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  • N° 101 (août-septembre 2002) : Théologie du Dieu personnel : Le Sens spirituel de la liturgie - Revue Résurrection
    de la messe restées en latin sont données dans la traduction du missel tridentin en annexe à la fin du livre Sens spirituel ou sens mystique de la liturgie De même que le commentaire traditionnel de l Écriture recherchait outre le sens littéral du texte le sens spirituel Jonas restant trois jours dans le ventre du poisson signifie mystiquement le Christ au tombeau le commentaire de la liturgie mettait en lumière sa signification mystique l encensoir et ses charbons ardents représentent l humanité du Christ brûlante de charité Ainsi le titre joue t il également sur une métaphore le pectoral ou sachet que le grand prêtre portait sur la poitrine ou dans l écrin de son cœur portait les deux mots Doctrina et veritas traduits par Durand de Mende manifestation et vérité Dominique Millet Gérard montre l épaisseur des sens du titre de Rational herméneutique selon les quatre sens de l Écriture poétique l esthétique n y est pas séparée de la vérité et parénétique il vise à élever l âme du lecteur Tout y est correspondance aimanté par l unique sacrifice du Christ Comme le remarque Dominique Millet Gérard frappante est la volonté d exhaustion du sens dans une civilisation qui ne laissait rien au hasard ainsi même des pratiques contradictoires trouvent une justification grâce à la labilité des symboles sans compter les étymologies fantaisistes labilité mais en même temps inépuisable et diverse gravité de signification Et conscience très forte des pouvoirs du langage d autant plus qu elle a affaire à la rhétorique de l Absolu disant dans la messe la plénitude du sens Consacré précisément à la messe le livre IV est comme la pointe de la liturgie s y rejoignent pour n être qu un L Esprit et la lettre dans le sacrifice de signification L élucidation des figures liturgiques tend à la coïncidence exacte entre la vérité et la figure dans le sacrement de l autel Ce livre suit les étapes de la messe en faisant l exégèse des gestes et des paroles du célébrant L explication des diverses fonctions et représentations liées à l encensement chanté dans les psaumes en est un exemple marquant Le commentateur accorde moins souvent des remarques aux fidèles participants c est avant tout une exégèse du rôle du prêtre et avant tout en ce qu il est conformé au Christ Ainsi sont expliquées la gauche et la droite de l autel par rapport à la Révélation et au Christ Non seulement les explications sont riches multiples parfois pour développer les significations d une expression mais encore elles sont très belles Il faut lire le bref préambule à l explication du canon Nous avons prévu ici de nous livrer à une explication du canon Et pourtant tout ce que nous nous efforçons d exposer en vue de cette explication nous semble de bien peu de poids La langue se dérobe les mots s évanouissent l esprit est écrasé l intelligence dépassée Je frapperai néanmoins à la porte pour que mon

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  • N° 99-100 (avril-juillet 2002) : La traduction de la Bible : Editorial - Revue Résurrection
    dans toutes les langues du monde au fur et à mesure que les peuples s ouvrent à l Evangile Mais traduire est un acte difficile comment demeurer fidèle au texte d origine à sa forme comme à son contenu sans négliger de se faire comprendre des lecteurs auxquels l on destine sa traduction Certes il serait illusoire de vouloir transmettre un texte toujours immédiatement compréhensible Pour autant le lecteur ne doit pas avoir à consulter à chaque instant un dictionnaire spécialisé pour comprendre ce qu il lit Déjà au IVème siècle Eusèbe d Emèse se posait le problème si l on veut traduire le sens de toutes les langues avec les mêmes mots on n arrivera pas à exprimer la pensée des mots qui sont dits Pour lui l effort du traducteur et de l exégète doit tendre à traduire dans une langue aussi humaine aussi naturelle que possible l esprit de la PAROLE de Dieu 1 Traduire d une langue à une autre c est passer d une culture à une autre Or d une part la langue d origine comporte en elle même des difficultés de compréhension et d autre part les images les expressions les manières de penser d une culture ne sont pas transposables telles quelles dans une autre par exemple le chiffre six symbole biblique de l imperfection est pour le chinois celui du bonheur Dans un article très éclairant sur la LXX Jean Coste citait Heidegger Une traduction ne consiste pas simplement à faciliter la communication avec le monde d une autre langue mais elle est en soi un déchiffrement de la question posée en commun Elle sert à la compréhension réciproque en un sens supérieur Et chaque pas dans cette voie et une bénédiction pour les peuples 2 Le lecteur d une Bible

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  • N° 99-100 (avril-juillet 2002) : La traduction de la Bible : Numéro 100 - Revue Résurrection
    sur les raisons de cette place relativement importante de la Bible dans notre revue alors que de toute évidence peu de nos rédacteurs au cours de ces cinquante ans ou presque ont pu mener des études personnelles en matière d exégèse biblique ce qui ne veut pas dire que toute recherche a été absente de leur travail d élaboration des articles et qu on s est forcément contenté d études de seconde main La formation de la plupart des rédacteurs les portait en effet plutôt vers la philosophie la patristique ou la littérature Cette mise en valeur de l Ecriture est donc le reflet des tendances générales de l Eglise catholique depuis ce qu on a appelé le renouveau biblique qui a précédé et préparé le Concile Vatican II Elle est en rapport avec une redécouverte des sources vives de la pensée chrétienne liturgie Pères de l Eglise spirituels qui soulevait toute une génération au moment précisément où se fondait la Revue Résurrection 1956 Une autre raison apparaît aisément à la lecture des numéros anciens de la période 1970 1990 c est une préoccupation qu on pourrait dire défensive devant les débordements de la méthode historico critique il convenait de préserver la possibilité d un accès à l histoire de Jésus et de contester les visions réductrices qui s imposaient alors et s imposent encore d ailleurs avec la lourdeur prétentieuse d une érudition mal maîtrisée et une naïve croyance en des instruments d analyse à la mode Résurrection rejoignait ici l intuition de publications comme Fidélité et Ouverture de Gérard Soulages ou les Quatre Fleuves avec les chroniques toujours percutantes de Jacques Perret Il s agissait de préserver la possibilité d un accès intelligent aux textes bibliques sans renoncer à la cohérence doctrinale Depuis ces années il serait faux

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  • N° 99-100 (avril-juillet 2002) : La traduction de la Bible : L'hospitalité du langage - Revue Résurrection
    mais de l humanité Babel serait peutêtre quelque chose comme la naissance du dialogue On comprend mieux alors ce que signifie le fait que la communauté croyante soit autorisée à traduire la Bible la Parole de Dieu se donne dans cet espace où notre tâche est de construire le sens et de nous approprier notre relation à ce sens elle se donne dans ce dialogue avec son peuple C est précisément dans ce temps de l après Babel que Dieu parle à l humanité selon les modalités inaugurées par le drame de la différentiation des langues Babel est peut être aussi une heureuse faute après laquelle la traduction et l interprétation deviennent les tâches de l humanité Traduction et relation A partir de ce récit inaugural il est possible de faire de la traduction une figure de la communication de la Parole de Dieu En effet la traduction est fondamentalement l instauration d une relation Sa fonction est de combler une distance entre le familier et l étranger de conférer à l étranger la plus grande familiarité possible Cette parole de Dieu lointaine depuis la désobéissance s actualise dans la révélation biblique sous la forme d une parole singulière Or la traduction est bien de la même manière actualisation dans une langue donnée d une parole étrangère Paul Ricoeur parle à ce sujet en une belle formule de l hospitalité langagière 2 Loin d être une parole figée dans une langue intraduisible la Parole de Dieu vient faire sa demeure dans ces langues humaines de l après Babel Une relecture du prologue de saint Jean pourrait sans doute éclairer le statut même de la Parole de Dieu parole unique et originelle qui vient habiter les langues humaines avec toutes leurs vicissitudes Il y a là quelque chose comme une kénose du Verbe dans la révélation biblique Cette hospitalité permet à la Parole de Dieu d habiter au coeur de ce qui constitue l homme en être de langage Traduire consiste alors conjointement à amener la Parole de Dieu à hauteur d homme et à amener l homme à une familiarité avec cette Parole de Dieu Conjointement les langues humaines se trouvent dotées d une capacité à dire Dieu qui les renouvelle et les vivifie Pour le croyant l univers de la langue n est peut être plus le même Sans doute est ce seulement dans des langues déjà habitées par la Parole de Dieu grâce aux traductions de la Bible qu il y a place pour une authentique écriture confessante Dans la traduction se joue donc le rapport à l altérité divine la traduction des livres saints figure la relation entre le semblable et le tout autre inscrite au coeur de la relation entre l homme et son Créateur Cette question de la relation à l autre se double dans le cas de la traduction de la Bible de la question de la relation à l origine En effet entre le texte premier et le texte traduit s intercale l

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  • N° 99-100 (avril-juillet 2002) : La traduction de la Bible : Le corps des Ecritures - Revue Résurrection
    renversement dans notre perception du réel la foi nous demande de traiter ce texte comme le lieu d une transformation comme une machine à faire du réel au lieu d y voir un reflet de l extérieur 14 En ce sens nous pouvons comprendre la condition temporelle de ce corps des Ecritures solidaire du corps du Christ et de l Eglise entre le déjà là et le pas encore La manière d aborder l inspiration des Ecritures et la question du style choisie par le P Paul Beauchamp est très éclairante Le style signifie et ce qui signifie devance aussi et prophétise Tourné vers le passé et tourné vers l avenir le corps occupe l emplacement de l inconnu consistant cela permet de répondre à la question quel est le réel du texte nous proposons ici de voir dans le corps non pas le référent extérieur à la parole mais ce qui est à la fois immanent à la parole et autre qu elle 15 Cette lecture du style de la forme du corps des Ecriture naissant de son histoire 16 nous montre le passage des Ecritures de la lettre des figures à un Corps incarné animé de l Esprit dans le temps Pleine acceptation des conséquences de l Incarnation 17 La dimension du temps est un des plus beaux risques de l Incarnation En ce sens on peut comprendre les enjeux de l actualisation Toujours informée par l Esprit la figure des Ecritures peut être transmise par la traduction inspirée dans le sein de l Eglise C est une Parole semée le document conciliaire reprend les termes d Isaïe 55 10 11 pour évoquer l inculturation qui tire de la terre où elle pousse les éléments de sa croissance et de sa fécondité Elle est créatrice de sens nouveau dans la mesure où elle est fidèle au premier consentement de Dieu au temporel Il s agit bien de l acceptation des conséquences de l Incarnation comme le souligne le même document conciliaire Dès le temps de l Ancien Testament cette étape a été franchie lorsqu on a traduit le texte hébreu de la Bible oralement en araméen et plus tard par écrit en grec Ecrit en grec le Nouveau Testament est marqué tout entier par un dynamisme d inculturation car il transpose dans la culture judéo hellénistique le message palestinien de Jésus manifestant par là même une claire volonté de dépasser les limites d un milieu culturel unique 18 De ce fait le Seigneur assume dans ce soin très attentif de notre nature 19 les limites de notre langue les langues d élection comme le peuple d élection sont dépositaires d une Parole destinée au monde entier Ces voyages d un milieu à l autre déplacent le sens à l intérieur même du texte comme les lecture figuratives le montrent déplacement du sens qui marque le passage du Christ lui même passage vers le Père Le sens est donc passage par le Christ Le lien entre le corps des Ecritures et le corps de l Eglise est à approfondir Ici on peut remarquer l enjeu de ce corps scripturaire justement pour fonder le corps de l Eglise Il est intéressant de noter que Michel de Certeau dans La Fable mystique montre comment le christianisme s est institué sur la perte d un corps perte du corps de Jésus doublée par la perte du corps d Israël Disparition fondatrice 20 à partir de laquelle se fait jour la conscience du Corps Mystique Dans Corpus Mysticum le P de Lubac a montré comment cette expression a d abord désigné le Corps eucharistique pour ensuite signifier la réalité de l Eglise L Eucharistie fut dès lors appelée corpus verum visible tandis que le Corps ecclésial considéré comme caché était appelé corpus mysticum Prenant la suite de cette étude Michel de Certeau explique comment lors de la Réforme ce Corps Mystique acquiert une signification eschatologique l autorité du corps des Ecritures est apostolique et historique le corps eucharistique a une autorité sacramentelle Le corps mystique deviendrait alors l autre par rapport aux réalités visibles des corps de l Eucharistie et des Ecritures Au moment de la Réforme les deux tendances sont d une part l une protestante privilégiant le corpus scripturaire l autre catholique le sacrement 21 De fait ces trois corps l Ecriture l Eucharistie et l Eglise se nourrissent les uns les autres Sans lien avec l Eucharistie ni l Eglise le corps des Ecritures devient lettre morte Corps transparent de la Parole Comprendre la perfection des Ecritures comme vérité vivante n est donc possible que parce qu elles vivent de l Esprit et annoncent le Verbe incarné dans un progressif dévoilement Hans Urs von Balthasar explique la liberté de l Esprit dans ce corps en ce temps qui permet sa révélation mais ne l emprisonne pas Or dit il aussi longtemps que la forme est forme véritable c est à dire vivante et agissante c est un corps animé par un esprit dont le sens et la loi d unité lui sont dictés et imposés par l esprit Le plan de la forme qui apparaît se transcende intérieurement mais il ne se transcende pas tellement et si visiblement que l esprit ne lui reste immanent et ne se manifeste rayonnant qu au travers d elle 22 Deux aspects méritent d être soulignés ici Premièrement la figure des Ecritures est comprise dans la logique de l Incarnation Ainsi l existence et la doctrine du Christ ne seraient pas une figure saisissable sans sa connexion avec une histoire du salut qui conduit à lui c est avec cette histoire et en provenant d elle qu il le Christ devient pour nous l image qui révèle l invisible De même l Ecriture n est pas un livre isolé elle est liée à tout ce que le Christ a créé fondé et qui émane de lui à toute cette réalité qui est son oeuvre et son effet dans le monde et ce n est

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  • N° 99-100 (avril-juillet 2002) : La traduction de la Bible : Et Dieu parla grec : la Bible des Septante - Revue Résurrection
    à dire tout l héritage spirituel d un Moïse comme plus tard les Evangiles celui de Jésus Livre de l Alliance livre de l Héritage la Bible grecque a façonné une conception des Ecritures dont à notre tour nous sommes les héritiers Une nouvelle Écriture Au regard de l héritage hébraïque la Septante est bien une nouvelle Ecriture au point qu elle produit de nouveaux écrits pour la plupart reproduisant un original sémitique à une époque proche de l ère chrétienne ou postérieure C est pourquoi son contenu est assez différent de celui des bibles actuelles différences de titres mises à part 1 4 Règnes 1 2 Samuel et 1 2 Rois 1 2 Paralipomènes littéralement choses laissées de côté 1 2 Chroniques 2 Esdras Esdras et Néhémie la plupart des manuscrits de la Septante contiennent des livres absents des canons hébreux Parmi ces livres certains ne figurent pas non plus dans les bibles chrétiennes que nous pouvons lire Odes Psaumes de Salomon Psaume 151 1 Esdras 3 4 Maccabées et les autres sont acceptés comme deutérocanoniques ou d un canon secondaire par les catholiques et les orthodoxes et sont considérés comme de valeur inférieure par les communautés chrétiennes issues de la Réforme Baruch Lettre de Jérémie Sagesse Siracide Tobit Judith 1 2 Maccabées suppléments à Esther et à Daniel Si nous prenons ces livres deutérocanoniques il faut observer que canon secondaire ne veut pas forcément dire littérature secondaire Tout le monde connaît les histoires savoureuses ou hautes en couleurs de Tobit ici c est bien le père qui est le héros éponyme non le fils Tobie de Judith ces exemples de justice et de courage des Israélites ont été très tôt populaires chez les Juifs Dans une certaine mesure on pourrait même qualifier la production biblique de cette époque de littérature de combat Ainsi face aux attaques païennes la Sagesse mise sous le nom de Salomon propose pour ainsi dire un contre modèle juif à la culture grécoromaine que dans le même temps elle s est assimilée par le vocabulaire ou la rhétorique par une série de parallèles et d antithèses caractéristiques de l interprétation midrashique ancienne cette sagesse veut se fonder sur le rappel de l Exode et rejeter l impiété des païens qui jadis provoqua les plaies d Egypte Quant au Siracide ou Sagesse de Jésus fils de Sirach le Sage il présente une sorte de récapitulatif de la sagesse d Israël avec notamment toute une relecture de l histoire sainte Si 44 50 La poésie ne se limite pas aux écrits de sagesse Le Psautier qui est numéroté un peu différemment les Ps 9 et 10 sont réunis tandis que le Ps 147 est coupé en deux ce qui explique que du Ps 11 au Ps 146 la numérotation de la Septante suivie par la Vulgate et généralement indiquée dans nos bibles contemporaines entre parenthèses soit en retard d une unité par rapport à l ordre hébreu Ce livre est conclu par le Ps 151 Psaume autographe pour David et hors du compte quand il affronta Goliath en combat singulier de cette manière l ensemble des Psaumes est mis sous la signature de David De façon un peu similaire la paternité toute littéraire de Salomon sur la trilogie Proverbes Ecclésiaste Cantique est soulignée à de nombreuses reprises Si nous prenons maintenant le cas des livres absents de nos bibles contemporaines il faut remarquer qu ils se rattachent tous étroitement aux livres canoniques ou deutérocanoniques Les troisième et quatrième livres des Maccabées composés directement en grec comme la Sagesse font suite aux premier et deuxième livres en magnifiant la résistance des héros juifs face à l oppresseur séleucide Le quatrième livre en même temps témoigne bien de la culture hellénistique dont le judaïsme était alors empreint puisqu il s agit en fait d un traité sur la raison maîtresse des passions inspiré notamment de la conception morale stoïcienne à cette raison toute profane est adjoint comme il se doit l adjectif pieuse pour marquer le rôle déterminant de Dieu Les personnages bibliques sont ainsi présentés comme les modèles des différentes vertus platoniciennes l exemple le plus frappant est celui développant 2 M 7 de cette mère des Maccabées qui dépasse ses sentiments maternels et exhorte ses sept fils au martyre avant de mourir à son tour Dans le domaine poétique les 18 Psaumes de Salomon font suite à la Sagesse ils se rattachent à la tradition de 1 R 5 12 selon laquelle il prononça trois mille sentences et ses cantiques étaient au nombre de mille cinq Enfin les 14 Odes comprennent des cantiques de Moïse d Anne ou des prophètes particulièrement populaires dans le judaïsme mais leur regroupement quand ce n est pas leur réécriture par des chrétiens est trahi par la présence dans le même livre de cantiques néotestamentaires ou ecclésiaux comme le Magnificat le Nunc dimittis le Benedictus et l Hymne du matin en fin de compte ces cantiques sont transmis en double sinon en triple chez les chrétiens qui les ont souvent adjoints à leur Psautier Ils font en effet partie de la Liturgie des heures qui scande le jour par des offices successifs dont les trois principaux laudes vêpres et complies utilisent chacun l un de ces cantiques adjoints aux psaumes hérités de la prière juive L ordre dans le désordre De façon générale les particularités de la Septante apportent une lecture unificatrice des livres antérieurs tendant soit à faire concorder ou dialoguer plusieurs passages soit à proposer un ordre ou une composition littéraire plus marquée Le souci chronologique est patent en 3 Règnes 16 28a h où Josaphat de Juda est mentionné comme roi de Juda avant Achab alors que son avènement est postérieur de trois ans selon le texte hébreu qui nous est transmis en 1 R 22 41 51 les deux chronologies s expliquent mais celle de la Septante n est pas la moins satisfaisante Dans l ordre de la narration également les chapitres 7 et 8 de Daniel ont été placés avant le chapitre 5 de façon à ce que les visions qui sont dites avoir lieu sous le règne de Balthazar soient relatées avant la mort de celui ci D un point de vue littéraire enfin les Proverbes ce recueil d instructions non triées Pr 25 1 LXX ont été brillamment organisés en sections alternées de strophes et de distiques l unité de l ensemble a été affermie par le je d un unique locuteur Salomon dont l adresse au fils Ecoute fils résonne comme un refrain Corpus problématique la Septante met décidément l ordre au défi du désordre Le nombre même de ses livres est fluctuant les sources anciennes hésitent entre 22 comme les 22 lettres de l alphabet hébreu d après les auteurs chrétiens et 24 si le livre de Ruth est compté avec Juges et Lamentations avec Jérémie d après la tradition rabbinique Avec d autres regroupements le nombre varierait entre 22 et 27 ce qui selon Epiphane de Salamine revient au même sachant qu il y a dans l alphabet hébreu cinq lettres ayant une double graphie or 27 c est aussi le chiffre du corpus néotestamentaire la correspondance entre les deux recueils serait alors parfaite L ordre des livres varie aussi selon les manuscrits et cela de façon révélatrice dans le codex Alexandrinus comme dans une partie de la tradition juive les livres historiques sont rangés parmi les livres prophétiques qui les suivent et à la fin desquels se trouvent Daniel Esther Tobit Judith 1 2 Esdras 1 4 Maccabées le codex Vaticanus lui reflète un ordre dont témoignent certains Pères et dans lequel le Pentateuque est le premier des livres dits historiques eux mêmes distingués des livres prophétiques Notons que Daniel a été conservé par les chrétiens parmi les prophètes en raison notamment de sa vision du Fils de l homme tandis qu il était en quelque sorte dégradé au rang des Ecrits dans la Bible juive Une vérité grecque face à la vérité hébraïque Face à ces divergences et à ces variations le principe de saint Jérôme préférant au grec l hebraica veritas semble garder toute sa valeur mais il faut tout de même rappeler que le texte hébreu n a cessé d évoluer jusqu aux Massorètes ces Juifs qui du VIème au Xème siècles se sont appliqués à transmettre un texte stable explicitant la vocalisation et partant la compréhension des mots que l alphabet hébreu exclusivement consonantique pouvait rendre ambigus Ce texte massorétique ou TM est donc à situer dans l interprétation d une époque donnée relativement tardif il n est transmis que dans des manuscrits qui au mieux sont du IXème siècle alors que la Septante nous laisse d excellents témoins datant d un demi millénaire plus tôt Dans ces conditions le texte hébreu ancien nous resterait presque totalement inconnu si les manuscrits de la Mer morte qui remontent à l aube de notre ère n avaient été découverts Ces documents de Qumran précisément révèlent dans le texte hébreu une jungle foisonnante de variantes les unes confirmant la traduction grecque les autres le texte massorétique d autres encore s avérant inédites Des originaux sémitiques ont été trouvés pour la plupart des oeuvres deutérocanoniques et globalement la remarquable continuité du texte hébreu est sauve En définitive concernant les particularités de la Septante par rapport au TM on ne parle pas de fautes ni d écarts mais de divergences en ce sens que la Septante peut témoigner d un modèle hébreu divergent du TM C est ce qui expliquerait la brièveté frappante de Jérémie dans les LXX par rapport au TM ainsi que bien d autres différences Ainsi Jr 33 18 absent de la Septante a manifestement été ajouté par le TM pour étendre au sacerdoce lévitique l héritage davidique Autre exemple en Jr 7 31 le lieu où les enfants étaient sacrifiés est appelé Tophet brûloir par la Septante tandis que le TM le surnomme Taphet crachat En 1 R 3 13 pour éviter de dire comme la Septante que les fils d Eli maudissaient Dieu Elohim le TM corrige en disant qu ils se maudissaient lahem le respect de Dieu passait avant celui de la lettre Il est certes des cas où le grec a mal compris l hébreu comme en Jr 38 21 TM 31 21 un mot rare signifiant jalons a été traduit par châtiment En d autres cas on ne peut trancher de celui qui révèle aux hommes quel est son christ Am 4 13 LXX ou de celui qui révèle aux hommes quel est son dessein TM laquelle des deux leçons est la première Acculturation ou actualisation En matière de sens il n y a rien de neutre Mais traduction ne signifie pas forcément trahison ni absence de neutralité absence de fidélité bien au contraire la Septante atteste la lecture rabbinique ou targumique comme on l a dit de son époque Il ne s agit pas en effet d une acculturation du judaïsme à l hellénisme certes dans les Proverbes le Shéol devient l Hadès de même que surgissent tout droit sortis de la mythologie grecque l Amour ailé Pr 7 10 11 le tonneau des Danaïdes Pr 23 27 les androgynes Pr 18 8 et 19 15 ou les fils de la terre Pr 2 18 et 9 18 Face à l hébreu nephesh désignant la personne dans son entier le mot psukhè âme souffle de vie personne n est pas non plus un équivalent indifférent les dualismes ultérieurs en abuseront pour effacer ce que l anthropologie sémite a d unifiant En tout cas les traducteurs juifs n inventent pas un nouveau grec ils se servent normalement d une langue qui se judaïse par voie de conséquence Ainsi en est il du terme synagogue qui est à l origine la traduction grecque du mot assemblée avant de se lexicaliser en fonction de l histoire du judaïsme Quant au mot doxa littéralement opinion il a rapidement pris le sens de gloire sans que soit rendue pour autant la vraie richesse sémantique de l ébreu kavod poids importance avant de servir d équivalent à l hébreu maleakh le mot grec aggelos prononcé anguéloss lui désignait un messager qui n était pas forcément un ange muni d ailes La Bible en définitive s est moins faite grecque que le grec ne s est chargé d un sens biblique Plutôt que d acculturation les traducteurs font preuve vis à vis de leurs lecteurs d un effort d actualisation Ainsi en Lv 1 4 9 comme l holocauste selon l usage était accompli par les prêtres lévites et non plus par le seul offrant la Septante a mis au pluriel les verbes que le TM a gardés au singulier En Ex 20 4 TM Tu ne feras ni image sculptée ni représentation a été traduit Tu ne feras ni idole du grec eidôlon image ni ressemblance car le problème n était plus la représentation de Dieu mais le fait que les idoles ressemblent à autre chose à ce titre le veau d or n était pas encore une idole dans le sens qu a toujours ce mot aujourd hui puisqu il prétendait simplement être l image de Dieu même représenté sous la forme païenne du taureau que le terme veau dévalorise assez En Jr 1 2 LXX Josias est dit fils d Amos et non d Amon TM pour éviter la confusion avec le dieu égyptien Amon chez le lecteur alexandrin De même en Ex 22 27a au lieu de Tu ne maudiras pas Elohim TM par respect pour la culture ambiante la Septante traduit Tu ne maudiras pas les dieux sans pour autant fausser le texte Des considérations moins théologiques reflètent la lecture juive de l époque en Pr 30 19 rougissant d évoquer les chemins de l homme vers la jeune femme TM le traducteur a préféré l euphémisme ambigu des chemins de l homme dans sa jeunesse Traduction et interprétation Tout est question d interprétation ou d herméneutique traduction et interprétation étant en grec un même mot hermèneia Le problème se pose de façon aiguë à partir du moment où les chrétiens font leur l Ecriture juive Sans même que soient distingués Ancien et Nouveau Testaments comme ce fut le cas au IId siècle la Septante est lue comme annonce de la Nouvelle Alliance Jr 38 31 LXX 31 31 TM en Jésus Christ comme on le sait ce dernier mot qu on accole aujourd hui presque systématiquement au prénom de Jésus comme un nom de famille vient du grec christos qui traduit un titre vétérotestamentaire celui de l oint du messie juif La Septante ne se prête pas par elle même aux interprétations messianiques chrétiennes mais les auteurs du Nouveau Testament composé en grec n ont eu que l embarras du choix au milieu de ces collections de témoignages vétérotestamentaires appelés testimonia pour tirer d elle le matériau linguistique et théologique voulu en un sens ils ne font que commenter à la suite de Jésus la Bible qu ils connaissaient dans la langue originale mais en l utilisant dans sa version lisible par les nations Cette version en effet offrait des trésors de communication ainsi le nom commun kurios traduisant Adonaï le Seigneur que les Juifs disent pour éviter de prononcer le tétragramme YHWH a été déterminant pour la fondation d une religion universelle En Ac 15 16 17 Jacques cite Am 9 11 12 LXX afin que me recherchent le reste des hommes et toutes les nations dans le sens d un universalisme centrifuge tandis que le TM suggère un universalisme centripète afin que les Israélites héritent du reste d Edom et de toutes les nations Edom avait tout simplement été lu adam homme On le voit le rôle de la Septante dans l ouverture de l Evangile aux païens n est pas direct mais il est réel La Septante a ensuite été la Bible des Pères de l Eglise qui la lisaient dans une continuité remarquable avec le Testament chrétien Ils reconnaissaient dans les moindres détails l annonce du Christ et pas seulement lorsqu un personnage comme Josué qui en grec Ièsous comme en hébreu Iehoshoua s appelle encore Jésus se prêtait à devenir le type la préfiguration du Nazaréen Citons ici quelques exemples célèbres qui ont marqué l histoire de la théologie chrétienne tout d abord pour l annonce de la virginité de Marie Is 7 14 où l hébreu almah jeune femme a été traduit parthenos vierge ensuite pour l élaboration du concept de péché originel chez saint Augustin Jb 14 4 où la Septante Qui sera pur de toute souillure se distingue particulièrement du TM Qui tirera le pur de l impur notons plus généralement qu en atténuant le caractère scandaleux et protestataire du livre de Job face à un texte hébreu très difficile philologiquement la Septante a fourni aux chrétiens l occasion de voir en Job la préfiguration du Christ Enfin pour ce qui est de la mystique de l Etre induite par la traduction d Ex 3 14 egô eimi ho ôn Moi je suis l Etant cette identification de Dieu à l Etre est empruntée au néoplatonisme qui même par analogie marqua ainsi fortement la pensée chrétienne 2 Aujourd hui la méthode des Pères ne doit pas être caricaturée il ne suffit pas de trouver dans un passage vétérotestamentaire le mot logos parole raison pour y voir le Verbe johannique ni les verbes egeirein réveiller ou anistèmi se lever pour y voir la trace du Ressuscité sous le prétexte que ce sont ces verbes qui dans le Nouveau Testament sont employés pour la Résurrection du Christ Une Bible plurielle Le détournement de la Septante par les chrétiens a suscité chez les Juifs qui la lisent couramment jusqu au VIIIème ou IXème siècle plusieurs révisions successives de la traduction grecque d après l hébreu de façon à empêcher les interprétations abusives La première au début du Ier siècle de notre ère est due à un groupe de

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  • N° 99-100 (avril-juillet 2002) : La traduction de la Bible : La Bible latine : de la Vetus latina à la Néo-Vulgate - Revue Résurrection
    saint Jérôme Les traductions des deutéro canoniques sans modèle hébreu Sagesse Ecclésiastique Baruch Macchabées étaient reprises directement de la Vetus latina Ces remarques ne doivent pas faire perdre de vue que le canon de l Ecriture n était pas encore fixé Aussi la liste des textes présentés variait elle d un manuscrit à l autre Ainsi les livres des Macchabées III et IV qu on considère aujourd hui comme apocryphes figuraient ils dans de nombreux manuscrits alors que le livre de Baruch était moins souvent retenu Si l on pense qu une bible comprenait le plus souvent plusieurs exemplaires c est à dire plusieurs tomes qui ont aisément pu se séparer en circulant on comprend que ces fluctuations aient produit des bibles hétérogènes mêlant des textes de saint Jérôme et des textes de la Vetus latina dans un ordre incertain C est au Moyen Âge que reviendra la tâche d uniformisation 3 La Vulgate au Moyen Âge Dans les siècles qui suivent la Vulgate se diffuse à côté de la Vetus latina Des bibles dépareillées circulent Les copistes confrontés à des modèles divergents mais qui se complètent l un l autre produisent des textes hétéroclites De plus la qualité des copies faiblit en raison de la dégradation des études et du fossé qui se creuse entre langue parlée et langue écrite La réaction est provoquée non par la diversité des versions mais par les erreurs qui se multiplient dans le texte sacré Dans l Admonitio generalis 789 Charlemagne prescrit de corriger avec soin les livres catholiques et de les copier avec la plus grande attention possible Il relaie ainsi les efforts de lettrés comme Maurdramne abbé de Corbie de 772 à 781 qui réalisa une première édition soigneusement corrigée de la Bible Le travail fut repris avec plus d ampleur par deux lettrés Théodulphe et Alcuin Le premier évêque d Orléans réalisa un important travail d érudit en collationnant de nombreux manuscrits dont certains excellents Mais le travail d Alcuin quoique inférieur eut plus de succès Celui ci était en effet abbé de Saint Martin de Tours une des plus grandes abbayes de l Empire Le scriptorium de l abbaye copia et diffusa largement des bibles d une très grande qualité formelle Mais les deux éditeurs se rejoignent par le choix déterminant qu ils font de la Vulgate qui dès lors s impose dans tout l Occident Les études manquent pour développer la suite de cette histoire entre le Xème et le XIIème siècle La Bible d Alcuin a manifestement servi de modèle mais sans être copiée intégralement Il est clair que les bibles de cette époque ne peuvent être considérées comme de simples versions dégradées des bibles carolingiennes Un éclairage intéressant nous est cependant fourni par les cisterciens Cet ordre très centralisé chercha à imposer dans son sein un texte uniforme de la Bible Etienne Harding un des premiers abbés de Cîteaux 1109 1133 en donna une édition qui s est conservée Il s appuya sur plusieurs manuscrits latins et travailla avec des juifs Il accorde même plus de crédit au texte hébreu ce qui ne doit pas surprendre à une époque où l hebraica veritas est très prisée Au milieu du siècle un autre cistercien Nicolas de Manjacoria s attela à la même tâche avec un sens critique plus affirmé Il cherche à établir le texte de la Vulgate de saint Jérôme et pour ce faire il considère que le texte hébreu n est un témoin utile qu en cas de divergence des manuscrits latins L original de son oeuvre ne nous est hélas pas parvenu Le cas des bibles cisterciennes annonce l évolution du XIIIème siècle Dans le Nord de la France les trois premières décennies sont marquées par un processus d élaboration d une nouvelle Bible La taille diminue l écriture se resserre D une bible à l autre l ordre des livres et les prologues mis en tête de chaque livre sont sensiblement les mêmes Le système de chapitre que nous utilisons encore créé au début du siècle par Etienne Langton se développe Après 1230 ces éléments se sont généralisés dans cette région De plus la majorité des bibles présentent un texte à peu près uniforme En dehors du Nord de la France certains traits se diffusent très vite comme le nouveau système de chapitre d autre mettent plus de temps à s imposer Ce changement rejoint le récit de Roger Bacon en 1226 1227 des libraires et théologiens à courte vue auraient décidé arbitrairement de faire d un manuscrit de la Bible le plus complet possible le manuscrit de base pour copier la Bible Ainsi se serait enfin répandue une bible uniforme la bible des libraires parisiens mais défigurée par les erreurs du manuscrit de base et celles ajoutées par les copistes Roger Bacon écrit en 1270 et il n a pas été témoin des événements Aussi ne peut on prendre ses propos pour argent comptant Nous ne pouvons que constater certains faits Au XIIIème siècle la demande de bibles explose bibles de poche à l usage des dominicains bibles pour les maîtres de l Université de Paris et les étudiants bibles de luxe Le poids de l Université de Paris dans l adoption d innovations commodes et d une présentation uniforme est certain En revanche on comprend mal comment le texte s est figé Il s agit peut être du texte qui servait de support à la glose ordinaire telle qu elle s est mise en place au XIIème siècle Cette fixation est très importante à partir du milieu du XIIIème siècle le travail de révision de la Vulgate qui ne cesse pas change de forme Au lieu d introduire leurs corrections dans le texte biblique même les maîtres les rassemblent à part dans des correctoires qui ont une circulation autonome 4 La Vulgate sixto clémentine Au XVIème siècle le panorama change totalement Tant la Réforme que l humanisme mettent la Vulgate sous la forme qu elle a finalement atteint en concurrence avec

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  • N° 99-100 (avril-juillet 2002) : La traduction de la Bible : Le style de Dieu au pays de Ronsard - Revue Résurrection
    cette pureté moderne qu il veut imposer à la langue le cardinal du Perron le critique pour une raison opposée il regrette l ingéniosité de ses recueils amoureux Monsieur du Tiron c est le titre de Desportes abbé du Tiron n est plus Monsieur du Tiron en ses psaumes dit il Aucune traduction ne semble en effet pleinement satisfaire au double critère que l on impose la fidélité à la parole divine et la réussite esthétique Entre simplicité et ornement Comment acclimater sans trahir l étrangeté radicale de la langue biblique Là où les Réformés voient la Parole de Dieu comme une sentence qui frappe le coeur des élus par son évidence et privilégient donc l efficacité et la simplicité rhétoriques les catholiques tentent de rendre la gravité et la majesté du langage divin ils veulent que perce la richesse sémantique de la Bible dont l exégèse des quatre sens montre qu elle est inépuisable D autres estiment que l ornement poétique doit faire éclater la splendeur des Saintes Écritures Les versions qui résultent de ces principes risquent fort d être tout aussi infidèles Que penser en effet de cette amplification pourtant discrète si on la compare à d autres d un verset du psaume 101 102 Avance à mon secours ta faveur réclamée Car mes jours les plus beaux comme vaine fumée Tôt se sont écoulés Et l humeur de mes os est du tout consumée Comme de ces tisons qui sont demi brûlés Desportes 7 Là où l hébreu frappe par ses raccourcis Desportes veut rendre par le développement de chaque image et les variations rythmiques l expressivité et la force d un tel cri La paraphrase ici ne peut que transposer dans d autres codes rhétoriques la véhémence qu elle perçoit dans l original La poésie française a en effet déjà acquis ses lettres de noblesse à travers la transformation profonde que lui a imposée l époque de la Pléiade Ronsard Du Bellay en configurant autant que possible la langue aux modèles italiens grecs et latins Nous voilà en quelque sorte revenus à l époque de saint Augustin la rhétorique biblique risque de paraître sans charme face aux poètes L auteur des Tragiques Agrippa d Aubigné calviniste s indigne ainsi de ce que beaucoup la décrient pour être d un style grossier infectant d un mortel dégoût les oreilles des Grands 8 Des oreilles habituées aux accents de Ronsard et Du Bellay peuvent elles admettre la véhémence dépouillée et surprenante des Écritures Pour le théoricien Pierre de Deimier grand admirateur de Desportes le poète traducteur doit concilier respect absolu du sens et embellissement Les traités les livres que l on veut traduire reçoivent un embellissement et une plus splendide couleur en la traduction ainsi que Desportes l a su si bien faire en la susdite version des Psaumes 9 On voit toute l ambiguïté de la tâche L embellissement risque toujours d être un ornement ajouté au texte la réussite esthétique risque d être imputée au traducteur et non à la source scripturaire Pour le poète Chassignet auteur d une paraphrase des douze petits prophètes le corpus biblique est chatouilleux étroit scabreux et çà et là bordé de très profonds et dangereux précipices à cause de l âpreté et rudesse des phrases Hébraïques au paraphraste d aplanir ce relief accidenté sans toutefois gommer totalement l étrangeté du texte en effet cet aplanissement n est jamais parfait il laisse subsister des écueils qui charment le lecteur car le chemin moyennement entrecoupé de petites collines offre un plaisir supérieur à une longue planure plaine 10 Pour qui veut rendre la rudesse hébraïque sans dénaturer la langue française l équilibre est donc difficile à trouver Une rencontre manquée C est peut être pour toutes ces raisons que la Bible est singulièrement absente des efforts de promotion de la langue française devenue pourtant la langue de la gloire royale et de la grandeur littéraire Les traductions en prose cette foisci ne manquent pas cependant Les pasteurs et les éditeurs genevois assurent la révision régulière d une traduction empruntée à Olivétan qui l avait rédigée à la demande des Vaudois dont la première publication remonte à 1535 et largement diffusée elle mêle simplicité et exactitude philologique pour être comprise du plus grand nombre Cette version est d ailleurs la principale source de la plupart des traductions françaises de l époque René Benoist la reproduit moyennant quelques corrections pour diffuser une Bible catholique en français à la fin des années 1560 Lorsque les théologiens de Louvain publient dès 1578 une version catholique en français qui fait autorité leur texte ne manque pas d être extrêmement proche d Olivétan ils font généralement oeuvre de compilateurs en puisant ce qui leur paraît le plus convenable dans les diverses versions disponibles refusent d expliciter les passages obscurs et se soucient en général assez peu d élégance dans l expression Il est difficile de démêler l écheveau formé par ces tentatives souvent contradictoires On remarque pourtant qu aucune synthèse ne se dégage pour accorder à la langue française la capacité à la fois d exprimer correctement le sens de la Révélation et de posséder une éloquence adaptée à la parole divine Les Protestants s enthousiasment pour la vulgarisation certes mais Olivétan restait convaincu des difficultés de la langue française à coller à l éloquence biblique il est autant difficile comme vous savez de pouvoir bien faire parler à l éloquence hébraïque et grecque le langage français lequel n est que barbarie au regard d icelles que si on voulait enseigner le doux rossignol à chanter le chant du corbeau enroué 11 De fait l objectif essentiel des premiers grands biblistes humanistes au début du siècle Lefèvre d Etaples d un côté passé à la Réforme à la fin de sa vie Erasme de l autre resté fidèle à l Église catholique était d abord de produire à destination des érudits et des théologiens une nouvelle version latine des Écritures plus proche des textes grecs et hébraïques et

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