nous en est donné dans la Bible avec l accord entre Jacob et Laban Gn 31 44 Il convient d insister particulièrement sur le caractère contractuel de la relation ainsi établie Contrairement à un préjugé tenace qui tend à croire incompatible les relations personnelles et l établissement d une base juridique à ces relations la désaffection actuelle pour le mariage civil ou religieux en témoigne pour l Ancien Testament ces deux notions se soutiennent mutuellement La relation intime avec l autre risque de sombrer dans la subjectivité la fusion et l idéalisation de l autre si elle n est pas en quelque sorte garantie par un accord objectif L anomie l absence de loi est pour l amour mutuel la plus grande des menaces 8 C est donc au sein de l Alliance que Dieu se révèle au plus haut point comme personnel Et cette Alliance dépasse infiniment les pratiques de l ancien Orient en la matière le lien formé ainsi entre Dieu et son peuple est bien plus radical que celui établi par un simple traité il n engage pas mutuellement des personnes étrangères l une à l autre mais se comprend à travers les commandements qui l accompagnent comme une présence une appartenance mutuelles L élection On semble loin ici des considérations énoncées plus haut sur le Dieu Saint séparé tout autre comment Israël a t il pu entrer dans cette communion avec ce Dieu si radicalement différent de toute créature En entrant à son tour dans cette condition de séparation d avec le monde grâce à l élection Il ne s agit pas d une faveur accordée par le Créateur à un peuple particulier mais d une mise à part de ce peuple qui désormais est mis du côté de Dieu et participe du même coup à sa sainteté Israël sera un peuple séparé il ne devra pas se mêler aux autres peuples il aura même le devoir de détruire leurs idoles Dt 7 1 6 car tu es un peuple consacré au Seigneur ton Dieu c est toi que le Seigneur ton Dieu a choisi pour son peuple à lui parmi toutes les nations qui sont sur la terre Dt 7 6 Le commandement du Lévitique Soyez saints comme je suis Saint Lv 19 1 n est pas d abord une injonction morale mais la demande expresse de Dieu adressée à son peuple pour qu il demeure fidèle à son Alliance Cette fidélité est la condition de la vie du bonheur de l existence même Dt 7 12 16 30 15 20 Hors de l Alliance Israël retournerait au néant dont Dieu l a sorti par pure grâce pour le mettre à part avec lui Un Dieu engagé Inversement l Alliance engage Dieu lui aussi dans tout son être Si la dissymétrie des relations entre Dieu et ses créatures est maintes fois affirmée il est aussi question de réciprocité Non pas sur le mode du donnant donnant comme certains textes bibliques mal compris pourraient le laisser croire mais sur le mode d un engagement total de Dieu Lorsque après l épisode du veau d or Dieu envisage de détruire son peuple Moïse vient lui rappeler que cette rupture de l Alliance ébranlerait sa propre divinité Ex 34 11 14 Du moins vis à vis des nations païennes que serait ce Dieu qui promet le salut à son peuple pour l anéantir l instant d après Moïse défend le Dieu immanent contre le Dieu transcendant Yahweh qui s est lié à Israël n est tout simplement plus libre Le médiateur doit défendre le divin contre Dieu l engagement et la liaison de Dieu contre la liberté de Dieu la volonté de grâce de Dieu contre sa justice vindicative finalement la faiblesse de Dieu contre sa force 9 Certes la liberté dont parle Balthasar et dont Dieu se priverait dans son Alliance n est qu apparence de liberté et doit être comprise dans le sens commun moderne d autonomie ou d indépendance Mais ce commentaire veut avant tout souligner que Dieu lui aussi a engagé dans cette Alliance jusqu à la plénitude de sa divinité Alliance nuptiale Ces notions si fortes ont été interprétées notamment dans la tradition prophétique sous le mode nuptial La Bible insiste constamment sur le caractère exclusif intraitable de l amour de Dieu pour son peuple Le Dieu d Israël est un Dieu jaloux non pas de la jalousie étouffante et possessive du conjoint paranoïaque mais d une

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  • N° 101 (août-septembre 2002) : Théologie du Dieu personnel : Comment nommer le mystère trinitaire ? - Revue Résurrection
    concile de Nicée ne règle en effet pas tous les problèmes concernant la nature et la Personne S il répondait efficacement à l arianisme il fut mal interprété par d autres hérétiques auxquels il fallut répliquer en précisant la pensée de Nicée en continuant d élaborer la théologie des Personnes divines et son vocabulaire Ainsi procède Basile de Césarée qui cherche à établir dans une de ses lettres que la juste notion d hypostase personne peut malgré tout se rattacher à Nicée 11 contre ceux qui gauchissent le sens du concile tel Marcellus ce dernier s est montré impie envers l hypostase de Notre Seigneur Jésus en pensant qu il est une simple parole et explique mal le terme consubstantiel les sabelliens errent aussi qui en croyant que l hypostase et la substance sont des synonymes en viennent à blasphémer à cause de cette formule de la foi Si quelqu un dit que le Fils est d une autre essence ou d une autre hypostase la foi catholique et apostolique le frappe d anathème En effet pour Basile si le concile distingue les deux termes ce n est pas en vain certains nient que le Fils ait la même essence que le Père d autres disent qu il n est pas issu de l essence mais de quelque autre hypostase Et les Pères en proclamant leur foi ont dit que le Fils était issu de l essence du Père mais n ont pas ajouté qu il l était aussi de son hypostase Il faut confesser que le Fils est consubstantiel homoousion au Père comme il a été écrit et confesser que le Père l est dans sa propre hypostase que le Fils l est dans la sienne propre et que le Saint Esprit l est dans la sienne propre Sabellius et ses disciples dont parle Basile considéraient les trois personnes de la Trinité uniquement comme trois aspects trois modes ou trois visages de la divinité À la différence des Ariens qui niaient la Trinité en l éclatant les sabelliens la niaient en fondant le Père le Fils et le Saint Esprit les uns dans les autres pour annuler leur différence Face à ces hérétiques Basile adopte le terme d hypostase contre celui de prosôpon 12 couramment utilisé pour parler des Personnes Si prosôpon appliqué à la Trinité ne prête pas aux mêmes confusions qu hypostase le terme a l inconvénient de ne pas contenir directement l idée de substance puisqu il désigne à l origine ce par quoi se manifeste l individu le visage ou le masque de théâtre Prosôpon peut donc être utilisé pour décrire la Trinité comme trois apparences d un même être Aussi Basile écrit il Ceux qui identifient la nature ousia et l hypostase sont contraints de ne reconnaître que différents prosôpa modes et ils ne parviennent pas à se garder de l erreur de Sabellius 13 À l inverse hypostase désigne bien une personne distincte dotée de sa substance qui la constitue comme personne Grégoire de Nysse dans une de ses lettres 14 utilise l analogie de l individu Voici ce que nous disons ce qui est dit en propre idiôs est montré par le terme hypostase Si quelqu un dit homme il fait entendre une idée confuse parce que ce qu elle désigne n est pas défini si bien que la nature est montrée par ce terme mais la réalité qui est et qui est montrée en propre par ce mot n est pas désignée Si quelqu un dit Paul il montre dans la réalité désignée par ce nom la nature qui existe en elle Et cela c est l hypostase non pas une idée indéfinie de l essence qui ne résiderait nulle part en dehors du caractère général de ce qui est désigné mais une idée qui par des particularités manifestées montre et donne des contours à ce qui est commun et sans contours dans une réalité 15 La personne ou hypostase qu est Paul est un individu et comprend entièrement une nature L assertion est classique en philosophie il existe bel et bien une nature humaine mais on ne la saisit qu à travers des individus qui la déterminent et lui donnent leurs particularités Pierre est blond Paul est brun cependant la nature humaine n est pas blonde ou brune Alors que trois hommes dotés tous trois de la même nature humaine sont trois êtres distincts Dieu en trois personnes a une nature qui n est qu un seul être et tout ce qui est éternellement vrai de l une des personnes l est du coup des deux autres De cette analogie tirée de la philosophie les Pères ont extrait une nouveauté inouïe en l utilisant non plus pour définir les créatures mais pour s approcher de Dieu Si les implications en sont complètement différentes le cœur du raisonnement reste en effet le même dans la Trinité aussi chaque Personne pour être véritablement une Personne a besoin d être une substance c est à dire un existant concret ce qui rend légitime le mot hypostase et les Trois sont une seule substance ou nature On ne saurait donc parler d une nature divine qui ne soit personnelle ni de Personnes divines qui ne soient constituées par une substance Chaque Personne est du coup pleinement la substance de Dieu et cette substance est unique Le Père dans son hypostase est la plénitude de Dieu de même que le Fils de même que l Esprit Comme l écrit Basile l être de Dieu est communion Le Fils est dans le Père et le Père est dans le Fils puisque le Fils est tel qu est le Père et le Père tel qu est le Fils et en cela est l unité Ainsi selon l identité des personnes prosôpa ils sont un et un et selon la communauté de leur nature les deux sont un Et après une explication par des images le roi et l image du roi ne sont pas deux rois la

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  • N° 101 (août-septembre 2002) : Théologie du Dieu personnel : Contempler Dieu en trois Personnes - Revue Résurrection
    distinction entre les deux notions est alors faite elles ne sont toutefois pas séparées mais énoncées ensemble comme deux facettes d une seule réalité La principale question sur laquelle le Concile de Nicée se prononce est celle posée par l arianisme La Trinité est donc au cœur des débats du Concile Le symbole de foi adopté par le Concile 9 est d abord une réaction contre l influence de la philosophie sur la pensée d Arius et un retour à l Écriture on parle d abord de Dieu comme du Père révélé par l Écriture qui engendre le Fils C est très différent de la présentation donnée beaucoup plus tard dans la Somme théologique de saint Thomas dont le plan présente d abord la divinité telle que la raison peut l atteindre avant de parler de la Trinité à laquelle l homme a accès par la révélation Cependant la nécessité d affirmer la foi de l Église face à l arianisme exige de mieux expliquer comment le Fils est Dieu au même titre que le Père et c est pour cela que les Pères du Concile ont introduit une précision d allure philosophique affirmant que le Fils est de même substance que le Père homoousios Une autre précision dit que le Fils est engendré non pas créé afin d insister sur le mode de génération particulier qui est celui du Fils différent de celui des créatures et en vertu duquel il est de même substance que le Père et non inférieur au Père Avec cette précision les Pères commencent à distinguer plus nettement l engendrement du Fils à l intérieur de la Trinité de l action créatrice de Dieu son action dans le monde Pour autant la distinction n est pas séparation chez les Pères qui écrivent après le Concile de Nicée Ceci tient surtout au fait que la méthode de travail des Pères part toujours de l Écriture et non d un dogme défini à expliquer Le seul moyen de dire la révélation c est l Écriture révélée elle même et l Écriture parle surtout de l histoire du salut La seule façon d atteindre Dieu est la façon dont il se révèle la façon dont il nous sauve Ainsi lorsque Cyrille d Alexandrie début du Vème siècle montre l unité divine l unité du Père et du Fils un exemple clef de son argumentation est de mettre en évidence leur unité d action dans les guérisons opérées par Jésus Il commente en particulier Mt 8 2 3 Mt 20 30 34 et Ac 3 6 et conclut Étant la puissance de Dieu le Père il Jésus restaure la création dans son état originel être créateur ce n est pour lui rien de surajouté rien d adventice tant s en faut c est un fruit et une opération de sa nature tout comme pour le Père 10 Ainsi l histoire du salut manifeste l unité de la Trinité et la Trinité telle qu elle se montre à l œuvre dans l économie du salut révèle l unité des Personnes divines La vie sacramentelle la façon dont s opère la sanctification de l homme est également invoquée par les Pères pour justifier les affirmations de foi sur la vie intra trinitaire Ainsi un argument important invoqué par Grégoire de Nazianze pour montrer la divinité de l Esprit Saint est le fait qu il nous divinise si l Esprit n était pas dès le commencement il est du même ordre que moi et s il est du même ordre que moi comment me divinise t il 11 De plus la Trinité n est jamais étudiée indépendamment des autres réalités de la foi La christologie et la pneumatologie la théologie de l Esprit Saint en sont parties intégrantes Il s agit toujours du Père du Fils et de l Esprit Saint non d un Dieu un en trois personnes abstraites Ainsi c est à propos de l union des deux natures dans la deuxième Personne que les Pères ont été le plus amenés à distinguer ce qui est dit du Fils selon sa divinité dans sa relation aux autres Personnes de la Trinité de ce qui est dit de lui selon son humanité donc dans son Incarnation qui est l évènement central de l histoire du salut Parmi les versets les plus commentés on trouve de ce fait les versets sur la Sagesse Pr 8 22 Le Seigneur m a créée comme principe de ses voies en vue de ses œuvres et Pr 8 25 Il m a engendrée Les Pères expliquent que le premier passage parle de la Sagesse autrement dit du Fils selon sa génération sur la terre selon son Incarnation elle est alors dite créée Au contraire dans le second passage il est question de sa génération première de la génération du Fils dans l éternité de Dieu c est alors le terme engendrée qui est utilisé 12 L ouvrage de saint Augustin sur la Trinité est moins marqué par la lutte contre l hérésie et les polémiques son développement est largement guidé par les interrogations et la réflexion personnelles d Augustin On y trouve une grande réflexion notionnelle pour tenir unité et Trinité Son attention à garantir l unité des trois Personnes la crise de l arianisme n est pas si lointaine l amène à insister beaucoup sur le fait que les trois Personnes agissent inséparablement Certes les Pères avaient déjà enseigné l unité de l opération ad extra des trois Personnes divines Mais alors que les Pères grecs et saint Hilaire mettent le Père au principe de la création comme de la vie intra trinitaire le Père fait tout par le Fils et dans l Esprit saint Augustin qui sera suivi par les théologiens latins envisage l unité de la substance divine comme principe de l unité d opération Nous avons déjà vu à l aide de nombreux exemples empruntés à l Écriture comment dans cette Trinité chacune des Personnes se voit attribuer ce qui appartient à toutes en raison de l inséparabilité d action de leur unique substance 13 Ce changement dans la façon de formuler l unité d opération est une étape importante vers le travail de saint Thomas qui le conduira à affirmer que n importe laquelle des Personnes divines aurait pu s incarner Sa tentative de comprendre la Trinité par les analogies avec l âme humaine qui éloigne de l économie contribue également à conduire saint Augustin vers une considération de la Trinité en elle même qui sera reprise par ses lecteurs saint Thomas en particulier Le Moyen Âge penser l unité et les propriétés des Personnes Au premier abord Rahner semble critiquer assez violemment la théologie de saint Thomas et l héritage du Moyen Âge En réalité il exprime surtout son désaccord avec la façon dont cette théologie a été reçue et tout particulièrement avec la façon dont elle a pu être enseignée juste avant le Concile Il faut tout d abord rappeler que la Somme Théologique n est pas le tout du travail théologique de saint Thomas il s agit d un manuel pour débutant l essentiel de l œuvre étant plutôt constitué par les études bibliques Il est vrai cependant que la Somme théologique est la nouveauté qu apporte saint Thomas pour répondre au manque de formation de ses frères prêcheurs Par ailleurs quoique la tradition ait retenu tout particulièrement saint Thomas il est loin d être le seul théologien de l époque ni même un représentant du seul courant théologique d alors c est un représentant de la théologie universitaire qui rompt avec la tradition théologique du début du Moyen Âge plutôt pratiquée dans les monastères ainsi que par les chanoines La pratique théologique du Moyen Âge était beaucoup plus variée que la petite partie que nous en avons gardée avec la Somme Théologique Pour ce qu on peut en reconstituer elle consistait dans la lecture et le commentaire de la Bible en continu la discussion et l explication des difficultés et l enseignement le plus souvent en commentant un verset biblique et bien sûr en s adaptant au public Par ailleurs la foi en la Trinité ne s exprimait pas seulement dans la parole du maître dans le discours théologique La liturgie jouait un grand rôle c est à cette époque qu a été instaurée la fête de la Trinité et la conscience était grande de célébrer tous les dimanches la sainte Trinité Le signe de croix les invocations trinitaires étaient des rappels courants jusque dans la vie quotidienne de la foi en la Trinité L art donnait également beaucoup de place aux rythmes trinitaires Revenons maintenant plus précisément à l enseignement théologique de saint Thomas dans la Somme théologique en reprenant l exemple déjà cité de la question quelle personne de la Trinité s incarne Il faut noter que l exposé y est plus nuancé que ce que critique Rahner Certes saint Thomas affirme que le Père et le Saint Esprit auraient pu s incarner aussi bien que le Fils Cependant la question 3 de la Tertia pars où l on trouve cette affirmation s achève sur la considération que c est le Fils qui s incarne et qu il lui convient tout particulièrement de s incarner Cette question 3 contient en fait l étude sur le plan philosophique de ce que signifie pour une personne divine d assumer la nature humaine Ce que montre saint Thomas c est qu une telle étude ne permet pas de rendre compte jusqu au bout de ce que professe la foi la philosophie ne voit pas de nécessité à ce qu une Personne plutôt qu une autre s incarne cela dépend seulement de la volonté de Dieu Mais le dernier article de cette question beaucoup plus riche de références à l Écriture constate que la Révélation nous apprend que c est le Fils et nul autre qui s est incarné et que cette libre disposition de Dieu n est pas incompréhensible qu elle est au contraire toute cohérente avec le reste de la Révélation et qu ainsi Dieu s adresse à notre raison en des termes que nous pouvons comprendre La question des appropriations Une autre étape de la réflexion sur la Trinité au Moyen Âge intéressante pour notre problématique est le grand débat de la première moitié du XIIème siècle sur la question des appropriations trinitaires Pour préciser la foi catholique face aux hérésies les Pères ont été amenés à préciser ce qui est propre à une Personne de la Trinité et ce qui est commun aux trois En particulier la puissance la sagesse et la bonté sont des attributs de la substance divine c est à dire que c est Dieu qui est tout puissant et pas une des Personnes ni chacune séparément la toute puissance n est pas un attribut du Père puisque le Fils aussi est tout puissant mais le Père le Fils et le Saint Esprit ne sont pas non plus chacun tout puissant séparément c est la même puissance qui se déploie dans chaque Personne Les Trois sont tout puissants sans contradiction logique parce qu ils n ont qu une seule action Et l on pourrait en dire autant de la sagesse de Dieu et de sa bonté Pourtant le Credo confesse le Père tout puissant et saint Paul dit du Fils qu il est la sagesse de Dieu et de l Esprit qu il est la bonté Il y a donc un problème pour comprendre et formuler le jeu entre ce qui est dit des trois Personnes globalement et ce qui est dit de chacune Hugues de Saint Victor est le premier à appliquer ces attributs aux trois Personnes globalement mais en affirmant la liberté dans le jeu des convenances ainsi la toute puissance est dite des trois Personnes mais elle convient tout particulièrement au Père tandis que la sagesse convient particulièrement au Fils et la bonté à l Esprit Saint Abélard reprend la question en la renversant affirmant que le Père le Fils et le Saint Esprit sont les noms choisis pour représenter la puissance la sagesse et la bonté divines Certes une telle affirmation permet de donner accès à la Trinité aux philosophes païens qui reconnaissent un Dieu tout puissant sage et bon Mais on risque fort suivant la lecture qu on en fait de tomber dans un modalisme qui ne distingue plus vraiment les trois Personnes n y voyant plus que trois facettes d un seul Dieu ou bien dans un trithéisme l affirmation de l existence de trois dieux Le terme de convenance est un peu flou et c est finalement le concept d appropriation fixé par saint Thomas et Bonaventure entre autres qui va permettre de préciser les choses Un nom approprié est un nom commun ou substantiel c est à dire un nom qui désigne un attribut commun aux trois Personnes que l on approprie à une Personne pour manifester cette Personne pour permettre à la raison de mieux comprendre ce qui la caractérise Bien que ce concept puisse être compris de plusieurs façons par exemple comme une appropriation purement conventionnelle qui n apporte pas grand chose on peut y reconnaître un humble outil qui permet de remonter de ce que nous voyons au mystère divin C est ainsi que saint Thomas justifie l utilisation des appropriations Pour manifester ce mystère de la foi il convenait d approprier aux Personnes les attributs essentiels En effet si comme on l a dit il est impossible de prouver la Trinité par démonstration proprement dite il convient pourtant d éclairer ce mystère au moyen de choses plus à la portée de notre raison que les propriétés des Personnes 14 Alors le mystère divin influe sur toute la création la grandeur des créatures nous manifeste le Père leur beauté et leur ordre nous parlent du Fils etc Bonaventure affirmait ainsi qu on ne peut contempler les attributs divins sans contempler les personnes de la Trinité Nous n avons touché là que quelques aspects de la théologie trinitaire du Moyen Âge mais nous voyons déjà combien elle a été riche en tentatives pour comprendre le lien entre la Trinité en elle même et ce que la création et l histoire nous révèlent de Dieu la Trinité qui se dit dans l économie Quelques théologiens contemporains que nous révèle l économie sur la Trinité immanente La remise en cause de la séparation entre théologie étude du mystère de Dieu et sotériologie étude du salut offert par Dieu à l homme que fait Rahner a été reçue très largement par les théologiens contemporains mais de façon assez diverse Le travail de Rahner laisse en effet par sa nature programmatique bien des questions ouvertes Dans un article des années 1979 1980 15 Y Congar revient sur la formule de Rahner la Trinité de l économie du salut c est la Trinité immanente et réciproquement Certes les Pères de l Église et les symboles de la foi parlent surtout de l économie et la Trinité doit être un mystère de salut sinon elle ne nous aurait pas été révélée On connaît une chose qui distingue une personne de la Trinité l Incarnation il serait bien étrange que cela ne nous dise rien de la Trinité en elle même Et si Dieu se révèle il montre ce qu il est La connaissance de la Trinité comme le rappelle Rahner nous vient bien de l économie Congar se montre plus critique quant au réciproquement de Rahner Si nous n existions pas Dieu existerait quand même et serait le même et la Trinité immanente existerait sans la Trinité économique De plus Dieu ne se révèlera pleinement que lorsque tout sera récapitulé à l accomplissement des temps Ainsi la révélation de Dieu dans l Économie est condescendance non pas nécessité Bien sûr cette critique porte surtout sur la formule de Rahner dont Congar veut montrer qu elle peut être dangereuse comme toute formule C est d ailleurs un point d insistance constant chez Congar que la mise en garde contre un certain triomphalisme qui affirmerait que le dogme de l Église la révélation reçue par les Apôtres et l Église nous donne tout Il préfère tenir qu il y a des choses qui ne seront pleinement accomplies qu aux derniers temps Par ailleurs Rahner en reste à une théologie très spéculative et conceptuelle Il n entre pas dans les conséquences concrètes de sa formule et ne montre pas par exemple comment tel ou tel évènement de l histoire du salut raconté dans l Écriture tel ou tel mystère de la vie du Christ nous découvre une dimension de la vie intra divine D autres théologiens sont allés plus loin dans l application de cette idée maîtresse montrant comment en contemplant l Économie du salut nous pouvons mieux comprendre le mystère de Dieu en lui même J Moltmann théologien luthérien a proposé une théologie fondée sur l évènement de la Croix 16 en reprenant dans une perspective nouvelle la philosophie de la mort de Dieu Il tente de montrer que dans la Croix de Jésus se trouve la plénitude de la vie trinitaire 17 D une certaine façon il va plus loin que Rahner dans l identification entre Trinité immanente et Trinité économique puisqu il ne parle plus que de la Trinité dont tout est dit dans l évènement de la Croix Au contraire Rahner tout en affirmant qu il faut réfléchir aux liens entre Trinité immanente et Trinité économique dans les deux sens distinguait bien les deux notions Mais par là Moltmann perd le point de départ de la condescendance de Dieu à savoir sa gloire et sa splendeur La notion de distance disparaît également pourtant si Dieu entre dans la condition humaine par l Incarnation c est à partir de quelque chose Enfin Moltmann semble ainsi penser l amour et le don de soi seulement dans la souffrance On trouve chez Balthasar 18 contemporain de Rahner et Moltmann une théologie qui suivant l invitation de Rahner pense le lien

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  • N° 101 (août-septembre 2002) : Théologie du Dieu personnel : Dieu personnel chez Teilhard de Chardin - Revue Résurrection
    nette encore dans Esquisse d un univers personnel partant de l évidence dans la pensée humaine moderne de la représentation d un univers en évolution Teilhard se propose de découvrir s il existe le sens de l Évolution sans recourir à aucune philosophie et sans sortir du domaine de la connaissance scientifique 23 L auteur assimile totalement dans cet essai sujets réflexif et personnel et abandonnant partiellement l idée de Mouvement centre le Personnel sur l absolu réflexif Dieu se réfléchissant personnellement sur la somme organisée des monades pensantes pour garantir une issue certaine et fixer des lois précises à leurs activités hésitantes Dieu penché sur le miroir de la Terre devenue intelligente pour y imprimer les premiers traits de sa Beauté 24 L actualisation scripturaire récriture du livre de la Sagesse dans la démonstration est réalisée à travers une juxtaposition de propositions symétriques et synonymes qui représente l identité du sens sous la dualité des langages scientifique et poétique Ce texte dit à travers l inscription du texte biblique la réunion de l eschaton et de l origine transcendant ainsi la perspective évolutionniste et manifestant le fondement chrétien du Personnel chez Teilhard Les formes du Personnel humain et divin sont multiples j en retiendrai quatre le réflexif le mouvement la synthèse et l amour Contrairement à ce que dit Lubac il ne s agit pas de formes provisoires ou imparfaites de symboles 25 Il s agit de formes réelles ayant pour principe commun le Personnel soit le divin Le plus conscient le plus personnel ou encore le plus centré sont synonymes mais ils sont aussi dans notre langage et pour Teilhard synonymes de conscient personnel et centré C est ainsi que l incommunicabilité concerne dans l œuvre la personne non totalement réalisée le Personnel en formation une entité en évolution 26 Réfléchissons davantage et nous reconnaîtrons qu une personne ne peut transmettre à l Évolution que sa personnalité même Nous concevons que par le progrès de l Être cosmique cette personne se trouve super entrée Mais elle ne saurait passer dans ce centre à la manière d un don sorti d elle et qui ne serait pas elle car toute sa qualité est d être elle même expression incommunicable d un point de vue conscient sur l Univers 27 Là se situe l ambiguïté si les formes ne changent pas mais se réalisent de façon ultime Teilhard n a de cesse de rappeler cette permanence négligeant bien souvent d envisager dans le passage des personnels fondés sur le Personnel au Personnel à proprement parler 28 l existence d un changement de plan plus exactement la construction rationnelle de l exposé repose sur la continuité et si la rupture est envisagée ailleurs dans l œuvre elle n intervient pas 29 au sein de la démonstration Tout repose sur la notion d homogénéité il n y a de réel que l Homogène 30 Et si une chaîne peut être identifiée reliant les éléments personnels vers le plus Personnel on n y trouve aucune rupture tout au plus parfois une coupure évolutive pour reprendre un oxymore de l auteur lui même Premier plan germe de conscience vestige de conscience âme élémentaire immanence rudimentaire rudiment d esprit rudiment d immanence c est à dire étincelle d esprit Deuxième plan humain Conscience Réflexif Personnel Troisième plan divin Personnel Centre Réflexif Conscience Le Personnel est le résultat du progrès de l Être cosmique 31 Ceci explique que l expression de montée vers Dieu utilisée dans le corps du développement soit annoncée dans le titre par celle de montée de Dieu au réel se substitue parfois la représentation rationnelle et démonstrative que le théologien nous en offre Autrement dit si la théorie de l évolution permet de construire la représentation divine elle n engage pas l essence divine Dieu ne se construit pas et il semble d après ce titre que Dieu Lui même est la fin d un tel processus Ce procès cependant est indu il revient au lecteur de lire intelligemment et de distinguer le sens de la démonstration du sens de la Révélation de savoir conférer à la démarche dialectique et à l intervention de la transcendance une place essentielle Dialectique et analogie s unissent chez Teilhard pour constituer le ressort de sa pensée l un ne peut exister sans l autre 32 Mouvement et amour La montée vers l eschaton personnel est réalisée par attraction et le Personnel étant un acquis de la démonstration l attirance des monades et particules cosmiques se fait vers quelqu un la science apporte les principes d attraction universelle et de non déperdition d énergie la logique de l évolution celle de la fin personnelle des assimilations Les découvertes faites depuis un siècle ont apporté par leurs perspectives unitaires un nouvel et décisif élan Mais cet élan n aboutira qu à nous plonger dans de la super matière s il n aboutit à quelqu un 33 Plus je scrute la question fondamentale de l avenir de la Terre plus je crois apercevoir que le principe générateur de son unification n est finalement à chercher ni dans la seule contemplation d une même Vérité ni dans le seul désir suscité par quelque chose mais dans l attrait commun exercé par un même Quelqu un 34 La dernière proposition exhibe l alternance de démonstrations objectives et de relations d une expérience personnelle de la foi qui compose l œuvre Ailleurs la question est envisagée sérieusement un universel peut il être personnel Dans un premier temps il s agira de lever la confusion entre individu et personne liée à notre unique expérience individuelle du personnel confusion à l origine de toute idée d antinomie entre le personnel et l universel 35 Une cause seconde de cette incompréhension est décelée dans les découvertes scientifiques de vastes unités diffuses de l énergie et de la Matière que l on a assimilées à la forme stable et définitive du tout 36 La métaphore pascalienne de la sphère est alors convoquée et apparaît d une double richesse elle permet la réfutation de l argument scientifique précédent dans la synthèse topique entre le centre et la circonférence la réunion de toute expansion en sa source mouvement d intégration centripète elle est encore une forme du triangle relationnel avatar teilhardien du Dieu tri personnel dont il sera question plus bas La totalité d une sphère se trouve aussi bien ramassée au cœur ponctiforme de celle ci que répandue sur l ensemble de sa surface ou plutôt elle ne se trouve réellement que là 37 Or pourquoi serait il extraordinaire que l Univers ait un Centre c est à dire qu il se recueille au même degré dans une conscience unique si déjà sa totalité se mire partiellement dans chacune de nos consciences particulières 38 La démonstration se fonde rappelons le sur l Hominisation ou l acquis conceptuel d un univers pensant dès lors le Centre et la Conscience se confondent La source n est pas gratuite la métaphore est liée par ses sources au concept trinitaire 39 et c est après sa citation que Pascal introduit dans le fragment l idée de transcendance divine 40 Cette référence est d autant plus intéressante que l argument ajouté à cet endroit de la démonstration est celui de la partie et du tout Pascal fr 230 au centre de la démonstration de Teilhard C est d ailleurs l ensemble du développement au sein de la démonstration qui est informé par la source pascalienne l idée même d attraction et sa relation avec l Amour comme conformation du mouvement vers le Personnel Ces extrémités se touchent et se réunissent à force de s être éloignées et se retrouvent en Dieu et en Dieu seulement Pensées fr 230 C est moi dit le Seigneur le vrai lien du Monde Sans moi les êtres même s ils paraissent se toucher sont séparés par un abîme 41 Deux aimants peuvent rester indifféremment serrés l un contre l autre dans leur rapprochement ils s échappent lentement l un à l autre Un seul milieu rapproche Dieu 42 Puisque dans l univers devenu pensant tout se meut dans et vers le Personnel c est l Amour qui forme et qui formera de plus en plus à l état pur l étoffe de l Énergie humaine 43 Le couple teilhardien est une entité en mouvement tel le principe féminin lui même 44 ceci est représenté scientifiquement par la métamorphose de la relation bi personnelle en relation tri personnelle par la conversion du segment en triangle qui pose la définition du Personnel dans le relationnel un espace se crée Dieu apparaissant de même que dans la métaphore de la sphère aussi bien comme un milieu que comme une personne C est moi dit le Seigneur L amour apparaît comme mouvement double puissance de liaison inter centrique expression et agent de la synthèse universelle et puissance centrique le mouvement lui même et sa fin à l instar du Personnel dont il est une analogie dynamique Le pouvoir d aimer de l homme est lié à sa centréité parfaite et l Incarnation en est une image accomplie celle de l amorisation de l univers par le Christ 45 L Amour fut le premier objet de la réflexion de Teilhard il écrivit bien avant de s intéresser à l hominisation de l univers ses théories sur le principe féminin et la forme même qu il choisit pour le faire la poésie n est pas indifférente L auteur part d une expérience et d une intuition celle de la supériorité du féminin marial pour penser la relation amoureuse analogique et la question de la chasteté L Hominisation n interviendra que plus tard comme principe herméneutique Le phénomène d attraction ou d absorption lorsqu il apparaît au sein du raisonnement fait intervenir la dimension dialectique du raisonnement Reste alors devant nous la deuxième face du paradoxe La concentration des éléments personnels humains dans une conscience supérieure est elle réalisable Il semblerait d abord que non À première vue nous n apercevons que deux procédés imaginables pouvant conduire à la formation d un Centre Universel ou bien absorption des centres inférieurs dans une Unité plus puissante ou bien coalescence des mêmes centres en une Unité résultante qui naisse de leur groupement 46 Aucune des deux hypothèses ne fonctionne puisque l on ne peut avoir à la fois cohésion et distinction comment imaginer absorption en un tout sans qu il y ait régression des moi élémentaires Le concept de personnel permet justement cette union puisque le personnel ne perd pas sa personnalité quand il se joint à un autre personnel Teilhard prend l exemple des convergences étudiées par la science lors des groupements de cellules en un corps il n y a pas de déperdition Une condition apparaît alors celle de la transcendance divine et la démonstration a l apparence de la perfection Mais ceci toutefois à une condition c est que le Centre supérieur auquel les personnalités élémentaires viennent se joindre sans se mêler ait lui même sa réalité autonome Puisqu il n y a ni fusion ni dissolution des personnes élémentaires le centre où celles ci se rejoignent doit nécessairement être distinct d elles c est à dire avoir sa propre personnalité 47 Si Teilhard rejoint Pascal dans les fins du principe de l attraction l unité jointe à l infini ne l augmente en rien non plus qu un pied à une mesure infinie Pensées éd cit fr 680 les deux penseurs s opposent sur la question de l essence des unités monades qui composent l univers et qui chez Teilhard mènent au Personnel Le fini s anéantit en présence de l infini et devient un pur néant Idem Mais les deux hommes se rejoignent dans la méthode la connaissance du mouvement de ces unités mène à la compréhension du Personnel Nous l avons vu chez Teilhard rappelons le début du Pari Nous connaissons donc la nature du fini parce que nous sommes finis et étendus comme lui Nous connaissons l existence de l infini et ignorons sa nature parce qu il a étendue comme nous mais non pas des bornes comme nous Mais nous ne connaissons ni l existence ni la nature de Dieu parce qu il n a ni étendue ni bornes Parlons maintenant selon les lumières naturelles S il y a un Dieu il est infiniment incompréhensible puisque n ayant ni parties ni bornes il n a nul rapport à nous 48 Si l énergétique de Teilhard s est développée dans les sciences positives elle trouve son origine dans une expérience particulière et intense de la foi elle n est pas un postulat logique jamais Teilhard ne fait intervenir l objet théologique lié à sa foi en tant que présupposé dans un autre ordre C est pourquoi le passage du plan temporel au plan eschatologique est parfois difficile à identifier à l échelle de l œuvre lorsqu il n est pas volontairement mis de côté par une démarche fondée sur une progression du personnel vers le Personnel par addition absorption et sur le principe de continuité de la matière Cette dichotomie entre l expérience mystique et l écriture apologétique est selon nous la partie émergée d un dysfonctionnement profond dans la pensée teilhardienne du divin Une approche linguistique corrobore l hypothèse d une faille d une tentation utopiste dans les écrits Les Mots et les Choses Ce développement pourrait s intituler le Personnel ou la foi dans le mot Ce qui fait de Teilhard un apologiste atypique est lié selon nous à une conception de la langue humaine qui renverse les habitudes de penser et s oppose à toute une tradition celle qui de la théorie des images approximatives du Pseudo Denys à la voie négative de Nicolas de Cues en envisageant l impuissance représentative langagière à travers la dégradation des créatures depuis la chute considère schématiquement qu il faut accentuer la dissemblance entre les mots et les choses en particulier entre les mots et les choses divines soumises à l apophase Nous retrouvons dans cette considération les deux principales formes d analogies les analogies extrinsèques et les analogies intrinsèques les analogies dans les choses et les analogies de pensée ou de paroles Le principe d analogie représente le point où se rencontrent dissemblance et ressemblance or il nous semble que le langage chez Teilhard n est pas toujours conçu comme analogique ou plutôt que sa langue n est pas toujours analogique Et ceci est d autant plus remarquable qu il écrit dans un siècle où l utopisme et l humanisme n ont pas été épargnés par la remise en cause du langage Se retrouve ici le même problème que précédemment il faut faire la part du réel et celle de la démarche rationnelle Ainsi faudrait il citer ici certains textes dans lesquels Teilhard marque sa distance vis à vis du langage Noyés dans les mots qu ils ont créés les hommes risquent de perdre de vue le Problème au point de ne plus saisir le sens de ce que découvrent leurs propres expériences 49 Or l indicible est aussi une perte langagière exprimable en termes de vue une lecture du monde fait défaut à l homme celle qui appréhendait simultanément la chose dans sa triple essence matérielle intellectuelle et divine Claudel appellera cette lecture bien longtemps après que Bonaventure l a pensée celle de la chose pure La démarche scientifique teilhardienne est mue par la foi en la possibilité de voir qui rejoint celle de la possibilité de dire Appuyé sur ce que m ont appris depuis cinquante ans la Religion et la Science j ai cherché ici à émerger J ai voulu sortir du brouillard pour trouver la vue des choses elles mêmes 50 C est ainsi que les mots créés par les hommes ne sont plus un obstacle et qu il vont servir de principe démonstratif et ontologique et non pas uniquement de support à la pensée Personnel n est pas ainsi chez Teilhard un terme équivoque au sens commun deux voies Lorsque M Barthélémy Madaule écrit que dans l a pensée teilhardienne c est sur le principe de la personne que tout repose 51 la proposition a a priori au moins deux sens possibles volontairement confondus puisque la pensée de Teilhard est ici présentée comme un lieu de synthèse Mais employée dans la démonstration si la notion de personne reste analogique Teilhard distingue finalement nous l avons vu le personnel humain en cours de formation et le principe de personnalisation achevé le mot personne lui est d une valeur sans égale loin d être appréhendé comme quelque chose de dégradé dont on doit se servir faute de mieux pour désigner le réel il est à l origine de la découverte de la vue La question est complexe On peut considérer que de façon simple l analogie verbale est chez Teilhard liée à une foi toute scientifique dans la leçon qu offre le réel elle rejoint en ce sens l analogie logique de l encyclique Aeterni Patris 4 août 1879 Mais il est patent que la langue est pour lui antérieure et nécessaire à la compréhension de la leçon du réel qu elle guide les mots sont des signes de la vérité si l on sait les entendre et non uniquement des voiles Ils montrent en cachant mais ils montrent et dans le terme de personne si quelque chose heurte notre conscience c est que l on ne prête pas attention à la distinction établie par la langue entre personne et individu Entendre le mot c est être sensible à la synonymie et à l homonymie Si le personnel humain mène à la compréhension du Personnel divin c est parce que le Personnel est un concept et surtout parce qu il y a homonymie partielle car il y a aussi analogie L analogie ne doit pas en effet être négligée mais elle doit être replacée dans le processus de lecture teilhardien le théologien part du mot pour penser l analogie Nous sommes proches de la

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  • N° 101 (août-septembre 2002) : Théologie du Dieu personnel : La connaissance de la Trinité chez Cyrille d'Alexandrie : approches, méthodes et limites - Revue Résurrection
    connu le Christ en sa venue parmi les hommes Mais il faut accorder son attention non pas à l apparente sagesse de ces gens là mais aux paroles du Sauveur qui connaît parfaitement sa nature et celle de celui qui l a engendré Dial Trin II 421e Il nous faut donc nous aussi cher ami recourir à la sainte Écriture Scrutons les paroles des saints et alors oui alors nous verrons bien si l un d eux a jamais appelé le Fils seul Dieu et l a qualifié de véritable Dial Trin III 464c Le Père n est connu que par celui qu il a engendré car seule la sainte et consubstantielle Trinité se connaît elle même elle qui est au delà de toute intelligence et de toute parole Mais le Fils nous la dévoile par le Saint Esprit 5 Le second moyen qui n est qu une extrapolation du premier et de ce que l on trouve dans l Écriture est un mode de connaissance analogique Car nous voyons à présent dans un miroir en énigme mais alors ce sera face à face 6 Il y a deux miroirs principaux des comparaisons humaines et une contemplation de la Création toute entière Toutefois ces considérations sont toujours partielles et déficientes 7 La référence biblique principale est ici Sg 13 5 La grandeur et la beauté des créatures font par analogie contempler leur auteur Pour Dieu c est la plus belle et la meilleure part de son illustration et de sa gloire que de pouvoir créer puisque c est justement par là que nous connaissons ce qu il est et quel il est Dial Trin IV 538b Toutefois la référence dernière est bien chez Cyrille la Parole qui doit guider et conduire la lecture de la création Pour être plus précis la méthode analogique ne part pas tant de la création nue que de l histoire de l histoire du Salut Il n est pas possible d envisager une théologie qui ne se fonde pas sur l économie divine La théologie ne peut donc être un pur raisonnement sur la nature divine mais doit prendre appui sur ses manifestations sensibles pour remonter ver le Créateur 8 Ce que Cyrille affirme et développe contre Eunome 9 c est qu il ne peut y avoir une connaissance pure et séparée de Dieu et particulièrement du mystère trinitaire mais que la connaissance dans un miroir est connaissance qui part de ses œuvres et tout particulièrement de l œuvre du Salut pour remonter à Dieu L exemple type de ce chemin vers Dieu est la connaissance du Père par le Fils dans l Esprit Si celui qui possède le Fils possède le Père celui qui possède l Esprit possède le Fils mais nous y reviendrons lorsqu il sera question de l image La méthode qu emploie Cyrille tant en exégèse qu en théologie mais nous commençons à voir que ce n est qu une seule et même chose pour lui est une méthode cumulative d approches partielles 10 À partir de contemplations combien de fois répétées nous ramassons non sans sueur et sans peine une connaissance telle qu on peut l avoir dans un miroir en rassemblant dans notre esprit grâce à des représentations conceptuelles très déliées et pour ainsi dire limées une vision comme en énigmes nous acquérons la stabilité dans la foi Mais vu que parmi les créatures et les êtres soumis à la génération et à la corruption rien n a été structuré pour ressembler exactement à la nature et à la gloire suprêmes nous comprenons à grand peine ce qui a trait à ces dernières et nous avons avantage à arracher à chacun des êtres une contribution à cette manifestation Dial Trin V 558b Le Christ Verbe de Dieu révèle le Père invisible Il est temps de passer désormais à des exemples précis puisque c est le Fils qui nous révèle Parole du Père qui est le Père et quelle est la nature de Dieu par ses œuvres et ses paroles penchons nous avec Cyrille sur quelques moments ou aspects fondamentaux de cette révélation En effet Dieu nous donne de lui en son Fils une connaissance supérieure à celle que nous pouvons atteindre dans la création puisqu il se manifeste là comme Père et non plus seulement comme créateur Les guérisons Jésus manifeste l unité divine par l unité d opération L une des questions ariennes porte sur l unité ou pour eux l absence d unité d opération 11 entre le Père et le Fils Cyrille conclut de l unité d opération à l unité de nature et de substance Nous citerons un assez long extrait à nos yeux significatif et représentatif Il n a pas voulu réprimander le lépreux quand celui ci pourtant lui disait Seigneur si tu veux tu peux me purifier Il contraignit pour ainsi dire cet homme à un état d ignorance encore pire en lui promettant inconsidérément que dis je en ordonnant déjà à l avance la réalisation de sa demande Je le veux déclare t il en effet sois purifié D autres ayant perdu les yeux couraient à lui en disant Aie pitié de nous Seigneur Fils de David Il leur répondit Que voulez vous que je vous fasse Et comme eux le pressaient vivement de mettre en eux la lumière tant désirée il la leur rendit sans aucun retard Pourtant ne fallait il pas plutôt dire au lépreux Le Père le veut sois purifié et à ceux qui étaient privés de la vue Que voulez vous que vous fasse le Père ou ne devrons nous pas dire que le parti pris par les saints Apôtres comme leur conduite a été le meilleur Il dirent en effet à celui qui était assis devant la Belle Porte Au nom de Jésus Christ de Nazareth lève toi et marche et à un autre à son tour Énée Jésus Christ te guérit Et comme de ce fait l opération n était pas sans en étonner quelques uns ils leur dirent en toute franchise Hommes d Israël pourquoi vous étonnez vous de cela ou pourquoi nous regarder comme si c était par notre propre puissance ou notre piété que nous avons fait marcher cet homme Ils pensaient en effet devoir attribuer cette gloire au Christ et non pas à eux mêmes étant donné qu en réalité cette grâce et cette opération qui étaient en eux avaient comme leur source transcendante et leur racine dans le Christ Étant lui même la puissance de Dieu le Père il restaure la création dans son état originel être créateur ce n est pour lui rien de surajouté rien d adventice tant s en faut c est un fruit et une opération de sa nature tout comme pour le Père Dial Trin VI 619b 620d Le langage que tient le Verbe même de Dieu y compris dans des formules en apparence anodines peut nous éclairer sur son action qui elle même éclaire son être lorsqu il est pris en faisceau et non pas en une citation isolée ici puisque le Fils ne dit pas que c est le Père qui agit c est qu ils n ont qu une seule et même action l un et l autre qu il faut donc mettre en parallèle l unicité de leur agir et l unicité de leur substance Leur rencontre dans une unité de nature fait que tout est à tous les trois présence paroles participation opération gloire et tout ce qui donne sa beauté à la nature divine Dial Trin VII 642d Unique Filiation et filiation adoptive Un autre thème parcourt de manière dispersée tous les dialogues que le Fils soit vraiment Fils engendré non pas créé est condition nécessaire et indispensable pour que nous puissions bénéficier de la filiation adoptive et parallèlement la filiation adoptive nous fait penser que Dieu est Père en vérité Il n y aurait pas en somme de fils adoptifs si le Fils selon la nature n avait pas existé auparavant et si la véritable génération ne présentait pas en elle d avance l archétype de l image à venir Si donc le Père n a pas enfanté véritablement s il l a fait par cette génération qui chez lui ne se distingue pas d une création parler d un Fils est pour nous hors de cause et la nature du Père se révèle stérile L espérance aussi de ceux qui ont accueilli la foi part à vau l eau Où y a t il encore une filiation en somme Où est la dignité qu on en retire et qui peut ramener à un état meilleur un être comptant parmi les créatures si vraiment le créé est à égalité de valeur et de niveau avec l engendré si comme ces gens le veulent création et génération viennent se confondre en une seule réalité Dial Trin II 439d 440a Si Dieu n est pas Père du Fils unique comment pourrions nous être dits fils adoptifs de celui qui ne pourrait être Père La Filiation du Monogène est la condition d existence et de possibilité de notre propre adoption et donc de notre propre salut Comment dire le Verbe de Dieu la question de la séparation des langages Puisque les deux natures humaine et divine sont unies en l unique Personne du Verbe incarné il est nécessaire pour parler justement de Lui de séparer les temps et les moments Cyrille à la suite d Athanase reprend une règle exégétique qui fait distinguer pour chaque texte le moment la personne et les circonstances mais en insistant surtout sur le moment pour ce qui concerne le Fils et ce dans la perspective de la controverse avec les ariens en effet tout ce qui est dit du Fils ne s applique pas à lui de la même façon On trouve dans les Dialogues une première version de cette distinction dont on prendra pour exemple l explication de l hymne de l Épître aux Philippiens N est ce pas cher ami qu il répartit son récit entre deux moments et nous offre un double point de vue sur le mystère Il délimite d abord un moment initial premier durant lequel le Verbe était dans la condition de Dieu le Père égal à lui puis un second moment postérieur où il abandonne d une certaine façon cette condition d égalité avec Dieu le Père pour s anéantir en prenant la condition d esclave et supportant même la mort de la croix C est alors qu il est considéré comme recevant de surcroît et par manière de grâce ce qui lui appartient par nature je veux dire le nom au dessus de tout nom et le droit d être adoré par nous comme aussi par les saints anges Dial Trin V 547bc Toutefois on remarque à partir du Commentaire sur l Évangile de Jean un changement dans la pensée de Cyrille ce qui est distingué ce n est plus tant deux moments que ce qui est dit comme homme et ce qui est dit comme Dieu on trouve déjà à une ou deux reprises cette distinction dans les Dialogues En effet au contact du nestorianisme il devient important de ne pas distinguer deux Personnes le Verbe et l homme mais simplement deux aspects de son discours L explication qui est le plus souvent donnée à cette distinction des registres est une volonté pédagogique afin de mettre plus particulièrement en évidence tel ou tel aspect selon les circonstances et l auditoire C est à cette distinction que Cyrille applique les termes oikonomia et theologia à ce que le Christ dit comme homme et à ce qu il dit comme Dieu Il ne s agit en aucun cas de séparer le plan de la révélation aux hommes et celui de la vie intra trinitaire comme on serait tenté de le lire suivant en cela les fortes distinctions tracées depuis lors Cyrille ne semble pas concevoir la possibilité d un discours sur la Trinité qui ne se fonde pas sur la révélation du Christ incarné La théologie n est donc pas un domaine qui pourrait être construit de manière autonome indépendamment des différentes manifestations divines dans l économie du salut et en particulier dans l Incarnation elle n est accessible que médiatement dans et par l économie Il suffit de rappeler la stricte correspondance qu il établit entre l unité de substance de la Trinité et l identité de ses opérations au point d affirmer que l une peut être inférée de l autre 12 Ce qui est dit selon le mode théologique est dit par le Christ en son Incarnation et n est pas séparable de la Personne du Verbe incarné il n y a pas une connaissance séparée de la Trinité hors de sa manifestation dans le Fils s incarnant et répandant l Esprit pour le salut de l homme L Esprit souffle et source de Vie Passons maintenant à la troisième Personne de la Trinité afin de rassembler là les fils de l explication déjà tirés à propos du Fils Mission et Procession Cyrille autour du texte de Jn 20 22 introduit un étroit parallèle même si ce parallèle n est qu une image entre la spiration de l Esprit au sein de la Trinité et l insufflation de l Esprit aux Apôtres par le Christ en Jn 20 22 Cette image du souffle sorti de la bouche du Christ et donc de celle du Père doit dire quelque chose de la réalité de la troisième hypostase Recevez l Esprit Saint Par un souffle corporel très apparent il figurait bel et bien la nature de l Esprit Dial Trin IV 532e Tu qualifieras enfin de Saint Esprit celui qui de par la nature se déverse à partir du Dieu Père à travers le Fils et qui sous la figure de l expiration sortant d une bouche nous manifeste son existence propre Dial Trin 423a L image est reprise une nouvelle fois en partant du souffle humain lui même mais comme chacun d entre nous contient en lui son propre souffle et le répand à l extérieur à partir du plus intime de ses entrailles C est pourquoi le Christ a soufflé corporellement pour montrer que de même que son souffle sort corporellement de la bouche humaine de même aussi celui qui est issu de lui est répandu d une manière divine hors de la substance divine In Io IX 1 810bc Dans la mesure où l homme peut les concevoir les relations entre les Personnes divines correspondent à leur mode de manifestation les missions économiques sont le reflet et la trace des processions trinitaires de sorte que par elles nous avons accès à la connaissance des relations éternelles 13 On peut noter un intéressant jeu de prépositions dans un passage du Thesaurus que l on peut rapprocher d un changement de préposition entre un texte de Jn et le passage du Symbole de Constantinople qui en est inspiré L Esprit Saint portera plutôt naturellement la dignité de la substance divine étant issu d elle et venant d auprès d elle ex autês te huparchon kai par autês fourni aux saints par le Fils et pour cette raison divinisant et appelant à la filiation ceux en qui il se trouve Thesaurus XXXIII 569C Le texte de Jn qui sert de source au Symbole est Jn 15 26 où la préposition est para avec un sens économique l Esprit de Vérité que je vous enverrai d auprès du Père tandis que le Symbole de Constantinople parle de l Esprit qui procède du Père ek Le parallèle est intéressant puisqu il manifeste l emploi assez général de ce parallèle entre missions et processions et le jeu de prépositions qui l accompagne Cette formalisation de l emploi des prépositions et le rapprochement des deux emplois dans les écrits de Cyrille est l un des moyens de montrer le parallèle qu il trace entre mission et procession de l Esprit L Image Cyrille emploie pour présenter leurs rapports mutuels mais aussi pour indiquer leur action en l homme une comparaison en série le Fils est l Image du Père mais l Esprit est l image du Fils De même que puisque le Fils est l image très exacte du Père celui qui le reçoit possède aussi le Père de même selon l égalité de rapport de l analogie celui qui reçoit l Image du Fils c est à dire l Esprit possède par lui le Fils et le Père qui est en lui Thesaurus XXXIII 572A Cet emploi du terme d image permet à Cyrille d insister sur leur consubstantialité puisqu il défend en Dieu une conception de l image qui au contraire de la conception platonicienne 14 interdit toute perte de gloire entre l image et l archétype d où l emploi d adjectifs comme exacte pure absolument sans défaut en outre les rapports introduits par cette chaîne d images marquent la mutuelle immanence des Personnes les unes dans les autres le Fils est l Image véritable du Père invisible en ce qu il porte en lui le reflet et la présence du Père et de même pour l Esprit Connaissance inhabitation et sanctification Mais il est un autre sens à l emploi de cette comparaison en série elle se raccorde à l homme par l inhabitation de l Esprit en lui qui lui fait retrouver la ressemblance perdue par notre père Adam Cette chaîne d images est le moyen de ramener l homme à la perfection elle est le moyen du Salut en marquant très bien la place propre de chacune des Personnes divines Il est appelé Esprit Saint par la voix du Sauveur laquelle en vérité introduit et fait habiter l Esprit dans les âmes des croyants par cet Esprit et en lui elle les remodèle dans leur aspect originel c est à dire d après lui même ou encore à une similitude avec lui même par la sanctification ainsi il nous ramène au modèle originel de l image

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  • N° 101 (août-septembre 2002) : Théologie du Dieu personnel : Initiation à la liturgie romaine - Revue Résurrection
    la liturgie est d abord à recevoir Pour l auteur la liturgie est un art total toutes les facultés de l homme sont investies par l acte liturgique L ouïe organe de réceptivité pure est au premier rang de la Parole aux cloches en passant par la musique et le silence L agencement la hiérarchisation des réalités visibles et odorantes permettent de prendre appui sur la Parole pour atteindre l invisible Nos positions et gestes sont expliqués dans leur signification spirituelle et leur origine biblique ou apostolique La station debout traduit une attitude de vigilance la station assise est celle de Marie écoutant le Seigneur L auteur traite ensuite de l organisation de l espace suivant les principes de gradation du narthex au sanctuaire et à l autel en passant par la nef et de focalisation sur l autel et le crucifix En organisant notre temps la liturgie nous permet de placer toute notre vie sous le sceau du Christ Chaque heure de la journée peut être vécue en union avec la vie du Christ et de l église aux vigiles nous attendons avec le Christ à Gethsémani aux laudes nous accueillons le don du jour nouveau none est l heure de la mort du Christ dans la torpeur de l après midi La semaine peut s organiser suivant la répartition des rosaires des messes votives mais est toujours axée sur le dimanche La liturgie utilise aussi les mois consacrant l un à Marie un autre aux âmes du Purgatoire l octave en solennisant certaines fêtes la neuvaine les cycles de quarante jours elle fixe des années jubilaires L année liturgique entremêle rythmes temporal et sanctoral cycles voués à Marie au Christ aux apôtres Elle prépare les fêtes par des temps de plusieurs semaines des premières vêpres ou une messe anticipée L auteur détaille les temps principaux de l année liturgique en en donnant le sens et les aspects de leur liturgie par lesquels nous contemplons les richesses que Dieu nous offre par le Christ L auteur étudie ensuite l utilisation des textes L usage des écritures de la proclamation solennelle à la psalmodie en passant par les répons les versets et les antiennes Les différents types de chants motets cantiques chorals processionnaux antiennes mariales Les textes du missel leur rôle leur composition leur histoire Sont ensuite exposés brièvement les accents mis par Vatican II et les malentendus dissipés Le concile n a pas voulu changer l essence de la liturgie mais déplacer clarifier les équilibres dont les rites sont la résultante entre hiérarchie et communauté entre nécessité de la répétition et danger de surcharge Il n a pas voulu supprimer les signes mais les rendre plus signifiants Comment nier le fait que le calendrier liturgique est désormais plus clair qu auparavant Finalement l histoire de la liturgie est retracée à grands traits avec quelques uns de ses acteurs en guise de repères dans la liturgie nous prions avec l église dans la sagesse de sa Tradition avec tous ceux

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  • N° 101 (août-septembre 2002) : Théologie du Dieu personnel : La liturgie selon Vatican II - Revue Résurrection
    liturgie depuis une trentaine d années dans les constitutions données par le Concile de Vatican II particulièrement Lumen Gentium 21 11 1964 et Sacrosanctum Concilium 4 12 1963 Ce retour aux textes montre que le dernier concile a eu la double volonté de garder la tradition de l Église catholique en matière de liturgie et d autre part d adapter ou de refonder les modalités de la célébration liturgique Mgr Le Gall le fait finement observer en soulignant la richesse sémantique d un mot clef de Sacrosanctum Concilium en son premier paragraphe ce sacrosaint concile estime qu il lui revient à un titre particulier d instaurer et de nourrir la liturgie Le verbe latin instaurare signifie en effet à la fois renouveler et fonder solidement Ainsi après avoir analysé ce qu elle estime avoir été des aberrations de la liturgie anté conciliaire G Esquier expose en son chapitre VII les véritables nouveautés de la réforme Ces nouveautés découlent d abord du sujet principal du Concile l Église La constitution Lumen Gentium met en effet en lumière 10 11 et 33 34 un concept de grande importance pour la liturgie celui du sacerdoce commun des baptisés qui se déploie en relation étroite avec le sacerdoce ministériel des prêtres et des évêques Comprendre que tout baptisé est prêtre en ce qu il a le pouvoir de s offrir lui même à Dieu dans tous les actes de sa vie et particulièrement en union avec le sacrifice eucharistique du Christ à son Père oblige à lui donner mission de participer comme membre actif à toute liturgie de l Église en communion avec les autres baptisés et en relation filiale avec le prêtre qui agit in persona Christi c est l ecclésiologie de communion Pour sa part la constitution Sacrosanctum Concilium souligne la primauté de la liturgie dans toute la vie de l Église Notons au passage que les fils de saint Benoît retrouveront ici comme en écho la radicalité du vocabulaire de la Règle la célébration des différents offices de prière n est rien moins pour le moine que l opus Dei l œuvre de Dieu De là découle le principe d objectivité de la liturgie elle n est pas sujette à des modifications arbitraires mais en elle le corps de l Église obéit exactement à la tête c est à dire au contrôle et à l impulsion des évêques et du successeur de Pierre Beaucoup d éléments sont développés encore dans ces pages mais il faut dire un mot du chapitre suivant VIII dans lequel l auteur montre les fruits déjà apparents de la réforme liturgique notamment un meilleur pressentiment dans la réception de l Eucharistie du banquet de la Jérusalem céleste et en souligne les échecs principalement la désacralisation de la messe À l explication théologique de ces échecs donnée par l auteur une méconnaissance par les prêtres et les fidèles du rôle de la grâce dans la liturgie nous préférons personnellement une autre plus historique si tous les fils de

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