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  • N° 69-70 (avril-juillet 1997) : La littérature au risque de l'Évangile : Faut-il brûler la littérature ? - Revue Résurrection
    se dire dans le monde comme un homme pécheur dans un monde déchu C est pourquoi elle est nécessairement une confrontation avec le mal non seulement comme thème mais plus profondément encore comme son être même elle est une expérience du mal voire une expérimentation du mal 1 C est ce que dit Baudelaire Tu m as donné ta boue et j en ai fait de l or La littérature est un acheminement sur cette donnée empirique qu est le mal vers un accomplissement esthétique qui ne peut que tendre même fugitivement même en creux vers la source de toute parole Le drame de l humanité déchue Bien plus n hésitons pas à affirmer le statut métaphysique de toute littérature l imaginaire y est loin d être un simple épanchement du cœur comme on veut trop souvent le faire croire ni une futilité pour dandys désœuvrés ce qui s y joue est le drame de l homme livré à ses propres forces qui aspire à la maîtrise de son univers intérieur et se heurte à sa propre finitude C est ce qu exprime Rilke dans une de ses lettres Les œuvres d art sont toujours les produits d un danger couru d une expérience conduite jusqu au bout jusqu au point ou l homme ne peut plus continuer 2 La quête est toujours inachevée toujours acheminement vers la parole qui n est jamais possédée ni même atteinte Le narrateur de La Recherche aboutit au terme de l édifice à la certitude qu il lui faut écrire mais la somme proustienne débouche sur un livre qui ne peut être qu à venir 3 Sauver la littérature La quête littéraire n est pas une perversion de l expérience spirituelle quand bien même elle prétendrait que le salut se trouve dans l écriture

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  • N° 69-70 (avril-juillet 1997) : La littérature au risque de l'Évangile : Trouver sa voix - Revue Résurrection
    Jésus Christ qui a soudain rapproché de moi le monde l amenant à portée de parole Auparavant les êtres les choses étaient bien là mais ils avaient peu d importance le sens lui était ailleurs plus loin dans un au delà où m avait emporté le romantisme musical Pour atteindre plus vite cet empyrée l idéal était même de se débarrasser des mots ou du moins de leur signification encombrante et de n en retenir que des sons allégés des rythmes maniables Mais quand le sens de toute vie a commencé à m apparaître sur la Sainte Face grise il a été rendu en même temps au prochain et aux mots dans une sorte d apocalypse du voisinage méconnu Je pouvais commencer à appeler tous ces êtres que mon aveuglement avait privés de nom cette parole retrouvée soutenue par une mélodie et une mesure désormais discrètes réduites à un rôle d accompagnement c était la poésie La révélation chrétienne d ailleurs lente autant que brusque obscure autant qu irréfutable précédait la poésie sans l empêcher d être d une certaine façon inaugurale Le monde en reprenant sens était neuf comme les liens que je renouais grâce aux mots avec les figures du passé et du présent qui émergeaient d une longue indifférence L émotion des retrouvailles était le gage de cette nouveauté et la racine du poème Elle gardait la poésie maintenant peuplée de rencontres et d objets quotidiens de verser dans la banalité chaque poème témoigne d un moment où le coeur fût ce d un côté seulement et pendant une seconde a été décapé où il a balbutié des mots que personne ne lui a soufflés pour rejoindre un regard frais Chez le poète croyant on n entend pas d autre voix que la sienne même et surtout

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  • N° 69-70 (avril-juillet 1997) : La littérature au risque de l'Évangile : Poésie et sens spirituel - Revue Résurrection
    La poésie de Baudelaire restait une mimèsis représentation du réel à laquelle s arrache le Rimbaud des Illuminations Bien après les jours et les saisons et les êtres et les pays Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques elles n existent pas 11 Arriver à l inconnu 12 Cet inconnu se confond avec ce qu en rapporte 13 le langage du poète devenue une quête absolue absolutus libre complètement détaché la poésie se dégage de toute contrainte et s engage dans une voie sans retour épuisé le bateau ivre s est marginalisé mais il a vu et il rapporte ses visions Or le poème qui parle de l absolu risque bien de le voir se perdre mais il y a des œuvres de longues recherches dénommées œuvres qui parlent en lui comme l ouvrier a les mains dans l eau dit Bonnefoy 14 Pour certains la poésie n assumerait elle pas une fonction que les esprits religieux réservent à la prière en Dieu le mystique rencontre silence et mystère les épreuves les nuits qu il traverse lui font affronter jusqu à l effroi du néant mais avec la foi veille l amour de charité existe t il dans la création artistique D ores et déjà quand elle s engage dans une quête exigeante quand elle porte une interrogation ontologique sur l homme et l univers 15 la parole poétique marche sur une voie qu empruntent les âmes authentiquement religieuses Ou les philosophes dira t on Si le philosophe conceptualise avec l outil des mots le poète lui de façon plus ou moins consciente ou cohérente incarne sa recherche dans des mots dont il ne saurait s abstraire pour lui la pensée claire et distincte analytique est rarement une valeur Nous errons auprès de margelles dont on a soustrait les puits 16 La sécurité est un parfum 17 Ainsi en témoigne René Char Et Bonnefoy La poésie désembroussailler tel mot auquel on a eu accès par hasard comme on entend tinter l eau sous les gravats et les hautes herbes après quoi on revient et on dégage une source On n appelle pas Dieu par son nom on l appelle dans un nom et cela peut être du coup dans n importe quel nom c est ce que l on nomme l amour 18 Cet amour participe t il de l amour de charité Le débat est ouvert Mais si elles ne sont pas seulement écriture et ou pensée si elles animent aussi un mode de vie de telles démarches poétiques fondent une spiritualité Paradis entrevus paradis perdus Dès lors la poésie peut toucher l âme concrète et spirituelle sa rencontre apporte un mélange de joie et de frustration on l admire sans pouvoir en posséder le corps ni le mystère Baudelaire disait que par et dans l art l âme entrevoit les splendeurs situées au delà du tombeau 19 avec des mots courants la poésie ne suggère t elle pas l existence d un autre monde fût il nié ou dénigré par le poète Les mystiques élans se cassent quelquefois 20 Ou simplement agnostique elle se contenterait d épuiser le champ terrestre du possible 21 Ce toit tranquille où marchent des colombes Entre les pins palpite entre les tombes Midi le juste y compose de feux La mer la mer toujours recommencée Ô récompense après une pensée Qu un long regard sur le calme des dieux 22 De Midi de Leconte de Lisle à La tâche d inexister de Bonnefoy 23 la poésie moderne aboutit plus souvent au silence ou à l absence des dieux qu à celui du poète Seule chose à dresser face au néant cf Mallarmé la beauté ne dit pas seulement la nostalgie de Dieu ou d Eden elle devient cette nostalgie elle même geste de l harmonie perdue conscience tragique de l homme errant Pour cette poésie la mort de Dieu platonicien ou judéo chrétien peu importe ne s accompagne d aucune exultation nietzschéenne libre de se promener dans le paradis de tristesse 24 elle regarde encore vers le vrai paradis perdu Il me semble ce soir Que le ciel étoilé s élargissant Se rapproche de nous Et le feuillage aussi brille sous le feuillage Le vert et l orangé des fruits mûrs s est accru Il me semble ce soir Que nous sommes entrés dans le jardin dont l ange A refermé les portes sans retour 25 A lui seul un tel regret serait éloquent il fonde un art qui ne peut se déployer qu en dehors d une aire religieuse qui elle permet de retrouver une harmonie essentielle Felix culpa disait saint Augustin heureuse faute que celle qui nous a valu la rédemption du Christ Pour la poésie cette felix culpa au mieux serait un thème réservé à Calderon ou à Claudel Un thème n est pas une essence Or la poésie aurait le besoin essentiel de se sentir perdue obscure tâtonnante pour réaliser sa tâche d éclairer de l intérieur un univers obscur opaque telle la peinture de La Tour évoquée plus haut toute révélation transcendantale la tuerait Mais sa résistance va d abord aux veaux d or de l âge technico consumériste Obéissez à vos porcs qui existent Je me soumets à mes dieux qui n existent pas 26 Paradis à jamais perdu dieux qui n existent pas ce sont eux que préfèrent Char et Bonnefoy comme s ils obéissaient à un profond instinct de leur art Leur point de vue semble exclure une réponse vers laquelle cependant leur poésie représente une tension extrême un lieu de parole au delà duquel l homme ne saurait aller Lorsqu on observe ces positions et la poésie en général avec le coup d oeil que donnent la foi et la révélation peut on ajouter un propos qui intéresse aussi bien le poète athée que celui qui adhère à une foi religieuse Le poème d Adam Le récit de la Genèse inviterait à situer la poésie dans ce pouvoir de nomination des créatures que Yahweh réserve à Adam Nommer c est à dire dominer s approprier connaître étudier décrire explorer etc La poésie ne viendrait plus après Eden fonction intelligente de l homme créé ses obscurités seraient imputables à la déchéance qui sous les plantes du jardin Gn 3 8 se détourne de la clairvoyance divine Claudel a revendiqué cette fonction adamique de la poésie Salut donc ô monde nouveau à mes yeux ô monde maintenant total O credo entier des choses visibles et invisibles je vous accepte avec un cœur catholique Où que je tourne la tête J envisage l immense octave de la Création J ai pesé le soleil ainsi qu un gros mouton que deux hommes forts suspendent à une perche entre leurs épaules J ai recensé l armée des Cieux et j en ai dressé état J ai tendu l immense rêts de ma connaissance 27 La poésie peut donc aussi se révolter se livrer au mal au lieu d étudier les bontés de la création Y aurait il une beauté neutre L esthétique ne saurait se réduire à l éthique mais l acte moralement neutre échappe à la conscience à la volonté Mainte supercherie surréaliste indique assez que l artiste travaille éveillé et cet éveil à lui seul est au moins acceptation consciente de ce qui est en train de se faire je n assume pas ce qui m échappe j assume le reste Qu il soit ontologiquement ou chronologiquement avant ou après l éthique l art ne peut pas s en dissocier sauf à se déshumaniser Dépendances Or la création poétique dépasse souvent son auteur Même conscient je n écris pas ce que je veux dit plus d un poète et je ne peux pas ne pas écrire Pour Joseph Brodsky le poète est celui qui par rapport à sa langue se trouve dans un processus de dépendance comparable à ceux de la drogue ou de l alcool C est la langue plus ancienne plus vaste que l écrivain qui parle et veut à travers lui Le poète russe décrit ainsi son expérience créatrice Celui qui écrit un poème l écrit parce que la langue lui souffle ou tout simplement lui dicte la ligne suivante Lorsqu il se met au travail le poète ne sait pas en règle générale comment le poème finira et il lui arrive d être très surpris du résultat car ce résultat dépasse souvent son attente souvent la pensée va plus loin qu il ne l escomptait C est précisément là l instant où le futur de la langue intervient dans son présent Il existe comme on le sait trois voies pour la connaissance l analyse l intuition et aussi la méthode qui était celle des prophètes bibliques celle de la révélation La poésie diffère des autres formes de littérature en cela qu elle fait appel aux trois à la fois car toutes les trois sont présentes dans la langue 28 Les mots de révélation et de prophétie ont été prononcés on ne saurait suspecter Brodsky d emphase ou d exagération La création poétique semble bien le lieu d une expérience particulière du langage Les prophètes d Israël justement n étaient ils pas sous dépendance Et Yahweh me dit Voici je mets mes paroles dans ta bouche Jr 1 9 Mais ces prophètes se défendaient de parler en leur nom propre alors que l expérience de Brodsky paraît ambiguë Dans ses lettres de mai 1871 Rimbaud a osé écrire Il faut être fort être né poète et je me suis reconnu poète Ce n est pas du tout ma faute C est faux de dire Je pense On devrait dire On me pense Je est un autre 29 Seulement Rimbaud parle de pensée et non de la langue une inspiration immanente le traverse la langue appropriée fait encore défaut Trouver une langue le temps d un langage universel viendra 30 Quand il parle de langue Brodsky lui se situe dans une perspective plus prophétique qu utopique même s il ne s agit que d une analogie Le Verbe et le Pain Le christianisme fait retentir une parole qui appelle les hommes au salut Cette Parole le Verbe le Logos devenu homme en la personne de Jésus Christ peut rencontrer tout art du langage et particulièrement la poésie Loin de détruire la liberté créatrice du poète cette rencontre le stimule même si porté par les certitudes de cette parole comme un vent trop fort des facilités le menacent Le Christ se distingue par sa parole Personne ne parle comme cet homme Jn 7 46 s entendent dire ses détracteurs Or cette parole sortie du Père Jn 14 10 Le Verbe était Dieu il a habité parmi nous Jn 1 1 et 1 13 recourt et à un langage dénotatif ordinaire et à l expression poétique les métaphores les paraboles Pouvez vous boire la coupe que je vais boire Mt 20 22 Et il leur disait Il en est du Royaume de Dieu comme d un homme qui aurait jeté du grain en terre qu il dorme ou ou qu il se lève la nuit ou le jour la semence germe et pousse il ne sait comment D elle même la terre produit d abord l herbe puis l épi puis plein de blé dans l épi Et quand le fruit s y prête aussitôt il y met la faucille parce que la moisson est à point Mc 4 26 29 Jésus a fait des paraboles un moyen privilégié pour annoncer aux foules la bonne nouvelle du salut Un lien nécessaire unirait il l Evangile et un type de parole que l on s accorde à appeler poésie Ou serait ce simplement l une des ressources de la pédagogie évangélique Le Maître ne semble pas inventer tirer les paraboles de son imagination subjective à ceux qui l écoutent il apprend à les reconnaître dans la nature dans la vie ordinaire Du figuier apprenez cette parabole Dès que sa ramure devient flexible et que ses feuilles poussent vous vous rendez compte que l été est proche De même vous aussi lorsque vous verrez cela arriver rendez vous compte qu Il est proche Jésus parle ici des signes annonciateurs de la parousie Mt 13 28 29 Il en sera comme d un homme parti en voyage il a quitté sa maison tout remis aux soins de ses serviteurs assigné à chacun sa tâche et au portier il a recommandé de veiller Veillez donc car vous ne savez pas quand le maître de la maison viendra le soir à minuit au chant du coq ou le matin de peur que venant à l improviste il ne vous trouve endormis Mt 13 33 36 Sagesses de l analogie Le maître enseigne que l univers et la vie comportent un sens spirituel dont l homme doit tirer un profit en vue du royaume de Dieu Au delà de leurs fonctions immédiates les choses ont un sens profond qu il importe de découvrir le monde entier serait aussi parabole parabolè comparaison rapprochement rapport ressemblance allégorie selon le Dictionnaire Bailly la ressemblance ne serait pas surajoutée par l esprit de l homme D ordre ontologique elle appartiendrait à l intelligence divine Par la poésie l homme participerait donc à une poétique essentielle que Dieu a projetée inscrite dans sa création Si Aristote avait su dire que bien faire les métaphores c est bien apercevoir les ressemblances 31 sur les pas de Swedenborg notre XIX e siècle symboliste a approfondi une poétique de l analogie universelle On sait comment Baudelaire l a reformulée La Nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles L homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l observent avec des regards familiers 32 Les recensements des sources directes ou indirectes de ces fameuses correspondances oublient trop cette parole judéo chrétienne amplifiée par les Pères de l Eglise et deux millénaires de prédication Bien plus là où Baudelaire ne voit que forêts de symboles et confuses paroles sortant parfois de la Nature le Christ signale une sagesse permanente accessible à l homme attentif au disciple qu il appelle à ne pas vivre en surface Le royaume de Dieu est en vous L intériorisation de la parole la prière est une exigence de salut et d amour non pas parfois mais de façon ordinaire elle permet de lire en profondeur les choses L Evangile et la poésie ne se retrouvent ils pas ici sur un territoire commun identique L efficacité poétique Considérons certaines propriétés de la parabole évangélique Concrète elle entre aisément dans les esprits qui la gardent en mémoire portée par l amour elle en a l efficacité l auditeur se sent poussé à conformer sa vie aux exigences du Maître D un autre côté la parabole veut être mystérieuse Quand il fut à part de la foule ceux de son entourage avec les Douze lui demandèrent le sens des paraboles Et il leur disait A vous le mystère du Royaume de Dieu a été donné mais à ceux là qui sont dehors tout arrive en paraboles afin qu ils aient beau voir et n aperçoivent pas qu ils aient beau entendre et ne comprennent pas de peur qu ils ne se convertissent et qu il ne leur soit pardonné Is 6 9 10 Mc 4 10 12 Mais plus loin l évangile de Marc 4 33 34 complète C est par un grand nombre de paraboles de ce genre qu il leur annonçait la Parole dans la mesure où ils étaient capables de l entendre et il ne leur parlait pas sans paraboles mais en particulier il expliquait tout à ses disciples Et Matthieu 13 34 35 Tout cela Jésus le dit aux foules en paraboles et il ne leur parlait point sans paraboles Ainsi devait s accomplir l oracle du prophète Ma bouche prononcera des paraboles elle clamera des choses cachées depuis la fondation du monde Ps 78 Clair obscur ou polysémie Notre propos n est pas théologique c est à l exégèse d éclairer la portée intégrale de ces versets qui interrogent cependant la poétique et les poètes La prédication du Christ établit un lien entre le salut et le recours aux paraboles Celles ci cachent en même temps qu elles enseignent L auditeur moyen la foule accède à un sens immédiat le Maître fait observer des choses de la vie et de la nature auxquelles on est trop habitué cette pédadogie éveille les consciences ou la curiosité qui sentent bien que le discours de Jésus signifie autrement A certains Jésus révèle le sens caché il ne s agit pas d une initiation secrète les évangiles répandront les explications particulières que Jésus donnait à son entourage Il y a donc un paradoxe dans la parabole elle permet d enseigner et de cacher évidence et mystère lumière et ténèbres La contradiction n est qu apparente le feu solaire aveugle l œil humain alors même qu il éclaire les choses Par la suite les Pères la prédication de l Église ne cesseront de questionner les paraboles voire de donner un sens métaphorique à tous les faits et gestes du Christ par exemple la croix rédemptrice succède à l arbre fatal d Eden la parabole se révèle inépuisable Même forcées les interprétations multiples d une parole explicitement imagée nous conduisent droit à la polysémie i e qui comporte plusieurs sens que propose habituellement un poème Mon verre est plein d un vin trembleur comme une flamme Mon verre s est brisé comme un éclat de rire 33 N est il pas évident que ce verre et ce vin de Nuit Rhénane sont riches de plusieurs sens lesquels là est le mystère là se pressent les commentateurs intrigué le lecteur voudrait pénétrer un sens dont la totalité se dérobe mais la beauté du poème fascine à tel point que la mémoire peut le retenir sans qu on en élucide les secrets qui sont comme les gardiens de

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  • N° 69-70 (avril-juillet 1997) : La littérature au risque de l'Évangile : L'imaginaire chrétien entre Jérusalem et Babylone - Revue Résurrection
    même le sac de Jérusalem est pour lui l effet de la juste vengeance de Dieu 6 Il fait jouer ici un rapprochement avec les textes prophétiques où Yahvé châtie Jérusalem Sa version du psaume est nettement plus apocalyptique tournée vers le mystère du châtiment et de la rédemption Le prisme de l Histoire Les protestants interprètent aussi ce psaume à la lumière de leur histoire Babylone c est l Eglise catholique tandis que Sion opprimée est l Eglise huguenote que Dieu n abandonne pas dans l épreuve Il ne s agit plus ici de traduire le psaume pour un usage religieux mais de l interpréter dans une visée polémique Ainsi une chanson inspirée des premiers versets Dedans Lyon ville très renommée Nous soupirons en prison bien fermée Nous souvenant de l habitation Du bon pays et congrégation Où nous soulions tant aux champs qu en la ville Ouïr prêcher le très saint Évangile 7 La source biblique est transportée dans l univers contemporain par un jeu d équivalences entre les lieux et les personnes de la Bible et ce qu ils sont en train de vivre Toute l inspiration biblique d Agrippa d Aubigné fonctionne ainsi l histoire de l Ancien Testament est une figure de l histoire contemporaine Les Tragiques sont l épopée des souffrances et de la rédemption du peuple de Dieu c est à dire l Église protestante et l univers religieux des Tragiques est essentiellement un univers apocalyptique qui annonce et attend les fins dernières la vengeance et le jugement 8 Il reprend la traduction de Marot du Psaume 136 mais l intègre dans une série de malédictions qui paraphrasent le chapitre 18 du Deutéronome et qu il place dans la bouche de Dieu Entre toutes Paris Dieu en son cœur imprime Tes enfants qui criaient sur la Hiérosolime A ce funeste jour que l on la détruisait L Éternel se souvient que chacun d eux disait A sac l Église A sac Qu elle soit embrasée Et jusqu au dernier pied des fondements rasée Mais tu seras un jour labourée de sillons Babel où l on verra les os et les charbons Restes de ton palais et de ton marbre en cendre Bienheureux l étranger qui te saura bien rendre La rouge cruauté que as su chercher Juste le reître noir volant pour arracher Tes enfants acharnés à ta mamelle impure Pour les froisser brisés contre la pierre dure 9 Cet extrait prend place à un moment particulièrement crucial du poème Dieu en effet récapitule les souffrances de son Église c est à dire pour d Aubigné l Église protestante et annonce sa vengeance C est tout le mouvement du poème qui se trouve explicité le reître noir avait déjà été mentionné dans le livre 1 Misères lors de l évocation d un massacre de catholiques par des protestants passage capital qui met en branle la succession de tableaux qui compose Les Tragiques Ici je veux sortir du général discours De mon tableau public je fléchirai le cours De mon fil entrepris vaincu de la mémoire Qui effraie mes sens d une tragique histoire Car mes yeux sont témoins du sujet de mes vers J ai vu le reître noir foudroyer au travers Les masures de France et comme une tempeste Emporter ce qu il peut ravager tout le reste Cet amas affamé nous fit a Montmoreau Voir la nouvelle horreur d un spectacle nouveau 10 La guerre civile qui au premier livre est à la base d une esthétique de la terreur et de la pitié trouve son véritable sens dans un mouvement ascendant qui va du point de vue de l homme au point de vue de Dieu Le sens de l histoire humaine se trouve dans l Écriture et les misères du temps sont l objet de la justice divine La Bible est lue au prisme de l Histoire Babylone devient Paris la destruction de Jérusalem ce funeste jour est la Saint Barthélémy La reprise du Psaume mais intégré dans le fil du poème et non plus isolé pour un usage méditatif est représentatif du rôle de l Écriture dans l œuvre de d Aubigné et de la fonction qu il attribue à son œuvre L Écriture éclaire la réalité présente et annonce la fin des temps le retour de Dieu le jugement le châtiment et la récompense C est une théologie de l Histoire qui sous tend cette œuvre que les Écritures viennent appuyer en appliquant les prophéties au présent L élection s est déplacée du peuple d Israël à l Église protestante La reprise littéraire d un passage biblique permet donc une interprétation de l Écriture et structure le poème de d Aubigné Elle fond dans un même dessein les deux portées littéraire et religieuse Jusque dans les choix stylistiques la Bible imprègne les Tragiques les constructions syntaxiques les répétitions les antithèses les renversements d Aubigné les a apprises dans la Bible Son dessein est de faire une synthèse scripturaire à la fois une somme poétique et théologique Le retour à l intériorité Si le psaume 136 se trouve à une articulation majeure de l architecture des Tragiques il se trouve dans un contexte de réécriture et de paraphrase qui en fait une des références de d Aubigné parmi d autres Il est exemplaire du traitement des textes sacrés par d Aubigné mais n a pas une importance plus grande que les imprécations du Deutéronome ou que les discours eschatologiques du Christ Le même psaume a une place et un traitement tout à fait différents dans l oeuvre de Pascal Pascal lit ce psaume à la lumière de l ennaration de saint Augustin qu il traduit presque mot à mot Les fleuves de Babylone coulent et tombent et entraînent O sainte Sion où tout est stable et rien ne tombe Il faut s asseoir sur ces fleuves non sous ou dedans mais dessus et non debout mais assis pour être humble étant assis et en sûreté étant dessous Mais

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  • N° 69-70 (avril-juillet 1997) : La littérature au risque de l'Évangile : Le roman catholique ou le mystère de l'âme - Revue Résurrection
    son journal au centre du roman les pages sont séparées par des pointillés figurants des pages manquantes ou déchirées et certaines phrases restent inachevées la mort finale du curé nous est racontée par une lettre de l ami qui l a assisté dans son agonie Se servant des impératifs de vraisemblance que réclame le genre du journal Bernanos réussit à révéler en creux l âme du jeune prêtre le mystère de son sacerdoce qui l associe à la Sainte Agonie 18 du Christ à dire la vérité la plus intime de son personnage en lui conservant toute sa profondeur humaine En fin de compte nous sommes confrontés à une esthétique de la rupture c est ainsi que Sous le soleil de Satan 19 repose sur quelques scènes très développées qui se succèdent sans transition le travail invisible de la grâce semble se glisser dans les interstices du roman tant est si bien qu avant leur rencontre les destins de Mouchette et Donissan que Bernanos nous décrit en alternance sont déjà liés par les liens mystiques de la communion des saints Espacez les soutanes 20 Une autre critique a souvent été faite au roman catholique on lui reproche de ne pas assez se départir d un certain cléricalisme qui nuit à son universalité Si les romanciers catholiques ont parfois fait preuve d un goût immodéré pour les soutanes le rôle très important qu ils accordent aux prêtres dans leurs œuvres doit être bien compris il ne s agit pas de cléricalisme mais de presbytéro centrisme autrement dit le prêtre ne sert pas à donner une touche ecclésiale au roman il occupe un rôle central dans l économie de l œuvre En effet par lui s actualise le salut offert à tous les hommes Identifié au Christ par le sacrifice de sa personne comme le montrent par exemple les nombreuses références au chemin de croix que l on trouve dans la scène du Journal 21 où le curé d Ambricourt marche dans la nuit c est par lui que se tissent les liens de la grâce la comtesse revient à Dieu par l intervention du jeune curé seul personnage capable de la libérer du piège de la révolte Le prêtre lui même pris dans la tourmente du combat spirituel voire de l imposture comme l abbé Cenabre est celui par qui Dieu se donne Notons que ni Mauriac ni Bernanos alors que leurs roman sont profondément sacerdotaux n ont fait de la description des sacrements un procédé littéraire dans Les anges noirs 22 la scène de la confession est décrite de loin à travers les yeux d un enfant ce qui accentue l effet de distance dans Le Journal d un curé de campagne 23 on ne voit jamais le jeune prêtre distribuer les sacrements lui qui ne se nourrit que de miettes de pain et de vin cuit les deux espèces eucharistiques la comtesse meurt réconciliée avec Dieu mais sans avoir reçu l absolution Il faut voir là un respect viscéral

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  • N° 69-70 (avril-juillet 1997) : La littérature au risque de l'Évangile : Proust, ou le mémorial de l'illusoire - Revue Résurrection
    un équivalent spirituel Ainsi le monde divin où l artiste a accès lui apparaît en quelque sorte par transparence parce que ce monde ci est épiphanie ou plutôt métaphore de l Être et non pas parce que Dieu le Transcendant le Tout Autre se révèle dans le buisson ardent Encore moins s incarne t il et il est significatif à cet égard de constater qu au terme de sa recherche le Narrateur dit la vraie vie la vie enfin découverte et éclaircie la seule vie par conséquent réellement vécue c est la littérature TR Cette affirmation peut être étendue à toute expression artistique car pour Proust ce qui est vrai d un art est vrai de tous Or cette vie pour chaque artiste c est sa vie dans ce qu elle a de plus singulier L artiste est l indispensable médiateur entre le monde des essences et la réalité grossière on a envie de dire entre la réalité réelle et la réalité apparente et il ne l est correctement que s il est absolument fidèle à son impression en tant qu elle est sienne s il décrit sa propre réalité et non pas cette espèce de déchet de l expérience à peu près identique pour chacun TR qui est ce que nous appelons ordinairement réel De plus quant à la beauté de l œuvre l artiste ne relève que de lui même car le talent d un grand écrivain n est qu un instinct religieusement écouté TR Or cette beauté est immédiatement perceptible à autrui En effet à propos de cette petite phrase Swann constate qu elle a capté jusqu à l essence d états intérieurs états de l âme dont elle fait confesser le prix et goûter la douceur divine par tous ces mêmes assistants si seulement ils sont un peu musiciens qui ensuite les méconnaîtront dans la vie en chaque amour particulier qu ils verront naître près d eux DS Et le Narrateur confirme et généralise dans Le Temps retrouvé le style pour l écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision Il est la révélation qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu il y a dans la façon dont nous apparaît le monde différence qui s il n y avait pas l art resterait le secret éternel de chacun TR Nous croyons donc que paradoxalement l artiste le plus rigoureusement personnel est par là même le plus rigoureusement universel et que le plus subjectif coïncide avec le plus objectif Mais restons en là rien dans le texte ne fonde cette coïncidence Elle est seulement constatée comme un fait absolument certain dont la raison ne nous est pas donnée tout simplement parce que l auteur ne la connait pas et qu il est fidèle à sa règle de ne parler que ce qui relève de son expérience propre Le jeu de la métaphore Le secret que révèle l art cette vérité à la fois entièrement subjective et entièrement objective nous ne sommes pas étonnés d apprendre dans Le Temps retrouvé que la métaphore en est pour l écrivain l expression la plus adéquate la vérité ne commencera qu au moment où l écrivain prendra deux objets différents posera leur rapport et les enfermera dans les anneaux nécessaires d un beau style même ainsi que la vie quand en rapprochant une qualité commune à deux sensations il dégagera leur essence commune en les réunissant l une à l autre pour les soustraire aux contingences du temps dans une métaphore Ainsi que la vie Le Narrateur en effet s aperçoit que souvent il n a saisi la beauté d une chose que dans une autre Nous avons vu déjà que ce monde ci est en quelque sorte métaphore de l Être On peut dire aussi que le Narrateur découvre l existence la nature et le sens de sa vocation d écrivain grâce à une métaphore l expérience de la réminiscence La réminiscence est en effet une métaphore privilégiée de la création comme le montre l analyse qu il fait de ce qui vient de se passer en lui dans la cour puis dans la bibliothèque de l hôtel de Guermantes qu un bruit qu une odeur déjà entendu ou respirée jadis le soient à nouveau à la fois dans le présent et dans le passé réels sans être actuels idéaux sans être abstraits aussitôt l essence permanente et habituellement cachée des choses se trouve libérée Réelles sans être actuelles idéales sans être abstraites c est là exactement le mode de présence des images dans le poème ou dans le roman Donnant accès à l essence des choses la réminiscence donne par là même accès à l essence de l être individuel car en ressuscitant un moi passé identique au moi présent elle rend perceptible par intuition immédiate l extra temporalité du je Ainsi s explique l extraordinaire jubilation qui l accompagne l être qui alors goûtait en moi cette impression la goûtait en ce qu elle avait de commun dans un jour ancien et maintenant dans ce qu elle avait d extra temporel un être qui n apparaissait que quand par une de ces identités entre le présent et le passé il pouvait se trouver dans le seul milieu où il pût vivre jouir de l essence des choses c est à dire en dehors du temps Il n en reste pas moins que si la réminiscence est une expérience privilégiée au point que c est elle qui permet au Narrateur de comprendre pourquoi et comment il est écrivain elle a besoin d être dépassée De même que la vision épiphanique produit un plaisir incomplet d ailleurs identique le texte l affirme à plusieurs reprises à celui que donne la réminiscence et n apporte rien si elle n est pas développée c est à dire si elle ne conduit pas à écrire de même tant que le Narrateur n a pas compris que

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  • N° 69-70 (avril-juillet 1997) : La littérature au risque de l'Évangile : Bernanos, le vieux compagnon - Revue Résurrection
    de qui Je vous l ai déjà dit je brave le ridicule de vous le redire Aux yeux de l enfant que je fus Qu il ait cessé de me parler ou non qu importe je ne conviendrai jamais de son silence je lui répondrai toujours 5 C est à la mesure de ce silence d enfant qu il juge la sonorité et le ton de son œuvre Ajoutons que Bernanos écrit de manière délibérée pour les incroyants Il y tient Il tient à porter son témoignage aux incroyants dans un langage chrétien Il est certainement parmi vous de ces hommes du dehors que scandalise profondément la sécurité des chrétiens médiocres sécurité qui ressemble à la légendaire sécurité des imbéciles probablement parce que c est la même Mon Dieu croyez moi je ne me fais pas tellement d illusions sur la sincérité de certains incroyants je n entre pas dans tous leurs griefs je sais que beaucoup d entre eux s efforcent de justifier leur propre médiocrité par la nôtre rien de plus Mais je ne peux pas m empêcher de les aimer je me sens terriblement solidaire de ces gens qui n ont pas encore trouvé ce que j ai reçu moi même sans l avoir mérité sans l avoir seulement demandé dont je jouis dès le berceau pour ainsi dire et par une sorte de privilège dont la gratuité m épouvante 6 L écrivain est un artisan Voilà comment cette œuvre d écrivain s insère dans ce que j ai appelé au départ une mission qu il a vécue comme telle dès son adolescence Cela dit il ne faut pas en conclure qu il se promène avec fatuité sur la scène du monde Il voit son travail d écrivain comme un métier il emploie le mot il a une humilité d artisan honnête Il le dit dans la belle préface des Grands Cimetières sous la lune Je ne suis pas un écrivain La seule vue d une feuille de papier blanc me harasse l âme L espèce de recueillement physique qu impose un tel travail m est si odieux que je l évite autant que je puis J écris dans les cafés au risque de passer pour un ivrogne et peut être le serais je en effet si les puissantes républiques ne frappaient de droits impitoyablement les alcools consolateurs A leur défaut j avale à longueur d année ces cafés crème douceâtres avec une mouche dedans J écris sur les tables de café parce que je ne saurais me passer longtemps du visage et de la voix humaine dont je crois avoir essayé de parler noblement Je ne repousse d ailleurs pas ce nom d écrivain par une sorte de snobisme à rebours J honore un métier auquel ma femme et mes gosses doivent après Dieu de ne pas mourir de faim J endure même humblement le ridicule de n avoir encore que barbouillé d encre cette face de l injustice dont l incessant outrage est le sel de ma vie Toute vocation est un appel vocatus et tout appel peut être transmis Ceux que j appelle ne sont évidemment pas nombreux Ils ne changeront rien aux affaires de ce monde Mais c est pour eux c est pour eux que je suis né 7 Un métier donc sur la difficulté sur la dureté duquel il insiste Métier aussi en ce sens qu il le veut dissocié de sa vie privée comme un artisan dissocie de sa vie privée son activité d artisan Dire la vérité que l on découvre chaque jour n est pas raconter sa vie sa vie et ses oeuvres sont distinctes Métier enfin en cela qu il assigne à l art une place et un but c est à dire qu il le relativise Mais cette place pour autant n est pas minuscule puisque l art a pour but de dévoiler dans le quotidien la vérité évangélique L artisan et le saint Précisons encore et lisons un texte qui est tiré des Enfants humiliés où il parle de Péguy Je ne tiens pas précisément Péguy pour un saint mais c est un homme qui mort reste à la portée de la voix et même plus près à notre portée à la portée de chacun de nous qui répond chaque fois qu on l appelle Cela prouve du moins qu il n y avait pas beaucoup de mensonge en lui juste ce qu il en faut pour vivre pour vivre notre pauvre chère chienne de vie rien de plus aucune imposture Qui répond quand on l appelle et qui répond même à voix basse Je ne dis pas que ce dernier signe soit celui de la sainteté mais c est tout de même une marque bien particulière de l amitié de Dieu et qu il n a pas toujours accordée à ses saints 8 Spontanément il situe l écrivain par rapport au saint Ici il a l air presque insolemment de préférer Péguy à certains saints qu il se garde bien de nommer Ce n est pas toujours ce qu il fait Il tient un autre discours dans les textes regroupés dans le volume intitulé Les Prédestinés où il définit les saints comme étant ceux qui sont les plus proches de nous Il écrit au début de Saint Dominique l homme de génie est si peu dans son œuvre qu elle est presque toujours contre lui un témoignage impitoyable Au lieu que l œuvre du saint est sa vie même et il est tout entier dans sa vie 9 La réserve qu il avait l air de faire dans le passage sur Péguy il la lève ici complètement mais les deux textes reviennent sur cette proximité qui est celle de Péguy et qui est aussi celle des saints Cette proximité est bien ce à quoi Bernanos prétend Humblement car il ne se prend pas pour un saint comme on peut le voir dans ce texte très connu des Enfants Humiliés où il se dessine lui

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  • N° 69-70 (avril-juillet 1997) : La littérature au risque de l'Évangile : L'Écriture et le drame - Revue Résurrection
    partie de la littérature tend en effet à cette recherche d une parole lumineuse où le langage retrouverait sa force originelle en devenant précisément l être Et tout le reste est littérature comme dit Verlaine dans son Art poétique L exigence d une parole proférée sur la scène répondant aux sentiments du personnage et où le mouvement du jeu et l action scénique prennent leur source impliquent la possibilité d une relation directe entre la parole et l acte Les amateurs du théâtre classique savent par exemple que le conflit entre les mots et l action n y a pas de sens puisque chez Racine comme chez Marivaux c est le langage qui est l action les premiers actes de Phèdre reposent sur ses aveux successifs et la progression dramatique du marivaudage s articule autour des non des oui et des peut être des divers personnages De même si la poésie lyrique cherche à livrer une émotion subjective si certaines prédications cherchent à provoquer une conversion immédiate et violente de l auditoire accomplie dans la pénitence et les larmes c est qu il est théoriquement possible de concevoir dans la sphère humaine une parole agissante Le rêve dramatique ou le rêve baroque du puissamment discourir ne seraient ils pas d ailleurs l espérance folle d une parole active à la mesure de Dieu Le Verbe et l acte Comment ne pas s émerveiller en effet devant la majesté langagière du Christ Verbe Lui qui dans l Incarnation s est livré aux paroles humaines en leur offrant le défi de l incompréhensible Comme l écrit sainte Thérèse d Avila les paroles du Seigneur sont paroles et actes Le Seigneur semble vouloir nous faire comprendre qu il est puissant et que ses paroles sont des actes 3 La Parole de Dieu est une déflagration au cœur de l histoire humaine une voix qui retentit et peut secouer les cœurs les plus endurcis une voix qui crée le monde ou guérit les pécheurs L expression humaine doit aimer les mots de Jésus la saveur et la force de son langage Mais l expression humaine fût elle celle des apôtres à la Pentecôte ne saurait prétendre à la même équivalence absolue où l Être même se donne dans Ses paroles Tout au plus les mots sont ils soumis à une ascèse telle qu ils retrouvent une signification inattendue un symbolisme que l on ne soupçonnait pas comme un pressoir mystique du langage l auteur violente son outil pour parvenir au terme d un parcours harassant à offrir quelques phrases qui portent alors son expérience son humble sacrifice de chrétien qui tente de faire participer le cercle des créatures à la louange du divin Cette conception du drame littéraire n a que peu de rapport avec les considérations issues de la linguistique anglo saxonne sur le speech act la force illocutoire du langage ou la parole performative que goûtent volontiers nombre d universitaires littéraires On a cru en effet découvrir la force du langage derrière

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