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  • N° 74 (février-mars 1998) : Hommage au P. Louis Bouyer : "Le Mystère Pascal" : un autre regard sur la Rédemption - Revue Résurrection
    est celui qui évoque de la façon la plus radicale le jugement Et ce jugement n est rien d autre que l effet d un refus définitif de l amour divin la souffrance des damnés n est pas une réprobation au sens habituel du terme mais bien plutôt le fait d être aimé d un amour que l on est incapable de recevoir Les armes du Christ Les armes du combat sont elles aussi à la mesure de l enjeu La première chose que Dieu demande à l homme c est le sacrifice Étymologiquement la liturgie chrétienne de ce sacrifice l Eucharistie signifie action de grâces le don total de nous même à celui qui nous a tout donné Mais après la chute notre enchaînement au péché est tel que nous n en sommes arrachés que dans la douleur au prix de l immolation au prix onéreux du sang versé Le sacrifice prend alors cet autre sens qui nous est plus familier celui d un don accompli dans la douleur par lequel sans effusion de sang il n y a pas de rémission des péchés He 9 22 C est ce qui explique le rejet par Dieu du sacrifice de Caïn et l agrément de celui sanglant d Abel Nulle religion qui ne demande des souffrances et de la mort écrit Bouyer sans complaisance p 268 Le rôle purificateur du sang des victimes dans la liturgie d Israël prend là tout son sens Le pécheur ne peut rejoindre Dieu dans sa lumière qu après avoir lutté jusqu au sang p 265 Mais ce sang n est salutaire que parce qu il est d abord celui du Christ Pourquoi tout ce sang En effet le sacrifice nous l avons vu n est pas dans son principe un acte de destruction ou d immolation Il est le signe en ce monde de la parfaite oblation du Fils au Père de l action de grâces perpétuelle vécue dans l obéissance parfaite Inversement toute destruction n est pas un sacrifice car alors le suicide deviendrait l acte le plus religieux qui soit p 121 L immolation n est pas ce qui fait le sacrifice mais c est en acceptant cette immolation que le Christ fait de son sacrifice l unique moyen du salut universel Par ailleurs Bouyer se garde bien de magnifier la souffrance Dans la plus pure tradition biblique il la considère comme néfaste et vaine si elle n est pas associée aux souffrances du Christ lui même D où la pertinence de la révolte de Job qui a bien parlé de Dieu contrairement à ses prétendus amis qui cherchaient à tout prix à justifier ses malheurs Cependant il fait cependant remarquer que cette souffrance n est pas le mal en soi mais bien plutôt une de ses conséquences Le mal suprême c est le péché sa conséquence la plus radicale c est la mort La souffrance témoigne au moins de ce que nous sommes encore vivants physiquement et spirituellement que nous ne sommes pas encore anesthésiés par la coupable indifférence où nous enferme le refus de l amour divin Mais elle demeure stérile tant qu elle n est pas le fruit de l obéissance aimante du Fils En lui seul cette souffrance prend un sens en lui elle atteint le sommet de ce que l homme peut éprouver puisqu elle mesure en lui la tension de notre être entre la mort découlant du péché et la vie née de Dieu p 270 L abîme qui dans le Christ sépare la mort de la vie est celui là même de sa souffrance infinie instrument de sa victoire sur la mort Le Christ a écrasé Satan non pas parce qu il a souffert mais c est parce que c est Lui qui a souffert Le salut une dette à payer Louis Bouyer rappelle brièvement les deux thèses traditionnelles concernant cette nécessité onéreuse d expiation qu elle soit opérée par le Juste immolé pour les pécheurs ou ces mêmes pécheurs appelés à une conversion obligatoirement coûteuse Il s agit dans les deux cas de considérer cette expiation comme une dette à payer au diable ou à Dieu Dans le premier cas dette au diable il s agirait d une rançon pour notre délivrance dans le second dette à Dieu une satisfaction due à l honneur de Dieu bafoué par le péché de l homme Avec beaucoup de finesse le P Bouyer montre dans quel sens cette image de dette quel qu en soit le créancier est défectueuse quand elle est comprise dans le sens usuel du terme S il s agit du démon il est absurde de croire qu il puisse avoir quelque droit que ce soit sur Dieu Le rachat de l humanité ne saurait se réduire à une pacifique transaction commerciale p 275 entre deux partenaires mis sur un pied d égalité Nous ne sommes pas rachetés au diable mais délivrés de lui et de haute lutte en le vainquant id On voit ici combien demeure féconde la notion de combat qui seule peut rendre compte du caractère éminemment dramatique de la Rédemption En fin de compte le sacrifice du Christ loin d être la rançon payée au Prince des Ténèbres est bien plutôt selon la célèbre image patristique l hameçon le piège qui lui est tendu et dans lequel il est irrémédiablement tombé Quant à la dette due à Dieu saint Anselme en a magistralement développé les implications en l assimilant à une réparation due à Dieu dans un acte d amour désintéressé qui nous arrache à notre égoïsme et à notre appétit de jouissance Le renoncement qu implique cette satisfaction signifie que Dieu vient nous sauver tels que nous sommes dans notre état de pécheurs irréductibles et non pas dans un état de nature innocent et que notre retour à lui constitue une démarche éminemment coûteuse Mais devant cette représentation encore un peu trop comptable et sans doute influencée par la conception médiévale de l honneur Bouyer fait remarquer très justement

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  • N° 74 (février-mars 1998) : Hommage au P. Louis Bouyer : Fils de lumière ou suppôt des ténèbres ? - Revue Résurrection
    une position maurrassienne catholique qui est défendue la primauté de l action politique non pas dans l ordre des fins mais dans l ordre des moyens La sainteté est posée avec force comme l unique nécessaire mais est aussi présentée comme un moyen de la lutte contre les structures sociales peccamineuses Et comme unique nécessaire elle n est pas donnée comme un combat spirituel contre Satan 9 Une telle attitude néglige donc la primauté de la conversion des non catholiques seul moyen dans l état actuel des choses de pouvoir un jour rendre conforme l ordre social à la loi naturelle subvertir d une certaine manière la loi de la majorité ou plus exactement la faire jouer au profit du catholicisme comme le proposait déjà Léon XIII en 1892 lors du Ralliement 10 Par ailleurs les positions de la Cité catholique l amènent à identifier précisément les camps en présence à faire la liste des combattants présentée comme invariable le passage d un camp à l autre semble impossible Les partis sont absolutisés les troupes sataniques sont la Révolution réalité protéiforme qui s est imposée depuis deux cents ans mais préparée depuis bien avant Un sens est donné à l histoire en plaquant de manière quelque peu artificielle une analyse d une période précise celle du XIX e siècle voyant se développer les tendances anticléricales et antireligieuses sur les siècles antérieurs Le jeu des libertés de la créativité de l interaction des volontés est gommé oblitéré occulté Une telle lecture providentielle de l histoire en vient à nier l indétermination relative du déroulement de l histoire Les deux Cités De telles positions intransigeantes refusant le monde moderne issu de 1789 intégralistes tout le catholicisme dans toute la vie et apocalyptiques ne sont pas originales dans le catholicisme français Jean Ousset s appuie sur de nombreux auteurs du XIX e et du XX e siècles et il n entend en rien innover 11 Elles trouvent une partie de leurs racines dans une certaine lecture de la Cité de Dieu Saint Augustin dans une perspective d abord mystique oppose deux cités remontant aux anges et animées par deux esprits différents l amour de soi jusqu au mépris de Dieu la cité de la terre l amour de Dieu jusqu au mépris de soi la cité de Dieu Mais elles sont mêlées s enlacent et se confondent dans le siècle jusqu à ce que le dernier jugement les sépare Non seulement Augustin ne confond pas l Église et la cité de Dieu mais de plus il insiste sur le mouvement qui anime les relations entre les cités la tension eschatologique traverse une histoire où rien n est joué et où tout se décide déjà maintenant pour le dernier jour Les deux cités ne seront vraiment réalisées que le jour du jugement même si leur opposition remonte aux origines du monde 12 A contrario les intransigeants apocalyptiques ont une perspective mystique et réaliste nommant les agents de la Cité du Mal mettant en accusation des groupes qui construisent une société ennemie de Dieu ils transposent et fixent dans le temporel une réalité qu ils ne lisent plus au plan spirituel 13 Ils durcissent les positions augustiniennes Ainsi Mgr Gaume dont le Traité du Saint Esprit n est pas simplement consacré à la troisième personne de la Trinité mais est comme le dit son sous titre l histoire générale des deux Esprits qui se disputent l empire du monde et des deux Cités qu ils ont formé l étude du combat cosmique de l esprit du Bien et de celui du Mal de leur opposition religieuse sociale et politique 14 La conversion semble ici impossible le mouvement absent Ne demeure qu un drame presque manichéen 15 La violence de la remise en cause des années 1789 1914 l explique ainsi qu une tradition scripturaire et patristique où les hérétiques et les non chrétiens étaient présentés nommément comme des suppôts de Satan La polémique en rend aussi raison Cependant les catholiques et parmi les plus polémistes croyaient à la possibilité de la conversion 16 La rigidité de l opposition laisse donc la place au mouvement dont on en peut trouver certaines traces Léon XIII tout en publiant en 1884 l encyclique Humanum genus contre la Franc Maçonnerie suspend pour un an les peines ecclésiastiques frappant ceux qui deviennent ou sont francs maçons 17 Les deux Étendards La méditation sur les deux étendards de saint Ignace de Loyola est une autre racine de la translation du combat spirituel dans le temporel Appartenant à la deuxième semaine des Exercices spirituels destinée à amener l exercitant à choisir le Christ et à le suivre elle est située le quatrième jour et a pour but de savoir en quel état le Christ veut se servir de nous Ainsi en guise d introduction il faut voir quel est le but poursuivi par le Christ notre Seigneur et à l inverse quel est celui de l ennemi de la nature humaine et comment il faut se disposer pour arriver à la perfection en quelque état ou vie que Dieu notre Seigneur nous donnera de choisir 18 L exercice consiste à voir l action de Satan dans le monde qui tente les hommes à l aide de démons par les richesses l honneur et l orgueil puis à voir comment le Christ invite ses disciples à vivre la pauvreté l opprobre et le mépris et l humilité Enfin il faut effectuer une série de colloques pour demander à être reçu sous l étendard du Christ dans la pauvreté les opprobres et le mépris La méditation sur les trois hommes qui suit celle des deux étendards vise à apprendre à choisir Dieu contre les richesses Ignace a donc avant tout un dessein spirituel marqué par la volonté de choisir la vie évangélique c est à dire la pauvreté et l humiliation au nom du Christ Les Exercices sont pour les papes de la fin du XIX e une arme antimoderne à même de permettre aux catholiques de reconstituer la société malade et sont recommandés avec insistance Ils furent une des bases de la formation de la première génération de catholiques sociaux 19 Au niveau littéraire bien qu ils ne soient pas une référence explicite on en trouve des traces 20 Ils sont surtout une des pratiques intégristes après la Seconde Guerre mondiale notamment la méditation des deux étendards Un lien très fort existait entre la Cité catholique et le Centre d Exercices des Pères Coopérateurs Paroissiaux du Christ Roi Fondés par le P François de Paule Vallet 1883 1947 en 1933 dans le diocèse de Valence installés à Chabeuil les CPCR organisaient des retraites d hommes de cinq jours en se fondant sur les Exercices 21 utilisés comme élément du combat contre le monde moderne empire de Satan le combat spirituel est transposé dans le temporel 22 Il faut ajouter à ces orientations une relecture durcie des phrases christiques Que votre oui soit oui et votre non soit non et Qui n est pas avec moi est contre moi 23 qui compose finalement un ensemble cohérent où le rôle du temps est évacué au profit d une opposition frontale Haro sur la nouvelle chrétienté Le P Bouyer qui insiste de manière exclusive sur le combat spirituel est donc original dans le catholicisme français postérieur à la Seconde Guerre mondiale Il n est pas pour autant insensible à l action satanique concrète Ses relations avec la revue Dieu vivant où l hitlérisme est considéré comme satanique où l Apocalypse est la grille de lecture de la situation mondiale au sortir de la conflagration conclue par Auschwitz et Hiroshima en témoignent Par ses ouvrages et ses collaborations il participe au courant eschatologique pessimiste qui se développe alors et n a d autre horizon que la Parousie 24 Axant exclusivement sa réflexion sur la vie spirituelle notamment monastique il remet en cause une vision idéologisée de la nouvelle chrétienté plus ou moins millénarisée par nombre de catholiques dans le conflit entre catholicisme libéralisme et socialisme En effet la construction d une société antilibérale et antisocialiste antimoderne autrement moderne car catholique est la ligne de force de l action catholique depuis l avènement de la modernité à la fin du XVIIIe siècle Un tel projet dynamique et accompagné d une indéniable efflorescence spirituelle a plus ou moins identifié le règne éternel de Dieu dans sa création renouvelée avec l emprise de l Église catholique sur la société Le P Bouyer se démarque très nettement des buts poursuivis par les intransigeants qui par le combat temporel veulent instaurer une société chrétienne une nouvelle chrétienté et dont l objectif est temporel Par les Exercices Spirituels rendre au laïcat le sens de sa responsabilité civique et l engager vigoureusement dans l œuvre d une restauration sociale chrétienne effective Ni en Espagne ni en Amérique latine le Père Vallet n avait trouvé une société gagnée si consciemment aux idées libérales et révolutionnaires comme l était la nôtre nulle part ailleurs il n avait rencontré de catholiques voire de prêtres et d évêques aussi favorables à une évolution modernisante de l Église de sa constitution intime de son dogme de sa morale de sa pastorale de sa liturgie nulle part il n avait trouvé autant de laïcs ayant renoncé purement et simplement à la thèse sociale chrétienne ayant admis comme idéal l hypothèse de la séparation totale des deux pouvoirs et voyant dans la démocratie la véritable et seule forme politique possible du christianisme En France l œuvre n avait principalement pour but dans la pensée de son fondateur que la mobilisation des laïcs rendus aptes à animer surnaturellement l ordre temporel et à l instaurer chrétiennement La formation spirituelle la formation doctrinale étaient donc totalement ordonnées à l action 25 La transposition dans le domaine temporel d une réalité avant tout spirituelle est réelle Or le P Bouyer provoque une libération de ces objectifs non pas tant en soulignant l importance fondamentale du plan spirituel acceptée par les intransigeants qu en dénonçant l erreur du monde moderne qui pense pouvoir être heureux naturellement car possédant sa nature propre 26 il vise par là même de manière détournée et subtile une théologie de la nature qui pensait la possibilité d une nature pure capable d obtenir un bonheur purement naturel sans Dieu Une telle conception était fort puissante dans les cercles théologiques néothomistes romains et intransigeants et sa remise en cause par le P de Lubac dans Surnaturel fut un des éléments du conflit entre nouveaux théologiens réformistes et thomistes scolastiques quels qu ils soient 27 Elle permettait en effet en partie l action temporelle des chrétiens qui pouvait participer à l essai d obtention de la fin naturelle des sociétés en collaboration avec les non chrétiens tout en cherchant à orienter ces mêmes sociétés vers un ordre chrétien juste reconnaissant le pouvoir directif de l Église Mais la finalité surnaturelle reconnue à l action politique cédait la place à l instauration d un ordre social le moyen devenait le but En introduisant Satan dans les relations entre Dieu et les hommes le P Bouyer brise cette construction théologique l homme ne s appartient pas il appartient à Satan aucun bonheur naturel n est donc possible seule la mort l est L œuvre chrétienne mondaine a désormais pour objectif de supprimer les situations où Satan peut exercer sa domination tuer spirituellement l homme et le pousser contre Dieu Il ne s agit pas simplement d établir la justice un ordre juste qui permet à chacun de vivre décemment mais de rejeter de combattre et de dénoncer toutes les situations d aliénation L attitude prophétique fonde l attitude royale la nouvelle chrétienté n est qu un moyen toujours lui même à juger prophétiquement Une anthropologie dynamique En même temps le Mystère pascal rejette une anthropologie rigide qui ne prend pas en compte les possibles évolutions spirituelles et qui fixe les camps Il invite à une vision dynamique de la vie spirituelle dans laquelle le changement l évolution la conversion sont toujours possibles Ce dynamisme est le fruit d une perception elle même dynamique de l être même des créatures qu il s agisse des anges ou des hommes Dans tous les esprits créés soit incorporels soit engagés dans la matière la simplicité de l être coexiste nécessairement avec une certaine composition et la vie est pour eux dans le mouvement image proportionnée au néant d où ils proviennent des immuables échanges de la Sainte Trinité qui constituent la vie divine En refusant de s abandonner aux communications ineffables du Père et du Fils dans l Esprit Saint Satan et ses anges ont paralysé en eux mêmes cet élan qui faisait de leur vie simplement naturelle une image de la vie divine Partout où leur règne s établit partout s établit cette immobilité qui n est pas celle des immuables échanges divins mais la paralysie d un être où tout échange a cessé 28 Le mouvement des créatures spirituelles est d une certaine manière ce qui les fait être à l image de Dieu Il est l acte par lequel ils sont remplis de Dieu et accomplis dans la contemplation pour les anges dans la divinisation pour les hommes En poursuivant les réflexions du P Bouyer avec les visions de saint Grégoire de Nysse sur l épectase ce mouvement incessant par lequel l homme saisi par Dieu s enfonce en celui qui le possède sans fin car Dieu est infini il est possible de mieux comprendre la situation des bienheureux et des damnés ainsi que celle des hommes combattant le bon combat Le péché peut être analysé comme non seulement la paralysie mais aussi la dissolution Aussitôt que l âme en croyant être à elle n a été qu au néant d où elle venait et où Satan la ramène le mouvement a commencé de s y éteindre le corps a commencé de s en séparer et les éléments de ce corps de se dissoudre p 165 Or cette dissolution est incessante comment une créature pourrait elle se défaire absolument pour retourner à son néant pour disparaître de ce qui a été fondé par Dieu même de cet être donné sans repentance par son auteur Le pécheur s engage donc dans une épectase inverse il est une éponge où les trous croissent pour prendre une image rapide Et le damné Satan les anges rebelles est celui qui est fixé dans son état de dissolution incessante ses trous d éponge croissent à jamais sans que jamais la matière de l éponge disparaisse totalement Il entre dans une asymptote vers moins l infini pour utiliser cette fois une image mathématique À l inverse le bienheureux s engage dans une croissance en Dieu Celui qui monte ne s arrête jamais allant de commencement en commencement et le commencement des biens toujours plus grands n a jamais de fin Jamais le désir de celui qui progresse ne s en tient au bien déjà connu un autre désir plus intense puis un autre encore plus profond par la suite poussent l âme qui s élève sans cesse sur la route de l infini par des biens toujours supérieurs 29 Or pour les hommes non encore fixés pour ceux qui sont dans le temps dans l histoire dans le combat la situation est loin d être stable L homme passe incessamment d une situation de paralysie au mouvement du mouvement à la paralysie et ce de manière hétérogène le combat spirituel change sans cesse de lieu sans cesse se déplace Guerre napoléonienne permanente Blitzkrieg et l enterrement dans les tranchées n est que le début de la défaite seul le mouvement vers Dieu peut sauver Les attaques de Satan pour enkyster l homme dans son péché changent sans cesse d angle pour mieux détruire et déstabiliser mais l onction baptismale doit faire glisser les prises du lutteur démoniaque pour autant qu elle soit maintenue efficace par l ouverture sacrificielle croissante à Dieu Ainsi si le combat est frontal si l opposition est radicale entre les Deux Étendards et les Deux Cités c est en chacun des chrétiens et des hommes que le combat se joue sans trêve sans ligne de front fixe et définitive d où l impossibilité de définir absolument des camps précis Dans le temps qui nous reste le salut est toujours possible puisque ce temps est justement le temps de la patience de Dieu pour notre salut 2 P 8 10 Le Mystère pascal restaure donc une conception du combat spirituel qui défaillait transposée où elle n aurait pas dû l être Surtout il replace ce combat spirituel dans son lieu propre la liturgie C est en effet dans la liturgie dans cette action qui est le propre de l Église que la guerre se réalise que les Deux Cités s opposent que les Deux Étendards sont dressés les péans entonnés et les combats livrés Et celui qui combat alors et qui triomphe c est le Christ total afin que soit inclus en lui tout homme venu vivant et à venir Dans le temple de Dieu les portes sont ouvertes et le demeurent pour toujours car nul n est exclu du banquet céleste offert par le Roi à ses fidèles sujets qui attendent et hâtent par leurs prières la venue du Jour du Seigneur Satan est alors jeté dans le Tartare et livré aux abîmes de ténèbres jusqu au jugement car l Eucharistie du Fils est le salut du monde Paul Airiau marié huit enfants né en 1971 Diplômé de l IEP de Paris agrégé et docteur en histoire enseignant dans un établissement public ZEP de l Académie de Paris 1 Les citations seront tirées de L Bouyer Le mystère pascal MP Paris Cerf coll Foi Vivante 1965 édition de poche de l original paru en 1945 dans la collection Lex Orandi des Éditions du Cerf 2 Id p 7 3 Id p 32 48 152 167 217 223 4 J B Chautard L Âme de tout apostolat

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  • N° 74 (février-mars 1998) : Hommage au P. Louis Bouyer : "Cosmos" - Revue Résurrection
    est ce tout foncièrement un que nous livre l expérience sensible interprétée par l intelligence à ce point que Dieu lui même ne peut être connu de nous que dans ou à travers si l on aime mieux notre expérience insécable du monde et de notre être à ce monde Car Dieu ne nous est connaissable à nous créatures et à nous les hommes créatures nativement incarnées que dans et par sa création La création et la gloire de Dieu Ainsi si l on est amené à scruter le monde dira le P Bouyer c est qu il y a deux raisons D une part pour faire de la Théologie c est à dire exprimer la Doctrine sur Dieu il est nécessaire de connaître la Révélation qui n est pas une révélation tombée du ciel mais une révélation qui s est incarnée à travers des hommes des événements une histoire et enfin par l Incarnation du Fils Éternel lui même D autre part le monde reste marqué du sceau de son créateur Ce que la Bible nomme la Gloire de Dieu en revanche n est que l éclat divin que le cosmos scruté à fond découvert dans toute son ampleur et sa profondeur nous révèle exsudant de toute l existence de tout l être cosmique Et c est exactement pour cela que le monde créé peut être dit cosmos c est à dire ordre et beauté C est ainsi qu on peut légitimer toute étude de la création Et c est pourquoi notre auteur va scruter avec minutie tous les domaines où la pensée humaine s interroge sur le monde que ce soit au niveau du mythe de la sagesse orientale ou biblique de la physique moderne ou encore à travers les philosophies les plus diverses Cosmos et péché originel Mais la légitimité de la recherche ne doit pas nous faire oublier la critique de saint Bonaventure qui visait l aristotélisme averroïsant de son époque Chercher à connaître l univers en ne s appuyant que sur les facultés de l homme déchu c est aller sûrement à l échec Comme aime à rappeler le Père Bouyer le péché originel est décrit dans la Bible à travers trois types de conséquences celle qui concerne les rapports interpersonnels Gn 3 avec Adam et Eve celles qui concernent les rapports sociaux Gn 11 avec la Tour de Babel et enfin celles qui concernent les rapports de l homme avec les forces de la nature qui se trouvent dans l énigmatique début du chapitre 6 de la Genèse qui parle de la chute des Puissances cosmiques les Béné Elohim Dans sa situation déchue l homme ne perçoit plus le cosmos comme le reflet de la Gloire de Dieu mais comme un objet qu il doit s approprier pour en jouir en utilisant les forces de la nature C est là l origine de la magie Pour L Bouyer c est à la suite de la dérive médiévale du rôle de la raison dans la

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  • N° 74 (février-mars 1998) : Hommage au P. Louis Bouyer : Signification du mythe chez Louis Bouyer - Revue Résurrection
    nous mêmes de la société que nous formons du monde où elle et nous ont à vivre 9 Le totémisme fournit un cas particulièrement intéressant Il n est plus aujourd hui d anthropologues s il en a jamais été qui admettent que le totémisme explique l idée religieuse pour cette double raison que ce phénomène d abord n est nullement universel et ensuite que là même où il existe il n apparaît qu à un stade secondaire de l évolution humaine et non pas avant mais après les phénomènes religieux les plus primitifs comme le sacrifice Cependant les recherches de Durkheim ne perdent pas pour cela leur intérêt Ce qu il a fort bien montré sur l exemple des cultes totémiques c est comment l esprit collectif sans lequel aucune société vraiment organique ne peut naître et subsister suppose une référence commune de tous ses individus à un être énigmatique où tous se retrouveront cependant qu il n en apparaît pas moins comme autre par rapport à tous aussi bien qu à chacun Le totem n est qu une forme parmi d autres d expression mythique de cette référence Mais il a certainement l avantage de faire saillir cette conjonction si bien observée par Otto d étrangeté et de sympathie laquelle est si caractéristique en effet du sacré sous toutes ses formes Sur ce point là Durkheim a certainement vu juste mais ce qu il a vu n est pas l origine totémique et donc sociale de la religion mais l origine religieuse de la société qu elle s affirme dans un totem ou tout autrement 10 Totalité Ce qui caractérise le rite comme le mythe c est l homogénéité qui ressort des analogies constantes que l on peut tisser d une tradition d un peuple à l autre L expérience du sacré est partout la même elle tient à une commune approche du religieux en tant que tel dans son acception d emblée la plus sérieuse et la plus authentique où l humain ne se vit pas autrement que dans la perception d un enveloppement maternel de l univers la société comme la nature participant d une communauté sacrée avec cet Autre du monde qui le soutient et le rafraîchit constamment dans une vie périodiquement redonnée non seulement par une nécessité matérielle non dans un but intéressé celui même de l activité magique mais pour participer à l harmonie indicible où toute chose trouve un sens par son assomption dans une réalité supérieure qui lui donne sa raison d être avec son être La fête comprise comme célébration et festin dans toute l amplitude imaginable du terme et non comme une diversion oiseuse de l ordinaire ni comme un déchaînement infra humain livrant au trouble vertige d obscures tendances de dissolution et à la fascination de la mort déchaînement dans lequel par une ambiguïté incontestable des tendances de la psychè humaine elle peut de fait souvent dégénérer occupe ici la fonction fondamentale de replonger l existence de l homme comme de la société et de la nature dans la fraîcheur des origines pour en irriguer l ensemble de l existence On voit tout ce que le mythe aura à fournir à l appui de cette signification comment il sera à travers le langage la poésie la musique le théâtre et la danse encore indistincts les uns des autres cette signification même à travers une expression symbolique encore inentamée par la critique logique Passage à l abstraction Le logos en effet va prendre le relai du mythos pour dégager une notion épurée mais aussi appauvrie par l abstraction du divin ce qui acheminera aux démonstrations de l existence de Dieu mais pour revenir dans le cas d un Platon à une forme décantée de mythe qui n est sans doute qu une heureuse échappée de l intelligence au delà de tout ce qui se peut définir Mais ici et c est ce que l allusion au mythe platonicien suggère le mythe n est il pas assimilable à l imaginaire non au sens d irréalité de fantaisie ou de recomposition mais à celui de représentation sensible de ce vers quoi tend la quête intellectuelle qui ne cesse pas d être religieuse à la base une représentation symbolique c est à dire dont les éléments participent en quelque manière à l essence sacrée qu ils cherchent à exprimer En précisant qu une telle représentation est comme le langage lui même immergée dans l ensemble cosmique et social physique et psychique hors duquel l homme ne peut pas plus qu à la vie s éveiller à la conscience nous ne pensons pas être très éloigné de ce dont il est question dans des considérations qui tissent une toile aux vastes dimensions et aux fils subtilement tramés La nécessaire remise en cause du mythe Le mythe est affecté d une ambiguïté Comme effet de ce que l on appelle avec plus ou moins de bonheur la conscience collective il peut en venir à faire d une société par opposition aux sociétés ouvertes ce que Bergson appelle dans les Deux Sources une société close refermée sur elle même Ou bien en effet dans la ligne des analyses de Szondi 11 les possibilités de la liberté permettant de dépasser les déterminisme du destin héréditaire une société demeure ouverte à l infini et créatrice de personnalités ou bien elle s abandonne à la pesanteur qui finit par soumettre ses membres à un écrasement dans la collectivité qui n est plus qu une foule avec le dégagement d une personnalité perverse qui n est pas l addition de ses éléments et qui se distingue de tous C est quand on s avise de cet autre aspect de la relation individu société qu il devient évident qu on ne peut reconnaître le caractère maternel de la société naturelle où l on naît d où l on naît sans que soit impliquée dans cette reconnaissance celle d une paternité mystérieuse qu aucune limite actuelle d une société donnée ni même de l humanité entière dont nous procédons ne saurait enclore 12 L idolâtrie loin d être la religion dans son état primitif en est la perversion avec toutes les figures aberrantes et monstrueuses de divinités qui en procèdent C est ici que s inscrit universellement le courant prophétique qui de l Inde à Israël et jusque dans la protestation de Mahomet devant le trithéisme à l opposé du modalisme où ne s enlise pas moins le dogme trinitaire défend les droits de cette paternité unique et veut arracher la religion à cette mortelle involution En Israël ce ne sera pas sans reprendre comme ailleurs les éléments du mythe mais en leur faisant subir un éclatement puis une refonte totale où il ne restera rien des ambiguïtés dont il était pétri Le mythe au contraire n évite de faire de sa propre cosmogonie une théogonie le monde est le résultat d une chute du divin qu en tombant dans un émanatisme dont les philosophies auront toutes les peines du monde à se dégager le monde est un reflet une lueur un dégradé sinon une dégradation du divin Sa permanence De tout ce que nous venons de voir il résulte pour l anthropologie fondamentale que le mythe n est pas tant une première mise en lumière par l humanité d elle même et de toute existence que la source même de tout l effort d élucidation du monde par la conscience humaine et la matière même de cette élucidation Ceci se vérifie d une part dans les investigations de la psychologie des profondeurs qui à travers d innombrables confusions imprécisions et des simplifications abusives n en révèle pas moins le fond mythique de toute l existence du point de vue subjectif et d autre part du point de vue objectif dans la démarche scientifique elle même de part en part mythique en ce qu elle ne peut échapper aux représentations qui en ultime analyse reviennent toujours à situer selon un certain degré de qualité l image que l on se fait de Dieu fût ce en le rejetant mais pour en fait se placer soi même par hypothèse à la place qui lui revient en le réduisant à la conception étroite que l on se fait de la vie Ceci est fort évident dans les philosophies matérialistes qui consistent à reverser dans une mythique matière dont il est impossible de se faire une idée claire tous les attributs du divin au point qu il ne reste en fait plus rien de ce qu on pourrait définir de ce principe matériel Bien entendu le mythe est ici singulièrement dégradé mais sa présence reste caractéristique Ainsi encore il n est pas étonnant que la théorie biologique de la sélection naturelle a surgi dans l ère industrielle où se pratique effectivement à tous les niveaux d une société intrinsèquement brisée l élimination des plus fragiles par les plus forts Que pouvons nous faire du mythe La psychologie la sociologie et la cosmologie modernes offrent une propédeutique irremplaçable à une redécouverte de la critique et de la refonte du mythe dans ce que nous appelons la Parole divine Cependant avant de nous engager dans cette voie il importe de souligner l inanité l impossibilité de toute démythisation L homme ne peut certes pas se satisfaire du mythe mais il ne saurait davantage s en passer Car loin de représenter une phase préliminaire au développement proprement dit de son intelligence à la constitution de sa culture il demeure de celle ci la base unique sur laquelle elle puisse jamais s édifier Dépasser le mythe s évader du mythe pour l homme ce ne sont là que vaines forfanteries non seulement irréalisables mais privées de sens 13 Ces réflexions seront reprises à l envi dans Cosmos 14 où le mythe se présente comme une élaboration synthétique de notre expérience du monde restaurée dans l unité par le rassemblement dans une seule vue intuitive globale des vues successives et distinctes de la réalité si bien que le monde ne soit plus simplement appréhendé sourdement dans son unité primordiale mais reconnu formellement 15 Mythe et connaissance Les deux types de connaissance positive scientifique ou dite telle théologique révélée auxquelles les uns ou les autres reconnaissent quelque sérieux supposent donc en réalité la connaissance mythique comprise comme cette élaboration de l expérience Tout d abord relevons que notre connaissance du monde a un aspect d historicité Il vaut la peine de citer longuement des passages qui se signalent par leur profondeur anthropologique A première vue rien de plus personnel voire de plus individuel que notre connaissance élémentaire du monde et que son développement en une connaissance réfléchie en suite de la venue au jour progressive de tout cet ensemble de questions que nous avons parcouru et par lequel on peut dire que notre expérience de base du monde provoque notre intelligence Mais si vrai si premier que soit cet aspect il ne pourrait nous faire négliger l aspect complémentaire qu on peut dire collectif et plus définiment social Car pour chacun de nous cette découverte du monde qui fait de celui ci déjà comme un langage au moyen duquel la réalité totale et suprême atteint notre intelligence et la sollicite d entrer en action à son propos est inséparable de fait de la découverte du langage humain et par celui ci de l intercommunication des consciences Cette autre découverte accompagne si nécessairement notre éveil à la pensée comme à la vie qu il est en fait impossible de séparer notre expérience la plus personnelle du monde de notre expérience d une vie personnelle laquelle ne naît ni ne se développe qu à l intérieur d un rapport fondamental de notre moi à la collectivité humaine à partir de notre relation à nos parents et à nos proches 16 Ici se pose la question de la tradition Car pour les modernes en tout cas qu ils se qualifient eux mêmes de traditionnels ou d anti traditionnels la tendance générale est d opposer purement et simplement l acceptation des idées traditionnelles à l acquisition immédiate de par la seule expérience individuelle d idées que l on qualifiera de personnelles En réalité l opposition ne tient pas ou si l on préfère la seule opposition qu on peut faire entre les deux est celle d aspects complémentaires d une seule et même réalité mais non pas du tout de réalités différentes et comme de soi antagonistes La vision de la tradition encore une fois généralement commune aujourd hui aux traditionalistes et à leurs adversaires la considèrent en effet selon le modèle de la pièce de monnaie qu on se transmet de main en main mais qu on évite de trop toucher de peur d en altérer les traits Mais la tradition dont comme nous le maintenons ne se sépare pas la vision authentique du monde est bien différente d un tel modèle Il n y a en effet tradition de connaissance du monde et de tout ce qui est susceptible de s y introduire pour passer avec lui dans notre intelligence que dans un processus qu on peut qualifier d organique et non de mécanique mais qui est surtout spirituel en tant que les consciences individuelles n existent apparemment que dans une réciprocité constante de leurs rapports ce que la tradition en question illustre par excellence Toutes ces questions que nous avons rappelées et que le monde nous pose effectivement avec les possibilités mêmes de réponses diverses qu elles impliquent ne se sont accumulées au cours de l histoire de l humanité et ne renaissent tour à tour dans l histoire intérieure de chaque conscience au monde et de ce monde que par un processus insécable d ouverture commune de tout esprit chacun s éveille à la fois à la connaissance du monde et à la connaissance non seulement de ses semblables en général mais de ce que leurs consciences à tous opérant non seulement ensemble mais en communication peuvent sentir et penser de ce monde Le paradoxe que nous disions inhérent à cette découverte touche son maximum quand nous débouchons de la conscience élémentaire du monde dans sa confusion première pour atteindre à un type de connaissance supérieure scientifique c est à dire tout imprégnée de rationalité Car s il n est pas d exercice de la raison qui ne soit le fait d une conscience individuelle opérant pour sa part en toute liberté et donc d une façon aussi autonome que possible ce n en est pas moins un fait patent que toute science n est l effet ultime que d une collaboration constante des esprits les plus divers Elle ne se construit que d une décantation progressive à la faveur de leur inter communication des intuitions les plus personnelles des génies créateurs Et celles ci viennent comme brasser les assomptions de base qui se sont peu à peu dégagées de la poursuite en commun des expériences même dans ce qu elles peuvent avoir de plus individuel de toutes les consciences de l humanité évoluant de concert 17 Or cette connaissance là ne naît dans l humanité qu à la suite d une connaissance communément reçue et acceptée qu on peut dire la connaissance initiale de la réalité cosmique Cette connaissance première est la connaissance mythique 18 C est également à la suite de cette connaissance mythique laquelle demeure donc comme fondamentale sous tous les rapports que ce que nous avons appelé la connaissance révélée biblique et évangélique s élaborera Et comme nous allons le voir il est encore vrai de la connaissance révélée comme de la connaissance scientifique du monde qu elles ne se bornent pas à se développer l une comme l autre plus ou moins indépendamment de la connaissance mythique voire en la critiquant explicitement et en la corrigeant jusqu au point parfois de la contredire Ce faisant même il faut reconnaître qu elles n en décollent jamais qu en apparence C est sur sa base première que l une et l autre la connaissance scientifique par l exercice de la raison critique la connaissance révélée sous l effet d une mystérieuse inspiration se déploient Elles opèrent une ou plutôt des transformations de notre conscience du monde comme de ce qu on peut appeler notre conscience au monde Mais elles ne sauraient ni l une ni l autre sous peine de leur propre désintégration prétendre évacuer absolument la conscience mythique ni même se dégager d une référence première et foncière à celle ci soit qu elles l émondent et la corrigent dans la science soit qu elles la transfigurent totalement dans la révélation 19 Le symbole Le P Bouyer s attache à décrire le processus de la connaissance comme ce travail de l esprit qui l amène à l intuition plénière du monde comme tel 20 au moyen du choix de tel détail de l angle sous lequel de l orientation selon laquelle il décide d aborder l univers 21 On obtient non pas une mais des connaissances indéfiniment diversifiées de la réalité 22 qui auront toutes ceci de commun d être des expressions symboliques aucune ne pouvant coller sans contradictions au réel intégral Ceci ne voudra nullement dire qu elles seraient inadéquates rêvées imaginées plutôt que suggérées par le donné dont elles s efforcent de rendre compte Simplement elles mettent en jeu des symbolismes différents correspondant à ce qui nous a retenu ou capté dans la réalité mais qui s y trouve bien en fait et non pas dans notre seule imagination C est ainsi que les symboles dont use la science moderne d orientation décidément technologique correspondront au biais par lequel on peut attaquer le monde pour le faire servir fructueusement à nos projets d utilisation toute matérielle Les symboles religieux seront retenus eux aussi comme tous les autres possibles en fonction de ce que nous voulons faire du monde ou avec le monde Mais c est dire qu ils correspondent à l intelligence qu on peut dire rituelle et qui n est pas étroitement utilitaire Le

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  • N° 74 (février-mars 1998) : Hommage au P. Louis Bouyer : Du côté de Mgr de Pourceaugnac - Revue Résurrection
    a notamment parcouru Le Mystère pascal 1945 La Bible et l Évangile 1952 Du protestantisme à l Église 1955 et en recommande la lecture à ses étudiants Muni de son doctorat en théologie 12 le P Bouyer devient professeur à l Institut Catholique de Paris où il enseigne à des anciens du Centre Richelieu devenus séminaristes notamment Michel Coloni et Jean Marie Lustiger Fils spirituels du P Charles ils marchent sur ses traces en étudiant au séminaire des Carmes une maison réputée pour le niveau de sa formation intellectuelle Le P Charles se trouve donc en prise directe avec les cours délivrés aux séminaristes notamment ceux du P Bouyer 13 La pointe de son enseignement est de récuser le divorce entre la piété et la théologie C est le moment d évoquer un autre maître commun au prêtre de l Oratoire et à l aumônier de Sorbonne le P Guy de Broglie Né en 1889 ce professeur jésuite enseigne à l Institut Catholique depuis 1919 Il a marqué plusieurs générations de futurs prêtres par son enseignement en théologie dogmatique Il leur a fait prendre conscience de la portée de l intuition de saint Augustin l homme est fait pour Dieu 14 Son enseignement fait l effet d un vaccin dans les querelles théologiques qui déchirent l Église de France dans les années 50 notamment l affaire de la nouvelle théologie A ceux qui sont tentés de croire que les disciples de saint Augustin et de saint Thomas sont irréconciliables le P de Broglie apporte une réponse lumineuse Le P Bouyer admirant les réalisations apostoliques du Centre Richelieu et le P Charles les affirmations théoriques du P Bouyer on a l impression que le rapprochement se fait naturellement Au fil du temps le P Bouyer devient une référence autorisée au Centre Richelieu Ses œuvres figurent en très bonne place parmi les références bibliographiques les plus conseillées aux étudiants Qu il s agisse d un simple conseil de lecture d une initiation à la Semaine sainte ou de la préparation d un pèlerinage de Chartres le nom du P Bouyer revient régulièrement Preuve en est le dixième anniversaire du Centre Richelieu où les œuvres du prêtre de l Oratoire sont reconnues avec celles du P Michonneau du P de Cerfaux du P Guardini et du P Daniélou comme faisant partie des assises théologiques de l aumônerie 15 Dans un article spécial du Tala Sorbonne on voit ainsi figurer sept livres dont deux du P Bouyer La Bible et l Évangile et Le Mystère pascal On rend d abord hommage au P Bouyer pour son sens communicatif des Écritures A ce propos il faudrait ici évoquer un autre maître commun le P Osty professeur d exégèse à l Institut Catholique C est dans sa lignée que le P Bouyer présente la lecture assidue de la Bible comme l alphabet de la prière chrétienne La Bible n est pas seulement l occasion de controverses apologétiques ou d analyses exégétiques sa lecture méditée doit conformer

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  • N° 74 (février-mars 1998) : Hommage au P. Louis Bouyer : Eléments de bio-bibliographie - Revue Résurrection
    des études et des séminaires 1960 consulteur du Conseil pour l application de la réforme liturgique 1964 consulteur de la Congrégation pour le culte divin 1970 il est aussi membre de la Commission Internationale de Théologie 1969 et 1974 Il se retire de l enseignement en 1990 et se retire à l abbaye de Saint Wandrille puis chez les Petites Sœurs des Pauvres à Paris Parmi les ouvrages du P Bouyer il est possible de retenir un certain nombre de titres marquants L Incarnation et l Église Corps du Christ dans la théologie de saint Athanase Paris Éditions du Cerf coll Unam Sanctam 11 1943 Le Mystère Pascal Paschale Sacramentum Méditation sur la liturgie des trois derniers jours de la Semaine Sainte Paris Éditions du Cerf coll Lex orandi 6 1945 et coll Foi vivante 6 1965 La vie de saint Antoine Essai sur la spiritualité du monachisme primitif Abbaye de Saint Wandrille Éditions de Fontenelle coll Figures monastiques 1950 La Bible et l Évangile Le sens de l Écriture du Dieu qui parle au Dieu fait homme Paris Éditions du Cerf coll Lectio divina 1952 Du Protestantisme à l Église Préface du P Guy de Broglie s j Paris Éditions du Cerf coll Unam Sanctam 27 1955 La vie de la liturgie Une critique constructive du mouvement liturgique Traduction abrégée de Liturgical Piety Paris Éditions du Cerf coll Lex orandi n 20 1956 Histoire de la spiritualité chrétienne I La spiritualité du Nouveau Testament et des Pères Paris Aubier 1961 2 e éd révisée et augmentée 1966 III La spiritualité orthodoxe et la spiritualité protestante et anglicane Paris Aubier 1965 Dictionnaire théologique Tournai Desclée et Cie 1963 nvlle éd revue et mise à jour Paris Desclée 1990 Eucharistie Théologie et spiritualité de la prière eucharistique Paris Desclée et Cie

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  • N° 72-73 (octobre 1997-janvier 1998) : L'Esprit-Saint : Éditorial - Revue Résurrection
    l amour divin qui est lui même une personne divine Nous n avons pas cherché dans ce numéro de Résurrection à développer de longues spéculations théologiques que vous pouvez découvrir dans les cahiers plus anciens Il nous a semblé préférable de revenir aux sources mêmes de notre foi en l Esprit Saint à travers un parcours biblique incluant aussi étonnant que cela paraisse l Ancien Testament qui évoque déjà un esprit de sainteté présent dans toute l histoire d Israël La multiplicité des approches théologiques de l Esprit dans le Nouveau Testament semble paradoxalement plus déroutante mais ces différentes facettes sont tournées vers le même projet de salut par le Christ et dans l Église Des Pères grecs à la sophiologie russe du début de ce siècle l Orient chrétien développe une théologie biblique et spirituelle très complémentaire de la pensée de l Occident médiéval qui insiste sur les effets de l habitation de l Esprit en nous la grâce Bérulle au XVII e siècle développe une théologie proprement christocentrique qui démontre comment en opérant le premier moment de l Incarnation l Esprit Saint participe pleinement à l économie du salut Nous ne saurions enfin oublier comment l Esprit agit

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  • N° 72-73 (octobre 1997-janvier 1998) : L'Esprit-Saint : Le vol de l'Esprit dans l'Ancien Testament - Revue Résurrection
    en pèlerinage vers la Montagne de Dieu et le cosmos entier est le temple où se déroule cette procession L Exode ne s achève pas à la libération d Égypte mais bien plus tard quand la Nuée couvrit la Tente de la Rencontre et la Gloire du Seigneur remplit la Demeure Ex 40 34 La Nuée et la Gloire apparaissaient déjà en Ex 14 Le peuple doit échapper à la servitude pour servir Dieu dans la liturgie Et Moïse n a pas d autre titre que celui de serviteur Nb 12 7 et Dt 34 5 La Nuée s est donc posée en Israël l oiseau s est posé sur le peuple de Moïse Ou plutôt il l a conduit jusqu au Sinaï Vous avez vu comment je vous ai porté sur des ailes d aigles et amenés près de moi Ex 19 4 Israël est appelé à devenir un royaume de prêtres Ex 19 6 Et pourtant seul Moïse peut approcher de la montagne sainte le peuple est comme exclu du sacerdoce Pourquoi Parce qu il s est approprié les dons de Dieu au lieu de lui rendre toute grâce Tel est le jugement sévère de Moïse au terme de quarante années de désert Tel un aigle excitant sa nichée et planant au dessus de ses petits Yahvé déploie ses ailes et il prend son peuple le portant sur ses plumes mais tu dédaignes le Rocher qui t a engendré tu oublies le Dieu qui t a mis au monde Dt 32 11 18 Solidaire de sa génération Moïse passera la mort pendant que Josué passera le Jourdain pour une nouvelle naissance Les rois et le corpus sapientiel David et la traversée du péché Pendant deux siècles encore la Présence de Dieu reste nomade allant d un temple à un autre D ailleurs l Esprit de Dieu est également nomade au cours de cette période il lui arrive de fondre sur un homme pour en faire un juge un sauveur mais seulement le temps d une bataille Les choses changent avec David lors de son onction secrète par Samuel il est dit alors fondit sur David l Esprit de Yahvé 1 S 16 13 comme pour Saül 1 S 10 10 mais il est aussitôt ajouté dès ce jour et dans la suite 1 S 16 13 Dieu se lie pour toujours à cet homme Mieux encore il se lie à sa dynastie à sa maison 2 S 7 Le roi devient ainsi un second temple le roi comme le temple et finalement comme le peuple sont lieux de la présence de Dieu Le Roi peut alors chanter la gloire de Dieu partout présente Où aller loin de ton Esprit où fuirais je loin de ta Face Ps 139 8 Alors que Samuel avait choisi le plus grand des fils de Jessé l Esprit a choisi le plus petit Une fois encore l Esprit descend au plus bas Et pourtant David comme le peuple au désert s est cru maître des dons de Dieu et de sa propre royauté Il a commis l adultère et l homicide Mais c est dans le fond de cette misère qu il est visité à nouveau par l Esprit comme en témoigne le psaume 51 prière que David prononça quand le prophète Nathan vint le trouver après qu il fût allé vers Bethsabée Ps 51 2 Ne me rejette pas de devant ta Face ton Esprit Saint ne me l enlève pas rends moi la joie de ton salut que l Esprit généreux me soutienne Ps 51 13 14 Salomon et la traversée de la finitude Les deux grandes prières de Salomon ont quelque chose à voir avec l Esprit l une réclame un cœur qui écoute 1 R 3 et 1 Ch 1 l autre réclame le pardon pour le peuple 1 R 8 et 1 Ch 7 Dieu exauce ces deux prières en donnant la sagesse à Salomon et en établissant sa présence dans le Temple Parce qu il prie le Roi reconnaît que toute grâce vient de Dieu Le livre de la Sagesse attribué à Salomon raconte l épisode de 1 R 3 La prière commence et finit par un aveu de Salomon quant à sa condition mortelle je suis ton serviteur et le fils de ta servante un homme faible et de vie éphémère Sg 9 5 les pensées des mortels sont timides et instables nos réflexions Sg 9 14 L identité Sagesse Esprit est explicitée dans cette prière même et ta volonté qui l a connue si toi même n as donné la Sagesse et si tu n as envoyé d en haut ton Esprit Saint Sg 9 17 Tous les livres sapientiaux expriment cette quête de la Sagesse à travers la mort épreuve du Siracide Si 51 mort du juste Sg 2 5 maladie de Job Mais Salomon lui aussi finira par croire que l Esprit lui appartient Les richesses qui affluent vers le Temple comme hommage des nations à l unique Dieu arriveront aussi dans l autre Maison celle du Roi La Reine de Saba viendra rendre visite à Salomon pour rendre gloire à la Sagesse de Dieu mais Salomon profitera de sa sagesse pour attirer à lui mille femmes étrangères En cela Salomon n est pas seulement le type du sage il est aussi le premier des rois idolâtres Les prophètes et le corpus prophétique Isaïe et la traversée de l exil Face à cette décadence des rois les prophètes se sont mis à espérer d autres rois Ainsi en est il d Isaïe qui annonce un Roi Emmanuel un Roi qui serait vraiment présence de Dieu avec nous Isaïe sait bien que le passage par la mort est nécessaire On s attendrit trop souvent devant le rameau qui sort du tronc de Jessé Is 11 1 On oublie qu un tronc c est ce qui reste d un arbre mort Il suffirait pourtant de lire les deux versets qui précèdent pour s en convaincre Voici que le Seigneur Yahvé des armées tranche avec fracas la ramure les plus hautes cimes sont coupées les plus élevées jetées à terre il abat par le fer les halliers de la forêt et le Liban tombe avec ses splendeurs Is 10 33 34 C est sur ce rameau que reposera l Esprit Mais le Roi ne gardera pas l Esprit pour lui même il le partagera à son peuple il jugera les faibles avec justice et décidera avec équité pour les pauvres du pays il frappera les violents des arrêts de sa bouche de l esprit de ses lèvres il fera mourir le méchant Is 11 4 Bien longtemps après nous retrouvons en Is 32 le roi juste Is 32 1 5 et l Esprit Is 32 15 20 Mais la description messianique d Is 11 s achevait par un tableau de la paix alors qu en Is 32 la paix n est plus le fruit de la justice du roi mais le don de l Esprit En outre l Esprit n est pas répandu sur le roi seulement pour ensuite être donné à son peuple mais sur toute la terre jusqu à ce que soit diffusé sur nous un Esprit d En Haut La séparation des versets 1 5 et des versets 15 20 traduit d ailleurs une eschatologie qui attend moins de l homme et plus de Dieu Entre le roi et l Esprit il y a l épreuve il faut que les femmes soient dénudées pour que l Esprit soit déversé déverser et dénuder traduisent le même verbe hébreu en Is 32 11 et 15 Ce dénuement évoque l exil Isaïe qui vit dans l imminence d un exil qui sera finalement retardé sent bien que de ce passage par la mort surgira l Esprit Ezéchiel et la traversée de l Écriture Un peuple qui a perdu son roi son temple sa terre ce n est plus un peuple Et voilà le moment où Dieu décide de révéler à plein son Esprit Jérémie qui vivait quelques années avant Ézéchiel ne parla jamais de l Esprit sinon comme d un vent chassant les souillures L Esprit c est la présence de Dieu là où on ne l attend plus quand on ne l espère plus On oserait presque parler de quatre épiclèses de l Esprit chez Ézéchiel L Esprit visite d abord Ézéchiel près du fleuve Kébar alors qu il n est plus qu un prêtre réduit à supporter l absence de la Présence Un esprit entra en moi et il me fit tenir debout On sait que la position couchée évoque mort et exil en Ez 4 3 8 L Esprit commence par remettre Ézéchiel debout Ce même Esprit transporte la Gloire de Dieu hors du Temple jusqu à Babylone selon Ez 10 17 18 les roues du char s envolaient car l esprit du Vivant était en elles la gloire de Yahvé sortit de la Maison Puis vient le grand oracle Je vous donnerai un cœur nouveau et c est un esprit nouveau que je mettrai au dedans de vous j ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair Je mettrai mon Esprit au dedans de vous et je ferai que vous marchiez suivant mes décrets que vous observiez et exécutiez mes ordres Vous habiterez dans le pays que j ai donné à vos pères vous serez mon peuple et je serai votre Dieu Ez 36 26 28 Le cœur chez Ézéchiel est le lieu du péché cœur endurci Ez 2 4 et 3 7 l Esprit descend jusque là Le cœur devient nouveau car enfin il accueille la Loi jusqu alors gravée sur de la pierre L esprit devient nouveau car il accueille l Esprit de Dieu un même mot désigne les deux réalités tant ces deux réalités sont faites l une pour l autre Telle est la seconde épiclèse Cette spiritualité tout intérieure toute personnelle se double comme toujours dans la Bible d une spiritualité éminemment incarnée et communautaire C est la grande vision des ossements desséchés et la quatrième descente de l Esprit Dieu me dit Prophétise à l Esprit prophétise fils d homme tu diras à l Esprit ainsi parle le Seigneur Yahvé des quatre esprits viens Esprit souffle dans ces morts et qu ils vivent Je prophétisai comme il me l avait ordonné et l Esprit entra en eux ils reprirent vie et ils se dressèrent sur leurs pieds une grande une immense armée Ez 37 9 10 C est la première invocation à l Esprit Dieu veut avoir besoin d un homme pour cette nouvelle création d un homme qui demande l Esprit Et puisque toute la mission est déjà contenue dans la vocation qu il nous soit permis de revenir aux premiers chapitres Car la vocation d Ézéchiel n est pas seulement œuvre de l Esprit elle est aussi consommation du livre Mange ce livre puis va parler à la maison d Israël Ez 3 1 3 On comprend qu en terre d exil le livre soit le temple portatif de tout Juif On comprend mieux ainsi toute l œuvre de Jérémie tendue vers un livre et continuée d ailleurs par Baruch le scribe Désormais le nid de l Esprit Saint c est l Écriture Passage par la mort puisque l Écriture est une lettre morte qui peut avoir été écrite par un homme décédé depuis des siècles Mais entrée dans la vie car la mémoire du passé consignée à jamais dans l écrit ouvre à la louange et donc à la vie de Dieu même dans l exil Au delà des catégories Is 40 66 L Esprit Saint ne réside donc pas exclusivement dans les prêtres les rois ou les prophètes mais dans celui qui accomplit l Écriture qui y trouve la vie Le vrai Oint en grec Christos et Messie en hébreu est celui qui se laisse pénétrer par l Esprit Or voilà justement qu à la fin de l exil apparaît une figure nouvelle qui est roi exposant le droit comme Cyrus Is 42 1 prophète appelé à dire aux captifs sortez et à ceux qui sont dans les ténèbres paraissez selon Is 49 9 comme le messager de la Bonne Nouvelle d Is 40 41 et prêtre puisqu il offre à travers sa propre personne un sacrifice de réparation en Is 53 10 Il est au delà de toutes les figures car il va en deçà de tout abaissement jusqu à présent les rois les prophètes ou les prêtres pressentaient leur mort à travers l exil le péché ou la finitude le Serviteur Souffrant entre dans la mort il ne parle plus il laisse la Parole à Dieu Mais Isaïe offre encore une dernière figure de Messie L auteur d Is 61a en effet une audace extraordinaire Il ose affirmer en toute simplicité L Esprit du Seigneur est sur moi Is 61 1 Lui aussi est au delà des figures il est tout à la fois Roi puisqu il est oint cf Is 11 Prophète puisqu il est envoyé cf Is 6 et puisqu il proclame une nouvelle comme le prophète d Is 40 6 Monte sur une haute montagne toi qui apporte la Bonne Nouvelle à Sion Prêtre puisqu il porte un habit de louange et un turban et Serviteur Souffrant Is 42 1 9 je lui ai donné mon Esprit je l ai établi lumière des nations pour ouvrir les yeux des aveugles faire sortir le prisonnier de captivité Ce n est même pas un récit de vocation puisque ce chapitre se situe au beau milieu des derniers chapitres d Isaïe Is 56 66 Comme si le cœur de la Bonne Nouvelle c était justement que quiconque lit l Écriture pourra dire à son tour L Esprit de Dieu repose sur moi Un homme le fera dans la synagogue de Nazareth Lc 4 et ce jour là ces paroles seront dites en toute vérité mais combien d autres avant et après lui ont pu prononcer ces mêmes paroles inouïes Trois signes de l Esprit la mémoire l unité du peuple et l ouverture aux nations La communion avec Dieu implique la communion avec les hommes ceux qui sont proches mais aussi ceux qui sont loin La communion avec Dieu s exprime dans la mémoire Aussitôt la mer traversée Moïse chante les merveilles de Dieu Ex 15 Et tout le Deutéronome est une invitation à faire mémoire des dons de Dieu à commencer par le credo historique de Dt 26 Mon père était un Araméen errant qui ne peut se comprendre que dans son contexte liturgique d action de grâces pour les prémices La mémoire se prolonge même dans ce mémorial écrit que constitue le dernier cantique de Moïse en Dt 32 Et maintenant écrivez pour vous le Cantique que voici tel est le dernier des 613 commandements de la Torah A peine a t il conclu sa prière que Salomon fait mémoire de l œuvre de la Sagesse de Dieu dans l histoire Sg 10 19 De même Isaïe conclut le livret de l Emmanuel par une hymne de louange Is 12 Ézéchiel finit son oracle en dévoilant le but profond de Dieu Vous vous souviendrez de votre conduite mauvaise Ez 36 31 Il ne s agit plus de la mémoire des merveilles de Dieu qui débouchent sur la louange mais de la prise de conscience du péché qui conduit à la supplication Le second Isaïe évoque également le passé mais pour annoncer que l avenir le dépassera Ne vous souvenez plus d autrefois ne songez plus aux choses passées voici que je vais faire du nouveau Is 43 18 19 La mémoire c est la contemplation de la Nouveauté de Dieu présente dès l origine présente dans l histoire Elle conduit donc à l espérance de l avenir à l attente de la Venue de Dieu Cette communion à Dieu implique également une communion de tout le peuple Les fugitifs deviennent un peuple quand l Esprit les fait sortir de la Mer des Roseaux La première effusion de l Esprit de la Bible a lieu sur ceux que Moïse avait choisis pour porter avec lui son peuple Nb 11 De la même façon le Roi demande la Sagesse au nom de son peuple dont il est le représentant Is 11 se continue par une scène idyllique le loup séjournera avec l agneau Is 11 6 qui pourrait bien exprimer de manière allégorique la paix enfin retrouvée entre les tribus telle est au moins l interprétation d Is 11 10 16 qui semble relire Is 11 1 9 Or en ce jour là la racine de Jessé s érigera en signal pour tous les peuples Ephraïm ne jalousera plus Juda Israël et Juda sont deux morceaux de bois qui seront enfin réunis quand l Esprit aura redonné vie à l armée de squelettes Ez 37 15 28 Dans la mort le Serviteur Souffrant rejoint tout homme et ainsi l Esprit qu il reçoit il peut le donner à tous Parce que Dieu dit J ai mis mon Esprit sur mon serviteur Is 42 1 il peut dire aussi je verserai mon esprit sur ta descendance ma bénédiction sur tes rejetons Is 44 3 A juste titre on distingue dans le deuxième Isaïe les chants du serviteur et les oracles de salut mais c est le même Israël qui est Serviteur Souffrant et Peuple libéré En Is 61 également l Esprit reçu est aussitôt partagé Il m a envoyé pour leur donner une huile d allégresse au lieu de cendre un habit de louange au lieu d un esprit abattu Is 61 3 Et ce peuple comparé à une plantation Is 61 3 évoque le Messie du premier Isaïe rejeton Is 11 1 sur qui repose l Esprit Saint Comment ne pas rappeler également l effusion de l Esprit de Jl 3 1 2 qui transcende toutes les différences d âge de sexe et

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