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  • N° 90 (octobre-novembre 2000) : Le pardon : Le Sacrement de Réconciliation : guide du pénitent (Guillaume de Menthière) - Revue Résurrection
    de rédiger un traité systématique de théologie sacramentaire il emprunte son plan à la démarche du pénitent telle que l Église la définit depuis la conversion initiale jusqu à l absolution avec une ouverture sur l eucharistie conformément à l orientation actuelle du magistère Ainsi les questions que se posent nos contemporains remises dans ce contexte se résolvent en partie d elles mêmes L auteur ne se croit pas dispensé

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  • N° 88-89 (juin-septembre 2000) : Un Dieu qui souffre ? : Editorial - Revue Résurrection
    appliquée à Dieu se pose aujourd hui comme hier et la provocation contemporaine est une occasion de tenter de le résoudre à nouveaux frais Encore faut il se donner les meilleures chances d y parvenir à l écoute de la Révélation et pour cela sortir des alternatives ruineuses et des oppositions factices ou l Etre immobile des Grecs ou le Dieu Vivant de la Bible ou le Dieu Amour proche et compatissant ou le Transcendant enfermé dans sa Gloire inaccessible Urs von Balthasar a fait remarquer jadis 1 que la philosophie grecque celle des Présocratiques tout autant que celle de Platon et d Aristote n est pas à mettre en opposition avec la pensée biblique mais que son vis à vis naturel est le mythe homérique ou tragique lequel expliquait le divin dans la trame de l aventure humaine sans craindre de le compromettre avec les passions de l homme La purification opérée par les penseurs grecs pour nécessaire qu elle fût laissa subsister un reste de sens non résorbé par la philosophie Par contre la réflexion biblique progressa selon sa ligne propre en tension également avec une pensée mythique celle de l Ancien Orient qui rapprochait dangereusement le divin des comportements humains y compris la violence injuste le mensonge et la sexualité elle opéra à sa façon une démythologisation mais qui ne fut jamais complète car il s agissait de ne pas perdre la réalité personnelle de Dieu et son engagement dans une histoire dramatique où il réagit aux événements humains C est pourquoi la Bible Ancien et Nouveau Testament tout en valorisant la transcendance de Dieu sa non limitation par les faiblesses humaines son éternité sa rigoureuse unicité etc lui prête des pensées et des attitudes successives colère repentir etc en correspondance avec l histoire de l homme Plus exactement l Écriture semble le plus souvent employer un double langage une manière très concrète de marquer l engagement de Dieu dans le temps et même dans l espace Gn 11 5 Ex 14 24 etc et une mise en valeur de son immuable dessein qui se réalise au delà des péripéties de la liberté humaine comme on le voit particulièrement dans l histoire de Joseph vendu par ses frères Cette deuxième ligne s exprime à l aide de termes comme vérité souvent traduit par fidélité sainteté et bien sûr puissance Le livre de la Sagesse n a pas de mal à utiliser dans cette direction les acquis de la philosophie grecque réunissant la mobilité de la Sagesse divine avec sa fermeté et sa stabilité 7 22 30 Nous ne sommes pas si loin dans ce cas de ce que la tradition théologique a exprimé avec le concept de relation mixte 2 La souffrance de Dieu n est pas un thème biblique il faut le reconnaître Dieu attend pardonne menace mais tout dans la Bible indique que Dieu ne se situe pas au niveau de l homme pour être blessé par lui Le péché porte atteinte à son honneur

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  • N° 88-89 (juin-septembre 2000) : Un Dieu qui souffre ? : Questions ouvertes - Revue Résurrection
    dernière n est plus même dans une vie chrétienne que le temps intolérable où Dieu s absente de nous pour nous laisser sans consolation temps où le salut ne passerait pas où la tragédie triompherait de tout où nous serions confrontés au néant et à l absurde II Les cadres de la réflexion On le voit la diversité voire l extrême complexité des enjeux oblige à une certaine circonspection d autant que la réflexion part de l expérience humaine et de son langage pour mieux comprendre la transcendance divine Il n est pas inutile de rappeler quelques jalons avant d entreprendre un tel parcours La théologie biblique La transcendance affirmée par l Ancien Testament exclut clairement Dieu du devenir Depuis longtemps tu as fondé la terre et les cieux sont l ouvrage de tes mains eux périssent toi tu restes tous comme un vêtement ils s usent comme un habit qu on change tu les changes mais toi le même sans fin sont tes années 9 Cette immuabilité ne concerne pas seulement l économie du salut c est à dire la fidélité du Seigneur à ses promesses que la Bible exprime ailleurs et d une autre manière Le vocabulaire a bien ici une portée métaphysique puisqu il touche le cycle de la mort et de la vie du devenir en tant que tel attribuant à Dieu une permanence et une identité éternelles le même 10 Cependant la Bible ne dédaigne pas le paradoxe et affirme parallèlement l immuabilité éternelle la fidélité historique et un agir qui suit pas à pas le déroulement de l histoire humaine et s exprime de manière changeante Dieu regrette pardonne s enflamme de colère Le vocabulaire de l Ancien Testament suggère un être affecté et bouleversé Deux passages ont ainsi beaucoup frappé les penseurs modernes Jérémie 31 20 Éphraïm est il donc pour moi un fils si cher un enfant tellement préféré que chaque fois que j en parle je veuille encore me souvenir de lui C est pour cela que mes entrailles s émeuvent conturbata sunt viscera mea super eum pour lui que pour lui déborde ma tendresse oracle de Yahvé Osée 11 8 Comment t abandonnerais je Éphraïm te livrerais je Israël Comment te traiterais je comme Adam te rendrais je semblable à Çéboyim Mon cœur en moi est bouleversé toutes mes entrailles frémissent conversum est in me cor meum pariter conturbata est paenitudo mea 9 Je ne donnerai pas cours à l ardeur de ma colère non convertar je ne détruirai pas à nouveau Éphraïm car je suis Dieu et non pas homme au milieu de toi je suis le Saint et je ne viendrai pas avec fureur L exégèse de tels passages est délicate S agit il d un pur anthropomorphisme issu d une formulation humaine totalement imparfaite ou plus subtilement d un langage pédagogique par lequel le Seigneur se met à notre portée 11 Dans tous les cas le passage d Osée affirme en même temps la vulnérabilité divine exprimée comme un changement en latin conversum est et le refus de la passibilité exprimé en latin comme le refus du changement non convertar il exprime d abord d une manière inouïe la sensibilité de Dieu à la détresse humaine et permet de rejeter toute image d un Dieu indifférent Il reste donc à approcher le mystère de cette sensibilité Déjouer les pièges du langage L analyse des diverses perceptions possibles de la souffrance a déjà suggéré la nécessité de réfléchir au sens littéral et symbolique des mots employés Dès lors il faut comprendre pourquoi la théologie des Pères a reconnu Dieu impassible Comme l explique Balthasar pathos est un concept à plusieurs sens 12 Il peut exprimer une contrainte extérieure que la personne subit involontairement ce qui viendrait évidemment nier la liberté infinie de Dieu Plus encore il implique parfois un lien nécessaire au péché et à la corruption qui suite au péché originel rend la chair esclave d un point de vue psychologique les pathê expriment la division intérieure l incapacité du choix on retrouve ici les thématiques de l esclavage des passions de la phtora corruption chez Athanase ou de la concupiscence chez Augustin Ces blessures de l être qui tirent l homme vers le péché Dieu doit en être parfaitement exempt En revanche l apathie divine n est pas l ataraxie stoïcienne mouvement par lequel l individu se protège des troubles et affections extérieures qu il ne maîtrise pas exerçant avec une parfaite tranquillité son empire sur lui même Cela n appartient pas à Dieu dont les Pères rappellent la compassion et la miséricorde dans lesquelles le Verbe a voulu librement sans nécessité ni contrainte porter sur lui les passions de l homme 13 Cette réflexion ancienne nous montre que la souffrance est ambiguë elle peut être liée nécessairement au péché et dans ce cas l attribuer à Dieu est absurde mais elle peut également n entretenir aucun lien avec lui comme dans la personne du Fils qui a souffert en toute liberté sans péché personnel L autre précision décisive concerne les problèmes posés par notre perception de Dieu à travers l agir du Christ Les fondements de la christologie catholique soulignent assez que le Christ nous sauve par sa manière unique d être homme il embrasse chaque moment de la vie humaine avec sa liberté profonde pour le transformer mystérieusement 14 L existence du Christ et l essence divine ne sont évidemment jamais dans une relation d identité puisque Dieu éternel se dit à travers le temps puisque les dispositions profondes du Verbe se disent à travers un mode humain Sans cela le dynamisme de l union hypostatique chez le Christ ne ferait que déployer une identité entre agir humain et être divin la perception chrétienne du salut fondée sur une distance positive entre l homme et Dieu s effondrerait L identité ne crée pas nécessairement la relation Dieu n a nul besoin d être comme moi pour me connaître m aimer et me sauver puisqu

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  • N° 88-89 (juin-septembre 2000) : Un Dieu qui souffre ? : Le Verbe a souffert - Revue Résurrection
    mort brisa la tyrannie de la mort puisqu il était à la fois Dieu et homme 3 Le Verbe impassible Nous voyons bien la beauté de l acte de ce Dieu qui ne veut rien nous donner d autre que lui même Mais notre intelligence proteste Comment le Verbe a t il souffert en restant impassible En premier lieu il faut rappeler que les noms divins se corrigent l un l autre car aucun n est suffisant pour exprimer la nature divine elle les dépasse tous Théodote dans le second de ses trois sermons lus à Éphèse explique que le nom de Fils qui sous entend la passibilité est corrigé par celui de Parole qui affirme l impassibilité Cependant le Christ est pleinement Fils et modèle de toute filiation D autre part la nature divine ne connaît aucune limite elle ne saurait être arrêtée par une incompatibilité avec la nature humaine Aussi la dit on surnaturelle L Incarnation est un miracle Crois que cela a eu lieu et laisse à l auteur de la chose d en connaître le mode 4 écrit Théodote dans une autre des trois homélies Il y prend l image du médecin dont on ne demande pas les procédés Il ne s agit pas d un refus de penser l Incarnation mais d une admiration devant la nature divine qui dépasse toute pensée La souffrance et la mort du Verbe attestent la réalité de l Incarnation Loin de renoncer à utiliser des mots Théodote précise un peu plus loin dans le même sermon comment il faut comprendre ce miracle S il n a pas subi la condition humaine comment s est il anéanti Quand je dis que Dieu a subi je le dis en maintenant que la nature divine est impassible car ce qui a attaché la passibilité à Dieu ce n est pas une nature passible mais l union avec la nature passible C est en unissant à lui même la faculté de pâtir qu il a réalisé son plan C est ainsi que le Seigneur est advenu c est ainsi qu il a été auprès du fugitif paraissant comme un compagnon d esclavage et accordant ses bienfaits comme maître montrant la forme d esclave et gratifiant de la grâce du maître ayant faim comme esclave et faisant jaillir les pains comme Dieu peinant comme homme et marchant sur le dos de la mer comme Dieu reculant devant la croix comme homme car par ses défaillances il rendait croyable son aspect visible et par ses miracles il montrait le Dieu caché Ainsi apparu comme homme il nous amena tous à sa familiarité Il nous donne comme docteur Jean qui en un seul verset a résumé toute la piété car le Verbe dit il est devenu chair Celui qui est devenu chair il est par sa nature il est devenu chair à cause de l économie 5 Le mystère que Théodote invite à contempler est celui du don de Dieu Dieu nous offre l union à lui même après notre déchéance et cette union nous est rendue possible parce qu elle est réalisée dans la personne du Christ par delà le péché qu il a porté Ce qui a attaché la passibilité à Dieu ce n est pas une nature passible mais l union avec la nature passible La clef de la compréhension du mystère de la souffrance du Fils éternel est dans cette phrase Pour Théodote il n y aurait aucun sens à envisager ce fait absolument en Dieu en dehors du rapport qu il crée avec l homme Nous ne sommes pas des créatures autonomes qui auraient à choisir ou refuser comme un objet extérieur à elles un Dieu qu elles ont contraint à subir la blessure que lui inflige le péché Par sa souffrance librement choisie en accord avec le Père le Fils est déjà en notre cœur Il ne nous appelle de nulle part ailleurs que de notre intimité la plus profonde et nous ne pourrions le recevoir s il n avait accepté les marques de notre condition actuelle L humanité parfaite de Jésus fruit de l union des deux natures Comme l écrit Théodote le Verbe n aurait pas souffert s il ne s était fait homme Il n a pas souffert en sa nature divine mais en l humanité devenue sienne par l union Ainsi ses souffrances ne sont elles à chercher nulle part ailleurs que dans l humanité de Jésus Mais elles sont bien celles de la seconde personne de la Trinité elle n auraient pas été telles si elles n avaient été celles du Fils de Dieu Non qu elles aient une autre nature que les nôtres l Incarnation serait manquée Mais elles sont portées par le seul homme dont l intimité avec Dieu ait été sans faille cet homme qui l est au plein sens du mot homme est l expression de Dieu Loin d être l irruption d une manière non humaine de supporter l angoisse et la peine la passion de Jésus fait l unité des diverses attitudes des hommes devant la souffrance et la mort qu on croirait facilement inconciliables La paralysie intérieure de celui qui a peur et le courage du héros la révolte et la résignation sont également tirés vers le modèle du Christ souffrant qui a tout connu de la crainte et du désir profonds de l être humain parce que sa divinité fait de lui l homme parfait Il est pour nous totalement vain de méditer sur les souffrances du Verbe comme si elles étaient autres que celles de l homme Nous devons au contraire contempler celles de l homme Jésus qui sont divines parce qu elles montrent l amour de Dieu La merveille de la nature humaine est d être plus elle même que jamais lorsqu elle est unie à Dieu Comme le don est au cœur de la nature de Dieu il est au cœur de l être de Jésus Le Verbe s est totalement donné dans l

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  • N° 88-89 (juin-septembre 2000) : Un Dieu qui souffre ? : Le problème de la relation mixte chez saint Thomas d'Aquin - Revue Résurrection
    une gradation selon une participation inégale à partir de la perfection d être chaque degré se fondant sur l éminence et la causalité du premier du fait que tous les autres prédicaments tirent de la substance leur raison d être il s ensuit que le mode d être de la substance est participé selon une certaine similitude de proportion entres tous les autres prédicaments 4 Ici raison d être signifie à la fois cause et mesure comme quand on parle de la raison d une suite géométrique ou arithmétique La prédication de l être doit donc se faire selon un ordre immuable qui part du premier auquel les suivants participent Qu est ce que participer c est avoir partiellement ce qu un autre est sans restriction Quel abîme sépare néanmoins ce premier qui possède la forme d être par essence tandis qu elle ne se trouve dans les suivants que par participation il n y a donc pas de forme commune à Dieu et aux créatures mais une seule forme d être Dieu à laquelle elles participent par imitation rien ne peut exister qui ne procède de la sagesse divine en l imitant d une certaine manière comme du premier principe efficient et formel 5 c est dire que la relation est asymétrique donc non réciproque Les créatures imitent Dieu autant qu elles le peuvent suivant leur place dans l échelle des degrés d être la ressemblance de la sagesse divine s étend graduellement des créatures supérieures qui en participent davantage jusqu aux choses inférieures qui en participent moins 6 Dieu est donc cause formelle de la perfection d être mais les créatures participent de cette perfection selon une mesure finie de sorte que cette causalité n est qu analogique Le fossé de la transcendance les sépare une fois de plus de Dieu en qui le Fils participe de la perfection d être du Père selon une mesure infinie et une causalité univoque Participation et causalité Telle est la profonde innovation et peut être le coup de génie de saint Thomas d Aquin la participation de la créature à Dieu par l imitation fonde sa ressemblance avec lui L immanence de l être aux âmes qui procèdent de lui avait été la croix du néoplatonisme contraignant Plotin à dire que l Un n avait pas l être en partage pour préserver sa transcendance mais du même coup il avait frappé d inanité la réalité de l univers On ne peut dire non plus l être équivoque puisqu il est participé par les créatures selon une mesure finie autant qu il leur est possible de la faire De façon semblable les créatures participent à l excellence des attributs divins selon leur virtus tels sont les deux modes de la ressemblance L enseignement de saint Thomas culmine dans l affirmation que rien ne s oppose à ce que l on parle de proportion de la créature à Dieu selon le rapport de l effet à la cause 7 Cette formule lapidaire sauvegarde la transcendance absolue de Dieu puisqu il est seule cause et seule efficace mais dans cette disproportion celle qui sépare le créé de l incréé et le subsistant par soi de ce qui est par autrui et qui est l expression de la transcendance dans la tradition il existe néanmoins une proportion c est à dire ici une présence immanente de Dieu à la créature par l acte qu il lui communique Dans cette affirmation somme toute tardive de Saint Thomas l être de Dieu se manifeste moins comme forme d être et cause finale que comme cause efficiente ou créatrice le rapport des créatures au Créateur est moins d imitation que de dépendance absolue et non réciproque La nature dans ce schéma n a d épaisseur qu en tant qu ordonnée à sa fin c est à dire Dieu C est dans cette immanence de l acte divin à la créature que peut être il faut chercher le sens de la relation mixte chez saint Thomas Elle est une réalité d ordre spirituel consistant à réserver à la divinité tout être et toute perfection A la limite cette analyse est un produit de notre métaphysique aveugle contrainte d expliciter le rapport entre les deux termes de la relation selon la dualité des points de vue d une part la diffusion sur les étants de la vertu d être depuis le principe Dieu d autre part l accueil et l exercice de cette vertu par les natures dans la mesure de leur essence Nous ne percevons pas immédiatement que cette diffusion et cet accueil loin de constituer des réalités à part ne sont que les dénominations extrinsèques d un unique mouvement le déploiement du pur acte d être Consentons pourtant à jouer le jeu de notre entendement limité sous peine de tomber dans l incapacité de parler On séparera donc le point de vue de Dieu et de la créature dans la relation qui les unit La source de toute béatitude Pour ce qui est du point de vue de Dieu nous suivrons de près Maritain 8 qui a développé dans des pages splendides la pensée du maître Il écrit avec toute la tradition que la béatitude de Dieu aurait été aussi complète quand même il n y aurait pas eu de Création et quand il ne recevrait pas les joies qui lui sont dues de la part des créatures Ces joies de possession n ajoutent rien à sa béatitude non parce qu une quantité apportée à un infini n ajoute rien à ce dernier mais parce que ces joies préexistent de toute éternité en Dieu Mais Maritain va plus loin lorsque Dieu accepte l éloignement de lui de la créature le péché qui paraît retrancher une de ces joies qui lui sont dues sa béatitude n en est pas diminuée pour autant non parce qu il serait inaccessible et isolé dans sa transcendance mais parce que son acceptation est si pure et si pleine de charité qu il faut

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  • N° 88-89 (juin-septembre 2000) : Un Dieu qui souffre ? : Quand la Croix nous ouvre le secret de la Trinité - Revue Résurrection
    uni à l homme tout entier Impossible en effet qu il n ait pas fait cas de ce qu il y a de meilleur en nous l âme réservant à la chair toutes les peines prises lors de sa venue parmi nous Le mystère de l économie s est accompli harmonieusement aux deux plans le Verbe s est servi de sa chair d une part comme d un instrument en vue des opérations de la chair des faiblesses physiques et en tout ce qui n était pas blâmable de son âme d autre part pour toutes les passions propres à l homme et non coupables Il est dit en effet qu il a eu faim qu il a supporté les fatigues des longues marches l abattement la crainte le chagrin l agonie et la mort sur la Croix Sans y être contraint par personne de lui même il a livré pour nous sa propre âme afin de régner sur les morts comme sur les vivants De sa propre chair il a payé pour la chair de tous une rançon véritablement équitable de son âme il a fait la rédemption de toutes les âmes même s il a repris vie parce que comme Dieu il était vie par nature 16 Le traitement par saint Cyrille de la communication des idiomes est ainsi descendant la notion d instrument lui sert à préciser le type de concours des deux natures considérées en leurs opérations propres L instrumentalité mise en lumière n est pas de pure passivité elle est à l évidence celle d un instrument animé Une telle instrumentalité caractérisant la coopération entre la nature humaine et la nature divine ne tombe ni dans la tendance monophysite comme elle se rencontre spécialement chez Eusèbe de Césarée ni dans la vision nestorienne d une instrumentalité extrinsèque En effet d une part l instrumentalité mise en lumière par saint Cyrille est clairement celle d une chair animée et d autre part elle présuppose l appropriation aboutissant à l union de telle sorte que l analogie d une instrumentalité de la nature humaine est ainsi adéquatement régulée Dans cette même ligne la reprise de la notion d instrument par saint Thomas d Aquin 17 s accompagne de deux correctifs dans l union hypostatique la nature humaine peut être pensée comme un instrument animé 18 et conjoint 19 de l hypostase la personne du Verbe La lecture descendante de la communication des idiomes laisse peu explicitée sa signification ascendante au sens où le Christ en la singularité de sa nature humaine concrète est l icône de son hypostase propre C von Schönborn 20 a pourtant montré que déjà dans la théologie de saint Cyrille une portée iconique revient à la chair du Christ en vertu de la véracité même de son appropriation par le Verbe Il revint toutefois à saint Maxime de donner la clé d intelligibilité d une telle lecture ascendante Cette avancée menée par le Confesseur dépend de son analyse précise du rapport entre nature et hypostase l hypostase est ce qui distingue deux êtres d une même nature l hypostase consiste dans les caractères distinctifs de chaque être 21 De là saint Maxime accède à une formulation de l union hypostatique qui souligne admirablement les propriétés distinctives de la chair et du Verbe La chair n a pas gardé la différence envers le Verbe par les particularités qui la distinguent des autres hommes elle n a pas non plus été distinguée de nous par les particularités qui la rende différente du Verbe mais elle a sauvegardé l union ou l identité hypostatique avec le Verbe par les particularités qui la distinguent de nous de même qu elle a gardé la différence essentielle avec le Verbe par ce par quoi elle nous est unie naturellement Le Verbe d autre part a sauvegardé l union ou l identité hypostatique avec la chair par les particularités qui le distinguent comme Fils et Verbe de ce qui est commun dans la divinité 22 Selon cette analyse c est précisément par ce qui le distingue du Père et de l Esprit que le Verbe s est uni la chair précisément en ce qui la distingue de nous Une telle correspondance des propriétés distinctives dans l union hypostatique fonde la possibilité pour la nature humaine concrète du Christ d être adéquatement expressive de l hypostase du Verbe Rapprochant plusieurs textes de saint Maxime C von Schönborn montre que cette expressivité se réalise au niveau de l agir du Christ Dans l hypostase du Christ les opérations naturelles entrent dans un échange antidosis dans une compénétration périchôrèsis non pas naturelle mais hypostatique personnelle qui confère à l agir humain du Christ son mode unique nouveau divino humain Ainsi dans cet échange l agir humain du Christ a pu devenir le lieu d expression de son agir divin 23 C est l agir divin du Fils dans sa modalité hypostatique propre de soi relative au Père et à l Esprit que révèle l agir humain du Christ En effet comme le montre Maxime 24 l opération appartient à l hypostase comme à son quod c est à dire le principe subsistant qui permet le passage de la puissance à l acte dans l opération et ne relève de la nature que comme un principe quo c est à dire la forme du sujet qui détermine corrélativement à son objet la nature de l opération de telle sorte que si la forme d une opération manifeste sa nature humaine ou sa nature divine le mode de l agir humain du Christ révèle le propre de sa personne divine qui agit toujours dans son élan filial vers le Père élan d amour dont procède l Esprit La révélation de l hypostase du Fils est nécessairement trinitaire Ce passage par deux grands théologiens de la tradition christologique atteste que l instrumentalité et l expressivité ne forment pas une alternative christologique à trancher mais bien plutôt un équilibre L instrumentalité de la nature humaine permet de penser l efficacité divine de l agir du Christ alors que l expressivité ouvre à la perception de son mystère filial éternel à travers la modalité propre qu unifie hypostatiquement son acte Selon ces deux clés de lecture la passion du Christ sera vue d une part dans sa vertu salvifique et d autre part dans sa vertu révélatrice de l être filial 3 De la Croix à l Amour Balthasar et Maritain A l aide des outils conceptuels affinés par saint Maxime on peut tenter de remédier au peu de prise en compte de la Croix du Christ qui affaiblit la théologie rahnérienne Nous voulons ainsi proposer une exploitation ascendante du Grundaxiom appliqué précisément à l événement de la Croix Le fondement traditionnel d une telle lecture se trouve dans la communication des idiomes utilisée dans le sens ascendant Dans cette tentative nous recoupons celle de Balthasar et celle de Maritain sur lesquels nous prendrons appui pour avancer finalement un décryptage trinitaire de la Croix qui respecte l impassibilité divine au titre d instance métaphysique critique Dans le sens ascendant la communication des idiomes pose plus de problèmes que dans une lecture simplement descendante il faut par exemple affirmer que le Verbe de Dieu a souffert dans la chair 25 mais sans reporter purement et simplement en Dieu les modalités kénotiques 26 de la mission du Christ Balthasar formule ainsi ce cheminement ascendant à partir de la Croix et le recours à une instance négative qui commence par écarter de Dieu toute modalité kénotique mondaine Il faut prendre comme point de départ ce qui relève de la kénose de Dieu dans la théologie de l alliance pour en arriver jusqu à la croix et tâcher d atteindre à partir de là le mystère de l Absolu selon une théologie négative celle ci d une part écartera de Dieu toute expérience et toute souffrance qui le compromettrait avec le monde mais d autre part elle posera en Dieu les conditions de possibilités de cette expérience et de cette souffrance de manière à fonder une christologie avec toutes ses implications trinitaires 27 En soi ces deux moments de théologie négative emportent aisément l adhésion mais le succès du projet dépend de la mise en œuvre de leur tension paradoxale il s agit de formuler en Dieu la condition de possibilité de la souffrance sur la Croix sans toutefois projeter en lui les modalités qui la caractérisent dans le champ de la création Quant au premier moment celui d un discernement métaphysique le critère décisif fut pour la tradition 28 et la confession de foi ecclésiale 29 le maintien ou le rejet de l impassibilité divine jusques et y compris dans l Incarnation du Verbe Balthasar propose au tome IV de La Dramatique divine 30 un parcours de la tradition patristique dans ses nuances Pour ce qui est de l apatheïa l auteur formule ainsi l équilibre patristique Dans une doctrine où la nature divine possède comme propriété inaliénable l apatheia la souffrance du Christ ne saurait être placée que dans sa nature humaine ainsi les Antiochiens mais on sera en droit d ajouter que la nature divine s approprie cette souffrance ainsi font Cyrille d Alexandrie et les Alexandrins en général 31 Distinguant ensuite les diverses nuances dont les Pères revêtaient la notion de pathos Balthasar réhabilite l attribution par Origène d un certain pathos à Dieu en tant qu il est impliqué à notre égard dans l Économie du Salut 32 Suite à un passage par les modernes 33 où Balthasar souligne de façon plus favorable les esquisses de solution apportées par K Barth et Jean Galot l auteur s inspire finalement des réflexions originales au sein du thomisme de J Maritain 34 Il convient de restituer à grands traits l approche de ce dernier afin de mieux situer son intuition par rapport à la solution qu elle inspire à Balthasar Maritain écarte dès l abord une mécompréhension de l impassibilité divine qui en ferait un défaut ou une indifférence 35 Par ailleurs étant donné d une part la noblesse et la délicatesse que la souffrance peut révéler du cœur humain et d autre part la place de la compassion divine dans le Nouveau Testament 36 comme dans l Ancien il faut avouer qu affirmer simplement avec saint Thomas la miséricorde est souverainement attribuable à Dieu tamen secundum effectum non secundum passionis affectum selon l effet qu elle produit et non pas évidemment selon la passion soufferte 37 ne saurait suffire à rendre compte de la Révélation Et pourtant afin de sauvegarder l immutabilité divine et ainsi la transcendance ontologique de Dieu Maritain maintient avec le saint Docteur que la relation des créatures à Dieu est réelle en elles non en lui 38 de telle sorte que le péché de sa créature est compris comme une privation qui n affecte nullement son être l être de Dieu mais seulement la relation de la créature à lui 39 Sans invalider ce niveau d intelligibilité celui de l ontologie divine visée par nos analogies propres Maritain recours à une intuition de Raïssa 40 formulée par elle dans le langage métaphorique issu de la parole de Dieu pour mettre en lumière l offense à l amour divin impliquée par le péché cette offense est alors présentée comme le corrélat en Dieu de la souffrance assumée par le Fils dans une page admirable et convaincante Comment ne pas se demander si parmi toutes les perfections divines ne se trouve pas d une manière dont la connaissance par analogie ne peut nous donner absolument aucune idée comment ne pas se demander si en Dieu ne se trouve pas quelque suréminente correspondance de cette réalité impliquant en notre actuelle existence manque et imperfection mais riche aussi de trésors qui se nomme ici bas la souffrance et que le Fils de Dieu s est fait homme pour assumer Dieu a pour la liberté de l homme un respect inouï stupéfiant et par la liberté l homme peut se soustraire à l amour de Dieu il passe son temps à s y soustraire et quand l amour est trahi n y a t il pas dans celui qui aime une souffrance d autant plus grande que son amour est plus grand Et Dieu est l Amour même Et nous trahissons constamment cet amour Qu est ce que signifie le mot offense de Dieu sinon que nos trahisons atteignent au cœur l Amour même subsistant 41 Un tel propos est clairement homogène à la visée de Balthasar qui cherche tout en écartant de Dieu toute souffrance qui le compromettrait avec le monde à poser en Dieu les conditions de possibilités de cette souffrance De fait l auteur affirme qu il suffit de transposer l intuition de Maritain du plan de la philosophie à la vie trinitaire pour voir se concrétiser le fondement dont nous parlions 42 Ce faisant il raccroche à l intuition de Maritain sa propre théologie de la distance et du renoncement intra trinitaire La distance entre les Personnes est infinie au sein de la dynamique du processus divin et cela à un point tel que tout événement contingent ne saurait avoir lieu qu au sein de cette dynamique enveloppante Il faut toujours avoir sous les yeux que l acte générateur du Père est la sortie du Fils dans l égalité de l être absolue et la liberté absolue et l acquiescement plein de gratitude du Fils ne s adresse pas à un Père qui aurait gardé pour lui quoi que ce soit car le Père s est donné intégralement si bien que le don total réciproque s épuise dans le Nous commun qu est l Esprit lui même à la fois liberté amour et don absolu se faisant à son tour renoncement pure expression de l unité du Père et du Fils Dans cet épanchement réciproque de Dieu qui est comme sa circulation vitale réside aussi comme on l a dit au début le fondement de la possibilité de la mort de Dieu 43 De toute évidence le langage de la distance de la perte de soi dans l autre ou du renoncement demeure là encore métaphorique mais l audace de l auteur est de poser un fondement trinitaire à la Croix au delà et même indépendamment du péché En revenant au double principe de l opération comme nous l avons vu analysé chez saint Maxime l on peut recevoir avec discernement le langage de Balthasar En effet l opération théandrique du Christ relève à la fois de l hypostase du Verbe au titre de principe quod et des deux natures au titre de principe quo En conséquence la nature humaine marque d une modalité spécifiquement humaine l agir du Christ De telle sorte que par exemple la modalité kénotique que revêt l obéissance ne doit pas se transposer telle qu elle dans la Trinité immanente alors qu elle exprime pourtant la relation d origine du Fils à l égard du Père ainsi que sa réciproque 44 De même la modalité d intersubjectivité que revêt l interpellation par Jésus de son Père ne doit pas être reçue comme impliquant une dualité au plan de la divine conscience de soi alors qu elle exprime véritablement la distinction réelle du Père et du Fils ainsi que leur amour mutuel 4 L impassibilité divine condition ontologique de l Agapè Sans nous engager plus avant dans la voie de Balthasar l on peut reprendre l intuition de Maritain et sans doute proposer une compréhension de l impassibilité divine qui s harmonise mieux avec la vulnérabilité de l Amour divin offensé Pour ne pas s en tenir à une simple tension paradoxale entre l impassibilité et la compassion de l Amour il est possible de hiérarchiser ces deux vérités en considérant leur niveau respectif d intelligibilité En effet nous n avons accès à la simplicité divine qu à travers une multiplicité de lignes d approches dont certaines sont proprement analogiques et d autres métaphoriques Or selon l expérience la plus profonde de l amour celui ci se décrit plus qu il n est analysable et son langage direct sera symbolique Ce niveau d intelligibilité n exclut pas celui de l être où le discernement métaphysique de ce qui est proprement attribuable à Dieu demeure fondamental pour la régulation de tout langage théologique Ces deux registres celui de la théologie en sa visée mystique et celui de la théologie dans sa portée spéculative ou scientifique ne sont pas inconciliables il faut bien au contraire les articuler Dans le cas précis qui nous occupe l impassibilité divine serait alors à concevoir comme la condition ontologique permettant l Agapè comme amour absolument pur 45 L impassibilité est la négation de toute dépendance ontologique de Dieu à notre égard ce qui est à maintenir pour affirmer le caractère totalement gratuit et transcendant de son amour pour nous Dieu est le seul être qui soit sa béatitude parfaite en vertu de l identité entre son être et ses opérations 46 Il ne faut pas confondre une telle autarkeïa divine avec une indifférence à l égard de notre libre réponse Nos refus offensent effectivement la gratuité de l amour divin dont l impassibilité ontologique est la condition de possibilité fondamentale La colère de Jésus qui éclate si souvent s enflamme chaque fois que ceux qui résistent à sa mission et aux exigences qui en découlent offensent le Père révélé en lui et l Esprit d amour trinitaire 47 Cette offense à l amour divin ne peut pas être exprimée en propositions formelles 48 régulées par le rôle critique des attributs divins dont l immutabilité elle est pourtant dévoilée par l Ancien Testament comme la colère ou la jalousie de Dieu et comme la détresse et la miséricorde de l Époux bafoué dans son amour L Économie de la nouvelle alliance amène cette révélation à son paroxysme dans la Croix du Christ la passion est le lieu du don de l Esprit à la première Église parédôken to

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  • N° 88-89 (juin-septembre 2000) : Un Dieu qui souffre ? : Remarques sur un livre du P. Varillon - Revue Résurrection
    Dieu se comporte Mais malgré les apparences d objectivité le P Varillon a certains présupposés qui orientent son interprétation des sources De la Genèse à la kénose le regard du P Varillon est bien celui d un théologien qui interprète l Écriture en fonction du présupposé de la mixité tout ce qui est attribué en propre à Dieu est interprété comme le reflet d une expérience humaine Tout est imprégné de l idée que la relation entre Dieu et les hommes se caractérise par la symétrie en particulier par le biais de l humanité du Christ Le P Varillon estime que l amour par exemple supposant l égalité l affect est des deux côtés aussi bien du côté de Dieu que du côté des hommes Ce qui est vrai de l amour l est aussi de la souffrance En particulier on va presque jusqu à voir dans la création un premier anéantissement de Dieu Par là Dieu est en quelque sorte lié à la liberté de sa créature Plus il se trouve comme obligé de livrer son Fils et cet acte cause à Dieu une souffrance plus profonde encore que toute souffrance de l ordre créé Il nous semble que cette conception des relations entre Dieu et le créé est fausse et dangereuse Dieu n a pas besoin de la création pour être potentiellement créateur il n a pas besoin d avoir à exercer sa Providence à l égard des hommes pour être Providence etc Au final il faut tenir que c est la créature qui est affectée et non l inverse L affect n est pas des deux côtés On ne peut se servir de l humanité du Christ pour poser une égalité de relations entre Dieu et les hommes si le Christ renouvelle toute chose il ne détruit pas pour autant l acquis de la réflexion de l Ancien Testament qui consistait à voir Dieu dans son asymétrie fondamentale par rapport à nous Que dit la Tradition Le P Varillon entreprend ensuite un parcours de la Tradition et à ce sujet également quelques remarques sont nécessaires Il admet initialement que parler de la souffrance de Dieu dépasse les bornes de la provocation à des oreilles chrétiennes parce que ce sont les attributs essentiels de l Etre qui sont ici en cause qu il s agisse de sa perfection de son éternité de son caractère immuable inaltérable invulnérable On est donc tenté de ne pas admettre que Dieu puisse souffrir D ailleurs des Pères comme saint Hyppolyte ou encore Tertullien ont lutté contre les patripassiens lesquels admettaient une passion du Père 24 Une autre tentation est celle du fidéisme qui refuse le dialogue entre la foi et la philosophie Dans ce cadre l homme est tenté de ne plus adorer que ses émotions Paresse de l esprit sans doute il devient toujours à plus ou moins long terme le fossoyeur de la foi Dieu devient Dieu ne devient pas il est Il faut donc tenir à la fois la transcendance de Dieu tout en faisant droit aux requêtes de la raison fille de Dieu explique le P Varillon La critique des anthropomorphismes religieux remonte en Occident à Xénophane aux Éléates à Parménide et à Zénon auxquels ils proposaient comme alternative le dogme fondamental de l immutabilité de l Etre A l opposé Héraclite insiste sur le devenir dans l être sur le mouvement Dans la philosophie des siècles suivants c est la première conception qui s est imposée et que l on retrouve à travers l Idée de Platon le Moteur immobile d Aristote ou le Un primitif de Plotin Cependant nos contemporains ont remis les conceptions d Héraclite au goût du jour Dans l intervalle les apologistes chrétiens n ont pas cru devoir récuser ces concepts S ils croyaient en un devenir homme de Dieu ils n affirmaient pas que Cependant on peut lire chez Origène dans son homélie sur Ezéchiel Le Sauveur est descendu sur terre par pitié pour le genre humain Il a subi nos passions avant de souffrir la croix avant même qu il eut daigné prendre notre chair car s il ne les avait d abord subies il ne serait pas venu participer à notre vie humaine Quelle est cette passion qu il a d abord subie pour nous C est la passion de l amour Mais le Père lui même Dieu de l univers lui qui est plein de longanimité de miséricorde et de pitié est ce qu il ne souffre pas en quelque sorte Ou bien ignores tu que lorsqu il s occupe des choses humaines il souffre une passion humaine Car le Seigneur ton Dieu a pris sur lui tes mœurs comme celui qui prend sur lui son enfant Dt 1 31 Dieu prend donc sur lui nos mœurs comme le Fils de Dieu prend nos passions Le Père lui même n est pas impassible Si on le prie il a pitié et compassion Il souffre une passion d amour 25 Il faut voir l audace de ce texte qui tient dans l expression paradoxale le Père lui même n est pas impassible Qu a voulu dire Origène Il faut tenir compte du fait que dans le contexte de l époque le terme pathè avait un sens extrêmement péjoratif dans le langage philosophique Ici Origène transforme profondément le sens de ce terme il ne peut s agir que de la souffrance d aimer 26 écrit le P Varillon Grégoire le Thaumaturge lui même disciple d Origène tente dans un traité 27 de concilier l impassibilité de Dieu avec son amour souffrant en Jésus Christ Il y dit que c est dans la passion même et dans la mort du Fils que l immutabilité de l essence divine est manifestée Dieu compatit sans pâtir On retrouve de tels accents chez saint Bernard Si Dieu est impassible il n est pas dénué de compassion 28 Clément d Alexandrie quant à lui distingue la passion qui comporte un élément de douleur sensible de la

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  • N° 88-89 (juin-septembre 2000) : Un Dieu qui souffre ? : Passion et impassibilité de l'Esprit absolu dans la pensée de Hegel - Revue Résurrection
    La grandeur de Dieu est indissociable de sa kénose l anti impassibilité par excellence accomplissement de son essence l amour si l essence du divin comme essence amoureuse est de rayonner 4 que dire de la qualité de ce rayonnement si jamais quelque chose vient l arrêter ou limiter son effusion La lumière se répand partout mais ne saurait cependant se confondre avec la moindre chose finie ce n est pas parce qu elle rayonne jusque dans les ténèbres que les ténèbres sont de la lumière La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres n ont pas pu s en rendre maître 5 Ni transcendant ni immanent tournant le dos au gnosticisme comme au panthéisme le Dieu dont le Verbe est lumière répand partout son exigence de charité Le Concept c est la kénose elle même c est Dieu non plus seulement comme divinité impersonnelle ou boudeuse mais avant tout comme Esprit comme identité du Père et du Fils dans le jeu de l amour avec soi même comme Dieu indissociable de son propre rayonnement Hegel est par excellence le penseur de la Trinité s il est vrai que la Trinité est l unité en trois et l expression ternaire de l unité vivante On l a souvent accusé Kierkegaard en tête de vouloir déduire la Croix du Christ à partir du présupposé du mouvement dialectique c est à dire de nier la différence des trois personnes en faveur d une unité figée mais c est exactement l inverse qui est vrai le mouvement trinitaire dans toute son intensité toute sa douleur et tout son déchirement s exprimant dans le paradoxe de la souffrance de la Croix est à la source même de la conception de la dialectique qui n a rien d un calme mouvement lisse et sans problèmes mais qui est caractérisée par la contradiction la plus dure cette contradiction seule pouvant expliquer qu il y ait mouvement s il est vrai que le mouvement naît de la lutte incessante de deux principes en tout point rebelles et permet précisément que cette dia lectique ne soit pas un simple effacement de la scission mais sa position même comme scission L Esprit absolu ne dissout pas la contradiction de la présence de l infini dans le fini mais l affirme L Esprit se retrouve lui même dans le déchirement absolu La médiation n est pas médiatisante mais surgissement du mystère d une communion le Christ en Croix offre moins le spectacle d une calme et banale réconciliation que celui d une réunion inédite celle qui se produit dans le déchirement des deux natures Le Christ comme a pu l écrire Pierre Magnard 6 est le médiateur non médiatisant Le choix hégélien du terme de Concept et le retour à la première entente de celui ci cum capere loin de réduire ou de lénifier la Passion du Christ entend au contraire rendre impossible toute notion d un Dieu impassible au sens courant Dieu est proprement Celui qui prend part qui parti cipe Si Dieu est impassible il ne le sera pas loin de l homme mais exprimera sa divine impassibilité et partant sa divine puissance dans la prise en charge de l altérité pure dans l assomption de ce qui lui est le plus contraire le corps du péché L Esprit absolu c est l identité de la différence du Père et du Fils bref la Trinité Cette déchirure appartient à l essence du divin amour car il n y a pas de plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ceux qu il aime et c est en cet amour et en lui seul précisément qu elle peut tout en étant déchirure n être pas déchirée qu elle peut au cœur de la Passion demeurer impassibilité Ce sont là des vérités difficiles et qui certes peuvent paraître paradoxales et qu y a t il effectivement de plus difficile et de plus paradoxal que le mystère de la Trinité ce mystère d une unité dans l aliénation même L essence de Dieu est l amour et l essence de l amour non pas de souffrir mais de pouvoir souffrir d accepter la négation s il n y a pas d autre issue C est cette essence d un Dieu qui est Père que le judaïsme n est pas parvenu à penser en la jugeant indigne de Dieu Mais que l on éprouve une telle horreur vient en fait de ce que l on n est pas familier avec la nature de la médiation 7 Car on peut bien exprimer la vie de Dieu et la connaissance divine comme un jeu de l amour avec lui même cette idée sombre dans l édification et même dans la fadeur lorsque manquent en elle le sérieux la douleur la patience et le travail du négatif En soi une telle vie de Dieu est bien l égalité et unité avec soi même non troublée qui ne prend aucunement au sérieux l être autre et la séparation d avec soi qui rend étranger à soi ni non plus le mouvement de surmonter cette séparation Mais cet en soi est l universalité abstraite dans laquelle il est fait abstraction de sa nature qui est d être pour soi et par là d une façon générale de l auto mouvement de la forme 8 Si impassibilité il y a elle ne peut être que dans l endossement volontaire de la scission et non dans l auto exemption d une divinité in différente Le Dieu chrétien est celui qui accepte de souffrir pour le rachat de l homme celui qui est capable d éprouver dans un but rédempteur le négatif de la scission Ainsi 1 Le mouvement trinitaire a lieu de toute éternité et sans aucune souffrance dans le Verbe le Verbe était tourné vers Dieu et le Verbe était Dieu 9 Le Père est auprès du Fils et le Fils auprès du Père et ce mouvement à l intérieur de soi même exprime l essence absolue comme Esprit 10 La vie de la Trinité est parfaite et précède l Incarnation 2 Mais une fois le péché consommé une fois advenu le règne de l adultère à entendre au sens large autrement dit au sens de ad alterare c est à dire s altérer vers se corrompre en suivant une voie bref se détourner de Dieu l homme ayant résolument tourné le dos à son Créateur c est une partie de la Création qui se détourne alors continûment de Dieu Le mouvement sans failles de soi à soi du Verbe ne se prolonge plus jusqu à la nature déchue qui en est précisément exclue s il est vrai qu Adam fut chassé de l Eden et une partie de la Création tombe aux mains du roi de ce monde Une altérité demeure extérieure à l Absolu Dieu pourrait bien sûr reconquérir sans difficultés cette altérité mais comment le faire tout en préservant la liberté de l homme Il s agit donc de faire revenir cette nature déchue dans la vie parfaite du Verbe C est pourquoi le Verbe connaît un moment de douloureuse scission de souffrance réelle publication de ses bans morganatiques avec l humanité pécheresse La vie parfaite de la Trinité s élargit afin de ne pas exclure de sa joie éternelle une créature perdue 3 Cet élargissement est l assomption des ténèbres à présent que le Verbe a souffert la lumière brille 11 dans les ténèbres car les ténèbres ne l ont pas arrêtée Par la mort d un seul le monde est racheté et la vie éternelle potentiellement partagée Par là l essence divine est venue à soi même dans cette présence sensible l être là immédiat de l effectivité a cessé de lui être un être là étranger ou extérieur parce qu il est sursumé 12 universel cette mort est par conséquent sa résurrection comme Esprit 13 Dieu souffre en son Fils mais après s être déterminé à racheter les hommes demeure imperturbable en son dessein rédempteur La Trinité éprouve impassiblement la souffrance c est pourquoi elle est dans la Passion même suprême Impassibilité autrement dit triomphe de l amour Ce que nous allons montrer plus précisément La séparation d avec le monde étant impossible pour Dieu comme si on pouvait imaginer que quelque chose pût Lui échapper ou qu Il pût ne pas être intéressé à cette création qui est Sa création il faut en déduire que Dieu possède en Soi même cette séparation Si Dieu est Dieu Il n est pas coupé du monde ni indifférent à lui or on ne saurait contester l incommensurable hiatus entre l infinité de Dieu et la finitude de Sa création par conséquent cette séparation de Dieu et du monde passe dans Dieu lui même C est de cette manière que Hegel associe en Dieu puissance et amour intériorisation et extériorisation transcendance et immanence Père et Fils Unité que Hegel résume ainsi la Vérité n est pas seulement Substance mais aussi Sujet autrement dit l Absolu n a pas uniquement la consistance de ce qui est identique à soi et sans mouvement demeurant le même sous les changements ce que la tradition métaphysique exprime à travers la rigide opposition entre un Dieu éternel et un monde en devenir Il n a pas la teneur crispée d un sub stare imperturbable transcendance qui maintient son identité grâce à une indifférence forcée vis à vis du monde et de l homme du contact avec lesquels Dieu aurait besoin de se prémunir afin de ne pas souiller la splendeur d une essence par là même vulnérable Impuissance de l in différence de cette incapacité à endurer le négatif et donc à assurer toute médiation entre Dieu et l homme La substance en effet est l en soi encore non développé ou le fondement et le Concept dans sa simplicité encore immobile elle est donc l intériorité ou le Soi de l Esprit qui encore n est pas là 14 L Absolu est Su jet et le jet est ici à prendre dans la simultanéité de son double sens étymologique sub jectum c est à dire provenant à la fois de jaceo et de jacio en même temps fait d être étendu dessous et sous jacence dont l être est un continuel jet dont l être est d être continuellement à l extérieur de soi sa manière d accomplir son être de rester en soi d être fidèle à sa propre essence c est d outrepasser la fixité de cette même essence de sortir de soi Pour bien nous représenter un tel être continuons de songer à l essence de la lumière Que le Soi ait pour essence de sortir de soi c est là une vérité que nous éprouvons à chaque instant et dont nous sommes chacun d entre nous autant d incarnations la conscience a pour essence de se rapporter à un ob jet elle est donc pro jet conscience de quelque chose protension permanente vers un autre qui lui fait face Cette structure intentionnelle dont nous héritons au plus profond de notre âme et qui constitue la structure fondamentale de notre ipséité nous la devons précisément à la présence en nous et nous déterminant de la négativité de l Esprit absolu qui est Su jet Cette possibilité de se tenir à l extérieur de soi cette inquiétude d être soi tout en n étant pas soi d être soi en se rapportant à l autre l homme la tient de l Esprit absolu dont il reçoit le souffle Nous recevons la structure de notre moi d une structure plus grande que nous celle du Moi absolu du Sujet absolu qui est un dans les trois Personnes Trinité qui n est rien d autre que l affirmation d un même acte d expansion celui par lequel le Moi en tant que Su jet d abord se pose Entaüsserung puis s aliène et s oppose à soi au contact de l altérité Entfremdung enfin se souvient qu il est source de cette aliénation volontaire ce qui lui permet d intérioriser la scission comme appartenant à son être propre Er innerung Dieu ne peut rester in différent il laisse donc aller son autre afin de voir à partir de cet autre remonter vers soi sa propre infinité aus dem Kelche dieses Geisterreiches schaümt ihm seine Unendlichkeit 15 Notre conscience est une parcelle de ce drame infini qui se joue dans nos têtes au dessus de nos têtes entre Dieu et l altérité de l imperfection qu il ne se lasse pas d accepter L impassibilité de Dieu n acquiert ainsi de sens que sur un autre plan totalement différent de celui dont nous sommes coutumiers impassibilité n est pas indifférence ni tranquillité n est pas être exempt de souffrances ce qui voudrait dire que celles ci ne sont pas tolérées et dénierait ainsi inconsciemment à l Absolu une part de sa puissance Dieu est passible car il est capable de souffrir mais comme nous l apprend la seconde signification possible du terme signification dont nous sommes à présent à même de saisir la portée théologique le fait de ne pas se laisser détourner de sa volonté L Absolu laisse inlassablement aller son autre hors de lui il accepte de souffrir la présence de tout ce qui n appartient pas à la plénitude de son essence contingence matérialité finitude mal humanité pécheresse etc la divinité dans l absolue liberté d elle même se résout à laisser librement aller hors d elle même l altérité 16 Dieu tolère impassiblement la souffrance il tolère impassiblement de n être pas impassible et c est là précisément que nous prenons toute la mesure de son impassibilité Impassibilité est ainsi synonyme de patience d abnégation de fermeté devant l altérité et n évoque aucune fuite devant cette dernière fuite à laquelle revient l indifférence d une transcendance trop littérale L ancien français nous apprend que l origine de l adjectif passible est l adjectif disparu en cette signification paisible tous deux indifféremment issus du latin passibilis Seule la considération du Dieu chrétien nous permet de comprendre cette curieuse parenté entre deux mots que la langue moderne persiste à opposer a t elle cessé d éprouver en sa chair la profondeur de l amour de Dieu Le Père manifeste une certaine impassibilité dans la Passion du Fils non pas qu il ne prenne part en aucun cas au destin du monde le simple mystère de l Incarnation nous empêche à jamais de considérer Dieu séparé du monde non pas bien entendu qu il ne souffre pas les souffrances de Jésus quel père serait suffisamment cruel pour ne pas compatir aux douleurs de son fils mais impassiblement il endure la Passion paisibleté dans la passibilité la véritable impassibilité s accomplit dans la Passion synthèse du paisible et du passible ou plutôt retour à l origine commune de ces deux mots à savoir la passibilité comme acceptation volontaire et infinie comme expression d un impassible dessein amoureux La rencontre de l amour et de la turpitude devait avoir lieu sur fond de crime et d atrocité Dieu sait quand il s incarne quand il accepte de tendre sa main à l homme déchu tout en sauvegardant la liberté de sa créature qu il s expose du même coup à l humiliation et au refus Cela néanmoins ne le détourne pas de son dessein Il accepte la Passion et rien ne le détourne de son acceptation L Esprit absolu est impassible à endurer les souffrances de la scission née du contact entre la perfection infinie de la vie éternelle et l imperfection d une nature déchue impassible à supporter les crachats du mauvais ange impassible à tolérer le courroux de Lucifer et ce dans l espérance de rendre possible par l union des deux natures le salut de l homme 17 Le Fils de Dieu impassiblement se fait Fils de l homme Dieu accepte de n être pas indifférent il endosse impassiblement la Passion Son impassibilité tient dans le fait de refuser l impassibilité au sens obvie du terme de refuser la retraite et la mise à l écart le bonheur dans l indifférence au malheur la Passion révèle que Dieu est com passion cette miséricorde est l une des faces de l amour que porte le Père à ses enfants prodigues et ingrats Dieu est impassible mais en aucun cas il ne l est en marge de la Passion de son Fils il est donc impassible dans son opiniâtreté à endurer cette Passion Son impassibilité n est rien d autre que cette opiniâtreté amoureuse Il est impassible à supporter nos atermoiements et tergiversations adultères impassible de tolérance et de patience Le dernier mot de Hegel sur l essence de l Absolu est celui d Entlassung c est à dire l acte de laisser être Dieu laisse être l altérité dans l espoir que l homme se constitue autant qu il le peut par la charité cette charité qui prolonge et reconduit sur le plan humain la pureté du don de Dieu comme miroir de l amour divin Je veux voir de la misère monter l amour cette parole prononcée par Dieu dans un texte de saint François d Assise permet de ressaisir la totalité du projet spéculatif de Hegel Dieu concept que Hegel estime trop usé par les multiples et insatisfaisantes tentatives de la métaphysique dogmatique traditionnelle est appelé par la pensée hégélienne Esprit afin que ne soit plus écartée de la pensée de son essence la médiation c est à dire la non indifférence inhérente à toute vie divine digne de ce nom Le sens courant a l habitude d identifier Dieu avec le Père au détriment des autres Personnes de l affirmation trinitaire c est pourquoi Hegel pour mieux souligner la simultanéité des trois Personnes préfère parler d Esprit en référence au pouvoir synoptique de cette troisième Personne qui n est autre que l unité vivante des deux autres ou l expression de soi

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