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  • N° 84-85 (octobre 1999 - janvier 2000) : Les mystères de la vie de Jésus : L'enfant à naître - Revue Résurrection
    qu exercent les divers systèmes philosophiques de l Antiquité sur ce débat forcé de s attaquer aux spéculations sur l âme et le corps chez Platon Aristote et les stoïciens L ensemble du débat se focalise d ailleurs sur le dualisme entre l âme et le corps sur le moment de leur union sur la chronologie respective de la naissance de l un et de l autre sur la question de savoir si l âme est transmise par la semence des parents traducianisme adopté par Tertullien et la plupart des Occidentaux ou si elle créée de manière autonome par Dieu créatianisme défendu par Jérôme et très vite adopté en Orient 2 Ce contexte philosophique est d ailleurs éclairé avec beaucoup de clarté par notre ancienne collaboratrice M H Congourdeau Les problématiques adoptées par ces auteurs largement enracinées dans l héritage gréco latin et non principalement dans l anthropologie biblique rencontrent en fait peu de réponses dans les Écritures ce qui accentue le débat même si Grégoire de Nysse parvient à fonder sa vision sur l exégèse de la Genèse et si Maxime le Confesseur tente d interpréter les diverses règles de purification appliquées à la femme par la Loi Comme souvent cet exercice de lecture comparée permet de voir comment au delà de ces divergences et malgré les travers de certaines explications philosophiques se dégagent comme à tâtons un certain nombre de lignes de force de la pensée chrétienne capables de stimuler encore notre réflexion aujourd hui Orient et Occident se retrouvent ainsi pour refuser ou au moins saper les fondements du dualisme de l âme et du corps Grégoire de Nysse et Maxime le Confesseur soulignent que l homme est un composé unifié Tertullien s oppose avec virulence à la thèse platonicienne d une éternité de l âme venue

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  • N° 84-85 (octobre 1999 - janvier 2000) : Les mystères de la vie de Jésus : Questions disputées : L'Union du Verbe Incarné / De Unione Verbi incarnati (Thomas d'Aquin) - Revue Résurrection
    dossier contradictoire établi par des étudiants et à donner un éclairage synthétique sur un point relativement précis de théologie ou de philosophie Celle qui fait l objet de la présente publication composée semble t il à la fin du deuxième séjour parisien de saint Thomas est à peu près contemporaine des questions de la IIIe partie de la Somme Théologique consacrée justement au Christ un en deux natures On peut donc comparer le traitement des mêmes données dans une œuvre de synthèse et dans un texte plus technique et par là plus incisif C est ainsi que s expliquent les différences qui ont embarrassé les commentateurs Pour saint Thomas qui mène dans la question disputée sur l union du Verbe Incarné la discussion avec une concision et une rigueur extrêmes il s agit de poser le point précis où la dualité s inscrit dans l unité fondamentale qui est celle du Verbe Incarné Unité de suppôt d hypostase ou de personne tout cela n est pas nouveau mais unité de l étant concret qu est le Christ unité d être on arrive là au point extrême où l on peut affirmer l unité la nature humaine ne constituant pas un deuxième pôle d être subsistant en soi Pourtant l humanité du Christ n est pas rien elle est mais en quel sens Saint Thomas parle d un esse secundarium l humanité n ajoute rien au Verbe mais elle existe par lui et en lui Vient ensuite la possibilité de poser une double opération car cette humanité n est pas seulement passive elle est douée d une volonté et d une intelligence qui ont une vraie consistance et constituent comme l instrument conjoint par lequel se manifeste le Verbe L extrême subtilité des débats la finesse du vocabulaire demandaient un travail

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  • N° 83 (août-septembre 1999) : L'Apologétique : Éditorial - Revue Résurrection
    de les réinterpréter pour aller au devant des requêtes du monde moderne Ce travail périlleux généralement appelé fondamentalisation de la théologie a abouti à la ruine de l apologétique puisqu elle n avait plus d objet la vérité dogmatique à laquelle elle devait conduire étant elle même mesurée à l aune de la compréhension qu en avaient les autres ceux qui n avaient pas la foi A quoi bon montrer que la foi en la présence réelle n est pas si absurde que cela si on a commencé à reformuler le dogme eucharistique jusqu à rendre la présence du Christ purement symbolique De l autre côté la difficulté est venue des philosophes qui se croyant fidèles à l héritage de saint Thomas d Aquin voulaient faire table rase d une discipline qui risquait de brouiller la distinction élevée par eux au niveau des vérités premières entre philosophie et théologie Aux croyants la théologie dogmatique à l incroyant la philosophie démonstration de l existence de Dieu de l âme etc Débarrassons nous de ces raisonnements suspects qui cherchent à prouver ce qu en rigueur on ne peut pas prouver puisque les vérités révélées sont de l ordre de la foi Il vaut mieux séduire l incroyant par la rigueur d une recherche honnête de la vérité accessible à tout homme sans utiliser de cartes biseautées de l apologétique pour lui faire accepter le reste Mais la question reste posée comment faire accéder à la foi celui qui la cherche A supposer que le philosophe l ait convaincu des préambules rationnels de la foi devra t il adhérer à la Vérité de la révélation sur un coup de tête ou un élan irrationnel Le premier concile du Vatican si souvent cité à propos de la possibilité pour l intelligence d accéder à l existence de Dieu par des moyens rationnels parle également de la possibilité de montrer la justesse des énoncés de la foi en établissant notamment la crédibilité de l Église Ce serait un fidéisme dangereux que de disqualifier l intelligence dès qu il s agit pour elle de s approcher des vérités essentielles du christianisme Sans doute elle n y fonctionne pas à son plein régime tant qu elle n a pas été illuminée par la foi mais elle n est pas nulle Saint Thomas dans le IVème livre de sa Somme contre les Gentils n a pas peur de fonder en raison la Trinité ou l Incarnation Sans doute on dira qu il ne s agit pas de raisonnements nécessaires mais d arguments de convenance d une haute convenance pourtant qui doivent entraîner l intelligence jusqu à accepter ce qui la dépasse Car l erreur serait de croire que l apologétique peut fonctionner sur un modèle de déduction géométrique On ne démontre pas à l incroyant la présence réelle à la manière d un théorème de mathématiques ou d une loi physique La vérité n est pas atteinte par un mode déductif Il s agit toujours de partir d

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  • N° 83 (août-septembre 1999) : L'Apologétique : Nouveauté du Christ et renouvellement des humanités - Revue Résurrection
    porteuses d un sens humaniste c est à dire qui puisse se distinguer voire s opposer à l Écriture Ainsi en employant pour la première fois le mot humaniste Montaigne fixe t il sous la forme d un double reproche inversé l opposition délicate de l humaniste au théologien qu il se voit plus souvent cette faute que les théologiens écrivent trop humainement que cette autre que les humanistes écrivent trop peu théologalement Essais I 56 Littré au XIXème siècle reconnaît significativement deux sens à humanisme différents mais liés d une part la culture des humanités d autre part la théorie philosophique qui rattache les développements historiques de l humanité à l humanité elle même 19 Mais là encore les renaissances fûssent elles menées au nom d un passé antérieur au christianisme ne se sont faites que par rapport à lui et le plus souvent pour le renouveler 20 C est pourquoi par exemple on n a aucune difficulté à utiliser le christianisme comme guide de lecture de l histoire des lettres 21 fût ce pour Hölderlin pour Baudelaire le trop chrétien 22 pour le Rimbaud d Une saison en enfer pour Rilke ou plus récemment pour un Bonnefoy ou un Geoffrey Hill 23 Concluons ce premier constat Bien loin que nouveauté et renouveau soient synonymes comment ne pas considérer la nouveauté christique et le renouvellement culturel comme des notions inconciliables voire contradictoires Pour la triple raison que je viens d exposer on voit mal comment la nouveauté christique pourrait valoir comme nouveauté culturelle Et pourtant on ne saurait réduire la nouveauté christique à une pure efficace sacramentelle ne fût ce que parce que si je ne sais pas rendre compte apologian de mon espérance je ne suis pas un chrétien 1 P 3 15 On ne saurait davantage se satisfaire d une renaissance supplémentaire de néo christianismes culturels comme il y a eu des néo thomismes Car d abord l homme renouvelé est un homme total dans tous les aspects de son humanité y compris culturel Et parce qu ensuite au chrétien il est demandé de travailler au service rationnel je vous exhorte à exhiber votre service rationnel logikèn latreïan Rm 12 1 Ce n est qu à la condition de comprendre ce que signifie aujourd hui la tâche de travailler au service de la rationalité que l on aura une chance de renouveler les humanités Phénomènes saturés et paradoxe des paradoxes Il serait illusoire et vain d imaginer une carrière nouvelle aux humanités sans tenir compte des critiques contemporaines de la raison faute de quoi on risque bien de ne faire que mettre du vin vieux et déjà piqué dans de nouvelles outres comme tous les néo ismes la puissance de nouveauté du Christ n est pas réactionnaire Or si toutes les philosophies du XXème siècle ont rendu problématique le concept de raison aussi bien les philosophies de l histoire que les épistémologies aussi bien la philosophie analytique que la phénoménologie c est parce que ces critiques ne sont que des avatars de ce qui a été décrit depuis un siècle comme nihilisme 24 Le nihilisme en tant que fait de la raison elle même consiste à mettre en cause la détermination métaphysique de la raison la rationalité est désormais sans fondement c est à dire qu elle ne peut plus attester sa valeur de vérité On peut s en réjouir ou s en affliger 25 à tout le moins doit on y faire droit Il y a sans doute plusieurs moyens de faire droit au constat contemporain de l absence de fondement de la raison et par conséquent de sa non exclusivité ou de sa non totalité L un d entre eux peut être le plus urgent consiste à comprendre le pluriel nécessaire de la rationalité nos raisons finies ne sauraient équivaloir en tant que telles au Logos Certes comme dit saint Justin nous avons tout le Verbe dans le Christ 26 mais la raison qu est Dieu pourtant déjà toute manifestée 27 est intenable indicible par tout discours limité Autrement dit la tâche chrétienne consiste à exprimer l unique Logos au moyen de nos logoi à confesser l unique Verbe au moyen de nos paroles Prendre au sérieux la rationalité même de la Révélation 28 c est refuser de la soumettre aux conditions exclusives que dicterait a priori une raison un unique modèle de rationalité Bref c est admettre que le christianisme offre à la pensée des objets qui ne se laissent pas circonscrire par une unique raison tout en étant bien des objets de pensée c est à dire du connaissable Il nous faut donc tenir à la fois que le Logos qui se révèle soit pleinement rationnel sans quoi il ne serait pas le Logos et pourtant qu il est irréductible aux conditions de possibilité et aux lois déterminés par notre rationalité Ainsi seulement aura t on une chance de découvrir la rationalité de ce qui fut jusqu ici méconnu ou impensé C est cette voie qui est une tâche de la raison et même sa tâche urgente qu indique explicitement l encyclique Fides et ratio au 73 la raison est invitée à explorer des voies que seule elle n aurait même pas imaginé pouvoir parcourir De cette relation de circularité avec la parole de Dieu la philosophie sort enrichie parce que la raison découvre des horizons nouveaux et insoupçonnés 29 Que la raison découvre des horizons nouveaux et insoupçonnés voilà ce qui ne saurait manquer de renouveler les humanités non que le renouvellement des humanités en soit le but ce serait bien dérisoire mais il ne saurait ne pas être l effet d une telle ouverture de la rationalité à des objets dont elle n a pas fixé une fois pour toutes les conditions de possibilité Renouveler les humanités ne se fera qu en découvrant une rationalité plus grande du christianisme dès lors qu on ne la limitera pas à un concept de raison qui en prédétermine les limites et en fixe a priori les conditions Cette rationalité plus grande du christianisme c est celle qui reconnaît dans la Révélation du Christ un événement qui demeure pleinement une tâche pour la pensée non seulement pour la rationalité théologique en sa fonction d élucidation et d explicitation du donné révélé la théologie comme science subalternée mais d abord pour la philosophie en sa fonction d analyse de la manifestation et de donation elles mêmes Dire que le Christ est nouveau c est reconnaître qu il reste pour une large part impensé C est donc dire qu il doit devenir un objet de pensée ou plutôt non pas un objet au sens où l objet est ce qui est constitué par la pensée elle même c est à dire ce dont la pensée fixe à l avance les conditions de possibilités dans lesquelles elle pourra le penser Le Christ se livre aussi à la pensée mais précisément non pas comme un objet disons à tout le moins comme un phénomène ou comme une figure Gestalt En employant le dernier terme j évoque naturellement Hans Urs von Balthasar dont l œuvre entière se fonde sur ce que je cherche à montrer ici et qui a plus et mieux que quiconque renouvelé les humanités qu il suffise de mentionner Apokalypse der deutschen Seele 30 ou Herrlichkeit 31 On comprendra aisément qu il eût fallu excéder le temps d un simple exposé pour ne fût ce qu en résumer très sommairement les acquis Mais surtout il eût alors fallu faire droit au statut propre de la théologie comme théo logique révélation rationnelle de Dieu par lui même dans la sur figure Übergestalt du Christ et partir de la Révélation comme d une effectivité Dans cet exposé sommaire et programmatique je ne dirai rien du contenu de la Révélation considérée comme un fait bel et bien advenu Balthasar a amplement montré avec quelle puissance il pouvait renouveler les humanités et quelle intelligence nouvelle il pouvait conférer à la tradition Je me limiterai à essayer de mettre en lumière un point que je crois décisif pour la philosophie des prochaines décennies Il s agit du renouveau phénoménologique du concept de paradoxe dont on sait qu il est par ailleurs constitutif de la théologie 32 Le concept de paradoxe semble en effet essentiel à la phénoménologie contemporaine en ce qu elle s efforce de montrer que les phénomènes sans doute les plus urgents à penser en tout cas les plus intéressants car les plus riches sont ceux où ce qui apparaît visiblement excède notre capacité à voir il nous est donné plus que nous ne pouvons accueillir Quand l analyse phénoménologique porte sur ces phénomènes elle se doit de reconnaître dans les revelata des phénomènes nouveaux quoique mondains qui sont jusqu ici restés impensés nous n avons pas encore eu en philosophie la puissance de les penser c est à dire pour parler comme le Christ lui même de les supporter J ai encore beaucoup de choses à vous dire mais vous n avez pas encore la puissance de les supporter ou dunasthe bastadzein Jn 16 12 Le logos christique est trop fort ce discours est trop fort sklèros estin o logos outos Jn 6 60 nous n avons pas fini commencé peut être de l écouter en philosophie Les phénomènes de la Révélation constituent des cas exemplaires de ce que Jean Luc Marion dans Étant donné 33 appelle phénomène saturé entendons un phénomène saturé d intuition 34 Selon le régime commun de la phénoménalité en effet la visée intentionnelle atteint des significations qu aucune intuition ne remplit totalement 35 Mais faire l hypothèse anti husserlienne d un phénomène saturé c est au contraire décrire un phénomène dans lequel l intuition excède le concept 36 c est à dire tel qu en lui le donné manifeste outrepasse non seulement ce qu un regard humain peut supporter mais ce que le monde en sa finitude essentielle peut recevoir et contenir 37 Pourquoi les revelata comme phénomènes sont ils restés impensés parce qu ils outrepassent l horizon même de leur apparition comme de leur possibilité 38 Autrement dit un phénomène saturé est un phénomène tel que son effectivité précède sa possibilité ce dont l effectivité prouve la possibilité de ce qui jusque là était tenu pour impossible 39 Bref en phénoménologie la possibilité ne se déduit pas de conditions posées d avance mais se constate à partir de l effectivité donnée Entendons non plus à rendre possible le phénomène en le délimitant a priori par des impossibilités mais à libérer sa possibilité en détruisant toutes les conditions pré requises à la phénoménalité 40 donc en suspendant toutes les impossibilités prétendues voire en admettant la possibilité de certaines d entre elles 41 Les phénomènes qui constituent la Révélation s avèrent possibles puisqu effectifs c est à dire que leur accomplissement s approprie ou s assimile leur impossibilité pourtant initialement prononcée Vérifions le immédiatement avec quelques brèves remarques sur la manifestation du Christ elle même Le phénomène christique est un événement absolument imprévisible Non certes qu il n ait été annoncé les prophètes et à ce titre attendu Mais l avènement christique excède ce qui avait été prévu de lui 42 il advient infiniment plus que l attente qu on en pouvait avoir il est radicalement hétérogène à ce qu il accomplit pourtant 43 Celui qui doit venir o erchomenos Jn 1 15 dépasse toute prévision attendu mais non prévu car excédant tout ce qui pouvait en être prévu Plus l avènement de l événement par excellence bouleverse toute temporalité puisque par sa venue le Christ se manifestant s avère antérieur à sa propre anticipation ou à sa propre annonce Celui qui doit venir après moi est avant moi dit Jean Baptiste Jn 1 15 avant qu Abraham naisse je suis Jn 8 58 On peut conférer alors un sens phénoménologique à la formule d Irénée déjà citée en se manifestant en se donnant lui même omnem novitatem attulit le Christ fait tout nouveau y compris l ancien 44 c est à dire cela même qui était avant lui Non seulement le phénomène du Christ excède ce qui en avait été prévu mais il excède ce qui peut en être reçu par nous Il excède ce que nous avons la puissance de supporter Jn 16 12 C est pourquoi dans l Evangile la manifestation du Christ comme tel est proprement insupportable la transfiguration et la peur qui l accompagne Mt 17 6 et par la chute de ceux qui viennent arrêter Jésus quand il déclare C est moi Je suis Ego eïmi Jn 18 6 7 mais aussi bien la peur des disciples quand il prononce les mêmes paroles après les avoir rejoints en marchant sur l eau Ego eïmi Mt 14 27 enfin et par excellence la Résurrection elle même 45 qui provoque à la fois terreur et joie chez les femmes qui viennent au tombeau Mt 28 8 Mc 16 8 La terreur de la présence de Dieu n est pas d abord une description psychologique elle est un concept évangélique absolument rigoureux elle est la manière dont l excès de l intuition de la présence de Dieu se marque ce qui est la définition même du phénomène saturé Dit en termes plus habituels la Révélation est excès et non défaut du connaissable par rapport à notre conceptualité 46 Et par excellence la Résurrection du Christ outrepasse les limites mêmes de l horizon de sa propre apparition L effectivité y transgresse les lois rationnellement déterminées des conditions de tout possible Enfin ce que le Christ a fait dépasse la capacité même du monde à le recevoir Il y a encore beaucoup d autres choses que Jésus a faites mais s il fallait les écrire une à une je ne sais pas si le monde lui même pourrait recevoir tous les livres à écrire Jn 21 25 je souligne Les faits de Jésus outrepassent la possibilité même du monde Jean Luc Marion commente les actes du Christ même réduits à des écrits débordent l horizon de ce monde ne sont pas de ce monde demandent d autres horizons et d autres mondes 47 Ainsi le phénomène de la Révélation en se manifestant se libère non seulement des conditions formelles de l expérience mais aussi avec elles des limites préalables de l horizon de la phénoménalité La Révélation est un phénomène absolument inconditionné Concluons cette trop rapide analyse la manifestation christique excède la capacité du monde à la voir le visible offert par elle reste en grande partie non vu ce que le Christ donne Lui même comme donné par le Père outrepasse notre capacité à recevoir Bref les phénomènes qu offre la Révélation satisfont rigoureusement aux critères qui décrivent les phénomènes saturés La manifestation du Christ c est à dire sa phénoménalité est par excellence un phénomène saturé On peut même considérer que le phénomène saturé culmine dans le paradoxe du type de la révélation 48 Ainsi peut on attribuer toute leur rigueur conceptuelle phénoménologique à l Incarnation comme paradoxe des paradoxes paradoxos paradoxôn et au Christ comme paradoxe suprême paradoxe par excellence paradoxotaton Sg 16 17 49 Qu est ce donc aujourd hui que prendre la mesure de la nouveauté du Christ c est à dire de la puissance christique à renouveler les humanités ou la culture qui sont en leur fonds philosophie C est reconnaître la rationalité de ce qui jusqu ici apparaissait impensable c est travailler à se donner les moyens phénoménologiques pour la tâche d analyser le phénomène de la Révélation Confesser la Résurrection du Christ c est aujourd hui assigner un but nouveau non d abord à la théologie elle s y emploie depuis longtemps mais à la philosophie sans laquelle il n est pas d humanités en son époque phénoménologique Et qu aujourd hui encore la Révélation reste pleinement une tâche pour la pensée n est pas la moindre des raisons de l espérance qui est en n ous 1 P 3 15 Vincent Carraud Vincent Carraud né en 1957 marié cinq enfants Professeur de philosophie à l Université de Caen directeur de la rédaction de l édition francophone de Communio 1 Pour une esquisse de l affirmation de la nouveauté du christianisme qui en est encore à ses premiers temps Nous sommes dans les commencements de l ère chrétienne voir Jean Marie Lustiger La nouveauté du Christ et la post modernité Communio 1990 2 pp 12 23 Sur le christianisme comme expérience de la nouveauté voir Karl Prümm Christentum als Neuheitserlebnis 1939 2 Il faudrait aller plus loin et montrer que le christianisme a en propre de devoir et pouvoir penser l existence elle même à partir de son avenir ce que Jean Yves Lacoste nomme dans des pages décisives moi eschatologique in Expérience et absolu Paris PUF 1994 pp 69 74 3 Adversus Haereses IV 34 1 Quid igitur novi Dominus attulit veniens cognoscite quoniam omnem novitatem attulit semetipsum afferens qui fuerat annuntiatus Hoc enim ipsum praedicabatur quoniam novitas veniet innovatura et vivificatura hominem SC 100 p 846 tr fr Adelin Rousseau Voir la paraphrase magnifique de Guerric imo non tam novus sit quam ipsa novitas in se manens et innovans omnia a quo quaeque res prout recedit inveteratur prout reaccedit renovatur De nativitate Domini sermo 1 1 PL 185 29 B cité par Henri de Lubac in Histoire et esprit L intelligence de l Écriture d après Origène Paris Aubier 1950 p 446 4 C est la pseudo gnose qui prétend au contraire à une nouveauté culturelle voir Marie Joseph Le Guillou Le mystère du Père Paris Fayard 1973 p 53 55 en particulier et le cahier de Communio 1999 2 consacré à la gnose 5 Voir Rémi Brague Quatre retouches au prêt à penser in L Esprit et la vie de l esprit dossier de la Revue des deux mondes pour le 20e anniversaire de la revue Communio mai 1996 en part pp 87 89 voir aussi dans ce même dossier Paul Poupard Créer

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  • N° 83 (août-septembre 1999) : L'Apologétique : Rhétorique et apologétique projet d'apologie de la rhétorique - Revue Résurrection
    du Christ pour arracher à la foule apitoyée ses larmes lui briser le cœur pour qu elle abdique son orgueil et tombe à genoux avide du pardon de Dieu ébranler l homme dans ses entrailles lui faire sentir sa misère pour l élever à la grâce châtier l orgueil de son intellect pour soumettre le cœur rebelle voilà pour la volonté Au contraire les traités polémiques de l époque suivront un ordre démonstratif et linéaire hérité de la scolastique avec tout un arsenal de quaestiones de disputationes de définitions et de conclusions pour conduire méthodiquement l intellect à la clarté rationnelle On voit donc que si cette distinction classique permet de comprendre comment la rhétorique conduit aux portes d une relation et prépare ainsi l acte de foi elle risque également de créer une sorte de complémentarité extrêmement forcée entre un discours de type cartésien et un discours du pari où le langage contraint l homme par sa force et sa vivacité à une sorte de saut dans l inconnu Pascal paraît pleinement en accord avec cette distinction Il écrit en effet Jésus Christ saint Paul ont l ordre de la charité non de l esprit car ils voulaient échauffer non instruire 10 Échauffer non instruire Pascal semble introduire une irréductible dualité au sein du discours de l apologiste Le début de son Art de persuader semble très proche de cette pensée Après avoir rappelé qu il ne s occupait dans cet opuscule que des vérités profanes Pascal pose cependant la distinction entre volonté et entendement pour préciser que Dieu a voulu faire passer les vérités surnaturelles de la volonté à l entendement Je sais qu Il a voulu qu elles entrent du cœur dans l esprit et non pas de l esprit dans le cœur pour humilier cette superbe puissance du raisonnement qui prétend devoir être juge des choses que la volonté choisit et pour guérir cette volonté infirme qui s est toute corrompue par ses sales attachements On retrouve ici l expression d un augustinisme radical qui semble totalement manquer de confiance dans la raison Pourtant l ordre du cœur cher à l auteur des Pensées le seul capable pour lui d organiser son dialogue avec l incroyant et de le fonder sur une démarche authentique dépasse en fait largement cette image d une volonté qu il faut briser et asservir par la force du langage 11 Le cœur embrasse totalement la volonté dans la mesure où celle ci se trouve orientée vers cette forme particulière de connaissance qu est l amour la seule connaissance pratiquée par les saints nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur 12 Pascal a donc transposé une distinction de l ordre naturel volonté entendement dans l ordre surnaturel cœur esprit Cette transposition implique nécessairement dans la logique pascalienne une transformation des notions Ainsi le cœur est il pour lui le lieu d une reconnaissance intuitive mais certaine qui peut percevoir la vérité dans sa totalité sans la fragmenter et la déformer On ne croira jamais d une créance utile et de foi si Dieu n incline le cœur Et on croira dès qu il l inclinera Et c est ce que David connaissait bien Inclina cor meum Deus in etc 13 Le cœur a ses raisons Les Pensées sont organisées au service de cet ordre du cœur À travers la multiplicité des raisonnements à travers ses digressions il ramène son lecteur vers la même interrogation fondamentale sur la vocation de l homme Dans sa lettre pour porter à rechercher Dieu il rappelle clairement comment sa méthode vise à déployer le désir de l homme à montrer sa cohérence et sa pertinence pour l amener consciemment à se convertir à l ordre de la charité L apologie doit montrer que les hommes sont dans les ténèbres et l éloignement de Dieu et travailler à établir deux choses Que Dieu a établi des marques sensibles dans l Église pour se faire reconnaître à ceux qui le cherchaient sincèrement et qu il les a couvertes néanmoins de telle sorte qu il ne sera aperçu que de ceux qui le cherchent de tout leur cœur 14 L obscurité où se trouvent les adversaires de la foi doit les porter à cette recherche L apologie pascalienne se fonde en priorité sur cette mise en valeur de la cohérence de la foi et de la misère de notre état Au lecteur de faire le lien au lecteur de reconnaître dans son cœur que derrière cette double interrogation existe dans l acte de foi une synthèse insurpassable Ces éléments extérieurs d éclaircissement et d argumentation doivent être achevés et perfectionnés par l ordre du cœur l évidence objective doit être reconnue par l évidence subjective Là réside l enjeu le plus essentiel d une rhétorique au service de l apologie Les digressions pascaliennes ramènent dans leur diversité à la même figure centrale du Christ La religion chrétienne apprend aux justes qu elle élève jusqu à la participation de la divinité même qu en ce sublime état ils portent encore la source de toute la corruption qui les rend durant toute la vie sujets à l erreur à la misère à la mort au péché et elle crie aux plus impies qu ils sont capables de la grâce de leur Rédempteur Ainsi donnant à trembler à ceux qu elle justifie et consolant ceux qu elle condamne elle tempère avec tant de justesse la crainte avec l espérance par cette double capacité qui est commune à tous et de la grâce et du péché qu elle abaisse infiniment plus que la seule raison ne peut faire mais sans désespérer et qu elle élève infiniment plus que l orgueil de la nature mais sans enfler faisant bien voir par là qu étant seule exempte d erreur et de vice il n appartient qu à elle et d instruire et de corriger les hommes Que nous crie donc ce chaos et cette confusion monstrueuse sinon la vérité

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  • N° 83 (août-septembre 1999) : L'Apologétique : Blondel, Pascal, ou la conversion de la raison - Revue Résurrection
    Blondel car L action est une œuvre strictement philosophique L introduction fait table rase de tout préjugé et le philosophe se donne pour règle de progresser par étapes en affrontant les solutions qu impose la raison tout est mis en question même de savoir s il y a une question p XXII La méthode inductive de Blondel prend le risque de ne brider en rien la raison humaine On retrouve dans les Pensées un souci identique Pascal écrit au fragment 232 200 347 Toute notre dignité consiste en la pensée Travaillons donc à bien penser Voilà le principe de la morale Mais plus sensible à la faiblesse de la raison aveuglée depuis la chute Pascal croit qu en la laissant sans entrave elle ne peut que conclure à sa propre incapacité à résoudre le mystère de l existence Le lecteur lassé et fatigué par l inutile recherche du vrai bien pourra alors tendre les bras au Libérateur fr 524 631 422 Blondel et Pascal avec deux méthodes très différentes laissent une autonomie pleine et entière à la raison pour poser l acte de foi comme étape ultime C est donc à la raison elle même d affirmer la nécessité de l acte de foi Pascal l écrit au fragment 205 174 270 Il est juste qu e la raison se soumette quand elle juge qu elle doit se soumettre Le passage de scio à credo constitue bien une rupture car la raison accepte d autres lumières que les siennes mais le saut dans la foi est fondé en raison C est pourquoi le pari pascalien fr 680 426 542 n est pas un acte fidéiste 7 L apologiste montre au libertin qu il ne peut s abstenir de se prononcer pour ou contre Jésus Christ et que le choix le plus conforme à la raison est de se tourner vers le Sauveur Tout le raisonnement du passage repose sur les règles de probabilité découvertes par Pascal et dont les libertins joueurs se servaient pour augmenter leurs gains L apologiste donne un fondement rationnel à la conversion de l incroyant C est ce que fait Blondel dans la dernière page de L action où il affirme l impossibilité pour la raison de ne pas s affronter à l alternative être et néant sens et non sens cette unique et universelle question qui embrasse la destinée entière de l homme s impose à tous avec cette absolue rigueur L acte de foi ne saurait être posé au mépris de la raison la découverte de Dieu l appelle au contraire à sonder toujours plus le mystère qui lui est donné à contempler Cette vocation ne peut se réaliser que si la raison accepte de se laisser convertir Simon Icard Né en 1975 Chercheur au Laboratoire d études sur les monothéismes Il a publié Port Royal et saint Bernard de Clairvaux Saint Cyran Jansénius Arnauld Pascal Nicole Angélique de Saint Jean Paris H Champion 2010 1 La numérotation des Pensées correspond à l édition

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  • N° 83 (août-septembre 1999) : L'Apologétique : L'apologétique catholique : brefs éléments d'histoire (XIXème-XXème siècles) - Revue Résurrection
    paru en 1911 dans les Recherches de sciences religieuses Répondre au monde moderne avec ses armes De ces deux formes d apologétiques l une intransigeante prend face à la modernité une position surplombante et critique l autre veut entendre et purifier ses requêtes Mais d autres apologétiques furent aussi pratiquées Une forme particulière d apologétique pratiquée par l école inspirée de Félicité de Lamennais voulut ainsi s appuyer sur les connaissances issues du monde moderne pour prouver la vérité du catholicisme Inspiré par la pensée traditionaliste qui estime que la vérité est sociale avant d être individuelle elle posait comme postulat que le catholicisme est une réalité factuelle appréhendable donc scientifiquement et non logique adoptable après une série de raisonnements Il est la religion de l humanité depuis les origines en s appuyant sur saint Augustin et ses Retractationes I II c XIII n 3 La réalité que l on nomme aujourd hui religion chrétienne se trouvait chez les anciens elle n a pas cessé d être depuis l origine du genre humain jusqu à ce que le Christ vînt en chair époque où la vraie religion déjà existante a commencé à s appeler chrétienne Ce projet menaisien réalisé par l abbé Jacques Paul Migne dans son Encyclopédie théologique s attachait donc à montrer que les faits découverts par la science prouvaient la permanence catholique et sa supériorité sur toute autre forme religieuse qu il était l unique religion de l humanité à la fois naturelle et révélée 3 Faut il parler d un paradoxal positivisme catholique inconscient Oui si l on n oublie pas que le positivisme entend lui aussi donner une sens aux faits et refuse la séparation entre connaissance particulière et vérité universelle mais son articulation de ces deux éléments se fait justement dans un sens opposé à la révélation religieuse Quoiqu il en soit cette approche demeurait antimoderne et rejoignait les réactions spiritualistes au matérialisme implicite du XIXe siècle C est ainsi que put se constituer un front incertain et fluctuant entre les partisans d une connaissance ésotérique unifiant tous les degrés de l être et du réel et des catholiques partisans d une lecture symbolique seule réelle car surnaturelle du monde Hétéro interprétation et auto interprétation L on s est jusqu à présent surtout penché sur l apologétique en tant que telle Il ne faut cependant pas oublier que la théologie moderne a une visée apologétique Elle entend toujours implicitement répondre aux défis modernes C est ainsi qu à partir des années 1950 la théologie s est comme on dit fondamentalisée Elle entend en effet être d emblée apologétique et ne pas passer d abord et nécessairement par cette arche d entrée L apologétique est en fait intégrée dans la théologie fusionnée avec elle Tous les développements théologiques participent ainsi d une justification de la foi chrétienne de son illustration Mais deux tendances existent dans cette théologie aujourd hui pratiquée Une théologie en consonance avec les aspiration modernes entend prouver la validité du christianisme Plus

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  • N° 83 (août-septembre 1999) : L'Apologétique : Science ou religion : un faux débat ? - Revue Résurrection
    que suppose toute démarche scientifique est toujours une simplification Celle ci commence dès qu un système comprend plus de deux entités élémentaires on sait que la mécanique est incapable de le décrire rigoureusement On doit alors réduire l objet en question à un objet plus simple qui n est qu une approximation du précédent Toute la physique moléculaire en particulier repose sur cette démarche La connaissance rationnelle et non empirique du monde qui suppose une modélisation de celui ci exige sa simplification ce qui implique que l on renonce à le connaître et à le prédire de façon exacte Plus on avance dans la connaissance moins on en sait écrivait déjà Confucius En d autres termes ce qui reste à connaître dépasse largement notre capacité de connaissance n en déplaise à Husserl qui n a sans doute à sa décharge jamais mis les pieds dans un laboratoire La rencontre de l homme avec la nature à travers la démarche scientifique n est pas une marche triomphale elle est une première découverte de l altérité de la résistance de ce qui n est pas soi et qui déjà nous dépasse Nous y reviendrons Plus simplement les théories scientifiques sont limitées par les limites mêmes de l homme être fini et perpétuellement en apprentissage Prétendre qu elles sauraient un jour décrire et prédire la totalité du réel est un non sens non seulement du point de vue de la méthode scientifique mais aussi du point de vue de la logique formelle Le déterminisme contre la science On sait depuis Gödel et sans doute bien avant lui qu aucun système fermé n est auto explicatif Un système ne peut se décrire lui même et point n est besoin de savantes démonstrations pour le comprendre considérons simplement un dessinateur qui doit faire de la pièce où il se trouve un plan le plus exact possible Il doit donc se représenter lui même ainsi que le dessin qu il fait de la pièce en question lequel le représente à nouveau avec son plan et ainsi de suite à l infini On peut transposer cet exemple à celui de l auto prédiction scientifique si d après le déterminisme scientifique tout peut être prédit le scientifique doit pouvoir prédire quelles découvertes il fera à tel moment de l avenir ce qui est éminemment absurde puisque dès que cette prédiction est faite la découverte l est aussi et appartient alors au temps présent Et bien sûr l autoprédiction de l homme est impossible Certains vont plus loin encore dans la réfutation du déterminisme scientifique Un certain Haldane The inequality of Man 1932 reprenant des arguments de Descartes et avant lui de saint Augustin fait remarquer que si le matérialisme est vrai il me semble qu il est impossible qu on sache qu il est vrai Si mes opinions sont le résultat de processus chimiques ayant lieu dans mon cerveau elles sont déterminées non point par les lois de la logique mais par celles de la chimie A travers le matérialisme c est le déterminisme scientifique qui est visé ici Car un aspect fondamental de la démarche scientifique a été négligé jusqu ici la part d argumentation et de décision qui conduit le chercheur et sa communauté de spécialistes à établir qu une théorie est plus vraie qu une autre parce qu elle paraît plus adaptée pour décrire le réel Le processus qui conduit à cette décision est de l ordre de la délibération raisonnée du discours du logos Pour qui serait entièrement déterminé par des processus physico chimiques la notion de décision de jugement si importante dans le développement de la pensée scientifique n aurait plus aucun sens En forçant un peu le trait on pourrait parfois se demander si une vision trop déterministe de la science ne serait pas le pire ennemi qu elle puisse rencontrer Et la liberté Dès lors ce n est plus une affaire de logique mais un problème philosophique et anthropologique qui est posé par le déterminisme absolu Celui ci exclut toute décision et donc la liberté Il ne s agit pas pour autant de s en remettre à la Mécanique Quantique à la Physique Statistique ou à tout autre modèle qui semble admettre quelque forme que ce soit d indétermination du monde physique pour en conclure que la liberté vient précisément habiter ces zones d inconnu La liberté n est pas un autre nom du hasard ou du principe d incertitude de Heisenberg 1 Certes la décision scientifique d adopter une représentation plutôt qu une autre pour rendre compte d un phénomène advient toujours aux frontières de la connaissance lorsque la compréhension du système étudié est en cours Mais la liberté humaine s exerce aussi au cœur de la connaissance elle même lorsque le scientifique ou l ingénieur conçoit et réalise de nouvelles expériences de nouveaux dispositifs ils exercent au plus haut point leur liberté en prenant à chaque étape du développement des décisions impliquant des choix technologiques A ce titre la technique tant de fois décriée par Heidegger et quelques successeurs moins talentueux demeure le lieu d excellence du déploiement d une liberté appelée à s exercer constamment dans la mise en place d instruments nouveaux Démarche scientifique et expérience religieuse rapprochements et divergences Quand bien même la question du déterminisme dit scientifique aurait enfin pour le plus grand profit de tous perdu de son acuité on ne peut pour autant confondre la sphère des sciences de la nature de celle de la connaissance de Dieu L expérience religieuse est marquée par un caractère unique et non reproductible parfois difficile à communiquer et indescriptible L événement de la rencontre de Dieu et de l homme dans la vie spirituelle de chacun aussi bien que dans le déploiement de l histoire du salut est non prédictible et non quantifiable Il s agit de l établissement d une rencontre interpersonnelle affective bien qu objective qui est rendue possible par ce qui est commun à Dieu et à l homme parce que celui ci

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